Sciences dessus dessous

Archive, juin 2012

Vendredi 29 juin 2012 | Mise en ligne à 10h58 | Commenter Commentaires (14)

Des dinosaures à sang chaud ?

À vue de museau, la question de savoir si les dinosaures avaient le sang froid ou le sang chaud a tout du faux débat : si les reptiles actuels, se dit-on, sont presque tous des ectothermes (c’est-à-dire qu’ils ne produisent pas assez de leur propre chaleur pour maintenir leur température corporelle), alors les dinosaures devaient l’être eux aussi. Mais l’équation n’est pas si simple, et les «partisans» des dinos à sang froid viennent même de se faire anéantir un de leurs principaux arguments…

«Feu» cet argument allait grosso modo comme suit : sur les os des reptiles et des dinosaures, on trouve presque toujours des lignes d’arrêt de croissance (LAC), qui étaient interprétées comme une conséquence du fait que les reptiles connaissent d’assez longues périodes d’inactivité au cours desquelles leur métabolisme (et donc leur croissance) ralentit beaucoup. Chez les mammifères, rien de tel n’avait jamais été remarqué, mais les observations reposaient surtout sur des espèces de rongeurs dont la croissance est rapide et brève, ce qui excluait presque nécessairement la possibilité de traverser des périodes de vaches maigres pendant la croissance.

L’équipe du paléontologue Meike Köhler, de l’Université autonome de Barcelone, a donc examiné minutieusement les os de 115 ruminants — des mammifères, donc, qui ont tous le sang chaud —, observant des LAC chez tous ses sujets, rapporte-t-il dans Nature (autres comptes-rendus disponibles en anglais et en français). En outre, les 115 ruminants provenaient d’endroits très diversifiés du point de vue du climat, afin de contrôler cette variable également.

En toute logique, cela ne signifie pas que les dinosaures avaient nécessairement le sang chaud — la faiblesse de l’hypothèse A n’est pas une preuve de B —, et cela n’écarte pas complètement la voie extothermique — «seulement» un de ses arguments principaux. Mais quand même, si l’on me permet un jeu de mot un brin foireux, l’hypothèse des dinos à sang froid vient d’en prendre pour son rhume…

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Jeudi 28 juin 2012 | Mise en ligne à 10h40 | Commenter Commentaires (10)

Grand «crucifix rouge» dans le ciel…

Un développement intéressant vient de se produire dans cette histoire dont je vous parlais au début du mois, sur une augmentation marquée et inexpliquée du carbone-14 dans l’atmosphère qui serait arrivée vers l’an 775 — l’année où le ciel aurait dû nous tomber sur la tête, si l’on veut.

Les noyaux des atomes de carbone comportent toujours 6 protons (autrement, ce ne serait pas du carbone) et, dans leur immense majorité, 6 ou 7 neutrons — on parle alors d’isotopes du carbone, dans ce cas-ci du carbone-12 et du carbone-13. Cependant, sous l’effet des rayons cosmiques extrêmement énergétiques qui arrivent de l’espace, il arrive que des atomes d’azote (7 protons et 7 neutrons) soient transformés, un de leur protons se changeant en neutrons — ce qui donne 6 protons et 8 neutrons, donc du carbone-14. Le rayonnement cosmique étant assez constant et le carbone-14 étant instable (la moitié se retransforme en azote-14 tous les 5700 ans environ), la teneur de l’air en 14C se maintient autour de 1 partie par milliard et ne varie à peu près jamais par plus de quelques centièmes de pour-cent.

Or une équipe japonaise a trouvé, en examinant les cernes de croissance de vieux arbres provenant des quatre coins du monde, un «pic» de 1,2 % autour de l’an 774 ou 775, soit environ 20 fois plus que la variation maximale généralement admise. Pour expliquer une si grande fluctuation, il faudrait un énorme afflux additionnel de rayons gamma (la partie des rayons cosmiques à l’origine du 14C), provenant le plus vraisemblablement d’une supernova (une étoile qui meurt) ou une éruption solaire gargantuesque, mais le problème est qu’il aurait fallu un événement d’un telle ampleur qu’il aurait laissé des traces très aisément visibles dans le ciel terrestre, ce dont nous n’avions aucune trace.

Enfin, «aucune trace» jusqu’à ce qu’un étudiant au bac en biochimie à l’Université de Californie, Jonathon Allen, aille fouiller dans les Chroniques anglo-saxonnes, une série de documents historiques écrits en Angleterre avant l’an 1000. Et en l’an 774, lit-on ici, les moines qui tenaient ces chroniques à jour ont noté ceci, entre la mention d’un roi banni et d’une bataille à Otford : «en cette année est aussi apparue dans les cieux un crucifix rouge, après le coucher du Soleil».

Pas plus de détails que cela, malheureusement, mais c0mme le rapporte le site de Nature, des experts croient que cela pourrait bien être l’«arme du crime» qui trahit la présence d’une supernova…

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La Boundary Dam Power Station, une centrale au charbon située en Saskatchewan, sera munie d'un système de CSC en 2014. (Image : SaskPower)

La Boundary Dam Power Station, une centrale au charbon située en Saskatchewan, sera munie d'un système de CSC en 2014. (Image : SaskPower)

On n’a pas fini d’entendre parler du stockage souterrain du CO2, cette technique qui consiste à comprimer fortement le «gaz» carbonique (afin de le liquéfier) et de l’injecter profondément sous terre, où il ne contribuera plus au réchauffement climatique. À la suite de mon billet de la semaine dernière à propos d’une étude parue dans les PNAS qui soulevait de sérieux doutes sur la capture et la séquestration du carbone (CSC) — en bonne partie parce qu’elle risque, disent les auteurs, de provoquer de petits séismes qui pourraient bien compromettre l’étanchéité des réservoirs souterrains, ce qui rendrait l’opération inutile —, on m’a fait remarquer que la Chaire de recherche sur la séquestration géologique du CO2, à l’INRS, vient de publier une réaction à ladite étude sur son site.

L’auteur du texte est en désaccord avec l’étude des PNAS, ce qui n’étonnera personne, mais je m’en voudrais de ne pas faire écho à ses arguments, qui sont aussi ceux de plusieurs autres géologues puisque, comme le souligne le texte, cette étude a soulevé un certain tollé dans la communauté scientifique (voir ici, notamment).

Ces critiques, essentiellement, font valoir que chaque site d’enfouissement est unique, ce qui interdirait de tirer des conclusions générales, comme le font Mark Zoback et Steven Gorelick dans les PNAS. Les géologues cherchant de bons sites de CSC étudient chacun minutieusement et la «sismicité induite» fait déjà partie des facteurs qui sont pris en compte. En outre, ajoutent d’aucuns, la hausse de pression souterraine provoquée par l’injection de CO2 liquide pourrait, dans certains sites, être réduite simplement en pompant massivement des saumures, ces eaux très salées que l’on trouve à grande profondeur. Le papier de Zoback et Gorelick néglige par ailleurs, ajoutent leurs critiques, le fait qu’il y a souvent plusieurs couches géologiques imperméables au-dessus des sites de CSC — omission un peu surprenante, doit-on noter, puisque Zoback le mentionne toujours dans ses textes sur les gaz de shale.

Enfin, Zoback et Gorelick se montrent aussi pessimistes parce qu’ils doutent que l’on trouve suffisamment de réservoirs convenables pour que la CSC puisse faire une différence notable dans nos émissions de gaz à effet de serre. Ce à quoi l’autre camp rétorque qu’il y a un potentiel absolument gigantesque le long des côtes, sur les «plateaux continentaux», c’est-à-dire le «bord», la partie submergée des plaques tectoniques qui forment les continents. Sur ce point, cependant, il faut dire que le coût de la CSC et la quantité d’énergie requise sont déjà des problèmes majeurs et que pomper tout ce gaz sous la mer ne ferait rien pour les régler, bien au contraire.

Mais bon, les défenseurs de cette technologie (en plus de s’y connaître infiniment mieux que moi) ont des arguments qui valent certainement la peine d’être expliqués. Et si leur travail peut ajouter une corde à notre «arc anti-GES», pourquoi s’en passerait-on ?

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