Une équipe de l’Université de Californie à Santa Barbara a annoncé hier être parvenue a induire un effet quantique dans un bout de métal assez gros pour être visible à l’œil nu, ce qui jette un premier pont entre le monde quantique et le monde «macro», en plus d’ouvrir une porte sur un univers d’applications potentielles — dont certaines pourraient s’avérer littéralement révolutionnaires
En choisissant avec soin des matériaux de façon à pouvoir les amener à leur ground state (le plus bas niveau d’énergie possible) sans avoir à les refroidir à des températures impossibles à atteindre en pratique, le doctorant Aaron O’Connell et les professeurs John Martinis et Andrew Cleland ont démontré qu’on pouvait induire des «états superposés» dans un objet macroscopique.
Les états superposés consistent à adopter deux comportements en apparence contradictoires en même temps — comme le célèbre chat de Schrodinger, qui était à la fois mort et vivant. Cela peut sembler difficile à croire, mais les physiciens ont abondamment démontré qu’à l’échelle microscopique, la matière se comporte d’une façon qui peut sembler loufoque du point de vue de notre expérience quotidienne. Par exemple, que l’axe de rotation d’une molécule peut être orienté dans deux directions différentes en même temps, ou alors qu’une charge électrique peut être à la fois présente et absente. La théorie quantique disait que l’on devrait pouvoir reproduire ce genre d’effet à toutes les échelles, mais le problème était que ces états sont extrêmement sensibles à toute influence extérieure ; aussi n’était-on parvenu à les contrôler qu’à très, très petite échelle jusqu’à maintenant — quelques atomes ou quelques molécules, par exemple.
Dans l’expérience décrite dans Nature hier, O’Connel, Martinis et Cleland ont assemblé un petit résonateur de 30 microns de long (autant dire «des années lumière» dans le monde des atomes), fait d’une couche de nitrure d’aluminium prise en sandwich entre deux couches d’aluminium pur. Ils l’ont ensuite branché à un microcircuit électrique spécial dit «supraconducteur» (c’est-à-dire qui n’offre aucune résistance électrique à très basse température et qui obéit aux lois étranges de la physique quantique), puis ont abaissé la température de leur dispositif à moins de 0,1°K, un froid où les molécules du résonateur ne vibraient plus du tout.
Les chercheurs se sont alors servi du supraconducteur pour donner une sorte de «petite poussée» au résonateur, à une énergie extrêmement précise, pour le faire osciller. Et enfin, ils ont fait entrer leur supraconducteur dans un état superposé où il donnait et ne donnait pas de poussée au résonateur, lequel a alors adopté le même genre de comportement bizarre, où il oscillait et n’oscillait pas en même temps.
On est sans doute encore loin de l’ordinateur quantique et d’autres applications pratiques, mais une des principales embûches qui nous en séparait est maintenant levée. D’autres comptes-rendus sont également disponibles sur les sites du New Scientist et de Science News.