Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

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    Mercredi 28 mars 2012 | Mise en ligne à 11h49 | Commenter Commentaires (12)

    Les femmes affamées donnent-elles naissance à plus de filles ?

    La famine très sévère qui a suivi le «Grand Bond en avant», dans la Chine des années 50 et 60, semble avoir réduit le nombre de garçons qui sont nés dans l’Empire du Milieu à cette époque, rapporte une étude publiée hier dans les Proceedings of the Royal Society – Biology. Ce qui amène théoriquement un peu d’eau au moulin d’une théorie voulant que, même chez les humains, les conditions environnementales pourraient influer sur le sexe des enfants que nous concevons.

    En principe, chez l’humain comme chez d’autres mammifères, le sexe est déterminé par le chromosome (X ou Y) du spermatozoïde qui féconde l’ovule, ce qui donne une chance égale de concevoir un garçon ou une fille — bien que les chances de survivre jusqu’à la naissance sont, elles inégales et favorisent les garçons dans un ratio de 105 à 100. Mais certains biologistes de l’évolution font le raisonnement suivant : lorsque les temps sont durs, les mâles qui naissent risquent d’être moins bien nourris, donc plus malingres que les autres, et donc désavantagés lorsque vient le temps de compétitionner pour les femelles. Pour transmettre ses gènes à long terme, il serait donc moins intéressant, aux années de vache maigre, d’«investir» dans un bébé-mâle qui aura par la suite moins de chance que les autres de transmettre les siens. D’où l’idée que l’évolution aurait pu nous doter d’un mécanisme qui ferait pencher le ratio sexuel vers les filles sous de telles conditions, et vers les garçons lorsque les choses vont mieux.

    Or pour le démographe Shige Song, de la City University of New York, le Grand Bond en avant fournit justement une occasion de tester cette hypothèse. Expérience tragiquement ratée par laquelle le Parti communiste chinois a tenté de collectiviser la production agricole et de moderniser rapidement l’économie jusque là très agraire du pays à la fin des années 50, ce coup de barre radical s’est rapidement transformé en un «Grand Bond vers la famine», qui a duré plusieurs années (1958-61) et tué des millions de gens. Et en suivant le ratio sexuel en Chine entre 1929 et 1982 grâce à un échantillon de 310 000 naissances, M. Song a effectivement observé un léger fléchissement des naissances de garçons, de 109 pour 100 filles avant la famine à 104 pour 100. Le ratio n’est redevenu «normal» qu’en 1965.

    Les résultats de M. Song contrastent avec d’autres études du même genre, qui n’avaient trouvé aucun effet de famines survenue pendant la Deuxième Guerre mondiale sur le ratio des sexes, lit-on dans ce compte-rendu de Nature. Mais il est possible que ces disettes n’aient pas durée assez longtemps pour ce faire, se défend le démographe.

    Notons aussi que les experts qui ont commenté l’étude dans Nature et Science n’étaient vraiment pas tous convaincus que l’on puisse attribuer le changement du ratio garçons:filles à un quelconque mécanisme adaptatif, ni même à la famine. Mais d’autres études ayant démontré l’existence de ce genre d’effet chez d’autres espèces de mammifères font croire que, peut-être, il pourrait y avoir «quelque chose là», comme on dit.


    • Je suis toujours en faveur de la recherche scientifique même si il n’y a pas d’application en vue mais faire une étude sur “Les femmes affamées donnent-elles naissance à plus de filles” me laisse bouche bée. J’espère seulement que personne ne va proposer une étude clinique pour répondre à la question; Je survivrai à l’anxiété de ne jamais savoir.

    • Une telle étude basé sur des statistiques démographiques dans des pays ou la tradition veut que l’on souhaite des garcons pour avoir une relève et ou la pension ne dépend que de la présence de fils et ou il faut fournir des montant important en dot a une fille est en partant très risqué …

      On frise la pelure de banane statistique sur les naissances réellement déclarées et les avortements par des moyens en dehors des statistiques…

      La détermination du sexe se fait au début de la conception et n’est pas influencé durant la grosesse par la suite famine ou non …la glace est mince …on peut toujours demander a ”Marcel” peut être qu’avec un coudrier …

    • @mononke,

      la détermination se fait au début, sauf que l’étude ne permet pas de savoir le sexe au début, il n’est connu qu’à la naissance. Or, si la survie des mâles est mise à mal par les conditions extérieures subies par la mère, le taux de naissances le démontrera. En conséquence, je pense qu’au moins la démarche est valable. L’hypothèse de départ n’était pas que la famine a un impact sur la détermination du sexe à la conception, mais sur le taux de survie des foetus en fonction du sexe. Et ça peut être aussi un mécanisme adaptatif hérité. Je ne vois pas de faille dans cette démarche. Nous pouvons questionner la fiabilité des données et les autres facteurs ayant pu induire une mauvaise conclusion, mais pas la démarche elle-même.

    • Ma blonde veut une fille, voyons voir si elle va mettre toutes les chances de son coté…

    • L’avortement est davantage la norme que l’exception en Chine.

      Sauf que les mères Chinoises avortent davantage de filles que de garçons parce que les filles sont moins susceptibles de pouvoir subvenir aux besoins de leurs parents à mesure que ces derniers avanceront en âge.

      Résultat: Il y a 120 naissances de garçons pour 100 filles en Chine et dans le Nord de l’Inde:
      http://www.economist.com/node/15606229

      Les féministes de la 2e vague, elles-mêmes d’allégeance Marxiste, voyaient la Chine de Mao comme un exemple à suivre.
      Entre autres en matière de planning familial.

      On sait maintenant qu’on y avorte plus de filles que de garçons.
      Oups !…Un autre manque de vision à long terme de la part de celles qui veulent redéfinir la société selon leur idéologie.

    • @dc savard

      J’avais cru comprendre que :
      « les conditions environnementales pourraient influer sur le sexe des enfants que nous concevons»
      et non pas que «la famine comme telle avait une influence sur les enfants que l’on rend a terme dans des conditions de famine » si on le voit comme ça c’est bien sur une perspective différente …

      Je demeure quand même perplexe sur la précision des stats puisqu’il s’agit d’un protocole de rd basé sur des études populationelles et non individuelles , dans un millieu ou l’égalitarisme est loin d’être la règle, dans un millieu ou peu importe les raisons on a déjà vu des éliminations et des abandons pas trop légale à la naissance… ce qui joue énormément ‘’sur les autres facteurs”…

      Il n’en demeure pas moins important que ce genre d’étude se fasse…

    • @mononke
      “dans un millieu ou peu importe les raisons on a déjà vu des éliminations et des abandons pas trop légale à la naissance”

      Sauf que cette sélection favorise généralement les bébés de sexe masculin… Je me méfie toujours aussi un peu des analyses post-hoc, mais la tendance identifiée par cet article fait réfléchir !

      @jim777
      “Un autre manque de vision à long terme de la part de celles qui veulent redéfinir la société selon leur idéologie.”

      Vous ne changez pas de cassette souvent, hein ?

    • @ cjulie

      Moi et bien d’autres on ne demande qu’à changer de discours.
      C’est la situation politique actuelle qui ne change pas.

    • Cela fait changement face aux multitudes institutions religieuses qui donnent naissance seulement aux homes depuis la nuit des temps

    • Continue comme cela Jean-Francois, ton blogue est bon pour les hommes seulement.

    • Et pendant ces périodes de disette là en Chine, est-ce que la mortalité infantile était importante ou pas ?

      Et si cela partait plutôt des spermatozoïdes pendant la période de disette ?

      De plus, j’ai l’impression de certains biais sur la survie de l’espèce qui ne dépend pas juste de la capacité du futur garçon à se reproduire et de la compétition pour cela. Cela peut dépendre aussi de la collaboration entre humains.

      La mortalité infantile est une autre question. Si le lien entre famine et baisse des naissances de garçons est bel et bien causal, cela peut effectivement être dû à une surmortalité des spermatozoïdes porteurs du chromosome Y avant la fécondation, mais cela peut faire intervenir bien d’autres mécanismes. Et j’imagine que cela peut aussi n’être qu’un «effet secondaire» plutôt qu’une adaptation à proprement parler — je ne suis qu’un profane, mais il me semble à cet égard que l’effet est faible (109 à 104 par 100) pour qu’il s’agisse bien d’une adaptation.
      JFC

    • Je n’ai rien a dire, sauf que c’est une niaiserie comme sujet!

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