Sciences dessus dessous

Archive du 6 mars 2012

À l’échelle du Québec, une somme de 300 millions $ représente (trop) souvent le montant total de toutes les subventions de recherche pour une discipline au grand complet. C’est pourtant bien ce que vient potentiellement de décrocher un seul spin-off de l’UQAM, Angiochem, entreprise créée pour «valoriser» les recherche du biochimiste Richard Béliveau, par le biais d’une entente avec la multinationale GlaxoSmithKline. Pour paraphraser un certain Arnold : Kashling, baby !

L’entente a été annoncée par l’UQAM cet après-midi par voie de communiqué, mais se trouvait sur le site d’Angiochem depuis quelques jours. Elle comprend l’octroi immédiat de 31,5 millions $ pour démarrer les activités de recherche et pourrait atteindre près d’un tiers de milliard — ce qui ne comprend pas d’éventuelles royautés, dont le montant n’est précisé nulle part. La cible sera des maladies héréditaires rares comme les maladies de Tay-Sachs, de Fabry et de Gaucher, qui ont en commun d’affecter des enzymes contenus dans les lysosomes — structures des cellules chargées de «désassembler» diverses substances à l’intérieur de la cellule.

Ce qui intéresse GSK, c’est l’expertise développée par le laboratoire de M. Béliveau pour mettre au point des molécules qui traversent la barrière hématoencéphalique, sorte de frontière étanche qui empêche beaucoup de molécules de passer du système sanguin au cerveau. Cette barrière est très utile pour protéger la «matière grise», organe fragile s’il en est un, ne laissant passer essentiellement que l’oxygène, les nutriments nécessaires aux neurones et les déchets qu’ils produisent. Mais elle s’avère aussi un obstacle pour la médecine moderne, car elle bloque l’accès à des médicaments qui devraient se rendre au cerveau. C’est le cas notamment des enzymes de remplacement qui sont injectés aux gens atteints des maladies lysosomales : ces enzymes font leur chemin et remplissent leur mission partout dans le corps, sauf dans le cerveau, à cause de la fameuse «barrière».

Le mandat d’Angiochem sera donc celui d’un contrebandier, en quelque sorte : trouver une manière de «berner» la barrière hématoencéphalique pour que les précieux enzymes parviennent jusqu’au système nerveux central.

J’ignore si ces 300 millions $ sont un record dans les annales de la recherche québécoise, mais cela ne doit pas en être loin…

Correction (7 mars, 14h50) : la formulation d’une version antérieure de ce billet pouvait laisser croire que c’était le laboratoire de M. Béliveau qui avait signé l’entente de 300 millions $, alors que c’est bien Angiochem qui en bénéficiera.

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