La plus célèbre de toutes les étoiles, Polaris, ou simplement «l’étoile polaire», qui donne le nord depuis des siècles, pourrait être en train de s’effilocher petit à petit, perdant en gaz l’équivalent de la masse de la Terre à chaque année, d’après une étude parue dans Astrophysical Journal Letters.
Menés par l’astrophysicien Hilding Neilson, de l’Université de Bonn, les travaux portent sur environ 160 ans de données, plus précisément sur sa brillance. Celle-ci suit un cycle de 4 jours au cours desquels les gaz de la surface, sous l’effet de la gravité, s’enfoncent vers le centre de Polaris et laissent derrière eux une couche plus opaque qui réduit la quantité de lumière émise. Cette couche finit cependant par être chauffée par l’étoile, qui du coup prend de l’expansion et devient alors moins opaque.
Mais les données examinées par M. Neilson et son équipe montrent que ce «pouls» n’est pas constant : comme l’écrit ce compte-rendu de Science, il s’est au contraire étiré de 4,5 seconde par année en moyenne depuis le milieu du XIXe siècle. Ce qui suggère que la structure de l’étoile est en train de changer.
Or, écrivent les chercheurs, si Polaris est comme on le croit une vieille étoile qui «brûle» de l’hélium, alors ce ralentissement ne peut pas s’accorder avec nos modèles du vieillissement des astres, et la seule façon de raccommoder les observations avec lesdits modèles serait que Polaris perde des gaz.
Notons qu’un autre chercheur, David Turner, de l’Université St Mary’s, a affirmé à Science qu’il demeure possible que l’étoile polaire ne soit pas aussi vieille qu’on le pense, et qu’au lieu d’osciller avec des couches internes qui vont vers l’extérieur et vice-versa, toutes ses couches pourraient «gonfler» et rétrécir à l’unisson. La perte de masse ne serait alors pas nécessaire pour expliquer les observations.










yvan_dutil
30 janvier 2012
15h11
Pour le menu peuple tenu dans l’ignorance par les maisons d’édition scientifique, les auteurs ont eu le bon gout de rendre la prépublication disponible sur le site arxiv : http://arxiv.org/pdf/1201.0761v2.pdf
gl000001
30 janvier 2012
15h29
Donc l’étoile a peut-être un menu amaigrissant qui la fait flatuler. Ou bien, elle fait comme l’autre étoile, Oprah, et elle oscille sur la balance … de la luminosité dans ce cas-ci.
@yvan_dutil
Le menu peuple (pas si menu) vous remercie. ;-)
Ca sera surement intéressant à lire.
yvan_dutil
30 janvier 2012
16h02
@gl000001 Je suis moi-même membre du menu peuple dans ce cas. L’ÉTS n’étant pas abonnée à ApJL.
tango12
31 janvier 2012
07h22
Ce pourrait-il que Polaris aie dans le voisinage un trou noir qui attirerait une partie des gaz?
davidbourque
31 janvier 2012
10h38
@tango12
Je crois que si c’était le cas, ils l’aurais découvert puisque l’absorption de matière par un trou noir est détectable par l’échauffement de la matière au tour du disque d’accrétion.
yvan_dutil
31 janvier 2012
12h38
@tango12 Toutes les étoiles perdent de la masse. De mémoire, le Soleil perd 10^-14 masse solaire par an. Cela se produit principalement en raison de la pression de lumière. C’est pourquoi les étoiles très chaudes (plus de lumière) ou très froides (plus de bandes d’absorption) perdent plus de masse.
Anton_Arfinkel
1 février 2012
13h18
“On a perdu le Nord ! On a perdu le Nord”
Une vieille dame, qui devait avoir connu la WW2, répétait cela en rentrant chez elle le 21 Avril 2002, le jour où Jean-Marie LePen avait atteint le second tour des présidentielles en maudite France. Si Polaris explose, peut-être que les cieux se mettent en colère pour de bon.
Plus sérieusement Polaris est un système triple, Polaris Aa et Ab sont très proches et se tournent l’une autour de l’autre en 30 ans. Polaris B est assez lointaine et ne devrait pas jouer de rôle majeur (sauf sur le très long terme, rendant le système apériodique).
Comme Polaris Aa est une Céphéide, la plus proche de nous, sa pulsation renseigne sur sa masse. Mais on peut imaginer que Polaris Ab vole un peu de masse à Aa.
Comme je ne veux pas raconter d’âneries, je vais lire l’article récent.
Anton_Arfinkel
1 février 2012
14h39
Polaris est effectivement passionnante, et sa complexité dépasse mes capacités. Bien qu’elle ne soit que 7.5 fois plus lourde que le Soleil, elle est 45 fois plus large, et sa densité est 1/100000 celle du soleil.
L’évolution des étoiles Céphéides est en général très complexe, et présente plusieurs changement de mode au cours de la vie.
Le proche compagnon de Polaris est à 18UA, c’est à dire la distance Soleil-Uranus. Autant dire que la piste de danse est … assez petite.
Toutes les étoiles perdent de la masse, mais ceci semble atypiquement rapide pour Polaris Aa. L’article de Neilson (2012) cite celui de Usenko (MNRAS 2005), lequel n’excluait pas un rôle joué par le proche compagnon (Polaris Ab). Usenko cite lui-même Szabados (1994) pour qui il s’agirait d’un phénomène général pour les Céphéides ayant un compagnon proche …
De plus la luminosité de Polaris Aa pourrait avoir évolué très rapidement (1 magnitude depuis l’antiquité) ce qui est inexpliqué.
Merci pour l’article, je vais me chercher une étoile polaire de secours, car finalement celle-là semble bien mystérieuse, et on ne sait jamais !
Noter une erreur sur la page de Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Polaris qui parle d’une augmentation de période de 8 sec/an alors que les astronomes annoncent 4.5 sec/an.