Chose promise, chose due : j’ai dit la semaine dernière que je ferais une comparaison de la place faite à la science dans chacune des plateformes électorales. La voici…
Commençons, en guise d’amuse-gueule, par un petit exercice un peu bébête, mais qui en dit quand même un peu plus long qu’on le croirait a priori : le nombre de mentions du mot science dans chacun des documents. Je vous avertis, c’est un peu décourageant…
Parti libéral : 13 mentions
Bloc québécois : 4
Parti conservateur : 3
Nouveau Parti démocratique : 2
Parti vert : 0
Libéraux. Le fait que le PLC utilise ce gros mot qui commence par «s» plus souvent que les autres n’est pas innocent. Les «rouges» sont en effet le parti qui place le plus explicitement la science — plus spécifiquement les biosciences, les «ressources propres» et la technologie numérique — au cœur de son programme économique. Cela ne se traduirait pas nécessairement par un accroissement des subsides sonnants et trébuchants aux organismes subventionnaires comme le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie (CRSNG), mais il y a là une attitude générale face à la science qu’il convient de souligner.
Le PLC est également le seul à souligner l’importance de la recherche fondamentale. Une augmentation des subventions de recherche est promise, mais dans un futur indéfini, quand «la situation financière du gouvernement s’améliorera» — notons ici que le PLC ne propose pas d’échéance pour venir à bout du déficit.
Dans le court terme, la «Stratégie canadienne sur l’eau douce» (225 millions $) comportera sa part de soutien à la recherche. La plateforme libérale prévoit aussi 100 millions $ sur deux ans pour une «stratégie nationale sur le cerveau», mais le dernier budget Flaherty faisait la même promesse — encore qu’il semble étirer la somme sur une plus longue période. Le même budget comprend également un volet sur la technologie numérique.
Enfin, les libéraux promettent de rétablir le questionnaire long du recensement, mais leur plateforme reste muette sur la bâillon imposé par les conservateurs aux chercheurs à l’emploi du gouvernement fédéral.
Bloquistes. La formation de Gilles Duceppe insiste en plusieurs endroits sur l’importance d’un soutien fédéral à la recherche et le rôle de la science dans l’économie. Les crédits d’impôts pour R&D sont d’ailleurs la principale dépense (500 millions $ par année) sous leur rubrique «Stimuler l’économie du Québec». Le document du Bloc propose aussi 2 milliards $ sur trois ans pour soutenir «l’implantation à grande échelle» de la voiture électrique, dont une part pour la recherche.
Petit bémol, cependant : si la plateforme du Bloc ménage une belle place à la recherche, c’est moins la science elle-même que l’industrie québécoise qui intéresse la formation de Gilles Duceppe, une grande partie des mesures suggérées dans le document visant uniquement des domaines importants au Québec, comme l’aérospatiale et la pharmaceutique.
Néodémocrates. Les deux seules mentions du mot science que l’on peut lire dans le programme du NPD consiste à dire qu’il faut fonder certaines choses (des formulaires relatifs aux médicaments et des critères de surveillances des sables bitumineux) sur la science. Autrement, le NPD ne semble pas avoir grand-chose à dire à ce sujet.
Conservateurs. Le ministre Christian Simard me disait l’autre jour lors d’une entrevue téléphonique qu’il ne comprenait pas comment des lecteurs de votre blogue favori pouvaient affirmer que le PCC n’avait pas un bon bilan en sciences alors qu’il y avait investi «des milliards» depuis son arrivée au pouvoir. Disons qu’avec 3 mentions du mot en «s» — et encore, le moteur d’Acrobat ne parvient pas à les trouver dans la version française de leur plateforme (!), comme me l’a signalé Pascal Lapointe, de l’Agence Science-Presse —, ce n’est pas la plateforme conservatrice qui viendra changer les perceptions.
La section «soutien à la recherche et au développement» reprend essentiellement quatre promesses faites dans le budget 2011. Une subvention de 45 millions $ sur cinq ans à l’Institut national de l’optique — que le fédéral a déjà fait danser dans le passé, mais convenons que son financement à long terme est une excellente (bien que tardive) décision. Un autre chèque de 50 millions $ sur cinq ans au Perimeter Institute, qui fait de la recherche en physique fondamentale. La création de 10 chaires de recherche. Et un appui financier à Brain Canada — la plateforme parle de «jusqu’à 100 millions $», mais je n’ai trouvé que deux enveloppes 10 millions $ (sur deux ans) dans le budget.
Disons deux choses sur le bilan des conservateurs en science, que je repique dans l’analyse (très éclairante) du dernier budget qu’a faite l’Association canadienne des professeurs d’université (ACPU). D’abord, si le PCC a accru récemment les sommes remises aux organismes qui subventionnent la recherche, cela n’a fait qu’annuler des coupures annoncées plus tôt. Au final, en tenant compte de l’inflation, les enveloppes auront diminué de 1,2 % en sciences et génie entre 2007 et 2012, 4,1 % en sciences de la santé, et de 10,7 % en sciences humaines.
Ensuite, dénonce l’ACPU, le gouvernement Harper a montré une volonté toujours plus grande d’essayer d’orienter la recherche en fonction de son idéologie. Il le fait en finançant de plus en plus de chaires de recherche sur des sujets bien précis — parfois extrêmement étroits et d’intérêt exclusivement industriel, d’ailleurs —, en coupant les vivres à des organismes comme la Fondation canadienne pour les sciences de l’atmosphère et du climat, ou encore, ajouterais-je, en engouffrant presque tout le Fonds pour l’énergie propre dans la séquestration du carbone.
Il y a là, craint l’ACPU, un danger très net d’une «politisation de la recherche».
Verts. Le Parti vert du Canada offre un programme en demi teinte sur le science. D’un côté, on devine que la recherche (surtout au sujet des énergies vertes) y occupe une place fondamentale dans le programme économique des verts — bien qu’il soit très peu étoffé, le document ne faisant que 12 pages. Le mouvement vert a toujours eu une certaine proximité avec la science — et le PVC est d’ailleurs le seul, à ma connaissance, à promettre de lever le bâillon imposé par les conservateurs aux chercheurs à l’emploi du fédéral.
Mais d’un autre côté, on y retrouve exactement le même genre d’ingérence politique dans la recherche que celui du PCC qui est dénoncé par l’ACPU. Le programme propose d’annuler les subventions de recherche à Énergie atomique Canada Limitée, ainsi que d’arrêter toutes les recherches sur les OGM financées par Ottawa, ce qui implique «de réduire de 10 % le financement (montant utilisé pour les biotechnologies OGM) au CRSNG et au CNRC».
Notons ici que leur document Vision verte, paru l’an dernier, parlait d’accroître de 15 % le financement de ces mêmes organismes. Ceux-ci s’en trouveraient donc un peu mieux financés, mais pas de beaucoup.
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