Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

    Ce blogue suit pour vous l'actualité scientifique, la décortique, et initie des échanges à son sujet.
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    Jeudi 30 septembre 2010 | Mise en ligne à 14h31 | Commenter Commentaires (19)

    Gaz de shale : ce que disent les rapports de forage

    D’un côté, des militants qui craignent (entre autres choses) que l’exploitation des gaz de shale ne fasse remonter toutes sortes de polluants — sulfure d’hydrogène, métaux lourds, matériel radioactif. De l’autre, une industrie qui assure que rien de tout cela ne dort dans les entrailles des basses terres. Mais bon, ladite industrie est dans la même position que ces joueurs de hockey qui jurent à l’arbitre, la main sur le cœur, qu’ils n’ont rien fait de mal : qu’ils aient raison ou non, on sait qu’ils se diront toujours innoncents, ce qui leur enlève pas mal de crédibilité.

    Alors que faire, qui croire ? Eh bien il semble que la réponse est disponible sur Internet depuis le début du débat, et même avant. Mais quel journaliste, et même quel militant écolo, connaissait l’existence de cette banque de données des Ressources naturelles à l’acronyme imprononçable, le Système d’information géoscientifique pétrolier et gazier (SIGPEG) ? Je suis tombé dessus par hasard en faisant une recherche sur Google — j’ai oublié les mots-clefs, cependant.

    Lucky me, comme ils disent : on y trouve tous les rapports de forage des compagnies (gazières ou autres) ayant percé des trous au Québec depuis le XIXe siècle. Il faut apparemment trois ans avant que la confidentialité ne soit levée, ce qui exclut tous les travaux depuis 2007, mais cela laisse tout de même des documents au sujet de 17 forages visant des shales gazifères dans les basses terres du Saint-Laurent entre 2000 et 2006.

    Mon papier paru ce matin dans Le Soleil est ici. Essentiellement, ces rapports montrent que les polluants appréhendés sont à peu près absents des couches visées. Je souligne ici que les analyses chimiques ont été effectuées par des firmes et des institutions externes, et non des gens de l’industrie. Je n’ai pas relevé systématiquement les auteurs des analyses, mais j’ai remarqué la firme Bodycote et l’Institut de recherche sur l’hydrogène de l’UQTR.

    Un militant écologiste m’a appelé aujourd’hui pour me dire que les systèmes de déclaration volontaire ne sont pas fiables, mais quand je vois une analyse provenant d’un labo universitaire, je me dis qu’il en faudra plus pour me faire croire à la probabilité d’une falsification. D’autant plus que ces rapports de forage vont dans le même sens que ce que me disent plusieurs géologues depuis des semaines — notamment Paul Glover et Georges Beaudoin, de l’Université Laval.

    Ceux qui veulent les consulter eux-mêmes peuvent le faire en se rendant sur le site : cliquer d’abord sur «Puits forés», dans la colonne de gauche ; sélectionner ensuite «Région géologique» dans les «critères de sélection», et «A Basses-Terres» dans les «valeurs». Cela donnera 351 résultats différents que l’on peut classer en ordre chronologique.

    Certes, on peut trouver d’autres raisons que les remontées de polluants pour s’opposer à l’exploitation des gaz de shale. Mais celle-là est revenue souvent dans le débat, et voilà un élément de réponse important.


    • Merci M. Cliche. Je préfère de beaucoup le genre d’articles que vous nous proposez. Au moins, ça nous instruit. Beaucoup plus important pour moi que les reportages sur les rencontres houleuses et plutôt improductives.

      Régis Proulx

    • L’information devrait avoir raison de la peur. Quoique c’est pas tout le monde qui veut être raisonné ou raisonnable en partant !!!

      Drôle de hasard. Il se trouve que j’ai travaillé pour une compagnie qui a développé un système de gestions des informations sur les forages en 1987 ou 1988. Ca s’appelait “shotpoint”. Je n’ai pas personnellement travaillé là-dessus mais je me rappelle qui c’était un très gros projet qui devait garder une quantité phénoménale d’information (pour l’époque bien sur). Ca a pu être completement redéveloppé depuis.

    • De l’information vérifiée et vérifiable, venant d’un journaliste, je me trouve tout ébahi. Je vous félicite. Pendant que vos confrères guettaient le prochain esclandre, à St-Hyacinthe ou ailleurs, vous faisiez de la recherche. C’est inusité. Mais ce n’est pas ce que les gens attendent, ils souhaitent tous obtenir des informations qui viendront confirmer leurs idées reçues. Alors vos confrères leur jettent en pâture des impressions, des perceptions et des images. Ils font ce qu’on leur demande.

    • Et bien, voilà au moins une information valable qui permet de faire évoluer un peu les choses. Mais, diable, pourquoi les principaux intéressés n’ont-ils pas donné cette information-là? C’est ça qui est inquiétant en bout de ligne. Surtout le comportement du gouvernement dans ce dossier est plus que minable.

      L’industrie a donné l’info, mais dans sa bouche, comme je l’ai écrit plus haut, ça devient douteux. Le reste peut s’expliquer par l’une ou les deux possibilités suivantes (enfin, ce sont celles qui me viennent à l’esprit à brûle-pourpoint) :

      - Les relationnistes de l’industrie ne connaissaient pas SIGPEG. J’ai demandé la semaine dernière des rapports de forage à Talisman ; le p.r. m’a dit «aucun problème, c’est public, je vais te chercher ça». Et il a fait la demande au bureau-mère de Calgary…

      - Les stratèges en comm préfèrent toujours servir du prémaché aux journalistes et à la population que de leur donner des données brutes. On peut les comprendre, puisque leur job est de contrôler le message et que des données comme celles de SIGPEG peuvent donner lieu à toutes sortes d’interprétations farfelues dans des mains profanes — j’avoue avoir moi-même creusé sérieusement la filière «baryum» jusqu’à ce que je me fasse dire par un géologue que c’est une composante banale des saumures. Mais dans un dossier comme celui-ci, où l’industrie souffre d’un sévère problème de crédibilité (à tort ou à raison), ses relationnistes auraient effectivement pu/dû invoquer cette base de données pour appuyer leurs dires.

      JFC

    • Bravo M. Cliche pour votre beau travail d’enquête.

      Je suis d’accord avec dcsavard, on ne nous dit pas toute la vérité, dans ce domaine et dans bien d’autres aussi.

      On est pas si poires que ça nous autres, qu’on cesse de nous donner de l’information pré-ruminée comme si on était juste du bétail payeur de taxes qui sert à dire oui avec la tête.

    • En tous cas dans celui-ci:
      Gastem et al., Saint-François-du-Lac No 1 A253.

      Si j’ai bien compris, il y a du gaz, du calcaire, du grès, du shale etc.

      À moins qu’on insère des produitas chimiques là-dedans pour faire craquer le shale, ça a l’air plutôt propre au départ.

    • Je trouve que votre blogue est très intéressant et on voit en vous un esprit ouvert et éclairé. Ça nous manque des journalistes qui nous informe et qui n’utilise pas pas la censure lorsqu’ils sont contrariés. Je sais que mes propos sont parfois assez catégoriques, mais j’aime beaucoup la science.
      Je suis encore plus en faveur du développement de cette richesse collective, suite à votre article, si elle est développée avec intelligence et que les profits soient remis dans la banque des générations futures.

    • Du matériel radioactif? Quoi, du radon? Parce que normalement, l’uranium, ça flotte pas…

    • @lordcraft,

      non, pas du radon plus qu’un autre isotope radioactif. Les métaux lourds non plus ne flottent pas. Et de plus, le radon est un gaz beaucoup plus lourd que l’air, c’est pourquoi il s’accumule dans les sous-sol là où il y a des fuites. Lors de forages, il faut bien extraire les débris et ces débris peuvent contentir toutes sortes de cochonneries. De plus, en injectant sous haute pression de l’eau pour fragmenter la roche, l’eau prend la place de quelque chose ici puisqu’elle exerce une pression qui réussira à briser la roche. Les débris peuvent entrer en solution avec l’eau injectée et être déplacés. Il n’est pas inutile ou ridicule de se préoccuper des métaux lourds et des isotopes radioactifs qui pourraient être ramenés à la surface ou transportés ailleurs pour contaminer la nappe phréatique.

    • Admettons qu’aucun fantôme chimique dangereux ne dorme dans ce sous-sol tant convoité (par QUI, déjà ?), reste des objections majeures (selon l’AQLPA, que je cite textuellement) :

      «
      - Un usage de grandes quantités d’eau pour procéder à l’extraction. Diminution de la quantité d’eau disponible à la population pour d’autres usages.

      - Des injections de solvants chimiques dans le sol pour fractionner le schiste et en extraire les bulles de gaz. Risques de contamination des sols et de la nappe phréatique. Besoins de vastes bassins de récupération de l’eau contaminée dont le mode de disposition reste incertain. Dommages à la surface des sols et aux équipements routiers en raison de la circulation continue de camions citernes.

      - Bruit continu des équipements. »

      Et puis il fallait entendre André Caillé dire en public qu’il n’était plus question de reculer, étant donné les $$$ investis à ce jour. Questions à Messieurs ces Importants Investisseurs : quand donc vous avons-nous obligés à dépenser votre argent là-dedans ?

      Denis Vallières

    • Pour ajouter au commentaire de carbone2008

      En Colombie-Britanique, les permis d’exploration et d’exploitation se vendent aux enchères et atteignent jusqu’à $10000 l’hectare. Au Québec, les libéraux les donnent presque à .10$ l’hectare. Ceux détenus alors par Hydro-Québec ont été CÉDÉS(même pas vendus, CÉDÉS) à des ti-namis de John James Charest qui eux étant sans le sous, en ont vendu une partie à gros prix à des entreprises étrangères empochant des sommes mirobolantes. Ces permis appartenaient pourtant à la collectivité du Québec et ce sont une poignée de prévilégiés proches des libéraux qui ont empoché le pactole. “Cé t’y” assez beau la création de la richesse…des multi-millionaires.
      De plus, les redevances payées au Québécois sont absolument ridicule en comparaison avec celles des autres provinces et états.

      L’eau utilisée est une richesse collective pour laquelle, des redevances absolument ridicule sont versées. Pourtant, c’est la collectivité qui paie pour le système d’aqueduc et les usines d’épuration.
      Il faut aussi parler de la remise à niveau des lieux dévastés auquelle ces compagnies ont été exemptées et dont la facture sera présentée à nos enfants lorsque ces compagnies lèveront le camp pour aller parasiter d’autres lieux.

      Ça commence à faire pas mal de dépenses publiques alors que les profits sont privatisés. Encore une fois, le BS corporatif est fortement subventionné directement et indirectement par nos taxes et nos impôts.

      Quand une bonne dizaine de libéraux ont quitté la vie politique pour joindre les rangs de l’APGQ et les compagnies elles-mêmes, nous sommes en droit de se demander si John James Charest se préoccupe de la création de la richesse du Québec et de ses citoyens ou de la multiplication de la richesse de ses ti-namis.

      Si on ne peut utiliser l’argument des remontées polluantes, la liste des arguments qui soutiennent un moratoire est encore pas mal longue.

      Sylvain Pelletier

    • Étant donné que les produits chimiques utilisés pour les forages vont demeurer dans le sol (et potentiellement dans l’eau) longtemps après que l’exploitation soit terminée, les compagnies gazières devraient avoir l’obligation de les rendre publics.

      Or, elles invoquent le secret industriel. Mais qu’y a-t-il de si secret dans cette “soupe”, étant donné que TOUTES les entreprises utilisent des procédés à peut près semblables? Cela ressemble à un argument de mauvaise foi.

    • N’est-il pas drôle que vous ne vous souveniez plus des mots clée utilisés dans Google lors de vos recherches sur les effets néfastes ?

      Par contre, lorsqu’il s’agit de nous guider vers les rapports favorables… Pas de problème

      Comme billet, c’est discutable pour un vulgarisateur dit scientifique.

    • @hdufort,

      Les entreprise mettent en ligne certain des produits qu’elle utilise, elle mette seulement les produits généraux car la “soupe” de produit utilisé varie en fonction de la roche qu’il fragmente

    • @hdufort,

      j’imagine que la composition exacte pour chacun des exploitants peut donner des résultats plus ou moins bons par rapport à la moyenne et qu’une compagnie voudrait protéger la formule exacte pour en faire un avantage compétitif dans le cas où il y aurait deux ou plusieurs compagnies qui se batteraient pour obtenir une concession quelque part dans le monde. Sauf que, cette attitude, si c’est la réalité, est totalement pitoyable. Nous devons maximiser le rendement énergétique et ça inclus l’exploitation, les formules sont en réalité d’intérêt public. Mais, j’imagine que certaines sont protégées par brevets ou autres types de droits d’auteurs et c’est là que nous voyons un système originalement mis en place pour stimuler le développement et l’innovation pour le bien de tous produire l’effet contraire.

      Moi, je commence sérieusement à penser que nous devrions nationaliser la ressource, tout simplement et l’exploiter lorsque nous serons prêts. Remboursons les sommes investies dans l’exploration aux compagnies concernées, puisqu’il faut évidemment les compenser d’une certaine façon pour leur travail à ce jour.

    • M. Cliche,

      La population veut bien s’appuyer sur ces études dites sérieuses mais le doute existe et de plus,

      les redevances que l’État en retiendra seront bien minces en comparaison des profits que les

      compagnies privées s’apprêtent à en retirer. On peut comprendre leur réticence à un moratoire

      et les raisons de leur empressement à commencer l’exploitation du gaz de shale.

    • @ depalma

      Vous pouvez mettre les mots clés suivants dans google pour arriver au même résultat:
      “Système d’information géoscientifique pétrolier et gazier”

      Il y aura en même temps beaucoup d’autres liens intéressants sur le même sujet.

    • Au départ: Qu’ossa donne !
      - Maigres redevances (modèle «albertain»), vite englouties en subventions
      - Aucune participation des sociétés d’état
      - Peu de jobs québécoises (de l’aveu même du prof Caillé)
      - Peu d’exploitants québécois
      Même si c’était 100% sans risques (la soupe) et sans coûts (l’eau), c’est quoi l’intérêt pour le quidam ?

    • @pulcinella
      Du gaz moins cher que celui qui est arrive par pipeline de l’ouest et moins de pollution. Le Québec utilise beaucoup plus de mazout que toutes les autres provinces et le mazout pollue pas mal plus que le gaz.

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