Le Parti conservateur n’a jamais caché sa préférence pour la recherche très appliquée donnant des résultats très tangibles et à court terme. Le PCC n’a pas aboli ses subventions à la recherche fondamentale, il faut le dire, mais chacun de ses budgets réoriente un peu plus l’appui du fédéral vers ce genre de recherche, et son dernier, présenté hier, est nettement son plus «achevé» de ce point de vue.
Pratiquement toutes les mesures qu’on y trouve sur la recherche (voir p. 57 et 58 du document) parlent de «partenariat avec l’industrie», de commercialisation, de «recherche dirigée par l’entreprise», etc. Les trois organismes subventionnaires de la recherche devront également se serrer la ceinture afin d’investir davantage dans ce genre de recherche. Les IRSC (santé) et le CRSNG (sciences et génie) devront couper 15 millions $ chacun cette année, et le CRSH (sciences humaines) 7 millions $, afin que «le gouvernement (réinvestisse) la totalité des économies réalisées en 2012-2013 dans les enjeux prioritaires des conseils subventionnaires, en particulier, les partenariats entre l’industrie et les universités.» (p. 304)
Ottawa demandera un autre 37 millions $ de coupures à ces trois organismes l’an prochain, et 29,5 millions $ à l’Agence spatiale d’ici 2014-15. Le Conseil national de la recherche devra quant à lui fournir 16,3 millions $ d’économies d’ici l’an prochain, mais recevra d’un autre côté 67 millions $ supplémentaires dès cette année pour «réorienter ses activités vers la recherche dirigée par l’entreprise et pertinente pour l’industrie».
C’est un choix, et il a le mérite d’être clair et assumé. Et qu’on me comprenne bien : il y a certainement de bonnes choses, et même d’excellentes, qui seront issues de ces investissements. De la recherche pratico-pratique, ça en prend. Tant mieux si on en a davantage : voilà qui doit être porté à mettre à l’actif du PCC. Mais cela ne doit pas se faire au détriment des autres formes de recherche, comme cela semble être le cas ici. Et voulez-vous bien m’expliquer pourquoi on a un Conseil national de la recherche si c’est pour lui faire faire de la «recherche dirigée par l’entreprise» ?
Le ministre des Finances Jim Flaherty justifie ces mesures par le fait que les entreprises canadiennes ont de tous temps sous-investi en R&D. C’est la pure vérité, comme le démontre éloquemment le tableau de la page 61, mais je me demande si c’est vraiment en le faisant pour elles qu’on les «responsabilisera». À vrai dire, à trop en faire, l’effet final pourrait même être l’inverse.
AJOUT (2 avril) : Les reporters de Science et Nature ont apparemment vu la même chose que votre humble serviteur. Voir ici et ici.
Lire les commentaires (11) | Commenter cet article

L'utilisation de Facebook sert uniquement à simplifier votre inscription. 




