Sciences dessus dessous

Archive, mai 2011

Après le Japon (tragiquement) en mars et la Suisse la semaine dernière, le tsunami qui a provoqué l’incident nucléaire majeur à la centrale de Fukushima-Daiichi est passé sur l’Allemagne, hier. La chancellière Angela Merkel a en effet annoncé que son pays fermera toutes ses centrales nucléaires d’ici la fin de 2022. Plus de détails dans cette dépêche de l’Agence France-Presse.

Certes, ce n’est pas une décision aussi étonnante que si, disons, la France faisait une croix sur l’atome — ce dont elle n’en fera rien, a assuré hier son ministre de l’Énergie Éric Besson. Mais tout de même, l’Allemagne est (enfin, «était») un gros joueur dans ce secteur, tirant 22 % de son électricité du nucléaire.

Le Globe and Mail y voit le signe d’une «prudence renouvellée» face au nucléaire, puisque les craintes nées de Tchernobyl avaient eu le temps d’être oubliées. Les auteurs du papier croient aussi y déchiffrer un «vote de confiance» dans la capacité de l’industrie des énergies renouvelables de fournir de l’électricité de manière constante et à des coûts relativement raisonnables.

Le Globe ne mentionne toutefois pas, comme l’AFP, qu’une partie des 22 % d’électricité «manquante» proviendra de nouvelles centrales au charbon. Du point de vue du réchauffement climatique (et des pluies acides), la planète n’en sortira vraisemblablement gagnante que si l’Allemagne parvient à réduire sa consommation d’électricité de 10 %, comme elle l’a annoncé hier, et à fournir le reste grâce à des éoliennes offshore. Ce qui m’a l’air un fichu de gros pari. Il ne faut pas gager trop d’argent contre les Allemands là-dessus, puisque les gros efforts de recherche qu’il ont investis dans les énergies renouvelables leur confèrent une longueur d’avance à plusieurs égards, mais «c’est pas fait», comme on dit…

D’abord parce qu’à ma connaissance, et qu’on me corrige si je me trompe, la consommation d’énergie d’un pays ne fléchit à peu près jamais, sauf lors d’une récession. Et ensuite, comme le souligne le quotidien français Libération, parce que cette décision n’est pas tant un «vote de confiance» aux énergies vertes qu’un aveux de faiblesse politique de Mme Merkel. Celle-ci, analyse Libé, «a perdu tous les scrutins régionaux depuis le début de l’année (et) voulait au plus vite balayer de l’agenda politique la question du nucléaire, très impopulaire dans le pays». Comme la sortie allemande du nucléaire risque de coûter très cher, on peut se demander si cette volonté tiendra le jour ou Mme Merkel ou son successeur se trouvera en position de force.

Faisons pour finir un petit calcul, histoire de voir ce qu’il en coûterait à l’Allemagne de remplacer toute son électricité nucléaire par de l’éolien — et encore, par des hélices terrestres, et non par de l’offshore, plus onéreux. La République fédérale a produit en 2008 631 terawatts-heures (TWh) de courant. Si le nucléaire comptait pour 22 % du total, il faudra donc remplacer quelque 139 TWh, soit l’équivalent de 444 fois le projet québécois des Éoliennes de l’Érable, qui prévoit générer 313 GWh annuellement. En faisant la projection, on obtient environ 22 000 éoliennes, pour un coût d’à peu près 185 milliards $ — bien lire milliards

Alors est-ce que je suis le seul à penser que la décision de Mme Merkel risque fort d’être : a) éventuellement renversée, parce que trop chère ; ou b) polluante, parce que le nucléaire sera principalement remplacé par des hydrocarbures, plus économiques, et non par de l’éolien ?

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Lundi 30 mai 2011 | Mise en ligne à 10h41 | Commenter Commentaires (22)

Pas de lunettes-soleil pour le caribou

Vous pensez qu’il serait inutile de mettre des verres fumés à un caribou ? À proprement parler, vous avez tout faux : ce ne serait pas inutile, ce serait carrément nuisible. Une étude britannique parue dans le Journal of Experimental Biology vient de démontrer que les yeux de Rangifer tarandus, contrairement aux humains, sont capables de percevoir les rayons ultraviolets de la même façon que la lumière visible — un peu comme s’il y avait une huitième couleur dans un arc-en-ciel.

Bien que la vision dans l’UV semble assez courante chez les oiseaux, elle ne l’est pas du tout chez les mammifères, qui ne voient que ce que l’on nomme le «spectre visible», soit les ondes électromagnétiques dont la longueur d’onde varie grosso modo entre 750 nanomètres (rouge) et 400 nm (violet). Les longueurs d’onde plus grandes que 750 nm tombent dans l’infrarouge et nous sont invisibles, tout comme les rayons UV, de moins de 400 nm. Ceux-ci, d’ailleurs, sont carrément dommageables pour la rétine. Les rongeurs et quelques espèces de chauve-souris font figure d’exception, mais on peine à expliquer pourquoi.

Or, explique le co-auteur de l’étude Glenn Jeffrey, du University College London, dans cette entrevue au New Scientist, il semble que le caribou tienne lieu d’exception chez les mammifères. En exposant les yeux de caribous anesthésiés à des diodes UV, M. Jeffrey et son équipe ont détecté (grâce à des électrodes) que leurs yeux réagissaient aux ultraviolets comme à la lumière. Des tests en laboratoires sur l’opsine de caribou, une protéine photosensible essentielle pour la vision, a aussi montré une réaction.

Selon les chercheurs, il pourrait s’agir d’une adaptation à la grande quantité de rayons UV qui sont réflétés sur la glace et la neige — environ 90 % contre quelque pour cent en général pour le sol sans neige. Il y aurait donc là une source d’information supplémentaire pour les animaux du Grand Nord, et à plus forte raison pour le caribou puisque les lichens dont il se nourrit absorbent les UV.

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Jeudi 26 mai 2011 | Mise en ligne à 9h54 | Commenter Commentaires (13)

Le top 10 des nouvelles «bibittes»

Le premier champignon aquatique. (Photo : Robert Coffan)

Le premier champignon aquatique. (Photo : Robert Coffan)

L’Institut international de recherche de nouvelles espèces, rattaché à l’Université d’État de l’Arizona, vient de publier son quatrième top 10 des nouvelles espèces, portant cette fois-ci sur les organismes décrits pour la première fois au cours de l’année 2010. À l’œil, les espèces sont principalement choisies pour leur côté insolite, que ce soit dans leur apparence, leur mode de vie, ou autre.

Mon coup de cœur, ci-haut : Psathyrella aquatica, le premier champignon connu à «fructifier» sous l’eau (la partie qui sort de terre est le «fruit» du champignon par lequel celui-ci dissémine ses spores, mais le «vrai» corps du champignon est sous terre), découvert dans une rivière de l’Oregon. Le mycologue amateur en moi ne pouvait pas passer à côté.

Mention (très) honorable à l’OGM ci-bas, Halieutichthys intermedius, sorte de Frankenstein dont le «frame» de base est un mélange de crêpe et de gâteau Élizabeth sur lequel un savant fou a greffé des nageoires et des branchies. Pour tout dire, même son nom est un drôle de mélange : pancake batfish, «poisson chauve-souris en crêpe».

«Mi-crêpe, mi-gâteau Élizabeth, mi-poisson», aurait dit Yogi Berra. (Photo : Prosanta Chakrabarty)

«Mi-crêpe, mi-gâteau Élizabeth, mi-poisson», aurait dit Yogi Berra. (Photo : Prosanta Chakrabarty)

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