Sciences dessus dessous

Archive, septembre 2010

Jeudi 30 septembre 2010 | Mise en ligne à 14h31 | Commenter Commentaires (19)

Gaz de shale : ce que disent les rapports de forage

D’un côté, des militants qui craignent (entre autres choses) que l’exploitation des gaz de shale ne fasse remonter toutes sortes de polluants — sulfure d’hydrogène, métaux lourds, matériel radioactif. De l’autre, une industrie qui assure que rien de tout cela ne dort dans les entrailles des basses terres. Mais bon, ladite industrie est dans la même position que ces joueurs de hockey qui jurent à l’arbitre, la main sur le cœur, qu’ils n’ont rien fait de mal : qu’ils aient raison ou non, on sait qu’ils se diront toujours innoncents, ce qui leur enlève pas mal de crédibilité.

Alors que faire, qui croire ? Eh bien il semble que la réponse est disponible sur Internet depuis le début du débat, et même avant. Mais quel journaliste, et même quel militant écolo, connaissait l’existence de cette banque de données des Ressources naturelles à l’acronyme imprononçable, le Système d’information géoscientifique pétrolier et gazier (SIGPEG) ? Je suis tombé dessus par hasard en faisant une recherche sur Google — j’ai oublié les mots-clefs, cependant.

Lucky me, comme ils disent : on y trouve tous les rapports de forage des compagnies (gazières ou autres) ayant percé des trous au Québec depuis le XIXe siècle. Il faut apparemment trois ans avant que la confidentialité ne soit levée, ce qui exclut tous les travaux depuis 2007, mais cela laisse tout de même des documents au sujet de 17 forages visant des shales gazifères dans les basses terres du Saint-Laurent entre 2000 et 2006.

Mon papier paru ce matin dans Le Soleil est ici. Essentiellement, ces rapports montrent que les polluants appréhendés sont à peu près absents des couches visées. Je souligne ici que les analyses chimiques ont été effectuées par des firmes et des institutions externes, et non des gens de l’industrie. Je n’ai pas relevé systématiquement les auteurs des analyses, mais j’ai remarqué la firme Bodycote et l’Institut de recherche sur l’hydrogène de l’UQTR.

Un militant écologiste m’a appelé aujourd’hui pour me dire que les systèmes de déclaration volontaire ne sont pas fiables, mais quand je vois une analyse provenant d’un labo universitaire, je me dis qu’il en faudra plus pour me faire croire à la probabilité d’une falsification. D’autant plus que ces rapports de forage vont dans le même sens que ce que me disent plusieurs géologues depuis des semaines — notamment Paul Glover et Georges Beaudoin, de l’Université Laval.

Ceux qui veulent les consulter eux-mêmes peuvent le faire en se rendant sur le site : cliquer d’abord sur «Puits forés», dans la colonne de gauche ; sélectionner ensuite «Région géologique» dans les «critères de sélection», et «A Basses-Terres» dans les «valeurs». Cela donnera 351 résultats différents que l’on peut classer en ordre chronologique.

Certes, on peut trouver d’autres raisons que les remontées de polluants pour s’opposer à l’exploitation des gaz de shale. Mais celle-là est revenue souvent dans le débat, et voilà un élément de réponse important.

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Jeudi 30 septembre 2010 | Mise en ligne à 9h47 | Commenter Commentaires (17)

Exoplanète habitable : quand est-ce qu’on déménage ?

Je prévoyais vous parler de gaz de schiste, mais cela devra quelques heures. Car pour l’heure messieurs dames, Oyé ! Oyé ! on vient de découvrir une première planète habitable ! En tout cas, la plus habitable jamais trouvée. Enfin, celle où l’être humain normalement constitué survivrait le plus longtemps et le moins piteusement, mais bien des bactéries s’y trouveraient certainement au paradis.

La NASA en a fait l’annonce hier après-midi, avec l’Université de Californie à Santa Cruz et l’Institut Carnegie, qui ont participé à la découverte.

Tournant autour de l’étoile Gliese 581, une étoile déjà connue pour abriter cinq autres planètes — dont la plus petite, faisant 1,9 fois la masse de la Terre —, la planète se nomme «Gliese 581g» et se trouve juste à la bonne distance de son «soleil» pour qu’il puisse y avoir de l’eau liquide à sa surface. Oh, pas partout, notons-le : la rotation de cette planète est synchonisée avec son orbite, ce qui signifie que, comme la Lune avec la Terre, elle montre toujours la même face à son étoile. Du côté «jour», la température de la surface est de 71°C en moyenne, contre –34°C sur la «face cachée», rapporte le New Scientist. En outre, il faudrait se muscler les jambes avant d’y faire une promenade, puisque avec une masse de 3 à 4 fois plus grande que celle de la Terre pour un rayon environ 1,2 à 1,5 fois plus long, la gravité y est un peu plus forte qu’ici.

Mais pour une première, on ne se montrera pas trop regardant…

Fait anecdotique mais intéressant, note le New York Times, lorsque les journalistes l’ont pressé de questions sur la possibilité de trouver de la vie sur Gliese 581g, l’astronome de l’Institut Carnegie Paul Butler, qui a dirigé les recherche avec Steven S. Vogt, de UCSC, a d’abord protesté qu’il n’était pas biologiste. Mais il a ensuite ajouté que son opinion strictement personnelle est que «les chances qu’il y ait de la vie sur cette planète est proche de 100 %. (…) Ce que les données nous disent, c’est que la planète se trouve à la bonne distance de son étoile pour qu’il y ait de l’eau liquide, et qu’elle a une masse suffisante pour retenir une atmosphère (autrement, toute eau se serait évaporée dans l’espace petit à petit, ndlr).»

L’étoile Gliese 581 est nettement moins chaude que le Soleil, ayant environ le tiers de sa masse et seulement 1% de la brillance. La «bonne distance» pour conserver de l’eau liquide est donc beaucoup courte, ce qui fait que 581g complète son orbite en seulement 36 jours.

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Mercredi 29 septembre 2010 | Mise en ligne à 11h09 | Commenter Commentaires (9)

Indiana Jones, version virale

Fascinant article paru dans PLoS Biology, qui révèle les détours dingues qu’il faut prendre pour remonter péniblement (et très méritoirement) l’«arbre généalogique» des virus. Et qui montre que la famille de l’hépatite B, que l’on croyait âgée d’environ 6000 ans, remonterait en fait à au moins 19 millions d’années.

Les virus, on s’en doute, ne laissent pratiquement aucune trace derrière eux. Pas de fossiles, en tout cas, pas de contexte archéologique à interpréter, pas de matière que l’on peut trouver dans le sol et que l’on peut dater. Ce qui, pour qui veut connaître l’histoire évolutive des virus, n’est rien de moins qu’une catastrophe. Les «archéologues des virus» en sont donc réduits à ratisser le génome d’animaux actuels, au petit bonheur la chance, ou presque, dans l’espoir de tomber sur une séquence d’origine virale qui se serait durablement «incrustée» dans le bagage génétique d’une espèce.

(Les virus étant incapables de se multiplier eux-mêmes, ils doivent forcer une cellule vivante à les répliquer, ce qu’ils font souvent en insérant leur matériel génétique dans celui de la cellule. D’où les «fossiles génétiques» que cela laisse parfois.)

Comme le rapport ce compte-rendu du site de la revue Science, d’ailleurs, c’est par hasard que le généticien Cédric Feschotte, de l’Université du Texas, s’est rendu compte que le diamant mandarin, un oiseau de l’Australie, portait dans son génome des fragments de virus de la famille de l’hépatite B, les «hépadnavirus». En le voyant, il a poussé ses recherches plus loin en examinant l’ADN de cinq espèces apparentées.

Comme les insertions virales se font à des endroits aléatoires — le diamant mandarin compte dans son génome 15 fragments d’hépadnavirus dans 10 chromosomes différents —, on peut supposer qu’on les retrouvera aux mêmes endroits chez ces autres espèces. Et ce fut bien le cas chez quatre des oiseaux examinés, la cinquième espèce (le souïmanga olivâtre, un passereau africain) ayant quitté le tronc commun avant les autres. De là, M. Feschotte et son étudiant postdoctoral Clément Gilbert ont pu déduire que l’hepdnavirus s’est inséré dans l’ADN de ces oiseaux après la spéciation du souïmanga, mais avant la suivante (celle des junco), ce qui donne un minimum de 19 millions d’années.

Vous en penserez ce que vous voudrez, mais en ce qui me concerne, Indiana Jones peut aller se rhabiller…

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