Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

    Ce blogue suit pour vous l'actualité scientifique, la décortique, et initie des échanges à son sujet.
  • Lire la suite »

    Partage

    Jeudi 8 décembre 2011 | Mise en ligne à 10h34 | Commenter Commentaires (19)

    Agrile du frêne : jusqu’où aller trop loin ?

    En travaillant sur un papier à propos de l’agrile du frêne (Agrilus planipennis), plus particulièrement sur la décision de la Ville de Québec d’arrêter d’en planter, je suis tomber sur ceci (pdf), un document fascinant (de manière à la fois encyclopédique en morbide) du US Department of Agriculture sur la redoutable bestiole.

    Pour résumer : A. planipennis est un insecte originaire d’Asie, dont les larves dévorent la partie des arbres (certaines essences, du moins) située juste en dessous de l’écorce, par où transitent l’eau et les nutriments. Dans son milieu d’origine où les végétaux ont eu des millions d’années pour développer des stratégies de défense, il s’agit d’un parasite assez banal.

    Mais en Amérique du Nord, où il est débarqué par accident au début des années 2000, c’est une autre paire de manche. Les frênes d’ici sont incapables de se défendre contre cet insecte, qui n’a par ailleurs à peu près pas de prédateur ni de parasite de ce côté-ci du Pacifique — et qui a le défaut de bien résister aux pesticides. Alors c’est l’hécatombe : 30 millions de frênes en sont morts ces dernières années dans le seul état du Michigan. Imaginez sur tout le continent…

    Ne sachant trop que faire pour juguler la progression de cette espèce invasive, le USDA a donc décidé, littéralement, de combattre le feu par le feu, c’est-à-dire d’introduire sciemment au Michigan trois autres insectes asiatiques connus pour être des prédateurs ou parasites efficaces de A. planipennis. Donc on combat une espèce invasive en amenant d’autres espèces invasives…

    Cela peut très bien fonctionner pour contrôler la population d’agriles du frêne, et c’est la grâce qu’on leur souhaite, mais ce genre de stratégie soulève une question pas jo-jo : on s’arrête où, au juste ? Si les trois espèces supplémentaires qui ont été introduites au Michigan s’en prennent aussi à des insectes «natifs», si elles causent d’autres déséquilibres parce qu’elles non plus n’ont pas de prédateurs ici, est-ce qu’on importe encore d’autres espèces asiatiques pour les contrer ?

    À vue de nez, c’est une de ces questions auxquelles il n’y a pas de bonne réponse — juste des mauvaises. Mais la «moins pire» de solutions, puisqu’il semble que l’agrile du frêne est là pour rester, ne serait-elle pas de laisser la sélection naturelle retenir les frênes nord-américains les mieux outillés pour lui tenir tête ?

    AJOUT (9 décembre, 9h20) : J’ai parlé à un chercheur en phytopathologie de Ressources naturelles Canada, Richard Hamelin, qui vient justement de décrocher une grosse subvention (4,25 millions $ sur trois ans) pour mettre au point une méthode de détection génomique des espèces envahissantes pour éviter leur propagation.

    «En tant que scientifique, commente-t-il, je dirais que ce n’est pas une bonne idée. On connaît des cas où ça s’est très mal passé. Personnellement, j’essayerais plus de trouver un ennemi naturel parmi les espèces locales, que ce soit une maladie ou un autre insecte, et je travaillerais à partir de ça.»


    • Wow! Ca rappelle la Nouvelle-Zélande du temps de l’empire britannique!

      On importe des lapins, parce que c’est tellement pratique et bon. Les lapins, n’ayant pas de prédateurs naturels, se multiplient (comme des lapins)… On importe donc des renards pour chasser la surpopulation de lapins…
      Le renard, si futé, trouve que les kiwis (l’oiseau, pas le fruit), qui ne courent pas tellement vite ni bien, sont bien plus faciles a dévorer.
      S’ensuit l’hécatombe…
      Pas évident comme probleme… Trouver un nouveau pesticide aurait été plus judicieux, il me semble…

    • La meilleur solution d’après moi, c’est d’attendre que l’infestation soit terminé et replanté par après.

      Cependant je pense que le mélange des écosystème volontaire ou pas, à l’heure du commerce international est presque inévitable, malheureusement.

    • Pas grave Jean-François.. si il faut, on importera les grenouilles qui manges ces insectes également. Et s’il faut, on importera les serpents qui mangent ces grenouilles si elles se répendent trop. Et pour les serpents, on pourrait importer des blaireaux. Pour l’épidémie de blaireau, je suggère une importation de léopards. ;)

    • J’ai un frène dans ma cour arrière. J’espère bien que les prédateurs de l’agrile se mettent pas à bouffer mes autres plantes après avoir tué l’agrile (s’il y en a).

      Agrile, est-ce le cousin à Hagrid ?

    • @davidbourque

      J’ai entendu qu’il est désormais possible de lutter contre les insectes en les attirant dans un piège à l’aide d’une hormone qui leur est propre… Ça me semble le moyen le moins intrusif pour lutter contre une espèce étrangère à l’écosystème.

      Les nouvelles espèces ou les pesticides… J’suis pas un spécialiste, mais j’ai des gros doutes.

      Je doute de la faisabilité de laisser l’insecte tout dévorer pour replanter après…sans parler du risque de voir l’insecte changer son alimentation après avoir gonflé ses rangs.

      Reste peut-être juste à espérer que les prédateurs s’adaptent en voyant proliférer une nouvelle espèce…

    • @davidsonstreet
      “Reste peut-être juste à espérer que les prédateurs s’adaptent en voyant proliférer une nouvelle espèce…”
      Mon chat court après les mouches. Je pourrais lui montrer à courir après les agriles.

    • ça me rappelle un épisode des Simpsons ou l’on se débarasse des pigeons avec des lézards, des lézards avec des serpents et des serpents avec des gorilles, et les gorilles meurent de froid à l’hiver…

      Quand la solution ressemble à une idée des scénaristes des Simpsons, c’est peut-être parce qu’il faut y repenser un peu.

      Plus sérieusement déjà dans le papier on sous-entend que les prédateurs s’attaquent majoritairement à l’agrile mais que d’autres espèces ont été parasitées. N’est-ce pas là la preuve qu’advenant l’éradication ou la diminution des populations d’agrile du frêne, on se retrouve avec des espèces locales parasitées?

    • @babische

      ”ça me rappelle un épisode des Simpsons ou l’on se débarasse des pigeons avec des lézards,…. avec des gorilles, et les gorilles meurent de froid à l’hiver…”

      ça à l’air de rien comme ça …mais se servir utilement de l’HIVER pour introduire des prédateurs naturels en s’assurant qu’il crèveront en hiver serait probablment plus brillant que de le faire au hazard sans mesurer les conséquences. L’hiver est déjà en ce domaine un alié très efficace parfois. Mais de la a engager Homer pour la job….

      Pendant des années les exterminateurs ont utilisé l’artillerie lourde contre les cafards ( coquerelles ) le diazinon ainsi on tuait les adultes ( on s’empoisonnait une peu en même temps ) et quelques temps les jeunes réaparaissaient… avec les restrictins imposées la lutte s’est orienté a comprendre les habitude de l’insecte ( connaitre son ennemi) et maintenant one les nourri avec ce qu’ils aiment ( des boulles de sucre en poudre avec un peu de borax peu toxique pour l’humain mais mortel pour les insectes ) ils nourrisent leur progéniture et la lute beaucoup plus soft qu’avant est en réalité beaucoup plus efficace …

      Pour le frênel le seul insecticide systémique approuvé s’extrait à partir du margousier (l’insecticide est l’azadirachtin , Azadiracta indica, communément appelé neem ou huile de Neem ). Toxique pour les insectes il ne l’est pas pour l’humain il est utilisé pour préserver des aliments dans certaines régions, les propriétés insecticides du margousier sont connues depuis des siècles et l’huile est depuis longtemps utilisé en agriculture biologique en ajout aux fertilisants. Mais il faut traiter arbre par arbre ce qui constitue des couts non négligeables et n’est pas efficace si la détection est faite trop tard…

    • “Donc on combat une espèce invasive en amenant d’autres espèces invasives…”

      ===

      On a tellement bien réussi dans notre gestion des stocks de poisson que regardez-nous maintenant aller avec les arbres. Ouch!

      Jean Émard

    • N’y aurait-il pas moyen d’obtenir un hybride, une variété résistante par sélection, ou une modification génétique qui protège cet arbre contre ce prédateur?

      J’ai parlé hier à un biologiste de Ressources naturelles Canada, Richard Hamelin, qui me disait justement que c’était une possibilité envisagée par les Américains. Ils examinent aussi la possibilité de réintroduire le châtaignier (sous forme OGM), essence qui était dominante dans les Appalaches jusqu’à ce que l’endothiose, un champignon introduit par accident, la raye littéralement de la carte, au XXe siècle.
      JFC

    • @monoke,

      Dans une autre épisode des Simpson, on montre les conséquences de l’invasion des crapauds buffles en Australie après leur introduction. C,est drôle dans l’émission, mais la réalité l’est moins.

    • C’est clair qu’il y a eu des erreurs dans le passé lors d’introduction d’insectes prédateurs ou parasitoïdes. Il n’y a qu’à regarder du côté d’Hawaii, et même ici, on est pris avec la coccinelle asiatique. Mais les protocoles d’introduction sont beaucoup plus rigoureux qu’avant, afin de s’assurer que l’espèce introduite ne cause pas de dommages collatéraux chez des espèces non-ciblées. Cette approche est tout de même mieux que de pulvériser des pesticides en plein milieu urbain à l’heure de pointe!

    • @mononke
      Cette huile ne fait pas encore l’unanimité.

      De Wikipedia:

      son usage comme insecticide est interdit en agriculture, maraîchage, jardinage, espaces verts, serres. Un délai d’utilisation est maintenu jusqu’en 12/2010 (pouvant être prolongé au maximum jusqu’en 12/2011) [1]. L’azadirachtine n’est d’ailleurs pas autorisée en France [2]. Dans l’émission “Globalmag” du 21 septembre 2011 (sur Arte) on a expliqué que cette substance était un perturbateur endocrinien, lequel féminise certains insectes mâles. Elle figure cependant parmi la liste des substances actives naturelles proposées par la commission “Moyens alternatifs et protection intégrée des cultures” de l’AFPP [3].

      Un usage dans des locaux (habitation, bureaux) est logiquement autorisé, car le produit relève alors de la directive biocides.
      ——————–

      Ca féminise les insectes males. C’est méchant ça !!

    • @gl000001

      ”Ca féminise les insectes males”

      Donc si on poursuit… c’est un moindre «male»… très surpris que vous l’ayez manqué !…encore un peu de Nescafé ce matin ?

      Oui l’effet endocrinien est connu et ça demeure un un insecticide ( qui TUE les insectes dont certains sont utiles ( ex les fourmis mangent les pucerons qui bouffent les plantes et si les nids sont loin des résidence elles sont plutot utiles…) on croirait entendre l’ami Brossard!

    • Le système immunitaire des arbres est très différent du nôtre mais il existe quand même. Je me demande s’il a des composantes adaptatives. Dans ce cas, pourrait-il être entraîné à réagir à des agressions spécifiques? Je sais que certaines familles de plantes ont des réponses enzymatiques ou chimiques (toxines, etc) au stress et aux agressions, par exemple les plantes de la famille des légumineuses (soja, haricot rouge, etc) qui répondent aux plantes concurrentes ou aux dommages par les insectes. Quel est l’état de la recherche dans ce domaine?

    • J’ai trouvé cette référence:
      http://en.wikipedia.org/wiki/Plant_defense_against_herbivory

    • Autre solution un peu bizarre. Y aurait-il moyen de visser dans chaque arbre répertorié une sorte de petit réservoir qui libère très lentement (pendant toute une saison, par exemple) dans le système vasculaire de l’arbre, par un mécanisme passif, un produit ciblant spécifiquement l’agrile? Un peu comme si on branchait un patient sur une pompe à antibiotiques. Si le petit gadget s’installe à la main en 5 minutes et ne coûte pas cher, on est en business.

    • @hdufort
      Pour protéger les bouleaux de l’agrile du bouleau, la procédure est de “peinturer” une bande de 6 pouces à la base du tronc avec du cygon. C’est bon pour la saison qu’ils disent. Mais le produit pue tellement et longtemps surtout, qu’on est allé porter le produit à la collecte des déchets dangereux. Apres 15 ans sans Cygon, les bouleaux sont encore correct malgré les quelques petits trous d’agrile.

      @mononke
      00:34. Je revenais d’un party de Noël. Juste 2 verres de vin mais la bouffe grecque était dure à digérer.
      Et les fourmis élèvent des troupeaux de pucerons dans l’érable au dessus de ma voiture. Le miellat des pucerons tombe sur la voiture qui devient très sale. Pas toujours utile les fourmis !!

    • @gl000001,
      Le cygon est une vraie horreur environnementale; il est en particulier néfaste pour les abeilles. On peut sûrement trouver mieux, d’autant plus que le frêne n’est pas un arbre consommé par les humains et par les oiseaux et mammifères en général, donc cela ouvre la porte à de nombreuses molécules et toxines.

      Et si on revenait aux lectines? La phasine (PHA) tirée du haricot rouge est un insecticide intéressant car d’origine végétale. Il serait peut-être bien toléré par l’arbre, mais à condition de l’injecter “à la base” (au bas du système vasculaire). Cela se ferait-il?
      http://www.wydawnictwa.ipo.waw.pl/pestycydy/2008-3-4/Sprawka.pdf

      Y a-t-il un expert dans la salle? ;)

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    décembre 2011
    D L Ma Me J V S
    « nov   jan »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    25262728293031
  • Archives