Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

    Ce blogue suit pour vous l'actualité scientifique, la décortique, et initie des échanges à son sujet.
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    Jeudi 29 mars 2012 | Mise en ligne à 14h30 | Commenter Commentaires (39)

    Qu’est-ce qui creuse le fossé entre la science et les conservateurs américains ?

    Contrairement à une impression répandue, la confiance envers la science ne s’est pas effritée depuis les années 70 aux États-Unis. Enfin, «pas effritée» si l’on fait exception de deux groupes (qui se recoupent) : ceux qui se disent conservateurs, et ceux qui vont à l’église. C’est ce que démontre une étude (pdf) qui vient de paraître dans l’American Sociological Review.

    L’auteur, le sociologue Gordon Gauchat de l’Université de Caroline du Nord, s’est basé sur le General Social Survey, un vaste sondage sur le public américain réalisé tous les deux ans (et chaque année avant 1994) depuis les années 70. Si étonnant que cela puisse paraître pour quiconque suit la politique américaine — et dans une bonne mesure, pour quiconque suit la canadienne depuis quelques années —, au début de la période étudiée, en 1974, les conservateurs étaient ceux qui avaient la plus grande confiance envers la science. Environ 50 % d’entre eux disaient avoir «grandement confiance» en la «communauté scientifique», soit un peu plus que les liberals (49 %) et ceux qui se disaient entre les deux, les «modérés» (46 %).

    Mais si l’appui de ces deux derniers groupes est demeuré à peu près stable (environ 50 % et 42 % respectivement en 2010), l’image que les conservateurs se font de la science s’est quant à elle suffisamment détériorée pour être maintenant la plus faible des trois, se situant autour de 37 %.

    Que s’est-il passé entre les deux ? Il semble, écrit M. Gauchat, que ce déclin coïncide avec la montée en puissance progressive de la «nouvelle droite», ce pan de la droite qui, de Ronald Reagan à Michelle Bachman, s’est rapproché de la droite religieuse et qui promeut avec un enthousiasme parfois débordant la liberté individuelle mur-à-mur, le rétrécissement de l’État (sauf pour la défense nationale) et diverses valeurs traditionnelles. Au Canada, la nouvelle droite est «officiellement» arrivée sur la scène fédérale avec l’Alliance canadienne — le défunt Parti progressiste-conservateur ayant fait figure de «droite classique».

    Et ce n’est sans doute pas un hasard. À mesure que, au XXe siècle, la science a gagné en crédibilité et en autorité morale, l’État et les politiciens ont de plus en plus fait appel à elle pour éclairer/justifier leurs décisions. À telle enseigne, d’ailleurs, que l’on a vu apparaître une «science régulatrice», comme l’appelle M. Gauchat, qui a donné naissance à des ministères de l’environnement et une longue liste de normes de santé publique, notamment — sans compter les subventions massives que les gouvernements accordent aujourd’hui à la recherche. C’est essentiellement cette association de la science et de l’État qui expliquerait que la droite, et en particulier la «nouvelle», allergique à tout gouvernement, ait progressivement tourné le dos à la science depuis une quarantaine d’années.

    Bref, un papier très intéressant pour quiconque aime la science et/ou la sociologie. Ainsi que, bien sûr, pour les parallèles que d’aucuns seront tentés de faire avec la politique canadienne.


    • Y aurait-il un lien à faire avec la consommation d’alcool? ;-)
      http://www.slate.fr/lien/52277/conservatisme-alcool-droite

    • Il y a aussi, et je dirais surtout, des stratèges de la droite qui se sont rendus compte que, comme la science a tendance à infirmer leurs diverses théories, il faut répliquer en dénigrant les scientifiques.

      Maintenant, on entend régulièrement des électeurs conservateurs affirmer que les scientifiques n’ont aucune objectivité et ne publient que les résultats qui les assureront de conserver leur emploi et leurs subventions. Ont-ils la moindre preuve? Non, mais répétez un mensonge assez souvent, et il y a pas mal de monde qui va finir par y croire.

      Comme le dit Stephen Colbert, avant chacun avait droit à ses opinions, mais les faits étaient immuables. Aujourd’hui, chacun a droit à “ses” faits. D’ailleurs, Ronald Reagan a (probablement volontairement) remplacé l’affirmation “Facts are a stubborn thing” par “Facts are a stupid thing”.

    • Les Américains sont forts sur la technologie
      et le *know how* (comment ça marche)
      mais le pourquoi ça marche…
      ils laissent ça à leur dieu et aux lois du marché!

      Et la science qui leur met les changements climatiques
      dans la face depuis trente ans et qui leur dit
      que ce sont leurs habitudes de consommation extrême
      qui en sont responsables, ils n’apprécient pas vraiment!!

      Vous devriez changer le mot «Américains» par «nouvelle droite américaine» dans votre texte. Les Américains sont loin d’être tous comme vous les décrivez.
      Pour la petite histoire, j’ajouterai que je le sais pour avoir étudié, oh hasard !, au même département que M. Gauchat (mais pas en même temps), soit en sociologie à UConn. Small world, quand même…
      JFC

    • Il y a quelques années, j’avais regardé où enseignaient les prix Nobel (de science) américains des 15 ou 20 années précédentes.

      Il y en avait quelque chose comme 52 sur 64 qui enseignaient dans des universités situées dans des États “bleus” (ayant voté démocrate aux élections de 2004) et donc à peine moins de 20 p. cent qui enseignaient des universités situées dans des États “rouges” (ayant voté républicain à ces mêmes élections).

      Coïncidence ?

      Probablement plus une question d’urbanisation. Les états rouges sont ruraux, et leurs universités, moins prestigieuses. Quand vous êtes un jeune chercheur «qui monte» et que vous avez le choix entre Idaho U. ou un poste dans le coin de Boston, mettons, je crois que pour n’importe qui le choix est facile…
      JFC

    • Ce qui est ironique, c’est que les scientifiques américains rattachés aux agences gouvernementales telles que la NASA ou la NOAA ont beaucoup plus de liberté d’expression que les scientifiques canadiens des agences équivalentes.

      D’accord avec le commentaire de JFC en réponse à rogiroux. Les américains sont capables du meilleur comme du pire, mais on ne voit souvent que le pire dans les médias.

      Pour rire: http://watch.thecomedynetwork.ca/the-daily-show-with-jon-stewart/full-episodes/#clip647447

    • @JFC
      J’ai de la parenté dans la région d’Albany New York. J’avais 12 ans et je les trouvais tellement pas curieux , ni intéressé à ce qui n’était pas américain.
      J’ai travaillé longtemps avec des américains dans les années 90 et j’ai sensiblement vu la même chose.
      Ils votent 49% d’un bord et 51% de l’autre.
      Une moitié croit en Dieu. L’autre moitié fume du pot.
      Tu ne peux montrer le mamelon de Janet à la télé, mais les USA sont les plus grands producteurs et consommateurs de porno.

      Une tendance “hard” à être polarisé dans tout. Tout ceci me fait penser que les américains sont aussi polarisés en Sciences.

    • Les années ‘70, une période très progressiste, non ? Pour la nouvelle droite, ce n’est pas plutôt le retour d’une ancienne droite ? Celle des années 40 et 50 ?

      Et pour la liberté individuelle et les valeurs traditionnelles, dans les années ‘60 et début ‘70, elles n’entraient pas plutôt en contradiction ?

      Les conservateurs et ceux allant à l’église en 1974, devaient être généralement plus modérés tout en ayant encore certaines valeurs traditionnelles. Sans vouloir les imposer au reste de la société ou redevenir des bigots comme certains d’autrefois. Ce n’est pas une droite nouvelle, c’est une droite trop souvent réactionnaire et rétrograde.

    • Nuançons. Il y a des gens qui croient au créationnisme ET qui souhaitent quand même éviter que l’humain détruise la qualité de l’air, de l’eau, les écosystèmes (la “Création”) et la vie en général. Je crois que le principal problème n’est peut-être pas le rapport des gens de pouvoir avec la science, mais plutôt leurs valeurs, l’éthique de leurs décisions, la pensée à plus long terme (responsabilité intergénérationnelle, par exemple le fait de léguer la Terre à ses enfants).

      Même si beaucoup de gens interprètent la Bible en déduisant que l’humain doit dominer le Monde (parce qu’on lui dit d’aller et de se reproduire), selon le texte de la Création, l’humain a clairement été expulsé du Monde “sauvage” qui demeure un domaine à part, vaguement hostile, mystérieux. Ce mystère a aussi poussé d’autres gens à conclure que tenter de comprendre la Création (l’oeuvre de Dieu) est un sacrilège, comme si on tentait de surprendre Dieu dans son bain, sans ses bobettes. Enfin, tenter de comprendre la nature sans la raser passe, pour certains fondamentalismes, pour de l’animisme (donc pour eux, tenter de respecter la nature, ou la Nature, est du “worship” et n’est pas Chrétien). Toutes ces attitudes pourraient être aisément rejetées par les hautes instances religieuses, Vatican et tout le bataclan, s’ils prenaient la peine d’éduquer un peu leurs fidèles.

      La capacité de planifier à long terme (que je qualifierais de “hyper-durable”), qui existe à petite échelle dans certains groupes humaines, par exemple plusieurs nations autochtones des Amériques, n’est enracinée dans aucun courant de pensée impérial ou national moderne, ni dans aucune grande religion (quoi qu’on en dise). C’est en particulier pour ces raisons que des fondations existent, comme The Long Now Foundation. Ces fondations tentent de s’élever au-dessus de la petite planification à court terme ou confinée aux frontières de l’état, et de penser au-delà des réflexes hérités de la politique, des nationalismes ou des religions. Certains projets visent à construire une voûte contenant les semences congelées de milliers d’espèces végétales. D’autres projets visent à entreprendre des projets sur une échelle de plusieurs générations (comme l’horloge de 10 000 ans) pour que l’humain réapprenne à penser sur de telles échelles de temps.

    • Culturellement les américains ont la dualité mutuellement exclusive bien ancré et ce depuis longtemps…Dans leurs vrais Western il y a les bons cowboy qui tuent les méchant indiens scalpeurs de colons …( bon ça change un peu …) , le ciel et l’enfer …

      Durant la guerre froide qui a été vécu de manière sans partage il y avait les bons démocrates et les méchants communistes et la chasse au sorcière qui en a résulté a fait plusieurs victimes et expatriés , et tout ce qui était à conotation socialiste rejetté systématiquement sans analyse d’aucune sorte……

      Pas surprenant dans ce type de contexe que la dualité «fact or faith» soit traité selon le même shéma de pensée … Dans un pays où le président définit le reste du monde comme une dualité ‘’you are with us or agains us’’ …. that’s it…. that’s all!

      Même si la plupart des américains sont modérés les grands courants du passé ont laissé des traces…. difficile d’expliquer aux descendant du KKK ou des Black panthers que dans la vie tout n’est pas mutuellement et exclusivement Noir «ou» Blanc… même si le noir foncé est de plus en plus chocolat au lait… surtout avec le maquillage….

    • J’oubliait la principale dualité et probablement la plus difficile à avaler pour les conservateurs …

      Déjà qu’il avaient du choisir le moindre mal entre un président noir et une femme …Si il avaient su que le triste sire imposerait la mutarde de dijon sur air force One … Y a Quand même des limites a ne pas respecter les bases fondamentales de la culture américaine …

      De la moutarde de Dijon sur ses «french fries» au coeur de KetchupLand ! …. Where else in the world could…

      see: «Dijongate»

    • @ Jean-François Cliche ~

      Si ça peut vous faire plaisir…

      Je veux bien remplacer *les américains*par… *la majorité des américains*
      mais le sentiment anti-science n’est pas l’apanage des seuls conservateurs
      religieux plus ou moins fondamentalistes.

      Les Démocrates sont simplement des *wannabe* républicains
      qui refusent de s’assumer. Il n’y a pas de *gauche* aux USA,
      seulement des centristes à peine moins conservateurs que leurs opposants.

      Et comme le contrôle de l’éducation dans les écoles publiques
      est du ressort exclusif des états, je vous laisse deviner ce qu’on enseigne
      dans les *high schools* du Bible Belt de l’Amérique profonde.

      Le système universitaire quand à lui est très fort sur le côté pratique/technique
      (vocational training) mais pas vraiment pour comprendre la complexité
      du monde dans lequel nous vivons!!

    • ..@JFC:«Qu’est-ce qui creuse le fossé entre la science et les conservateurs américains ?»
      ++

      Je dirais la même chose qui a maintenu le fossé entre Galilée et l’Église pendant quelques siècles.

    • Selon ce sondage Gallup publié en 2009, seulement 39% des américains
      croient en la théorie de l’évolution et un autre 36% n’ont pas d’opinion sur le sujet(??).
      Ça vous donne une idée de l’importance que la majorité d’entre eux accorde à la science
      en général.

      Les machines (technologie), ça ils connaissent!
      Les principes fondamentaux qui en sont à la base…
      Beaucoup moins!

      Remarquez… ils ne sont pas les seuls !

      http://www.gallup.com/poll/114544/darwin-birthday-believe-evolution.aspx

    • @ rogiroux

      Je suis heureux que Mr Cliche vous est repris, car bien franchement, englober 300 millions de personnes dans un jugement à l’emporte pièce n’est pas très brillant. J’habite dans l’Ouest Américain depuis plus d’une décennie et votre accusation ne s’appliquent en rien à la vaste majorité des personnes que j’ai connu, côtoyé et avec qui je partage ma vie depuis toutes ces années.
      Il y a une vile frange d’imbécile aux États-Unis qui ont la triste habilité de crier fort et de se faire entendre, mais elle ne représente pas une supposé pensé unique qui s’appliquerait à ces centaines de millions de personnes.

    • Intéressant comme étude. En conséquence, la montée religieuse n’est en fait guidée que par la nécessité de démolir l’emprise de l’Etat, qui elle est légitimé largement par la science et ses suppôts (j’utilise suppôts par ironie, j’espère que ce sera compris, mais sait-on jamais). Traditionnellement c’était le contraire, la religion légitimait l’Etat. La religion se trouve donc totalement instrumentalisée ici par les politiques et non l’inverse d’après ce que je comprends.

    • À lire les nombreux commentaires suite au reportage de La Facture au sujet du collier de noisetier, on voit qu’il n’y pas que les républicains qui ne font pas confiance à la science. C’est pas croyable le nombre de personnes qui disent qu’ils en ont marre que la science se mêle de tout, qu’elle ne peut pas tout expliquer et qu’elle est devenue une religion qui veut tout contrôler.

      On voit que l’esprit scientifique n’est pas inné chez l’être humain. Beaucoup de gens voient ça comme une croyance comme les autres et ne le prennent donc pas quand on tente de leur expliquer que certaines choses dont ils sont convaincus ne sont pas considérées comme étant vraies car non démontrées scientifiquement. Les religions, les ventes de produits bidons comme le collier de Marcel et les bonbons homéopathiques, les théories de la conspiration, les fantômes, les rencontres du troisième type, etc. proviennent de la nature humaine qui a tendance à prendre le dessus sur l’esprit critique et le raisonnement scientifique, malheureusement.

    • Je preche peut-être pour ma paroise, mais en cherchant un prénom pour ma fille qui va naître dans une couple de semaines (pour éviter des prénoms comme Lucrezia, pas le revolvère de Billy the Kid, mais la contreversée Borgia), je suis tombé sur un article intéressant de Charles Garcia de CNN à propos des bébés nommés Jésus. Ce qu’il rapporte comme impact des latinosaméricains sur la démographie américiane est assez intéressant:

      “…our population will grow from 312 million today to 439 million in 2050. Hispanic babies, 83 million of them, will account for 65% of that growth”

      “For 92% of Hispanics, God is an active force in their daily lives: 66% are Catholic, 25% are Evagelical Christians and 1% are Jewish or other denominations.”

      Alors, j’ai mon opinion sur les résultats de cette étude cité dans ce post, mais c’est juste mon humble opinion que je vous la deviner.

      http://www.cnn.com/2012/01/27/opinion/garcia-immigrants-hispanic/index.html

      Les Américains sont très religieux et l’étaient bien avant la présente vague d’immigration hispanique.
      JFC

    • @rogiroux

      “Les Démocrates sont simplement des *wannabe* républicains qui refusent de s’assumer. Il n’y a pas de *gauche* aux USA, seulement des centristes à peine moins conservateurs que leurs opposants.”

      “Le système universitaire quand à lui est très fort sur le côté pratique/technique
      (vocational training) mais pas vraiment pour comprendre la complexité
      du monde dans lequel nous vivons!!”

      Pas d’accord du tout. Il est grand temps de faire la différence entre l’amérique profonde et le reste. C’est l’équivalent de se fier à l’Alberta pour comprendre comment les canadiens pensent.

      Quant au système universitaire, il y a du bon comme du mauvais, mais les plus grands centres de recherche et plusieurs des penseurs les plus influents proviennent des USA. Le problème aux USA n’est pas le système universitaire, mais les disparités sociales qui se réflètent dans la piètre qualité d’un bon nombre d’écoles publiques. Le fait qu’un si grand % d’américains ne croient pas en la théorie de l’évolution ne fait qu’illustrer le résultat de la politisation de l’enseignement des sciences, ce qui est entièrement le fait des républicains.

    • Hypothèse: devant la mondialisation de l’humanité et les très grandes avancées de la sciences dans les dernières années, se pourrait-il que certaines personnes n’arrivent plus à comprendre leur environnement et, par réaction, se recentre sur des éléments ou des croyances qui les réconfortent, qui leur donne l’impression de posséder LA réponse?

      En tout cas, j’ai l’impression que nous allons bientôt revivre le fameux procès sur le créationisme vs la théorie de l’évolution selon Darwin !

    • Faut tout reprocher aux américains. Au Canada (et au Québec) on a des infirmières qui croient au Shakra et en parle aux patients dans les hopitaux et des professeurs du primaire qui croient au livre le secret. La culture scientifique est en déclin un peu partout dans les pays développés selon moi. Moins en enseigne la science plus c’est remplacé par un peu n’importe quoi. La nature a horreur du vide.

    • Le problème entre la foi et la science est que chacun veut s’occuper du champs d’activité de l’autre. Quand des créationniste (une petite minorité des croyants en passant) veulent expliquer l’origine scientifique du monde à partir de la Bible, ils ne sont pas dans leur registre, la Bible n’étant pas une explications scientifique de l’Univers, loin de là…

      Et quand les scientifiques émettent le préjugé qu’il n’existe aucune autre réalité que celle, matérielle, qu’ils peuvent toucher du doigt et constater avec évidence, ils ne sont plus dans le domaine de la science mais de la foi, de leur foi. Ce préjugé qu’il n’existe pas d’autre réalité que la matière ne repose sur rien, n’est pas de la science…

      Si la science s’occupait de ne pas faire de philosophie, mais d’expliquer, comme le veut sa mission, comment le monde fonctionne, et si la foi s’occupait d’expliquer le sens de la vie, sans chercher à expliquer comment fonctionne la matière à partir de textes religieux, le respect entre les différents champs de connaissance pourrait être retrouvé…

    • @ouate_de_phoque
      Excellente hypothèse.
      J’ai souvent dit que le conservatisme (qui poussé à l’extrème devient de l’intégrisme) était basé sur la peur. Peur du changement, des autres, des idées qu’on ne comprend pas. La peur fait justement se replier les gens sur eux-mêmes.

      Ajoutez un peu de mythomanie, de révisionisme historique et d’ultra-patriotisme et ca nous donne la désévolution “d’une partie” des américains, des canadiens et d’une certaine religion.

    • @jean-leon
      Pas d’accord du tout avec votre point de vue.
      La base de la pensée philosophique, c’est la remise en question. C’est ce que la Science fait.
      La religion essaie seulement de perpétuer ses dogmatismes. Très peu de remise en question.

    • @jean-leon
      “Si la science s’occupait de ne pas faire de philosophie”
      Selon vous, quel champ Descartes aurait-il du abandonner ? Physique/maths ou philosophie.

      Et Michael Polanyi, chimiste ou philosophe ? (il est le père du prix Nobel de chimie 1986: John. Un canadien en plus).

      Et il y en a d’autres.

    • à gl000001 Descartes aurait pu abandonner la philosophie. Son “Je pense donc je suis” est en partie absurde…

      Et lorsque vous dites que la religion “essaie seulement de perpétuer ses dogmatismes”, je constate que vous n’avez pas fait un bac en théologie. C’est ce que je disais précédemment, beaucoup d’esprit scientifique veulent traiter de philosophie sans en connaître plus qu’un enfant de 5 ans. Albert Jacquard qui avait fait un petit bouquin sur Dieu s’est fait vertement reprendre par des théologiens et il a du, avec humilité, avouer qu’il n’y connaissait pas grand chose… Son livre suivant, il l’a écrit avec un philosophe attitré. Je connais peu de scientifiques vivants qui ont la même ouverture d’esprit, et la même humilité…

      Non, je ne crois pas que Descartes aurait pu abandonner la philosophie, pas plus qu’une bonne proportion des plus grands savants de l’époque moderne — Blaise Pascal (math, physique, philo, théologie), D’Alembert (maths, philo), Marin Mersenne (math, philo, lui-même moine), et tant d’autres —, parce que le Savoir et la Foi étaient alors trop intimement intriqués pour cela. À cette époque, beaucoup plus que maintenant, s’intéresser au premier allait souvent de pair avec au moins une bonne réflexion sur la religion et l’Église.
      JFC

    • à Jean-François, je nuance un peu ma position. Bien que je crois toujours que la perte de la “philosophie” de Descartes ne serait pas très grande, j’avoue que la plupart des savants d’une autre époque avait des connaissances suffisantes, pour leur époque, pour pouvoir discourir à la fois de philosophie et de sciences. Mais pour la très grande majorité des scientifiques d’aujourd’hui, ce n’est plus vrai. J’ai cité l’exemple modèle d’Albert Jacquard. Je pourrais citer également celui d’Hubert Reeves où lors d’une conférence donné à la Sorbonne, j’ai vu les étudiants, mes confrères en philosophie, véritablement déçu de l’entendre s’exprimer sur des questions philosophiques dont il ne maîtrisait pas l’abc… Non, beaucoup de scientifiques qui n’ont qu`à peine leur cours de philo du cégep se croient investis d’une sagesse universelle parce qu’ils peuvent nous expliquer avec une grande intelligence le “comment” de l’univers. Mais l’intelligence et la capacité de raisonner juste et de façon logique avec des concepts plus abstraits, sont deux choses différentes… et qui ne sont pas données à tous en même temps!

    • Peut-on dissocier science et philosophie quand on parle du théorème d’incomplétude de Gödel? La nature du temps et l’univers en expansion? L’évaporation des trous noirs selon Hawking ou Penrose? L’intelligence artificielle et les critères du test de Turing? Les retombées et défis du projet du génome humain?

      La philosophie nous aide à explorer la PORTÉE et les CONSÉQUENCES des découvertes fondamentales. Elle est nécessaire et indissociable de la démarche scientifique.

    • à hdufort. Hawking est un bon exemple. Le chercheur au CNRS Joseph Marie Verlinde, qui est également docteur en philosphie exprime les failles philosophique de Hawking sur la confusion qu’il entretient entre le néant et le champ quantique fondamental. Et si je comprend bien les failles philosophiques de Hawking selon un juste raisonnement philosophique, je n’ai pas les outils scientifique pour en discuter! Mais lorsque Verlinde parle de Hawking, il parle de grossière erreur philosophique, et selon les faits qu’il expose, c’est le cas! Encore une fois, ne me demandez pas de vous commenter si son analyse scientifique est exacte…

    • @jean-leon Le problème de la philosophie est qu’elle est constamment repoussée un peu plus loin du réel par les progrès scientifiques. Tous les philosophies pourraient probablement disparaître de la surface de la Terre sans que personne ne notent leur absence.

    • @ouate_de_phoque Je partage totalement votre position. Les gens vivent dans un monde technologique qui les dépassent autant que le monde naturel dépassait nos ancêtres, il y a quelques siècles. L’ignorance engendre la peur et la peur une volonté de prendre le contrôle de la situation par tous les moyens.

    • @jean-leon Vous exagérer la portée des commentaires de Joseph-Marie Verlinde. Verlinde a eu son doctorat dans les années soixante en chimie nucléaire et est surtout un grand expert en gourou. Incidemment, c’est encore un cas de quelqu’un qui est passé des sciences à la philosophie. Pour une raison bizarre, on ne voit jamais personne faire le chemin inverse.

    • @jean-leon

      Je ne savais pas que la philosophie était une science exacte et que seuls les Ph.D. dans ce domaine pouvait en faire. Et rabrouer Stephen Hawking sur des concepts aussi abstraits que le néant et le champ quantique fondamental relève plus d’une réaction de frustration envers une réflexion qui implique que Dieu n’a pas créé l’univers (à noter que Joseph-Marie Verlinde est également prêtre catholique) qu’un d’un réel soucie de rigueur intellectuelle.

      @ouate_de_phoque

      Je suis également tout à fait d’accord avec vous. La science a longtemps été un milieu plutôt fermé dans lequel gravitaient quelques personnes influentes mais maintenant qu’elle a envahi la vie de tous les jours de la population en générale, beaucoup de gens ressentent un sentiment d’insécurité devant ce monstre très complexe qu’ils ne comprennent pas. L’instinct d’auto-protection les pousse donc à se réfugier derrière des croyances faciles à saisir et réconfortantes.

      Il est difficile de leur en vouloir mais c’est tout de même ironique de voir des gens propager ces croyances à l’aide d’ordinateurs Alienware ou de iPhone 4S.

    • @yvan_dutil
      “Le problème de la philosophie est qu’elle est constamment repoussée un peu plus loin du réel par les progrès scientifiques.”

      Ce n’est pas tout à fait vrai. L’épistémologie, par exemple, est par définition la philosophie des sciences et elle évolue avec la science, devenant de plus en plus complexe et nécessaire au fur et à mesure que la science progresse. De plus, le positivisme d’Auguste Compte pourrait très bien servir de base à la définition du mot <> même si c’est un courant philosophique au départ.

      jean-leon semble croire que la philosophie n’est valide que dans le cadre de la théologie et qu’elle est donc incompatible avec la science, ce qui est tout à fait faux:

      “philosophie, nom féminin
      Sens 1 Science qui étudie les principes et les causes, à un niveau abstrait et général”

      http://www.linternaute.com/dictionnaire/fr/definition/philosophie/

    • correction:
      servir de base à la définition du mot “science”. Désolé, j’oublie souvent de ne pas mettre de mots entre des <<.
      Maudit html ;)

    • @jaylowblow Je veux bien croire que l’épistémologie avance à mesure des progrès scientifiques. Cependant, en pratique, la majorité des scientifiques ont quasiment zéro connaissance en épistémologie, mais cela ne les empêche pas de bien faire leur travail. De même, la science crée de nouvelles questions éthiques que les philosophes ont du mal à suivre.

      Bref, la philosophie est à la remorque de la science. D’ailleurs, c’était la base de l’argumentaire soutenu pas un copain pour sa thèse de doctorat en philo (il a aussi un doctorat en physique nucléaire). Selon lui, il serait beaucoup plus pertinent de former les scientifiques aux questions éthiques fondamentales, qui de demander à des philosophes de traiter de ces questions. Évidemment, c’est le genre d’idée qui insultent les philosophes.

    • @yvan_dutil

      Je suis d’accord avec vous. Je voulais seulement mentionner que ce ne sont pas toutes les philosophies qui s’éloignent du réel avec les progrès scientifiques étant donné que plusieurs y sont intimement reliées.

      En passant, je connais très bien votre ami (Y.L.). Le monde est petit et le milieu de la physique encore plus :)

    • @jean-leon
      Dieu a créé l’homme à son image ? Je crois plutot que Dieu a été créé à l’image de l’Homme par l’Homme. La théologie est donc l’étude de pas grand chose.

      J’aime les vues de Jaynes (bicameralism mind) sur ce sujet. Dieu n’est qu’une construction pour expliquer les “voix” qu’entendaient les hommes. Ces voix ne sont que l’hémisphère droit du cerveau qui parle au gauche avant que l’évolution ne fasse que les deux hémisphères puissent se parler et surtout se comprendre.

    • @jean-leon Pour en revenir à l’affirmation de Stephen Hawking, je crois qu’il faut l’interpréter dans le contexte du principe anthropique. Las théories multiverses éliminent ce problème, ce qui mets à mal le concept de Dieu au premier ordre.

    • Je ne confond pas théologie et philosophie, je ne comprend pas pourquoi l’un des commentateurs m’attribue cette confusion.

      Pour ce qui est de la philosophie comme science exacte, ce n’en est vraiment pas une. Par contre, lorsque les principes logiques sont utilisés avec des prémices exactes, cela donne des certitudes tout aussi valables qu’une évidence scientifique. La philosophie réaliste est actuellement la plus solide qui soit.

      Lorsqu’on dit que la philosophie est à la remorque de la science, dans bien des cas, c’est extrêmement dommage. La bioéthique en est un bon exemple. On a pratiqué des avortements à l’hôpital Ste-Justine jusqu’au dernier trimestre de la grossesse et après ce fait, à cause de protestations dans le milieu hospitalier, on a constitué un comité de bioéthique chargé de réfléchir à la question. Avec pour résultat la recommandation d’injecter du moins un anesthésiant au foetus avant de l’éliminer! Certains médecins n’y avait pas pensé… Il est tout à fait dommage qu’on réfléchit après à la valeur de nos expérimentations scientifiques, plutôt qu’avant…

      Enfin, pour Hawking, je mentionnais que mes connaissances scientifiques ne me permettent pas d’évaluer ses dires, mais seulement ses raisonnements philosophiques. Et là, quelque soit notre réflexion sur Dieu, son raisonnement philosophique sur la non-existence de Dieu à partir de sa non compréhension du principe de potentialité, l’une des bases de la philosophie, fait que l’on peut effectivement affirmer, comme l’a fait Verlinde, qu’Hawking fait une “grossière erreur philosophique”.

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