Sciences dessus dessous

Archive du 22 février 2012

Tendez bien l’oreille, et vous entendrez peut-être, quelque part, un grand soupir de soulagement bien viril : une étude qui vient de paraître sur le site de la revue Nature devrait en principe finir d’achever la «théorie de la dégénérescence du chromosome Y», qui prédisait la disparition éventuel du marqueur sexuel masculin.

Les gènes, comme on le sait, s’organisent en «groupes» nommés chromosomes, lesquels s’organisent à leur tour en paires. L’être humain compte 23 de ces paires, dont une, contrairement aux 22 autres, n’est pas composée de deux chromosomes identiques, mais des fameux chromosomes X et Y, qui déterminent le sexe d’une personne — la combinaison XX donne une femme, alors que XY donne un homme. Les spermatozoïdes, qui sont en quelque sorte des moitiés de cellules normales, contiennent soit un X, soit un Y qui se couplent avec le chromosome de l’ovule, qui est nécessairement un X puisque les femmes n’ont «que» ça.

Or, lit-on dans ce résumé sur le site de Nature, jusqu’à il y a environ 300 millions d’années, ces deux chromosomes étaient, chez nos (très) lointains ancêtres, encore identiques (le sexe des individus dépendait d’autres facteurs). Et à partir du moment où cette paire de chromosomes a commencé à servir de marqueur sexuel, le fier Y s’est mis à perdre des plumes, à s’égrener lentement, mais sûrement, à tel point que le chromosome Y humain ne contient plus que 19 gènes sur les 600 qu’il avait à l’époque où il était identique au X. De là, d’aucuns avaient prédit la disparition pure et simple du chromosome Y d’ici 10 millions d’années.

Fort heureusement pour la virilité de notre espèce, a découvert une équipe du Whitehead Institute of Biomedical Research (MIT), d’où émane l’étude, cette dégénérescence s’est complètement arrêtée il y a environ 25 millions d’années, époque où l’ancêtre commun que nous avons avec le singe rhésus vivait encore. Les chercheurs Jennifer Hughes et David Page, qui ont dirigé les travaux, ont pu le constater en séquençant le chromosome Y de ce macaque, qui a essentiellement les mêmes gènes que «notre» Y à nous.

Il est donc permis de croire qu’il y aura encore du football et de la bière tablette dans 25 millions d’années.

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