Après le Japon (tragiquement) en mars et la Suisse la semaine dernière, le tsunami qui a provoqué l’incident nucléaire majeur à la centrale de Fukushima-Daiichi est passé sur l’Allemagne, hier. La chancellière Angela Merkel a en effet annoncé que son pays fermera toutes ses centrales nucléaires d’ici la fin de 2022. Plus de détails dans cette dépêche de l’Agence France-Presse.
Certes, ce n’est pas une décision aussi étonnante que si, disons, la France faisait une croix sur l’atome — ce dont elle n’en fera rien, a assuré hier son ministre de l’Énergie Éric Besson. Mais tout de même, l’Allemagne est (enfin, «était») un gros joueur dans ce secteur, tirant 22 % de son électricité du nucléaire.
Le Globe and Mail y voit le signe d’une «prudence renouvellée» face au nucléaire, puisque les craintes nées de Tchernobyl avaient eu le temps d’être oubliées. Les auteurs du papier croient aussi y déchiffrer un «vote de confiance» dans la capacité de l’industrie des énergies renouvelables de fournir de l’électricité de manière constante et à des coûts relativement raisonnables.
Le Globe ne mentionne toutefois pas, comme l’AFP, qu’une partie des 22 % d’électricité «manquante» proviendra de nouvelles centrales au charbon. Du point de vue du réchauffement climatique (et des pluies acides), la planète n’en sortira vraisemblablement gagnante que si l’Allemagne parvient à réduire sa consommation d’électricité de 10 %, comme elle l’a annoncé hier, et à fournir le reste grâce à des éoliennes offshore. Ce qui m’a l’air un fichu de gros pari. Il ne faut pas gager trop d’argent contre les Allemands là-dessus, puisque les gros efforts de recherche qu’il ont investis dans les énergies renouvelables leur confèrent une longueur d’avance à plusieurs égards, mais «c’est pas fait», comme on dit…
D’abord parce qu’à ma connaissance, et qu’on me corrige si je me trompe, la consommation d’énergie d’un pays ne fléchit à peu près jamais, sauf lors d’une récession. Et ensuite, comme le souligne le quotidien français Libération, parce que cette décision n’est pas tant un «vote de confiance» aux énergies vertes qu’un aveux de faiblesse politique de Mme Merkel. Celle-ci, analyse Libé, «a perdu tous les scrutins régionaux depuis le début de l’année (et) voulait au plus vite balayer de l’agenda politique la question du nucléaire, très impopulaire dans le pays». Comme la sortie allemande du nucléaire risque de coûter très cher, on peut se demander si cette volonté tiendra le jour ou Mme Merkel ou son successeur se trouvera en position de force.
Faisons pour finir un petit calcul, histoire de voir ce qu’il en coûterait à l’Allemagne de remplacer toute son électricité nucléaire par de l’éolien — et encore, par des hélices terrestres, et non par de l’offshore, plus onéreux. La République fédérale a produit en 2008 631 terawatts-heures (TWh) de courant. Si le nucléaire comptait pour 22 % du total, il faudra donc remplacer quelque 139 TWh, soit l’équivalent de 444 fois le projet québécois des Éoliennes de l’Érable, qui prévoit générer 313 GWh annuellement. En faisant la projection, on obtient environ 22 000 éoliennes, pour un coût d’à peu près 185 milliards $ — bien lire milliards…
Alors est-ce que je suis le seul à penser que la décision de Mme Merkel risque fort d’être : a) éventuellement renversée, parce que trop chère ; ou b) polluante, parce que le nucléaire sera principalement remplacé par des hydrocarbures, plus économiques, et non par de l’éolien ?
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