La revue Public Library of Science – Biology vient de publier un article fascinant, et pour tout dire assez troublant, montrant qu’un biais dans la publication de pas moins de 1359 expériences sur des animaux décrites dans 525 articles savants a amené la communauté scientifique à surestimé l’efficacité des traitements testés. En effet, les expériences menant à des résultats négatifs — c’est-à-dire que le traitement évalué ne donne pas de résultats probants — sont généralement vues comme moins intéressantes pour l’avancement des connaissances (et d’une carrière), et par conséquent sont beaucoup moins souvent publiées dans les revues savantes.
Celles-ci peuvent refuser d’y consacrer de l’espace, ou alors les chercheurs peuvent choisir de réserver leur temps à des avenues plus prometteuses plutôt qu’à consigner dans un texte une sorte constat d’«échec». Ce qui a pour effet d’augmenter artificiellement la proportion d’expériences dont les résultats pour un traitement donné semblent bons.
Dans leur revue de 525 articles, les auteurs, menés par la chercheuse en médecine Emily S. Sena, ont compté seulement 10 publications, ou un peu moins de 2 %, qui ne faisaient état d’aucun résultat probant. Ils estiment également que 214 expériences (à part des 1359 recensées dans les 525 articles) sur le sujet n’ont jamais été publiées dans quelque revue que ce soit, soit un taux de non publication substantiel de 14 %.
Il importe toutefois de souligner que personne, ici, ne parle d’une vaste entreprise de «biaisage» des publications scientifiques orchestrée par BigPharma dans le but de tromper les médecins et de «faire passer» des médicaments — une thèse conspirationniste que l’on entend à l’occasion. Le compte-rendu que l’on trouve sur le site de Nature est à cet égard éclairant, où les chercheurs interviewés parlent plus d’une forme d’autocensure (bien que le mot soit un peu fort) et de manque de temps.
Bref, il s’agirait de ce que les sociologues appellent un «effet de structure» plutôt que d’un complot.
Mais cela n’en suggère pas moins une chose : si ce biais de publication conduit à surestimer les traitements testés sur des animaux, de nombreux essais cliniques ont probablement été effectués inutilement sur des sujets humains. Si les résultats négatifs avaient tous été publiés, on aurait sans doute su avant que tel ou tel traitement n’avait pas vraiment d’avenir. Et les ressources englouties dans des essais coûteux auraient pu être investies dans d’autres recherches…