Sciences dessus dessous

Archive du 11 janvier 2010

Lundi 11 janvier 2010 | Mise en ligne à 15h31 | Commenter Commentaires (167)

Les conservateurs et la science, round 268

Certains appellent cela de l’«indifférence crasse» au mieux, ou de l’«ignorance» au pire. D’autre prèfèrent plus carrément parler de «guerre». Mais quel que soit le choix des mots, le gouvernement Harper vient d’écrire un nouveau chapitre dans son histoire de non-amour avec (ou un nouveau round dans son combat contre) la science.

Mon collègue de La Presse François Cardinal écrivait ce matin qu’Ottawa tarde beaucoup à refinancer la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l’atmosphère (FCSCA), principale source de financement de la recherche environnementale au Canada dont les coffres sont techniquement vides. Pour cette raison, poursuit-il, les «cerveaux du climat» auraient commencé à quitter le pays.

Cette coupure appréhendée, évidemment, est d’autant plus contestée qu’elle est le fait d’un gouvernement qui s’est déjà montré tenté par la thèse d’un réchauffement d’origine non anthropique et qui, en matière d’objectifs environnementaux, affiche un goût prononcé pour les calendes grecques. L’ACFAS vient d’ailleurs de dénoncer la décision dans un communiqué publié ici (en pdf).

Mais par-dessus tout, il me semble, cette décision vient grossir la série des accrochages entre les conservateurs et les milieux scientifiques, surtout depuis un an. En janvier dernier, rappelons-le, le gouvernement Harper a décidé de couper les vivres à Génome Canada. En mars, le ministre de la Science et de la Technologie (!) a refusé d’appuyer la théorie de l’évolution lors d’une entrevue au Globe and Mail. En avril, 2000 scientifiques déploraient le fait que le plan de stimulation économique fédéral amputait (!!) de 5 % le budget du Conseil de recherche en sciences naturelles et génie (CRSNG), à l’heure où Washington haussait de 40 % le budget de sa National Science Foundation. Toujours au printemps dernier, on apprenait que l’avenir de l’Observatoire du Mont-Mégantic était compromis par des coupures fédérales. Et maintenant, la climatologie…

Voilà qui, pour parler poliment, commence à faire une jolie liste d’accrochages. Ceux qui ont de la mémoire me remettront sans doute sous le nez un billet que j’avais écrit ici même, où je disais que l’expression «war on science» que l’on voit ici et là sur internet pour qualifier l’attitude des conservateurs était une exagération.

Je dois dire que la désagréable impression d’avoir eu tort me tenaille de plus en plus…

AJOUT : Je viens de recevoir un courriel de Frédéric Baril, attaché de presse du ministre fédéral de l’Environnement, qui dit qu’«il n’y a eu aucune coupure dans la subvention octroyée à la FCSCA. (…) Nous travaillions à planifier l’avenir et l’entente avec la Fondation est présentement revue par notre ministère. C’est une procédure normale et nous devrions prendre une décision sous peu.»

Soit, il est exact qu’Ottawa ne lui a pas retiré d’argent. Mais pour un organisme comme la FCSCA, mettons que la différence entre «coupure» et «non refinancement» est assez théorique.

Il est par ailleurs normal qu’un gouvernement révise ses programmes (c’est même rassurant), mais l’exercice perd beaucoup de son sens quand les délais de révision sont si longs qu’ils forcent le démantèlement d’équipes de recherche. Et il est sidérant que de tels délais soient considérés comme une «procédure normale».

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Lundi 11 janvier 2010 | Mise en ligne à 12h48 | Commenter Commentaires (2)

Le plus végétal des animaux

La limace marine Elysia chlorotica était déjà le plus «vert» des animaux, puisqu’on la savait capable de «voler» des chloroplastes (la partie des cellules végétales responsable de la photosynthèse) et de les faire travailler à son profit. L’animal a d’ailleurs une belle couleur verte et la forme d’une feuille. Mais il semble maintenant qu’on avait sous-estimé la bestiole : il s’agirait en fait, carrément, du plus végétal des animaux, car il apparaît maintenant que ce petit invertébré vivant le long de la côte est de l’Amérique du Nord est capable de fabriquer lui-même sa propre chlorophylle!

C’est ce qu’a annoncé récemment le biologiste de la South Florida University Sidney K. Pierce lors du congrès annuel de la Société de biologie comparative et intégrative — et le magazine Science News rapporte la découverte ici. En utilisant des traceurs radioactifs, M. Pierce a démontré qu’une partie de la chlorophylle — le pigment qui capte l’énergie solaire chez les plantes vertes — contenue dans E. chlorotica ne provient pas des chloroplastes que l’animal kidnappe, mais qu’elle est assemblée par la limace elle-même.

Jouant décidémment sur tous les tableaux à la fois, E. chlorotica aurait acquis cette capacité grâce à une «technique» qui est l’apanage des unicellulaires : l’échange de gènes. On sait depuis longtemps que les bactéries s’adonnent allègrement à ce genre de troc, ce qui est souvent fâcheux car elles se transmettent la résistance aux antibiotiques de cette manière. Mais selon l’article, on ne connaissait pas de cas d’échange de gènes «horizontal» — c’est-à-dire en dehors de la transmission normale de gènes d’une génération à l’autre — chez les pluricellulaires.

E. chlorotica aurait donc fait d’une pierre deux premières…

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