Sciences dessus dessous

Archive, décembre 2010

Jeudi 23 décembre 2010 | Mise en ligne à 9h17 | Commenter Commentaires (16)

Et de 300 pour Les Débrouillards

Un dernier billet avant les Fêtes, tout petit d’ailleurs, pour souligner un jalon que le magazine Les Débrouillards vient de franchir, cette semaine, avec la parution de son 300e numéro. Déjà que dans un petit monde comme le Québec, faire vivre un magazine spécialisé en sciences ne doit pas être évident ; mais sortir 300 numéros depuis 1982 d’une revue spécialisée en sciences et qui s’adresse aux jeunes, avouons que c’est quand même «quelque chose», si on me permet l’euphémisme…

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Mardi 21 décembre 2010 | Mise en ligne à 9h56 | Commenter Commentaires (30)

Petite fournée de livres

Au cas où vous n’auriez pas terminé votre magasinage de Noël, voici, en rafales, quelques critiques de livres que j’ai lus récemment — sans jamais avoir le temps d’en parler ici. Certains, comme on le verra, sont d’excellentes suggestions-cadeaux ; d’autres de ces recensions vous éviteront des achats inutiles…

Le grand mensonge vert

Des fabricants automobiles qui vantent la consommation d’essence de leurs véhicules en disant qu’ils roulent 1000 km sans faire le plein — mais en omettant soigneusement d’ajouter que leur réservoir est plus gros… Des VUS que l’on achète la conscience tranquille parce qu’ils sont hybrides, sans se rendre compte qu’ils consomment plus qu’une voiture parce qu’ils sont plus lourds…

Couv-Grand-mensonge-vertDans Le grand mensonge vert. Un guide pour acheter moins idiot (Transcontinental) le consultant en développement durable Jean-Sébastien Trudel et la journaliste Kathy Noël veulent déboulonner les nombreux mythes, demi-vérités et, oui, mensonges éhontés dont on nous bombarde pour nous faire croire aux vertus vertes de tant de produits. À travers moult exemples concrets et quotidiens, ils montrent les différents pièges intellectuels que tendent les départements de marketing à cette fin. La mention «recyclé» signifie-t-elle que 100 %, 50 % ou 10 % des matiériaux ont été réusinés ? Cela comprend-il l’emballage ? Les quelques arbres qu’un sapin artificiel made in China permet de sauver valent-ils la pollution venant de sa fabrication et de son transport ?

Autant de questions — on ne peut plus pertinentes à ce temps-ci de l’année — auxquelles ce petit bouquin amène des éléments de réponse, ou du moins nous fait nous rendre compte de notre ignorance. Dans tous les cas, soulignent les auteurs, réduire notre consommation est toujours la meilleure solution.

Mais pour «acheter moins idiot», on repassera. Malgré de belles qualités, cet ouvrage souffre à l’occasion d’un problème de logique. Ainsi, alors qu’ils prétendent aider les consommateurs à y voir plus clair, les auteurs finissent eux-même par admettre qu’un manque généralisé de transparence empêcherait souvent une chatte d’y retrouver ses petits — fût-elle consultante en développement durable. Puisqu’il est impensable que chaque individu fasse lui-même l’analyse du cycle de vie de tout ce qu’il achète, la solution naturelle à cet écueil serait, il me semble, un meilleur encadrement de l’étiquettage. Mais M. Trudel et Mme Noël passent à mon sens trop rapidement sur les labels EcoLogo et Environmental Choice (indépendants et fiables, mais épouvantablement méconnus) pour se lancer dans un long plaidoyer en faveur d’un système nommé Earthster, qui reposerait sur une sorte d’autodéclaration des compagnie — une formule que notre duo d’écrivains critiquent pourtant, à bon droit, plus haut dans l’ouvrage.

Au final, leurs lecteurs n’achèteront donc pas «moins idiot», mais ils sauront au moins qu’ils n’achètent pas toujours aussi vert qu’ils le croient. Ce qui, disons-le, vaut tout de même le prix du livre.

The Climate War

couv climate warJe l’avoue d’emblée : je n’ai pas lu The Climate War. True Believers, Power Brokers and the Fight to Save the Earth (Hyperion Books) jusqu’au bout. Même pas proche. Son auteur, Eric Pooley, éditeur du magazine Bloomberg BusinessWeek, s’était pourtant lancé dans une entreprise qui promettait d’être des plus intéressantes : faire l’histoire, à partir de la conférence de Bali en 2007, de la lutte que livrent les environnementalistes sur les changements climatiques, et des embûches souvent mensongères que leur lancent les dénialistes.

Mais à force de vouloir tout faire entrer dans son récit et d’empiler des détails pour donner un visage humain à ses acteurs, M. Pooley crée un véritable fouilli de personnages qui devient rapidement assommant. Le fait que ses biographies tirent toutes sur l’hagiographie — ce qui était à prévoir dans ce genre d’exercice — n’est par ailleurs pas étranger au sentiment d’ennui qui se dégage de cette lecture.

Énergies renouvelables : mythes et obstacles

Mon coup de cœur de l’automne : Énergies renouvelables : mythes et obstacles. De la réhabilitation de l’hydroélectricité au développement énergétique durable (MultiMonde/GRAME), écrit par trois chercheurs du Groupe de recherche appliquée en macroécologie, Jean-François Lefebvre, Nicole Moreau et Jonathan Théorêt.

couv mythesSans condamner le solaire et l’éolien, «des énergies qui deviendront essentielles», les auteurs n’en livrent pas moins un vribrant plaidoyer pour l’hydroélectrique. Moins polluants, bien sûr, que les énergies fossiles, les barrages ne prennent pas plus d’espace que les grandes hélices et les panneaux photovoltaïques, contrairement à ce qu’on pourrait croire. En outre (entre autres avantages), ils sont beaucoup, beaucoup plus rentables sur le plan énergétique que toutes les autres façons de produire de l’électricité : alors qu’au cours de sa durée de vie, une centrale hydroélectrique produit entre 48 et 260 fois plus d’énergie qu’il n’en faut pour la construire, ce ratio n’est que de 5 à 39 pour l’éolien, 1 à 14 pour le solaire, 7 à 20 pour le charbon, et 14 à 16 pour le nucléaire.

Cependant, déplorent les auteurs, les projets énergétiques se heurtent à deux obstacles principaux de nos jours. D’abord, le phénomène NIMBY (not in my backyard), sur lequel il n’est pas besoin de s’étendre. Ensuite, le «microenvironnementalisme», qui consiste à militer pour de petites causes écologistes très concrètes, sans égards au big picture, comme on dit. C’est dans cette catégorie que notre trio de consultants classe les luttes que mènent divers groupes pour bloquer la construction de barrages hydroélectriques — malgré tous leurs bienfaits écologiques à grande échelle. S’il y a, certes, des avantages à laisser des cours d’eau à leur état naturel, «ces succès locaux (sont) souvent acquis au détriment de la préservation des grands cycles biogéochimiques, notamment avec l’accroissement des émissions de GES», rappele l’ouvrage.

Il faut penser global, il faut penser interdépendance, et il faut bien choisir ses cibles quand on milite, plaident Lefebvre et cie dans l’un des livres «écolos» les plus intelligents et les mieux documentés qu’il m’ait été donné de lire.

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Mercredi 15 décembre 2010 | Mise en ligne à 17h29 | Commenter Commentaires (70)

Les sables bitumineux dans l’œil de la science

Ceux qui s’intéressent au débat entourant les sables bitumineux feraient bien d’aller jeter un œil au rapport que vient de publier la Société royale du Canada. Celle-ci a mandaté en 2009 un comité de scientifiques indépendants, tous des chercheurs universitaires patentés provenant de plusieurs disciplines (géologie, médecine, biologie, génies divers, économie…), afin de faire le point sur les bons et les mauvais côtés de cette industrie.

Et de la lecture du document se dégage l’impression que l’on a, pour une rare fois dans ce dossier, l’heure juste en la matière. Pour de vrai. Pas l’avis d’une province qui, bien qu’elle ait un ministère de l’Environnement en bonne et due forme, est en conflit d’intérêt jusqu’au cou en la matière. Pas non plus l’avis de militants écologistes qui, malgré leur bonne volonté et (souvent) la justesse de leur cause, ont eux aussi un biais évident et ne possèdent pas toujours l’expertise qu’il faut pour aller au fond des choses. Non : c’est là le travail de vrais scientifiques, qui ont fait le tour des informations sérieuses disponibles (tout en notant celles qui manquent), et qui rendent leur verdict aussi objectivement que possible.

Essentiellement — et je résume beaucoup, ici, notez-le —, ils en arrivent à la conclusion que l’exploitation des sables bitumineux soulève effectivement des problèmes environnementaux et sanitaires importants, et qu’il reste encore de grandes zones d’ombre, notamment parce que les évaluations environnementales albertaines ne respectent pas les meilleures pratiques internationales… Mais ils rappelent aussi que le portrait n’est pas aussi sombre qu’on le dépeint souvent.

Par exemple, notent les auteurs, s’il est vrai que la production d’un baril de pétrole à partir de ces sables est beaucoup plus polluante que celle d’un baril «classique», il reste que l’intensité (les émissions par baril produit) de cette pollution a diminué de 39 % depuis 1990. Soit, ajoutent-ils, l’industrie des sables bitumineux a littéralement explosé pendant la même période, si bien que ses émissions de GES ont alors plus que doublé, passant de 17 à 37 millions de tonnes par année. Mais cela ne représente toujours que moins du cinquième de l’augmentation des GES au Canada depuis 20 ans, c’est peut-être là un symptôme plutôt que la cause réelle du mal : «Environ les deux tiers de la demande totale de pétrole en Amérique du Nord proviennent du secteur des transports. C’est cette demande qui pousse la production des sables bitumineux à la hausse», lit-on dans le rapport.

En outre, la qualité de l’eau de la rivière Athabasca ne semble pas souffrir outre mesure de la présence de Suncor, Syncrude et consorts sur ses rives, m’a dit en entrevue l’un des auteurs de l’étude, l’hydrogéologue de l’Université Laval René Therrien. Un suivi effectué sur plusieurs années, dit-il, n’a pas montré de différences significatives entre l’amont et l’aval des installations pétrolières. Une étude parue à la fin de l’été est arrivée à des conclusions contraires, mais M. Therrien signale qu’elle reposait sur un «très faible» nombre d’échantillons et qu’elle ne détaillait pas sa procédure d’échantillonage.

Certes, cela laisse encore beaucoup d’inconvénients. À part ceux mentionnés plus haut, il faut absolument noter que la réhabilitation (éventuelle) des sites est compromise par plusieurs problèmes — garanties financières insuffisantes, technologies de réhabilitation qui ne sont pas encore au point, et une exploitation qui croît beaucoup plus vite que les projets de renaturalisation.

Et re-certes, ces bémols ne suffisent pas, loin de là, à nous rendre cette industrie sympathique. Mais pour qui cherche à faire la part des choses, pour qui tente de mesurer la teneur en vérité que recèle chaque version, ce rapport est incontournable.

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