Sciences dessus dessous

Archive du 8 février 2011

Mardi 8 février 2011 | Mise en ligne à 13h45 | Commenter Commentaires (25)

La caravane nucléaire passe…

Doit-on s’inquiéter du transport de 16 générateurs de vapeur radioactifs sur le fleuve, que vient d’autoriser la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) ? Cette dernière dit par communiqué avoir examiné lors d’audiences publiques la nature de la cargaison et la manière dont elle sera transportée, et estime que le danger sera minime, même en cas d’accident grave. Mais des élus municipaux de Montréal et de Québec, entre autres, ne semblent pas convaincus. La Communauté métropolitaine de Québec en dit même que «les analyses d’impact produites par la Commission semblent (…) reposer sur un scénario de réussite plutôt que sur un scénario de la pire éventualité».

Qui croire ? À vue de nez, je conçois mal que des maires s’y connaissent mieux que les physiciens patentés de la CCSN, mais passons. Après tout, je n’y connais pas grand-chose de plus qu’eux, et peut-être même moins, si ça se trouve. Allons plutôt voir ce que disent les documents de la commission, en particulier le Compte rendu des délibérations

D’abord, la radioactivité. D’après les mesures de Bruce Power, la compagnie qui exploite les réacteurs nucléaires d’où viennent les générateurs de vapeur, la dose de radiation reçue lorsque l’on se tient à 1 mètre des générateurs de vapeur est au maximum de 0,08 milliSievert (mSv) à l’heure — mesure qui a été vérifiée et confirmée par la CCSN. Le Sievert, rappelons-le ici, n’est pas une unité de rayonnement, mais une unité d’«exposition» qui tient compte du fait que tous les types de rayonnement ne sont pas également nocifs et que tous les tissus ne sont pas également vulnérables. La norme pour l’exposition du public est de 1 mSv par année, celle pour les travailleurs de l’industrie de 50 mSv/an (maximum de 100 mSv sur 5 ans), et l’on considère généralement que les effets cancérigènes sont à peu près indétectables sous les 100 mSv.

Donc à 0,08 mSv/h, il faudrait rester à 1 mètre des générateurs pendant 12,5 heures pour surpasser la norme pour le public, et pendant près d’un mois pour la norme des travailleurs. Cela reste clairement radioactif, et il ne faut vraiment pas beaucoup de radiations ionisantes pour causer un cancer, mais ce n’est apparemment pas en regardant passer le bateau de son balcon que l’on tombera malade.

Mais en cas d’accident, que se passera-t-il ? Malheureusement, le pire des scènarios catastrophe étudiés par la CCSN n’est pas détaillé sur son site, mais un porte-parole me l’a expliqué, pdf à l’appui : il s’agit d’un déversement complet et soudain de toute la matière radioactive proche de la rive et d’une prise d’eau potable, accident pour lequel aucune mesure d’atténuation ou de récupération des générateurs serait prise pendant un an. Au bout de cette année, calcule la CCSN, l’exposition maximale dûe à la consommation d’eau potable serait de 40,3 mSv — bien au dessus de la norme pour le public, soit, mais en deçà du seuil pour les travailleurs. Et encore, on en conviendra, il s’agit d’un scénario parfaitement invraisemblable, d’autant plus qu’il y a un maximum de 13 % de la matière radioactive à l’intérieur des générateurs susceptible s’en détacher, le reste étant trop solidement incrusté dans la tuyauterie.

D’après vous, aurai-je raison de ne pas perdre trop de sommeil là-dessus lors du passage du bateau ?

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