Sciences dessus dessous

Archive du 16 septembre 2010

Jeudi 16 septembre 2010 | Mise en ligne à 10h55 | Commenter Commentaires (13)

Dis-moi qui sont tes amis, je te dirai quand tu seras malade

Deux sociologues américains viennent de découvrir un outil très ingénieux qui pourrait s’avérer bien utile pour prévoir la progression des maladies infectieuse. Dans un article publié sur le site de la Public Library of Science, Nicholas A. Christakis et James H. Fowler, des universités Harvard et de Californie à San Diego, expliquent comment le «paradoxe des amis» leur a permis de prédire deux semaines à l’avance l’éclosion de grippe porcine, l’an dernier, parmi leurs étudiants.

Le paradoxe des amis veut qu’en général, vos amis ont en moyenne plus d’amis que vous n’en avez vous-mêmes. On s’attendrait intuitivement à ce que nos amis en déclarent pas à peu près autant, puisque l’amitié est par définition une chose réciproque, mais le fait est que certaines personnes sont nettement plus populaires que les autres, ce qui fausse les données. Dans un groupe de 10 personnes, par exemple, si l’une d’entre elles connaît les 9 autres, mais que ces dernières ne sont amis qu’avec 2, cela fera une moyenne de 2,7 amis par personne — ce qui fait 9 chances sur 10 d’avoir moins d’amis que la moyenne dans ce groupe.

Évidemment, pour les virus, ces «monstres de sociabilité» sont des carrefours très pratiques pour se propager, et il a déjà été démontré qu’à cause du nombre de gens plus grands qu’ils côtoient, les gens populaires sont plus exposés aux maladies et les attrapent en moyenne plus tôt que les autres. Mais le problème, du point de vue de la gestion de la santé publique, a toujours été d’identifier ces «routeurs».

Quand l’épidémie de A(H1N1) est arrivée, les deux sociologues américains — qui sont aussi rattachés à des départements de médecine ou de politique sanitaire — ont vu là une occasion unique de voir si le paradoxe des amis ne pourrait pas constituer une piste de solution. Ils ont choisi 319 étudiants de Harvard au hasard, et leur ont demandé de nommer les amis qu’ils ont sur le campus. Cela a donné un deuxième groupe de 425 étudiants qui, selon le fameux paradoxe, devaient être plus populaires que les 319 de départ. Tout ce beau monde a ensuite été suivi par courriel deux fois par semaine pour savoir si et quand chacun présentait des symptômes de grippe.

Et cela a marché : le virus a progressé dans le groupe des «amis» avec deux semaines d’avance sur le groupe choisi aléatoirement. De plus, puisqu’elle prend comme point de départ un échantillon aléatoire, on peut penser que cette méthode pourrait être applicable par des autorités sanitaires — encore qu’il reste certainement beaucoup de peaufinage à faire avant d’en arriver là. En tout cas, écrivent MM. Christakis et Fowler, «cet indicateur pourrait fournir une marge additionnelle pour réagir en temps de pandémie».

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