Sciences dessus dessous

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  • Jean-François Cliche

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    Jeudi 26 avril 2012 | Mise en ligne à 10h00 | Commenter Commentaires (13)

    La mesure du bio

    L’exercice était intéressant en lui-même, mais aussi important et politiquement chargé : prendre une mesure d’ensemble des «performances» des agricultures biologique et conventionnelle. La doctorante en géographie à McGill Verena Seufert vient de le faire, avec deux autres chercheurs, dans une revue de littérature publiée dans Nature.

    Les résultats globaux, basés sur 66 études répondant à divers critères de rigueur et de comparabilité, ne sont pas très surprenants : les cultures industrielles sont 25 % plus productives. Mais cet écart est étonnamment mince pour les fruits (–3 %), les légumineuses (–8 % environ) et les vivaces (–7 % environ). L’explication proposée par les auteurs tient aux différentes façons qu’ont les plantes de se procurer de l’azote, qui est habituellement le premier élément qui vient à manquer dans le sol. Les légumineuses sont connues pour faire des symbioses avec des bactéries qui s’accrochent à leurs racines et transforment l’azote de l’atmosphère en une forme assimilable par la plante. Les vivaces (dont les fruits font partie), quant à elles, ont des réseaux de racines plus étendus que les annuelles, ce qui leur permet de mieux drainer les ressources minérales autour d’elles.

    Cependant, d’autres cultures s’accommodent beaucoup moins bien des normes bio, dont plusieurs bases fondamentales de l’alimentation humaine, comme le blé (presque –40 %), l’avoine (–33 % environ) et les légumes (–33 % environ). En outre, écrivent les auteurs, «quand on ne retient que les systèmes biologiques et conventionnels les plus comparables, la différence de rendements grimpe à 34 %». Alors avant d’affirmer que le bio peut aisément nourrir toute l’humanité, comme le font certains groupes, ou de dénoncer le bio comme une forme de régression, comme le font d’autres, il faudrait donc se garder une petite gêne.

    Cette revue de littérature vient en effet jeter un éclairage nuancé et bienvenu sur un débat très «idéologisé». L’une des principales critiques de l’agriculture bio veut en effet qu’en étant moins productive, cette pratique demande de cultiver des superficies plus vastes, ce qui force à occuper des espaces qui pourraient autrement être laissés à l’état naturel. «Mes résultats montrent que ce n’est pas une question qui se répond par oui ou par non, ce n’est pas tout noir ou tout blanc», m’a résumé Mme Seufert au téléphone.

    La Presse a publié un compte-rendu ce matin ; Nature aussi.


    • Il y a eu un papier similaire il y a quelques années dans Nature. Le principal problème est de fournir efficacement l’azote aux plantes, car c’est le principal facteur limitant. L’apport en phosphore est aussi problématique.

    • Un “billot” dans l’engrenage !!

      Mais si on arrête de surconsommer et gaspiller, on a pas besoin de plus de terres cultivées bio. Encore le R le plus oublié dans les trois R : Réduire.

    • @gl000001 C’est pas si simple. On est déjà limite pour plusieurs aliments. On peut probablement gagner un peu en réduisant la consommation de viande, mais ce n’est qu’une partie du problème.

    • @yvan_dutil
      Arrêtons de prendre des produits comestibles pour en faire de l’éthanol. Une autre bonne partie du problème.

    • Entièrement d’accord avec gl000001 en ce qui a trait à la surconsommation.

      Après une lecture en diagonale, corrigez-moi si je me trompe, je crois qu’il ne parle pas des répercussions des cultures bio et conventionnelles sur la terre travaillé, qui selon moi représente l’enjeu majeur du bio vs industriel. De plus, peut-être que quelqu’un pourrait m’éclairer, mais il me semble avoir déjà lu quelques papiers qui montraient une productivité plus élevée pour les productions biologiques comparativement à celles qui sont conventionnelles et ce, pour le blé.

      Il y a effectivement eu des études qui concluaient que le bio était plus productif que l’industriel. Mme Seufert cite d’ailleurs une revue de lité qui est arrivée à ce résultat en 2007 — mais il a fallu pour cela que ses auteurs incluent dans les cultures «conventionnelles» des champs où l’on pratiquait de l’agriculture de subsistance (!), ce qui faisait malhonnêtement baisser la moyenne.
      Pour ce qui est des répercussion, non, en effet, ce papier ne les examine pas. C’est UN enjeu de la comparaison bio vs non-bio, et il est important, mais il ne faudrait pas oublier non plus que la finalité de l’agriculture est de nourrir le monde, d’où en grande partie l’intérêt de mesurer les rendements.
      JFC

    • Il y a un moyen très économique et très facile de manger bio tous les jours:

      Les pousses (sprouts).

      On peut en faire avec pas juste les graines de luzerne mais aussi avec les graines de brocoli, de radis, de tournesol etc.
      Il suffit d’utiliser un gros bocal en verre ou en plastique et de faire tenir un coton-fromage sur l’ouverture avec un élastique.
      La première journée on fait tremper les graines, les journées suivantes on ne fait que les rincer une ou deux fois par jour en disposant le bocal à l’envers à 45° sur un vaisselier pour que ça s’égoutte.
      Le but est de garder les graines humides tout en laissant circuler l’air.

      Au bout d’une semaine on a une belle forêt vierge comestible dans le bocal et ça n’aura coûté que quelques sous.
      Il n’y aura aucun pesticide ou engrais à moins qu’on décide d’en ajouter soi-même pour donner un arôme “industriel” à nos salades.

      Un article sur le sujet:
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Graine_germ%C3%A9e

    • @jim777 C’est une bonne idée tant que tu n’essayes pas aussi de cultiver tes graines toi-même. Cela change la donne totalement. Pour se nourrir, il faut cultiver à peu près un acre de terre par personne, ce qui est loin d’être une opération triviale.

    • @gl000001 Effectivement, l’éthanol grain est d’une immense stupidité, mais ce n’est qu’une partie du problème. Tout le système agricole mondiale fonctionne à flux tendu. Il n’y a vraiment pas beaucoup de marge de manœuvre.

    • Pour manger billot il faut aller dans une cabane à sucre.

      Jean Émard

    • Un autre article de Nature publié l’an dernier (certains auteurs sont en commun, dont Navin Ramankutty de McGill), présente des pistes de solutions pour nourrir la planète sans la détruire: http://www.nature.com/nature/journal/v478/n7369/full/nature10452.html.

    • @ ramses2.1

      Si on ne ménage pas nos érables, que verra-t-on sur nos tables ?
      Que du sirop de billot de poteau.

    • @cjulie Le papier présente un diagnostique et une liste de priorités, mais pas vraiment de solutions.

    • Il est tout de même pour le moins embarrassant de constater que nous gaspillons des protéines végétales dans le processus de la production de protéines animales, qui sont donc plus coûteuses, alors que des milliards d’individus vivent avec 2-3 dollars par jour.

      L’éthanol-maïs est une aberration, tandis que l’éthanol cellulosique fait partie de la solution en ce qu’il n’affecte pas la production de protéines.

      Les forêts peuvent-elles contribuer à l’alimentation mondiale ? Oui, car toute production de cellulose peut-être transformée en bonne partie en protéines. Nous connaissons déjà, et depuis longtemps en fait, la production de champignons comestibles riches en protéines à partir de la cellulose. Or, nous savons nous substituer à la nature afin de produire industriellement des protéines, toujours à partir de la cellulose, cela, via les algues microscopiques. Autant celles-ci peuvent produire du biocarburant avec de la cellulose, autant elles peuvent produire des protéines.

      Qu’on en juge: http://solazyme.com/

      N.B. La compagnie Solazyme est sous mon radar depuis 3-4 ans. Ce n’est pas un nouveau truc surgonflé qui surfe sur des présomptions commerciales fantaisistes.

      Solazyme figure parmi les entreprises les plus prometteuses en énergie renouvelable selon le DOE (département des énergies des États-Unis).

      Et non, ça ne goûte pas les algues!

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