Longtemps recalés au rang de fous, de simplets ou à la rigueur de bêtes de cirque à cause de leurs talents parfois très impressionnants, les autistes reçoivent une attention particulière dans les médias scientifiques depuis quelques jours. Sans doute un hasard, mais je m’en voudrais de ne pas le souligner ici.
Ce papier paru dans Nature, d’abord. Le professeur de psychiatrie de l’Université de Montréal Laurent Mottron, spécialiste de l’autisme — qui est en fait une petite «nébuleuse» recoupant plusieurs troubles caractérisés par des problèmes dans le développement social et par des intérêts/talents/comportements restreints ou répétitifs —, argue que la recherche dans le domaine se concentre depuis trop longtemps sur les limitations qui viennent avec l’autisme, oubliant d’étudier ses avantages. Car avantages il y a, et Dr Mottron en sait long sur le sujet, lui dont le labo compte huit membres (un chercheur patenté, quatre assistants de recherche et trois étudiants) atteint d’une forme ou d’une autre d’autisme. Un compte-rendu en français est disponible ici.
Plus polémique encore, peut-être, est cette hypothèse voulant que des troubles mentaux, au premier chef l’autisme, aurait conféré un avantage considérable à Homo sapiens dans sa lointaine préhistoire. Notre espèce est la seule parmi les hominidés chez qui ces troubles du développement, et d’autres maladies mentales comme la schizophrénie, sont observés, et le séquençage du génome de Néandertal a montré que ce «cousin» avait, pour certains gènes liés à l’autisme et à la schizophrénie, des versions différentes des nôtres.
On peut ainsi penser, soumet le New Scientist (qui reprend la thèse de l’archéologue Penny Spikins, de l’Université de York), que le «focus» particulièrement grand dont sont capables les autistes a pu permettre des avancées technologiques, notamment la révolution qui a chamboulé les outils de pierre de nos ancêtres il y a environ 100 000 ans. Idem de l’apparition du dessin il y a environ 35 000 ans, puisque certains autistes sont extraordinairement doués pour la chose.
J’ai profité hier d’une entrevue avec le grand paléoanthropologue français Pascal Picq, qui est de passage au Québec cette semaine, pour lui soumettre l’hypothèse. Voici ce qu’il avait à en dire : «Pour qu’un tel caractère soit sélectionné, il faut que ses porteurs transmettent leurs gènes plus souvent. Et que je sache, malheureusement, le succès reproducteur différentiel de gens qui sont atteints d’autisme n’est certainement pas meilleurs que celui des autres. Je reste toujours très méfiant de ces pseudothéories qui font ce genre de rapprochement. (…) Ce sont toujours des interprétations a fortiori qui ne sont pas testables.»
(Parenthèse en forme de plug : je n’ai pas l’habitude de faire de pub ici, mais M. Picq est vraiment un leader mondial dans l’étude de l’évolution du genre humain, qui mérite une exception. Alors voilà : il a déjà donné une conférence à l’UQAM hier, mais les Montréalais qui l’ont manqué pourront se reprendre ce soir au Jardin botanique. Son allocution est intitulée Voir l’humain autrement. Billets en vente sur espacepourlavie.ca. M. Picq sera à Québec demain (mercredi), au Musée de la civilisation, où il parlera de La place de l’Homme dans la nature (réservation : 418 643.2158. Fin de la pub.)
Évidemment, on pourrait répondre qu’un succès reproducteur moindre aurait en principe dû effacer les gènes de l’autisme et des autres troubles mentaux — qui demeurent assez fréquent, affectant au total environ 4 % de la population humaine moderne — n’empêche d’interpréter leur persistence comme étant une sorte d’effet secondaire statistique de l’intelligence de H. sapiens. La question demeure ouverte, disons…










jp_martel
8 novembre 2011
12h14
Pas tout à fait d’accord avec M. Picq: si un génie invente un outil ou une forme de dessin et l’enseigne aux autres (ou simplement que les autres apprennent comment il s’y prend et l’imitent sans qu’il y ait de “formation” au sens formel), alors l’espèce peut évoluer, même si l’inventeur n’a pas de descendance. Bien sûr, ceux qui imiteront l’inventeur n’auront peut-être pas son talent, mais ils peuvent tout de même profiter de sa technique et éventuellement même la faire évoluer.
rysen24
8 novembre 2011
14h06
Il faudrait être prudent… Est-ce que les causes des différents troubles qu’on regroupe sous le nom d’”autisme” sont toutes génétiques? Plusieurs mettent en cause des polluants, des pesticides, des side-effects de vaccins, et même des sensibilitées exacerbées (allergies?) à des champs magnétiques intenses, lors du développement de l’embryon ou du cerveau. Et je serais curieux de savoir la proportion d’autistes qui manifestent un talent exceptionnel par rapport à tout ceux qui dépendront d’autrui toute leur vie…
yvan_dutil
8 novembre 2011
14h23
Pour à peu près 90%, il n’y a pas de traitement nécessaire. Ils sont juste un peu bizarre.
hdufort
8 novembre 2011
14h34
L’autisme est effectivement lié à des valeurs combinées “hors norme” pour certains gènes qui gravitent autour du fonctionnement fin de nos neurones et neurotransmetteurs. En quelque sorte, l’autisme nous renseigne sur la précarité de notre équilibre mental en tant qu’espèce intelligente/méthodique, artistique, émotive et sociale. La capacité à étudier un détail ou l’ensemble d’une scène (ou à reconnaître un visage humain versus une personne en particulier), selon un choix conscient et volontaire, peut aussi être affectée par d’autres problèmes neurologiques (par exemple, une lésion à la partie antérieure du lobe temporal).
L’une des questions les plus importantes est liée au fonctionnement fin du cerveau autiste; peu de chercheurs s’entendent sur le rôle des neurotransmetteurs (et de leur équilibre dynamique), sur la présence de connexions anormales entre certaines parties du cerveau, sur des anomalies de croissance ou de connectivité de certaines neurones, sur la taille ou l’organisation hors-norme de certaines structures cérébrales, sur la sensibilité à certains nutriments (hypothèses d’ordre diététique), sur de possibles anomalies vasculaires, etc. Pour compliquer le tout, il est difficile d’étudier le cerveau des enfants autistes dans un PET scan ou un fMRI pendant qu’ils vaquent à leurs occupations normales.
Enfin, la présence d’anomalies du sommeil chez les autistes (par exemple, des réveils complets au milieu de la nuit ou de longues insomnies) est fréquente, mais n’est pas associée à des troubles de la mémoire ou de l’apprentissage; il y a en outre des mouvements répétitifs, des automatismes et des mouvements d’autostimulation chez les autistes. Cela pointe donc en direction de certaines structures spécifiques du cerveau, liées au contrôle de l’inhibition de certains mouvements lents répétitifs, et aux boucles action-récompense. On pense donc aux structures situées entre le cortex frontal et le tronc cérébral, incluant le noyau accumbens, l’aire tegmentaire ventrale, les amygdales, etc. Tout cela est en quelque sorte une “autoroute” à deux directions pour la dopamine et les rétroactions qui y sont asssociées.
walt68
8 novembre 2011
15h39
@rysen24,
Une des difficultés, c’est que le trouble est sous-diagnostiqué. Par exemple, en une personne sur trente-huit soufrirait d’autisme à certain degré. Malheureusement, la peur de subir de l’ostracisme pousse les familles à ne pas s,occuper du problème.
@yvan_Dutil,
Il semblerait que l’état des autistes peuvent être amélioré s’ils sont pris en charge tôt.
walt68
8 novembre 2011
15h47
@rysen24,
Je viens de m’apercevoir qu’il me manque le nom : Corée du sud.
hdufort
8 novembre 2011
16h07
Par contre, il semble que la schizophrénie soit plutôt liée à un dérèglement des mécanismes assurant des états de conscience stables lors de la veille, par opposition à l’état de sommeil. En quelque sorte, la majorité des sympômes de la schizophrénie classique sont expliqués par la superposition de projections mentales (rêves) sur les perceptions réelles pendant l’état de veille; la formation réticulée et d’autres parties du tronc cérébral sont supposés inhiber ces phénomènes, mais ils sont perturbés chez le schizophrène.
La nuit, le sommeil du schizophrène est au contraire très peu efficace, en particulier lors des stades liés à l’assimilation des souvenirs, émotifs ou non (cela implique des parties du cerveau dont l’hippocampe, les amygdale et les ganglions de la base); on constate des anomalies lors du sommeil de Stade 4 et lors du sommeil REM. Une réduction de la taille de l’hippocampe est observée, tout comme des anomalies liées à la dopamine. Il n’est pas clair si l’hippocampe s’atrophie suite à des dommages causés par une surcharge de données et un déficit des phases de “réinitialisation”. Notons que chez l’humain, l’hippocampe est la partie du cerveau où l’activité est très importante, tout comme la création et la destruction de synapses. On pense donc à une sorte de “buffer” linéaire, où sont accumulées, puis rejouées et intégrées les grappes d’informations perçues (le vécu quotidien). L’hippocampe est fortement touché (atrophie) lors des longues crises d’épilepsie, dans la maladie d’Alzheimer, lors de crises d’hypoglycémie ou d’hyperglycémie graves, ainsi qu’en situation d’anoxie. C’est donc un organe fragile, très actif
On peut observer des symptomes semblables à ceux de la schizophrénie chez d’autres sujets:
1) Ceux qui souffrent d’insomnie chronique ou qui n’ont pas dormi pendant plusieurs jours présentent un état psychotique, des troubles de la mémoire, une difficulté à différencer le réel du rêve, une surcharge sensorielle et des hallucinations passagères.
2) Ceux qui ont une lésion au tronc cérébral peuvent avoir des hallucinations visuelles ou auditives souvent très réalistes; ils peuvent toutefois faire la différence entre le réel et le rêve, et ne présentent pas d’état psychotique.
3) Des drogues stimulantes comme la cocaïnes et les amphétamines peuvent provoquer une surcharge en dopamine et des états psychotiques.
4) Les crises d’épilepsie complexes dans le lobe temporal peuvent provoquer des états de veille altérés (absences), des mouvements automatiques ou répétitifs (persévérations) et des hallucinations ou distorsions visuelles.
Enfin, notons qu’une partie des symptomes traditionnellement associés à la schizophrénie sont en fait causés par les traitements physiques et par la prise prolongée de médicaments; par exemple le tremblements, certaines anomalies du sommeil, et un état passif ou apathique (lié à des dommages au lobe frontal ou préfrontal).
Assez curieusement, l’autisme et la schizophrénie sont toutes deux liées à des “autoroutes” de neurotransmetteurs du tronc cérébral vers le lobe frontal. Toutefois, ce sont deux voies PARALLÈLES qui sont en cause, puisque l’autisme semble impliquer la SÉROTONINE et la schizophrénie semble impliquer la DOPAMINE. Notons aussi que la maladie de Parkinson est liée à une diminution drastique que la dopamine.
jim777
8 novembre 2011
17h59
Une petite question:
Certains autistes contemporains sont capables de faire des dessins qui ressemblent à des photographies tellement ces dessins sont réalistes.
Comment se fait-il qu’on ait pas retrouvé de dessins de ce genre aux époques précédant la Renaissance ?
Si on regarde les oeuvres d’art précédant la Renaissance, la plupart ont l’air de dessins d’enfants et sont très éloignées de ce que peuvent faire les autistes contemporains doués pour l’art .
jim777
8 novembre 2011
18h08
Un peu de trivia:
Le syndrome d’Asperger fait partie de la famille de l’autisme et serait une forme d’”autisme léger”.
Quelques individus historiques présumément atteints de ce syndrome:
Hitler, Einstein, Mozart, Stanley Kubrick, Isaac Newton, Nikola Tesla, Andy Warhol, Thomas Jefferson, Glenn Gould et bien d’autres.
Source:
http://en.wikipedia.org/wiki/Historical_figures_sometimes_considered_autistic
Un article sur le syndrome d’Asperger:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_d%27Asperger
gl000001
8 novembre 2011
21h01
Moi, c’est la dyslexie qui m’interpelle. J’ai appris récemment que certaines langues augmentent le problème. Un langage “opaque” comme l’anglais cause plus de problèmes que les langages “transparents” comme l’italien ou l’espagnol. Le français se situe au milieu.
Pierre Duhamel en parlait dans son blogue récemment :
http://blogues.cyberpresse.ca/lapresseaffaires/duhamel/2011/04/18/la-dyslexie-lavantage-cache-des-entrepreneurs/
“Parce qu’il en arrache avec les mots, le dyslexique compense en utilisant d’autres parties de son cerveau. Il pense davantage en termes d’images que de concepts. ”
“Une personne « normale » discerne 150 images par secondes alors que nous pouvons en voir de 1500 à 4000 par secondes. ”
Est-ce qu’un enfant dyslexique qui parle un langage transparent aura cet avantage de penser en images et en concepts ? Autant qu’un dyslexique qui parle anglais par exemple ?
Ca m’interpelle parce que j’avais des petits problèmes de langage étant jeune. Je pensais un mot et j’en disais un autre. Toujours les mêmes paires de mots d’ailleurs. Et je prononçais mal certains mots. Par exemple, je disais “ahydravion” plutot que “hydravion”.
Je me suis souvent demandé si c’était un cas faible de dyslexie et si c’était relié à mon problème de latéralité (mélanger la gaucher et la droite, assez grave quand j’étais jeune, moins pire depuis que je suis adulte). Par chance, ça ne m’a jamais causé de problèmes scolaires. J’étais premier de classe en français.
@hdufort
Excellente vulgarisation.
gl000001
8 novembre 2011
21h06
@jim777
Ce n’est pas pour vous relancer mais plein de gens connus et géniaux étaient dyslexiques :
http://www.dyslexia.com/famous.htm
olivierpicard18
8 novembre 2011
23h22
@hdufort,
La schyzophrénie est plutôt un problème d’inhibition que de superposition, la superposition étant causé par le manque d’inhibition. Les autistes ont plutôt un problème de neurones miroirs d’où les problèmes d’interaction sociale, en fonction de la gravité sa affecte plus ou moins le comportement globale, mais ceux qui se situe très faiblement dans le spectre autiste n’ont pas besoins de traitement ils ne seront pas diagnostiqué de toute façon. La plupart de ceux-ci se retrouve dans les universités
dcsavard
9 novembre 2011
01h38
@jp_martel,
désolé pour vous, mais moi je penche pour la version de M. Picq (en passant, dommage que la plogue n’était pas faite plus tôt, j’ai donc raté aussi la seconde conférence).
Transférer de la connaissance à des descendants, ce n’est pas ce que nous appelons l’évolution. L’évolution est la transmission de caractères génétiques, pas de connaissances acquises.
dcsavard
9 novembre 2011
01h43
@jim777,
ce sont les techniques de dessin et de peinture qui ont évoluées et permis la réalisation d’oeuvres plus réalistes aux artistes modernes. Les techniques connues ne le permettait pas jusqu’à la découverte d’une série d’astuces géométriques, d’outils, de matériel permettant des peinture réalistes. Cela n’a rien à voir avec le talent intrinsèque d’une personne ou sa capacité de se concentrer pour reproduire une image. Peut-être bien que le peintre de Lascaux était aussi doué que Géricault et Delacroix, mais il n’avait pas le matériel et les techniques à sa disposition.
walt68
9 novembre 2011
06h45
@jim777,
Vos connaissances dans les domaines scientifiques ne vous confèrent pas des qualités d’esthète…
Les artistes ne représentent, en général, pas la réalité, mais une idéalisation, voire une exagération des canons édictés selon l’époque. Pour vous en convaincre, je vous conseille de vous arrêter pour consulter des ouvrages spécialisés en histoire de l’art.
D’ailleurs les Grecs ont façonné des oeuvres frôlant la perfection et pourtant… les artistes, au cours de l’histoire, ont plutôt opté pour s’émanciper de la réalité idéalisé pour s’abandonner au monde onirique et fantaisiste.
yvan_dutil
9 novembre 2011
06h53
@olivierpicard18 “ceux qui se situe très faiblement dans le spectre autiste n’ont pas besoins de traitement ils ne seront pas diagnostiqué de toute façon. La plupart de ceux-ci se retrouve dans les universités.”
Il y a en a une grande concentration en physique et en math.
plumedesouris
9 novembre 2011
09h07
Il y a une notion, souvent oubliée et pourtant fort bien développée par Peter Vermeulen au sujet de l’autisme. Pour résumer, on peut dire que l’autisme est un problème neurologique occasionnant des troubles dans la communication, la compréhension sociale. C’est en soi un problème. Et il y a chez les personnes dont le cerveau fonctionne de manière autistique, tout comme dans la population à fonctionnement neurotypique une part de personnes à déficience intellectuelle. c’est là un second type de handicap qui se surajoute et il n’est pas correcte de faire l’amalgame entre les deux problèmes.
Une personne avec seulement un problème d’autisme peut avoir une intelligence de moyenne à très élevée et pourra vivre une vie, moyennant quelques aménagements, autonome et agréable. (par quelques aménagements, j’entends des choses qui peuvent être très simple comme savoir ne pas se surcharger en contacts sociaux épuisants…) En revanche, c’est le déficit intellectuel qui peut s’avérer plus handicapant pour les personnes qui en sont atteintes et les amener à rester dépendant d’autres personnes ; mais ceci est vrai pour la population typique comme pour la population autiste.
olivierpicard18
9 novembre 2011
11h07
@yvan_dutil,
en effet et dans tous les domaines scientifiques, leurs faiblesses pour le commun des mortelles sont une force pour leurs champs d’études sa leurs permets un détachement et de ne pas être affecter par le peux de vie qu’il faut pour réussir à de haut niveau dans les domaines scientifiques ou dans la recherches ;)
autismaman
10 novembre 2011
10h01
Précision : l’autisme n’est pas une maladie mentale. C’est un trouble neurologique, plus précisément neuro-développemental selon Dr. Laurent Mottron. Une autre forme d’intelligence. Mais certainement pas une maladie mentale.
olivierpicard18
10 novembre 2011
11h51
@autismaman,
De dire que l’autisme n’est pas une maladie mentale mais un trouble neurologique c’est faire de la geule de bois. Si j’ai une cirrhose du fois, je ne dirai pas que j’ai une trouble du foie, je vais dire que j’ai une maladie au fois. Hors, lorsque les médecins parle de maladie mentale, sa ne se passe pas dans les pieds, sa se passe dans le cerveau. Le terme trouble neurologique est plutôt utilisé parce que dans la population le terme maladie mentale est souvent utilisé avec une connotation négative. Dans ce cas la, ce qu’il faut faire se n’est pas changé le terme mais plutôt expliqué c’est quoi à la population.
ppierluc
10 novembre 2011
12h15
Il ne faut pas oublier que les tests utilisés pour évaluer les capacités intellectuelles (voir ici le WAIS) ne sont peut-être pas adaptés pour saisir les subtilités du fonctionnement cognitif de ces personnes. Par exemple, au même type qu’une évaluation qui est faite avec une personne d’une culture différente, des résultats déficitaires ne sont pas nécessairement le reflet de troubles mais peut-être tout simplement de différences culturels. Il faut noter ici que je ne remets pas en question les troubles de la communication mais plutôt la manière de concevoir la maladie qui se fait toujours par rapport à “notre réalité”.
gl000001
10 novembre 2011
12h29
@autismaman
Quelqu’un qui a des troubles gastriques, ça vient peut-être d’une maladie du foie ?
“Une autre forme d’intelligence.” ca ne fait pas un peu “politically correct” ? Je ne veux pas paraitre insensible mais pourquoi jouer sur les mots comme ça ?
ppierluc
10 novembre 2011
13h10
À moins que je ne me trompe, je crois que ce que autismaman voulait dire c’est qu’on était pas dans le dérèglement de schèmes mentaux, par exemple la dépression. Je vous pose la question, est-ce que l’Alzheimer est une maladie mentale?
autismaman
10 novembre 2011
17h11
Effectivement, je ne joue pas sur les mots, avec moi, on peut appeler un chat, un chat. Une maladie, ça se traite et éventuellement on peut en guérir ou en mourir (on parle de maladie du foie par exemple un cancer). L’autisme n’est pas une maladie, on naît avec et on meurt avec. Mais on est pas forcément malade. Mon fils est Asperger et est en parfaite santé. Son cerveau est construit différemment du vôtre mais il n’est pas malade. C’est ça que je cherche à mettre en lumière. Oui, on peut améliorer certains aspects, certaines difficultés, tout dépendant du degré d’atteinte mais un autiste est un autiste, il ne sera pas guéri demain avec un vaccin ou une pilule. Je ne cherche pas à être politically correct, ça je laisse ça au politiciens ;) Si je dis là comme ça à mon fils, pauvre chéri tu es malade dans ta tête, il va me regarder de travers en maudit et il aura raison. Le fait que l’information est traitée différemment n’indique pas une maladie mais un traitement de l’information différent, point. Mon fils a un développement tout à fait normal pour son âge et il a des petites maladies d’enfants comme tous, genre la gastro et le rhume. Mais il n’est pas “malade”. Je pense que cotoyer l’autisme chaque jour, change la perspective de notre regard sur ce syndrome. Merci ppierluc, je suis en accord avec ce que vous dites et ce n,est pas parce que la maladie mentale est “négative” ou mal perçue, je comprends parce que j’ai déjà vécu une dépression et je sais que l’autisme est à mille lieues d’une “maladie mentale”…
jean_richard
10 novembre 2011
20h08
@ autismaman
Il arrive qu’on naisse et qu’on meure avec une maladie congénitale (trisomie 21, klinefelter, x fragile, etc) . Il n’en reste pas moins que ces atteintes sont des maladies, qui bénéficient d’interventions (psychoéducation, orthophonie, chirurgies, etc.) qui sont bien des traitements, même si non curatifs.
Les troubles envahissants du développement (TED, qui regroupent l’autisme, asperger, rett, etc) sont dans une classe à part, car leur origine est moins claire. Je comprends votre désir de ne pas vouloir stigmatiser les personnes qui en sont atteintes, mais il reste que souvent, lorsque ces troubles atteignent un degré sévère, elles génèrent une souffrance importante chez les TED et leurs proches. Normaliser à tout prix ces troubles pourrait entraîner une banalisation de cette souffrance, ce qu’il faut éviter à tout prix.
En bref, les personnes qui sont atteintes de ces “troubles” ont souvent besoin d’un support équivalant au traitement de n’importe quelle “maladie”. C’est l’essentiel. Après, on peut bien appeler ça comme on veut, c’est de la sémantique…
***
Une petite remarque à propos du festival de révisionnisme historique qui a cours actuellement… Einstein était donc asperger ET dyslexique? Eh ben, le pauvre homme.
Je peux vous trouver des sites qui le disent aussi homosexuel, gaucher, franc-maçon ou illuminati. Vraiment, un homme sensible à toutes les causes.
À ce rythme-là, dans dix ans, il se trouvera des blogueurs pour soutenir que Usain Bolt était cul-de-jatte.
gl000001
10 novembre 2011
23h21
@autismaman
Moi, c’est avec le mot “mentale” que j’ai de la misère. Car de toute façon, une maladie “mentale” est toujours “physique” . Est-ce la dépression qui cause le débalancement des neuro-transmetteurs ou est-ce le contraire ? Et le siège de la pensée, c’est le cerveau. Donc c’est physique.
Le foie filtre les médicaments. Les doses de médicaments tiennent compte de ça. Pour quelques personnes, le foie ne filtre rien. La dose “normale” est donc trop forte pour eux. Est-ce une maladie du foie ou est-ce une façon “différente” de fonctionner ?
Dans le fond, c’est une question de définition. Qu’est-ce que le dictionnaire dit :
“Altération de l’état de santé se manifestant par un ensemble de signes et de symptômes perceptibles directement ou non, correspondant à des troubles généraux ou localisés, fonctionnels ou lésionnels, dus à des causes internes ou externes et comportant une évolution.”
http://www.cnrtl.fr/definition/maladie
C’est le “comportant une évolution” qui fait la différence. Un Asperger ou un autiste, est-ce qu’il y a une évolution dans son “état” (autre que due à l’éducation) ? Donc vous avez fort probablement raison de ne pas appeler ça une maladie. Toutes mes excuses. Je ne cherchais qu’à comprendre.
Donc, mon beau-frère qui est daltonien n’a pas raison d’appeler ça une maladie. Le “fakeux” hahahaha.
@ppierluc
D’après la définition plus haut, c’est définitivement une maladie.
“La maladie d’Alzheimer est une maladie neurodégénérative incurable du tissu cérébral qui entraîne la perte progressive et irréversible des fonctions mentales et notamment de la mémoire.” – wikipedia
C’est donc physique avec un effet sur le mental.
Et un effet sur le moral des gens autour des malades. Mon beau-père y est passé et c’est pas drôle.
olivierpicard18
11 novembre 2011
01h00
@ppierluc,
non en effet l’Alzheimer est une maladie gastrique, L’alzheimer est une maladie mentale qui se passe dans le cerveau pas dans l’estomac, le problème est neuronal comme toute les maladies mentales.
@autismaman,
on n’est avec la trisomie et on meurt avec, sa ne change pas que c’est classifier comme une maladie mentale. D’ailleurs on vient au monde avec une prédisposition à la cirrhose du fois, sa ne change pas que c’est une maladie et que l’on meurt avec. je suis Autiste et je suis en parfaite santé je fais même un doctorats il est ou le problème? Une chance que son cerveau c’est construit différemment du miens, car croyez moi il ne veut pas être dans mon cerveau… et puis tous les cerveaux sont différent. je ne suis pas d’accord avec vous lorsque le monde me disent que je n’ai aucune faculté sociale et que je suis malade dans ma tête je leurs dis oui et puis vous lorsque vous aurez un problème a quelque endroit dans votre corps vous allez regretter vos parole. Mon ordinateur traitera l’information différemment s’il a un virus, mais de dire qu’il le traite différemment d’un autre programme serait de mettre le virus sur un pied d’égalité sur tous autre programme. Bien heureux de savoir que je ne suis pas “malade” dans ce cas je devrais arrêter de faire ce qui est en mon possible pour diminuer les effets de cette “maladie” qui est assez avancer chez nous mes neurones miroirs ne fonctionne pas très bien, mais puisque je suis complètement conscient que c’est une maladie je suis tous les traitements possible donc tous ce qui me permets de compenser pour les neurones miroirs que je manque… de dire que l’autisme est a mille lieux d’une maladie mentale est une façon de se regarder et de dire mon enfant n’a qu’un trouble, plusieurs personne on des troubles. Si il peut vivre en société il peut vivre avec sa maladie, félicitation votre enfant ira a l’université dans un domaines scientifiques, mais sa ne change pas qu’il a une maladie mentale
olivierpicard18
11 novembre 2011
01h01
*nait avec la trisomie
simon_pinard
11 novembre 2011
03h59
Superbement intéressant
@JFC, des plogues comme celle-là, si j’étais au Québec, j’en profiterais autant que faire se peut, alors de grâce ne nous ménagez pas.
Petite question, concernant les autisme et les avancées humaines. Ça pourrait sembler plausible, et diablement solide comme explication, mise à part… la sélection naturelle? Un autiste n’est-il pas moins apte à survivre dans une société “primaire” (pas de connotation ici)? Ses troubles de concentration, je sais pas comment expliquer avec mon vocabulaire sous développé, ne l’aurait-il pas relégué au rang des “non-désirable” parce que sans valeur (cuillette/chasse/labour/faire des enfants/prodiguer des sagesses, et j’en oublie sûrement) dans des société ou chaque être a sa place et sa tâche?
Je pose la question, je ne juge pas.
ppierluc
11 novembre 2011
11h19
@olivierpicard18 et gl000001
Ma question faisait référence au débat trouble neurologique vs maladie mentale en terme de classification. Je sais très bien ce qu’est la démence de type Alzheimer et que dans les grandes classifications, elle est cataloguée comme une maladie mentale. Or, dans notre milieu, on parle toujours de dysfonctions cognitives/troubles neurologiques et non de maladie mentale. Même chose dans la littérature scientifique, on distingue d’emblée ces deux choses. D’où ma question.
@olivierpicard18
Je ne suis pas d’accord avec vous lorsque vous simplifiez toutes les maladies mentales au statut de maladie neuronale. On ne peut pas réduire la complexité de la santé mentale à un simple problème biologique, sans égard à la culture, l’environnement, et/ou la réalité psychique de l’individu. Je sais que nous ne serons pas d’accord là-dessus mais la science n’a pas encore réussi à “isoler” la conscience et je ne crois pas que ce soit une question de temps.
olivierpicard18
11 novembre 2011
12h40
@ppierluc,
on utilise pas le terme maladie mentale dans la littérature scientifique par gueule de bois. La cirrhose du fois est une dysfonction rénale, si vous allez voir le doc il vous dira que c’est une maladie, c’est de la sémantique sur lequel les chercheurs joue puisqu’ils savent bien tous le coter négatif du terme maladie mentale. Si vous n’êtes pas d’Accord que les maladie mentale se passe dans le cerveau vous êtes donc un partisan de la cognition étendue ce qui n’est malheureusement pas une théorie très sérieuse. Peu importe les facteur externe, ils ont une répercussion sur le cerveau donc sa ne change rien. Si j’ai mal a la tête parce que quelqu’un me lance des insultes en criant depuis 30 minutes je ne ressens pas le mal de tête du voisin même si c’est celui-ci qui me le cause.
ppierluc
11 novembre 2011
13h46
@olivierpicard18
Je suis d’accord avec votre point de vue de la sémantique. Toutefois, je ne suis pas d’accord pour dire que l’ENTIÈRETÉ de la maladie mentale puisse être expliquée par des mécanismes biologiques. Malheureusement, on ne peut pas réduire le cerveau à des relations de cause à effet. Qui plus est, il faudrait d’abord pouvoir s’entendre sur une définition de la maladie mentale, ce qui serait long…
Sinon, ce que je veux faire ressortir, c’est qu’il existe bien une différence entre l’emploi des termes mental illness/psychiatric symptoms et neurological symptoms dans la littérature. Ce ne sont pas deux opposés mais bien deux termes utilisés pour décrire deux phénomènes différents. Vous avez seulement à taper ces mots dans Google Scholar ou le moteur de votre choix pour voir que lorsque ceux-ci sont employés en-même temps dans un texte, il désigne des choses différentes. Ce ne sont donc pas des synonymes ou des méta-catégories qui engloberaient l’un ou l’autre.
gl000001
11 novembre 2011
14h42
@ppierluc
Comme je disais à Autismaman, j’ai de la misère avec l’idée de mettre “maladie” et “mentale” ensemble.
Si on prend l’exemple de OlivierPicard18, si quelqu’un te crie après, tu auras une réaction physique “animale” normale face à cette agression: pression artérielle qui monte, sécrétion d’adrénaline, retrait du sang dans les extrémités … tout ça causera probablement un mal de tête.
Donc c’est physique avant d’être mental. A mon sens, on peut laisser tomber le mot “mental”.
Si on ajoute la culture, l’environnement et/ou la réalité psychique de l’individu, tout ça a eu un effet sur le cerveau de la personne et ça l’a amené à un état physique quelconque.
Ex. Si tu as eu une mère controlante et stressante, tu seras prédisposé à être une personne anxieuse suite à tout ce stress, ce qui dérèglera peut-être tes neuro-transmetteurs et tu seras prédisposé à faire des dépressions.
Mais si ta vie a fait que tu as lu un livre sur la relaxation et que ça t’a aidé grandement à te dé-stresser, tu seras une personne équilibrée.
ppierluc
11 novembre 2011
16h15
@gl000001
C’est dans la manière d’expliquer cette chaîne de réaction que nous nous différencions. On ne peut pas dire, je te crie après, tu réagis comme cela. C’est du cause à effet qui ne se tient pas. Ce que vous laissez entendre, c’est que nous serions déterminés par notre bagage biologique (en grande partie par le cerveau) et tous nos moindres comportements pourraient être prédit en suivant cette logique. J’avoue avoir un peu de difficulté avec cette manière de penser.
gl000001
11 novembre 2011
20h31
@ppierluc
Non. Ce n’est pas tout à fait ça. Ce que vous pensez que je dis, ça ressemble à Skinner. On a des réactions humaines comme une table à des réactions de table. Je suis en total désaccord avec Skinner.
La somme de tous nos agissements, apprentissages, expériences, bagage génétique, maladies, douleurs …. forment/déforment/influencent… notre cerveau, notre conscience, notre inconscient …
La conscience a ultimement une base physique: le cerveau. Et le bagage biologique est une base importante, mais pas toute la base. Donnez les mêmes stimulis que j’ai eu à une autre personne et elle sera différente de moi. Mais il y aura bien des choses qui seront pareilles. C’est le culturel, le familial … Ex. J’ai horreur des gens qui mâchent leur nourriture la bouche ouverte. Pour d’autres cultures, c’est normal.
Mais faites-moi vivre dans une famille d’une autre culture et mon cerveau se sera adapté à ça. Consciemment, je vais dire “je me suis adapté” mais cette adaptation a causé un “réalignement des neurones” parce que je me suis forcé à m’adapter. C’est synergistique.