Sciences dessus dessous

Archive du 26 mars 2012

Lundi 26 mars 2012 | Mise en ligne à 14h02 | Commenter Commentaires (27)

L’ADN de la Lune

La principale théorie sur l’origine de la Lune, qui veut que l’astre nocturne soit issu d’une collision entre la Terre et une «planète vagabonde» de la taille de Mars, vient de prendre un bon «coup dans les genoux». Des analyses isotopiques publiées dans Nature Geoscience montrent en effet une composition extrêmement proche de celle de la Terre, alors que le matériel que la planète vagabonde (nommée Théia) aurait laissé derrière elle aurait dû introduire des différences notables.

Les isotopes, comme on le sait, sont des «versions» légèrement différentes d’un même élément. La nature de celui-ci est déterminée par le nombre de protons dans son noyau — par exemple, 6 protons donnent du carbone, 7 de l’azote, 8 de l’oxygène, etc. —, mais à côté de ces protons se trouvent des neutrons, dont le nombre peut varier sans que cela change la nature de l’atome. Ce ne sont pas toutes les combinaisons qui sont possibles, beaucoup étant trop instables pour exister à l’état naturel, mais il peut y avoir plusieurs isotopes stables d’un même élément.

Ainsi, l’oxygène peut avoir indifféremment 8, 9 ou 10 neutrons, ce qui donne trois isotopes : l’oxygène-16 (on écrit 16O), l’17O et l’18O. Sur Terre, l’immense majorité des atomes d’oxygène appartiennent au premier type (99, 76 %), mais il y a quand même 0,039 % d’17O et 0,201 % d’18O. Or comme l’expliquent les comptes-rendus de Nature et de Science, les proportions d’isotopes sont en quelque sorte l’ADN d’une planète, chacune ayant des ratios qui lui sont propres. L’hypothétique planète Théia devait donc avoir des distributions isotopiques différentes de celles de la Terre, si bien que si la Lune est bien un mélange des deux comme on le pense — les modèles suggèrent que plus de 40 % de la Lune proviendrait de Théia —, ses ratios devraient différer des «nôtres».

On avait déjà fait cette comparaison pour l’oxygène, qui avait montré des proportions identiques à celles de la Terre, mais comme l’oxygène est un gaz aux températures où la collision a eu lieu, on pouvait penser que des échanges avaient tout uniformisé. Or les travaux publiés hier de l’astrophysicien Junjun Zhang, de l’Université de Chicago, portaient sur deux isotopes du titane, le 50Ti et le 47Ti, qui représentent respectivement 7,3 et 5,4 % du titane terrestre. Le titane a un point d’ébullition beaucoup plus élevé que l’oxygène (3287°C contre –183°C) et n’a vraisemblablement pas pu être échangé à grande échelle comme un gaz, mais les ratios obtenus sont encore une fois les mêmes que ceux de la Terre.

Ces résultats ne rendent pas l’hypothèse de l’impacteur impossible, mais ses défenseurs devront refaire pas mal de calculs pour continuer de la soutenir.

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Lundi 26 mars 2012 | Mise en ligne à 9h19 | Commenter Commentaires (6)

Socio sapiens qui rit, Mono sapiens qui pleure

Les personnes qui vivent seules font en moyenne 80 % plus de dépressions que celles qui vivent en colocation ou en famille, a trouvé une étude finlandaise publiée récemment dans BioMed Central – Public Health. Rien de bien étonnant, dira-t-on peut-être, puisque l’humain est un animal social, mais ce qui est intéressant, ici, est que l’étude portait uniquement sur les gens en âge de travailler (entre 30 et 65 ans), alors que l’on associe plus spontanément le couple solitude-dépression aux personnes âgées.

L’équipe dirigée par Laura Pukki-Raback, de l’Institut des sciences comportementales de l’Université d’Helsinki, a basé son travail sur un échantillon de près de 3500 personnes, qui avaient participé en 2000 à une vaste étude de santé publique qui donnait plusieurs détails sur leurs habitudes de vie (mode d’habitation, type de travail, stress, etc.). Leur consommation d’antidépresseurs a ensuite été monitorée pendant sept ans, et utilisée comme indicateur de dépression.

Les chercheurs ont alors trouvé que les gens qui vivent seul furent 81 % plus nombreux à acheter des antidépresseurs. Et même quand on élimine l’effet de certaines variables interreliées — les personnes qui vivent seules, par exemple, ont des finances en moyenne plus serrées parce qu’elles ne partagent pas les coûts de leur logement et de l’épicerie, et des finances précaires sont à leur tour associées à la dépression — même quand on contrôle ces variables, donc, l’écart demeure entre 64 et 74 %.

Bref, comme le dirait sans doute le maire Labeaume, les Socio sapiens sont en général plus heureux que les Mono sapiens. Plus de détails dans mon papier paru ce week-end dans Le Soleil.

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