Sciences dessus dessous

Archive, février 2012

Mercredi 29 février 2012 | Mise en ligne à 13h50 | Commenter Commentaires (31)

Le Canada ferme sa station de recherche la plus au nord

La station PEARL (Polar Environment Atmospheric Research Laboratory) fermera définitivement ses portes à la fin du mois d’avril, a-t-on appris hier. Le gouvernement fédéral, qui fait de l’Arctique un thème récurrent de ses discours, n’a pas trouvé les 1,5 millions $ dont la station de recherche atmosphérique la plus au nord du Canada a besoin annuellement pour poursuivre ses opérations.

Il s’agit d’une répercussion directe de la fermeture par le gouvernement conservateur, en 2010, de la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l’atmosphère (FCSCA), qui avait amputé d’environ la moitié les budgets de recherche climatique au Canada. La FCSCA fournissait environ les trois quarts du budget de PEARL.

Rappelons que c’est ce labo qui avait découvert un trou record dans la couche d’ozone au dessus de l’Arctique l’an dernier. Les mesures prises par la station, qui dépassaient l’ozone, aidaient à comprendre nombre de phénomènes atmosphériques.

Ironie du sort, note le blogue de la revue Nature, ce même gouvernement a annoncé en 2007 la construction d’une autre station de recherche en Arctique au coût de 81 millions $, mais si elle finit par voir le jour, ce ne sera qu’en 2017 et elle sera située 1300 kilomètres plus au sud. Pour vous donner une idée, en partant de Montréal, un trajet de 1300 km direction franc sud vous amène jusqu’à la latitude de la Caroline du Sud.

Bonjour l’équivalence…

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Mardi 28 février 2012 | Mise en ligne à 15h33 | Commenter Commentaires (13)

Les patients artificiels

Peut-on «trop» dépister ? À force de vouloir prévenir la maladie, ou du moins l’empêcher de dépasser le stade asymptômatique, ne risque-t-on pas de transformer des millions gens sains en «patients artificiels», avec tout ce qui vient avec en termes de stress, de coûts inutiles et d’engorgement du système ? C’est la thèse que défend un professeur de médecine américain H. Gilbert Welch, dans cette lettre ouverte un brin déstabilisante publiée hier dans le New York Times.

La détection précoce est un crédo qu’a largement embrassé la médecine moderne. Et ce, dans bien des cas, pour notre plus grand bien : pas besoin d’avoir fait sa médecine à Harvard — ni même son cégep, d’ailleurs — pour comprendre qu’il vaut mieux déceler un problème cardiaque avant que le cœur n’arrête de battre, ou qu’il est préférable trouver une tumeur avant qu’elle n’ait tissé tout un réseau de métastases. De même, concède Dr Welch, une étude toute récente du NEJM a montré que la colonoscopie réduit la mortalité dû au cancer colorectal.

Mais voilà, écrit le chercheur, il y a de plus en plus de cas où même la communauté médicale commence à se dire que, tout compte fait, il est peut-être possible d’abuser du pain béni. Dr Welch cite les cas du diabète de type 2, du dépistage systématique du cholestérol chez les enfants et du dépistage du cancer de la prostate — encore que dans ce dernier cas, si j’ai bien lu le document du National Cancer Institute, le problème tiendrait plus à la manière de dépister (celle qu’on connaît apparaît trop imprécise) qu’à un abus de screening à proprement parler. Aux États-Unis, le US Preventive Services Task Force a récemment recommandé de relâcher un peu le dépistage du cancer du sein.

Cette approche peut certainement sauver des vies, poursuit Welch, «mais cela retient beaucoup de gens dans le système inutilement — par des rendez-vous inutiles, des tests inutiles, une médication inutile et des chirurgies inutiles. (…) Cela ne promeut pas la santé, cela promeut la maladie. Les gens souffrent d’anxiété (pour leur santé), des effets secondaires de leurs médicaments, des complications reliées à leurs opérations. Quelques uns meurent. Et n’oublions pas qu’ils se portaient bien quand ils sont entrés dans le système de santé».

Pour l’industrie, c’est une sacrée manne : le «marché» potentiel qui se réduisait jadis aux seuls mal-portants englobe maintenant aussi les bien-portants. Autant dire tout le monde. Et sans rejeter toute l’«approche précoce» du revers de la main, le professeur Welch fait valoir que la prévention dépend d’abord des habitudes de vie et que cela divertit des ressources vers des gens qui n’en ont pas besoin, mais «il est plus facile de transformer des gens sains en patients que de traiter les vrais malades».

J’en dirais, pour démarrer une discussion, que la médecine moderne insiste déjà beaucoup sur l’alimentation, l’exercice et les habitudes de vie — du temps où je fumais, je me trouvais incapable d’approcher à moins de 10 mètres d’un médecin sans me faire dire d’arrêter. Il faudrait sans doute aussi rappeler qu’à une époque pas si lointaine, on reprochait à la médecine moderne de n’intervenir que lorsque les gens se portaient mal, d’être une science de la maladie plutôt qu’une science de la santé. Alors faudrait savoir ce qu’on veut.

Mais quoi qu’il en soit, il s’agit-là d’un excellent texte, qui porte à la réflexion et vaut certainement le détour.

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Lundi 27 février 2012 | Mise en ligne à 15h44 | Commenter Commentaires (58)

Je-me-moi : les riches «moins éthiques» que les pauvres ?

Les gens aisés prendraient-ils plus de liberté que le «p’tit monde» avec l’éthique ? C’est en tout cas ce que suggère une étude menée par des psychologues américains qui vient de paraître dans les PNAS.

Dans un premier temps, l’équipe dirigée par Paul K. Piff, chercheur en psychologie de l’Université de Californie à Berkeley, a observé le comportement des automobilistes dans les rues de San Francisco, déduisant leur classe sociale du modèle et de l’année de la voiture qu’ils conduisent. À une intersection où les voitures provenant des quatre directions devaient faire un arrêt, les psychologues ont observé que les conducteurs au volant des voitures les plus luxueuses (5e échelon sur une échelle de 1 à 5) coupaient d’autres voitures en enfreignant les règles de la priorité environ 30 % du temps, contre environ 10 % pour les 4 autres échelons. Dans une autre expérience, l’équipe de M. Piff a aussi trouvé que seulement 55 % des conducteurs appartenant aux deux échelons supérieurs cédaient le passage aux piétons — une pratique courante dans le monde anglosaxons —, alors que les moins nantis le faisaient entre 70 et 100 % du temps.

Retournant ensuite dans leur labos, M. Piff et al. ont mené plusieurs expériences dont les résultats allaient dans le même sens. Dans l’une d’elles, par exemple, 105 sujets ont participé à une négociation fictive où ils tenaient le rôle d’un employeur faisant passer une entrevue à un postulant qui disait chercher un boulot à long terme. Dans ce scénario fictif, le poste à pourvoir devait être supprimé dans peu de temps, mais les sujets appartenant aux classes supérieures (ce qui était alors déterminé par un questionnaire) ont caché cet élément d’information plus souvent que les autres.

À la fin d’une autre expérience du même acabit, les participants se voyaient offrir des friandises. Celles-ci étaient ostensiblement destinées à des enfants près du labo, mais les sujets se faisaient dire qu’ils pouvaient en prendre quand même. Résultat : les mieux nantis en ont pris en moyenne 1,17, soit  deux fois plus que les autres (0,6).

Bref, pas un portrait très flatteur des «élites», dont les comportements douteux s’expliqueraient, selon les auteurs, par le fait que posséder plus de ressources et de liberté donneraient aux gens de la haute l’impression qu’ils n’ont pas besoin des autres, auxquels ils feraient moins attention. En outre, étant eux-mêmes patrons, ils sont ceux qui surveillent plutôt que ceux qui sont surveillés, et verraient donc moins les risques associés à enfreindre les règles. Ils ont aussi plus de moyens pour gérer les conséquences s’ils se font prendre, font valoir Piff et al.

Leurs résultats sont intéressants parce qu’ils semblent contredire certaines études classiques où les gens des classes aisées — ou du moins, instruites, mais c’est très souvent la même chose — affichaient une morale plus noble que les autres quand ils étaient expérimentalement mis dans une position d’autorité, ou quand quelqu’un en position d’autorité leur demandait de poser des gestes inacceptables. De ce point de vue, cet article des PNAS constitue une sorte de vengeance morale pour les «prolos».

Mais si captivante soit-elle, il me semble que cette étude en dit plus long sur le flou qui entoure la notion d’éthique que sur la valeur morale des riches. Les auteurs définissent ce qui est contraire à l’éthique (unethical) comme toute «action qui cause du tort à autrui et qui est illégale ou moralement douteuse» ; ce n’est certainement pas une mauvaise définition, mais elle embrasse tellement large qu’on peut imaginer une pléthore à peu près infinie d’indicateurs très variés. Certains décriront les classes aisées comme des profiteurs, d’autres non.

Pas étonnant, donc, que les experts à qui j’ai parlé ce matin avaient des opinions très partagées sur cette étude. Ainsi, le sociologue de l’INRS-Urbanisation Jacques Godbout  a trouvé dans ses (célèbres) recherches sur le don des éléments qui vont dans le même sens que l’étude de M. Piff : en proportion de leur revenu, les riches donnent moins aux bonnes œuvres et moins à leurs proches. «Quand on est riche, on a plus de biens, et on peut facilement croire qu’on a moins besoin de lien (social)», résume-t-il.

Mais d’un autre côté, Jacques Bergeron, chercheur en psychologie de la conduite automobile à l’UdM (qui n’était pas très convaincu par l’étude des PNAS), fait remarquer que c’est dans les strates les plus pauvres que la conduite avec faculté affaiblie est la plus courante, ce qui n’est certainement pas le comportement le plus «éthique»…

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