La gravité des amas de galaxies, ces régions aux dimensions absurdes regroupant plusieurs milliers de galaxies comme la nôtre, est tellement forte qu’elle décale vers le rouge la lumière qui en sort, vient de démontrer une équipe danoise, prouvant au passage, encore une fois, qu’Albert Einstein avait raison sur beaucoup de choses. L’étude vient de paraître dans Nature.
La lumière n’est pas directement affectée par la gravité, puisqu’elle n’a pas de masse. Mais la théorie de la relativité générale explique l’attraction gravitationnelle par le fait que toute masse courbe l’espace-temps autour d’elle. Plus ladite masse est grande, plus elle «tord» l’espace-temps autour d’elle, et plus sa gravité est forte. Cette courbure n’«attire» pas les photons à proprement parler, mais on sait depuis longtemps qu’elle peut les faire dévier : une expérience célèbre du début du XX<sup>e</sup> siècle a par exemple montré que, pendant une éclipse totale, les étoiles que l’on voit autour du Soleil ne sont pas au bon endroit, leur lumière étant déviée par «Galarneau». En outre, autour des trous noirs, cette courbure est si forte qu’elle se replie sur elle-même, ce qui explique pourquoi aucune lumière ne peut s’en échapper.
Dans un amas de galaxies, la densité de la matière est loin de suffire pour retenir la lumière prisonnière, mais celle-ci doit tout de même faire un «petit effort», en quelque sorte, pour s’extirper du champ gravitationnel, prédit la relativité générale. Et comme les particules sans masse comme les photons ne peuvent tout simplement pas se déplacer à une autre vitesse que celle de la lumière — c’est là une autre conséquence de la relativité d’Einstein — il s’ensuit que la gravité doit faire perdre de l’énergie aux photons d’une autre manière qu’en les ralentissant : leur longueur d’onde s’allonge. On parle alors de «décalage vers le rouge», cette couleur étant la plus grande longueur d’onde que nos yeux sont capables de voir (autour de 750 nanomètres, contre environ 400 nm pour le violet, la plus courte que l’œil humain perçoive).
Le hic, c’est que le décalage vers le rouge d’origine gravitationnelle n’a qu’un très, très faible effet. Si faible, en fait, qu’il n’avait jamais été observé ailleurs qu’en laboratoire,m et jamais à des échelles cosmologiques, explique ce compte-rendu de Science. Jusqu’à ce que l’astrophysicien Radek Wojtak, de l’Université de Copenhague, et son équipe examinent une montagne de données sur quelque 8000 amas de galaxies. En comparant les longueurs d’onde provenant du centre de ces amas, où la densité et la gravité sont les plus grandes, avec la lumière émanant de leurs franges, les chercheurs ont établi que les photons du centre étaient bel et bien décalés vers le rouge.
Et, plus fascinant encore, les décalages observés correspondent aussi aux quantités de matière sombre prévues par les calculs de gravité — qui sont à peu près la seule manière de détecter de la matière sombre, autrement invisible et impalpable.
Lire les commentaires (18) | Commenter cet article

L'utilisation de Facebook sert uniquement à simplifier votre inscription. 





