Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

    Ce blogue suit pour vous l'actualité scientifique, la décortique, et initie des échanges à son sujet.
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    Mardi 6 avril 2010 | Mise en ligne à 10h35 | Commenter Commentaires (11)

    Un «plaster» génétique pour la dystrophie

    Nouvel espoir pour les garçons dystrophiques : une équipe australienne est parvenue à faire produire une protéine manquante à des garçons atteints de la dystrophie de Duchenne, rapporte le site du New Scientist.

    Maladie terrible, la dystrophie de Duchenne est une mutation sur le gène qui conserve la «recette» pour fabriquer une protéine nommée dystrophine, laquelle sert à protéger les muscles contre l’usure. Bien qu’on ne s’en rende pas compte, en effet, de minuscules fibres musculaires sont souvent endommagées par les efforts que nous leur demandons, mais la dystrophine garde les dégâts dans des proportions réparables. Cependant, chez les garçons atteints de dystrophie, la précieuse protéine est défectueuse, si bien que les muscles se dégradent toujours un peu plus vite qu’ils ne peuvent se réparer. Cela condamne généralement les patients à la chaise roulante vers l’âge de 10 ou 12 ans, et à la mort avant 30 ans, car le cœur et les muscles respiratoires s’usent eux aussi, inexorablement, à chaque battement et à chaque inspiration.

    Le gène de la dystrophine a été découvert il y a plus de 20 ans, mais on ignore toujours comment le corriger — ce qui guérirait la maladie. Pour cette raison, le chercheur Steve Wilton, de l’Université Western Australia, a décidé de contourner le problème en corrigeant l’ARN-messager (ARNm), qui transporte les «recettes» de protéines du noyau des cellules, où l’ADN est conservé, jusqu’à des structures nommées ribosomes, sorte d’«usines à protéines» qui exécutent lesdites recettes.

    Après avoir donné de bons résultats sur des souris, le «dyachilon d’ARN» a été testé sur 20 garçons dystrophiques, et l’examen de leur tissu a montré qu’ils avaient recommencé à produire de la dystrophine correctement. Il n’a pas encore été démontré que les jeunes patients en retiraient un meilleur tonus musculaire, mais il y a lieu d’espérer…


    • Je suis sûr qu’ils y ont pensé mais pourquoi n’est-il pas possible de reçevoir la dystrophine en injections ? Comme l’insuline ?

    • @jim777

      L’insuline est efficace en injection parce que c’est une hormone qui circule dans le sang naturellement. En bonus elle est facile à produire et à isoler!

      La dystrophine est une protéine ÉNORME codée par un gène ÉNORME (le plus grand connu chez l’humain). Trouvé sur Wikipedia :
      As of 2007, dystrophin is the longest gene known, covering 2.4 megabases (0.08% of the human genome) at locus Xp21. The primary transcript measures about 2,400 kilobases and takes 16 hours to transcribe; the mature mRNA measures 14.0 kilobases[1]. The 79 exons[2] code for a protein of over 3500 amino acid residues.[3]

      Juste cet aspect est excessivement contraignant pour envisager de produire une protéine recombinante. De plus, contrairement à l’insuline, la dystrophine n’est pas une molécule de signalisation. Elle est produite normalement par les cellules des fibres musculaires et demeure dans ces mêmes cellules pour remplir sa fonction. Je ne crois pas qu’elle pourrait être efficacement délivrée par le flot sanguin.

    • @ jim777

      L’insuline est une hormone assez petite (5kDa), normalement transportée par le sang, qui agit sur des récepteurs situés sur la membrane des cellules cibles. Ce récepteur permet à la molécule d’avoir un effet. En l’injectant en sous-cutané, on lui permet d’atteindre la circulation et de faire son boulot.

      La dystrophine est une très grosse protéine, pesant environ 427 kilodaltons, qui n’est pas normalement transportée par le sang, mais qui fait partie de la structure des cellules musculaires. Les cellules du corps humain ne possèdent pas de récepteurs pour cette molécule et elle ne peut donc pas avoir d’effet sur une cible, ni entrer dans une cellule. Bref, si on l’injectait en sous-cutané, ça ne ferait rien ou une légère inflammation, au pire une réaction auto-immune…

      Le côté génial de cette découverte réside dans le fait que dans la dystrophine, comme dans plusieurs grosses protéines, il y a de grands bouts qui ne servent à rien. Et, par un merveilleux hasard, ce sont ces bouts inutiles qui sont défectueux dans la maladie de Duchenne. En injectant un oligonucléotide spécial (le “plaster”), on saute tout simplement le bout défectueux et on crée une dystrophine un peu plus petite, mais qu’on espère tout aussi efficace que celle qui est “normale”.

      Le problème principal de cette approche jusqu’à maintenant, c’est qu’elle peinait à donner des résultats systémiques : il aurait fallu faire des milliers de piqûres pour arriver à toucher tous les muscles. Il s’agit de trouver le bon “véhicule” pour livrer le “plaster” aux cellules musculaires. Il faudra aussi voir si la réponse cellulaire se maintient dans le temps. Bref, c’est un bon pas, mais rien pour l’instant ne permet de trop se réjouir.

    • @ moneypenny

      Wow ! Merci miss moneypenny pour votre fort instructive réponse à ma question, je lance mon chapeau sur la patère en remerciement. ;-)

    • @ jean_richard

      Un gros merci à vous aussi, pensez vous qu’en se servant d’un virus ou d’un outil nanotechnologique on pourraît éventuellement faire entrer la dystrophine dans une cellule ?

      Et si oui où on est-on rendu avec ça ?

      Je pose la même question à moneypenny bien sûr.

    • «Le gène de la dystrophine a été découvert il y a plus de 20 ans, mais on ignore toujours comment le corriger — ce qui guérirait la maladie»

      La mutation génétique de cette maladie se retrouve dans toutes les cellules de la personne malade. Comme il existe des milliers de milliards de cellules dans le corps humain et qu’on doit insérer le gène corrigé dans assez de cellules pour faire une différence, on ne peut pas l’insérer une cellule à la fois. C’est pourquoi on essaie habituellement de le faire par l’entremise d’un virus. Le problème insoluble, c’est que le système immunitaire se défend et détruit l’envahisseur.

      Je comprends mal l’opération qui a été tentée. Ce n’est pas un gène qui est inséré, mais plutôt la protéine que ce gène produit ? La protéine est insérée uniquement dans les cellules stratégiques et non pas dans toutes les cellules ? De quelle façon précisément est insérée cette protéine ?

      L’ADN sert de livre de recette : il conserve une information (l’ordre dans lequel assembler des acides aminés pour faire une protéine), mais il ne fait pas le travail lui-même. La cellule copie donc l’information de l’ADN sur un morceau d’ARN, qui va la transporter jusqu’aux ribosomes, où sont fabriquées les protéines. C’est sur cette étape transitoire que la découverte agit : on corrige l’ARN plutôt que de corriger l’ADN. Cela implique de devoir recommencer constamment, mais c’est déjà mieux que rien.
      JFC

    • Pourrait-on faire coder la dystrophine par des bactéries? Si la protéine a une bonne stabilité, on pourrait alors la produire dans des cuves; sinon, il faudrait trouver une manière d’implanter ces bactéries-”usines” dans le corps, de manière sécuritaire. Tout un projet! Imaginez un peu l’équipe qui arriverait à produire des bactéries tolérées par le corps humain et dont le comportement ne serait pas destructeur; on pourrait les implanter et leur faire produire les protéines manquantes pour les personnes souffrant de maladies métaboliques, par exemple. Des “usines d’appoint”.

    • @ jim777

      Les nanotechnologies, les virus ou les bactéries ne sont pas vraiment nécessaires dans ce cas. Le véhicule qui a été utilisé est un polymère (F127) injecté en même temps que l’ARN. C’est moins cher qu’un virus et c’est aussi moins risqué. Le problème, c’est que l’effet est local (donc il faut beaucoup d’injections) et ne dure que deux mois (donc il faut répéter les injections).

      Mais je ne connais pas le contenu du papier présenté au congrès du mois dernier… S’ils ont réussi à démontrer un effet systémique par injection intravasculaire, ça serait plutôt emballant. On verra quand ils publieront.

    • @ jean_richard

      Encore merci pour ces informations et bravo pour votre beau travail, à vous et moneypenny.

      On redonne l’espoir non seulement aux anfants atteints de la dystrophie de Duchenne mais peut-être aussi à tous ceux atteints de maladies génétiques qui pourraient éventuellement être traités de façon similaire.

    • @humain51,

      Vous avez raison, mais vous comprenez mal le problème, notre code génétique se retrouve effectivement dans toutes les cellules, mais chaque cellule utilise certain gène de façon spécifique, par exemple less gènes utilisé par le neurones ne sont pas les même que les gènes utilisés par un muscle. Les gènes communique la façon de créé les molécules par l’ARN il en existe deux types mais ici se sont les messages qui nous intéresse, d’ailleurs le deuxième types n’est pas aussi bien compris que l’ARNm, ce qui est bien c’est que les cellules qui ne requiert pas le message envoyé par ce gène ne seront pas affecté, seul les molécules qui ont besoins de l’ARNm envoyé par le gène habituellement (les chercheurs remplaces l’ARNm que le gène envois par leurs ARNm modifié) pourrons générez la “bonne” (bonne de notre point de vue car ils n’existe pas de bonne ou de mauvaise protéine il n’existe que des protéine ;)) molécule. La questions que vous pourriez soulevé de façon légitime (mais je la pose pour vous pour que vous puissiez m’en posez sur la réponse tous de suite), c’est comment est-ce-que la cellule peut savoir quel protéine produire? Très bonne question, il existe différent types de gènes (un peu comme il existe différent types de travailleur) les gènes qui s’assurent que les bonnes protéines sont construite agissent un peu comme des ingénieurs, en fonctions des signaux qu’ils reçoivent de leur environnement (ici l’environnement est interne pour vous, ce qui peut être difficile a concevoir) ils décide qu’elle gène “activé” (le terme est anthropomorphique bien sûr, on active pas vraiment un gène mais c’est comparable, la science est pleine de terme anthropomorphique ça aide à la compréhension). C’est un peu plus compliqué maintenant qu’on c’est qu’il existe une “couche” de molécule qui recouvre l’ADN qui elle est directement relier à l’information(ça pourrais vous intéresser, mais c’est trivial pour la compréhension du problème).

      Cette découverte est intéressante, cependant il reste encore beaucoup de chemin à faire pour en arrivé a un traitement concret qui pourra aider les gens sur le terrain. Comme dirais l’autre rien n’arrête le progrès

    • Merci JFC et olivierpicard18 pour les informations.

      On doit recommencer constamment l’opération: je comprends pourquoi vous faites référence à un plaster. Si cela peut soulager le moindrement les personnes atteintes par cette maladie, tant mieux. Mais si on n’entend plus parler de cette expérience, cela voudra malheureusement dire qu’elle aura échoué.

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