Sciences dessus dessous

Archive, novembre 2009

Lundi 30 novembre 2009 | Mise en ligne à 14h02 | Commenter Commentaires (25)

Nouveau record au LHC

Juste un petit mot sur le LHC (Large Hadron Collider), dont je n’ai pas eu le temps de parler depuis la reprise de ses activités cet automne. Non seulement la réparation s’est bien déroulée après avoir forcé le LHC à un an d’inactivité, mais le dernier bébé de la physique commence en plus à battre des records, ayant fait accélérer ce matin des faisceaux de protons jusqu’à 1,18 téraélectronvolt (TeV) alors que la marque était jusque-là de 0,98 TeV.

Notons que électronvolt, unité très importante en physique de l’infiniment petit, correspond à l’énergie acquise par un électron en passant par un potentiel de 1 volt — une quantité d’énergie absolument minuscule, égale à environ 4 dix-millième de milliardième de milliardième de Calorie (kcal). Le préfixe «téra» signifie quant à lui «10 exposant 12» ; le nouveau record est donc de 1 180 000 000 000 eV.

L’an prochain, l’équipe du LHC entend pousser les protons jusqu’à 3,5 TeV, afin que les collisions entre deux faisceaux de protons se produisent à une énergie de 7 TeV. Plus de détails dans cette dépêche et sur ce site.

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Dimanche 29 novembre 2009 | Mise en ligne à 10h06 | Commenter Commentaires (24)

Lecture : un épouvantail nommé Tchernobyl

Commençons par une confidence : j’ai un peu de misère à voir dans l’énergie nucléaire le cavalier de l’Apocalypse que dépeignent de nombreux écologistes. Au boulot, j’ai fait plusieurs entrevues avec des chercheurs en énergie nucléaire travaillant pour des universités réputées, et tous m’ont dit que la mauvaise réputation du nucléaire était très, très largement imméritée. Rien n’est parfait, soit. Il y a eu quelques accidents, dont un dramatique en 1986, soit. Les déchets restent radioactifs pendant des siècles et leur entreposage n’est pas une mince affaire, soit. Mais si l’on regarde l’ensemble du portrait, disent-ils, cela reste une source d’énergie sécuritaire et sans GES. On me taxera de naïveté tant qu’on voudra, mais quand j’entends des experts crédibles, j’ai tendance à les croire.

peur.jpgOr, ce n’est apparemment pas le cas de Julie Lemieux (aucun lien avec l’ex-journaliste du Soleil), auteure de Avez-vous peur du nucléaire ? Vous devriez peut-être…, qui vient de paraître aux éditions MultiMonde. En un peu moins de 200 pages, l’auteure se donne pour mission d’«expliquer en quoi l’énergie nucléaire diffère des autres types d’énergie et ce qui la rend si dangereuse».

Mon impression est qu’à peu près tout le monde en a une assez bonne idée, mais bon, rien n’interdit d’enfoncer des portes ouvertes. En outre, quelques jours après l’incident des confettis à l’Assemblée nationale, il pourrait même être fort utile de rafraîchir les mémoires par un rappel sérieux, rigoureux, bien documenté, bien structuré… Mais ces qualités sont malheureusement difficiles à trouver dans l’ouvrage de Mme Lemieux.

D’entrée de jeu, l’auteure annonce ses couleurs : «Les fabricants de réacteurs nucléaires français, canadiens et américains sont confiants, comme les experts soviétiques avant Tchernobyl», écrit-elle en page 1. Il y a quelque chose de sidérant dans l’idée de mettre sur un même pied les déclarations d’officiels soviétiques et celles d’experts occidentaux en faisant comme si les premiers jouissaient de la moindre liberté de parole, mais cela n’empêche pas Mme Lemieux de retracer ce parallèle douteux à maintes reprises par la suite.

Le reste est à l’avenant. Le premier tiers du développement consiste en une longue description des effets de la catastrophe de Tchernobyl, le 26 avril 1986. Le tiers du livre, bon sang. Je veux bien croire qu’il s’est agi d’un accident nucléaire horrible, le pire de l’histoire, mais il y a quand même un quart de siècle qu’il est survenu, et aucun autre cataclysme du genre ne s’est produit par la suite — ni avant, d’ailleurs. Il faudra bien, un jour, que certains militants finissent par en prendre acte et dépoussièrent enfin leur argumentaire.

Sans surprise, le fait que l’incident soit arrivé dans une centrale (mal) entretenue par un régime en train de se liquéfier ne semble pas avoir été pertinent aux yeux de Mme Lemieux.

L’essentiel, comme le titre l’indique, est de faire peur, et on comprend vite pourquoi Tchernobyl occupe tant de place dans l’ouvrage : le reste n’est pas, loin s’en faut, suffisamment effrayant. Il y a eu, certes, plusieurs autres accidents, mais comme leurs conséquences furent dans l’ensemble mineures, l’auteure est forcée de répéter inlassablement «que ces installations sont assez proches d’une grande ville, alors imaginez si cela avait été pire».

La seconde moitié du livre est encore plus irritante, glissant inexorablement vers un délire conspirationniste parfaitement abracadabrant. Mme Lemieux commence en effet par parler d’un «déni des risques chez les experts», consacrant même un court chapitre à ce thème. Mais le problème, et il est énorme, c’est que les seuls «experts» cités dans cette section sont un fonctionnaire soviétique (!) et l’industrie américaine des centrales nucléaires (!!). Alors évidemment, quand on décide de considérer comme des «experts» des gens qui ne sont à l’évidence rien d’autre qu’un lobby, beaucoup de choses peuvent soudainement paraître très louches…

Ensuite, notre militante déterre une «entente secrète» signée en 1959 (!) par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Ces deux organisations, imaginez-vous, ont alors constaté que certains dossiers pouvaient les concerner conjointement et qu’elles devraient dans ces cas partager leurs informations, sous réserve du caractère confidentiel de certains documents. Somehow, comme disent nos voisins, Mme Lemieux parvient à y voir la preuve que toute la politique de divulgation d’information de l’OMS sur le nucléaire est inféodée à l’AIEA — et comme celle-ci fait la promotion du nucléaire, cela rendrait l’OMS complice d’une vaste entreprise de mystification.

De plus, l’auteure soupçonne fort ces deux mêmes organisations d’avoir participé à un complot international visant à faire disparaître des données sur les effets sanitaires de Tchernobyl. Encore une fois, si machination il y a eu, il serait infiniment plus vraisemblable de l’imputer à un régime ukrainien qui, même après la chute du Mur de Berlin, n’a pas été une démocratie exemplaire, mais Mme Lemieux ne s’embarasse jamais de ces questions.

Doit-on ajouter que l’ouvrage est bourré d’exagérations, de raisonnements boîteux et de coins tournés très ronds — du genre : puisque l’OMS a écarté de son rapport de 2002 des études qui ne répondaient pas aux standards méthodologiques internationaux, «cela revient à nier les conséquences sanitaires désastreuses de l’explosion du 26 avril 1986» (p. 132) ? Est-il vraiment besoin de préciser qu’une grande partie de ses sources semblent plus militantes que savantes ?

En bout de ligne, Avez-vous peur… donne l’impression d’être une sorte de bricolage plus ou moins malhonnête dont les morceaux ont été choisis avec des œillères. Pas question de se garder une petite gène. Pas question d’avoir l’air de vouloir faire la part des choses. Il faut détruire Carthages, comme disait l’autre.

Mais est-ce bien surprenant ? Il y a longtemps que le nucléaire est devenu le symbole du mal absolu pour un grand nombre de certains militants, qui semblent considérer que n’importe quelle fadaise est acceptable du moment qu’elle est antinucléaire. Ceux du Québec n’y font pas exception. Et c’est bien dommage, parce que cela fausse les débats en enterrant les raisons sérieuses de s’opposer au nucléaire (car il y en a) sous des tonnes d’esbrouffe. En plus de faire de bien mauvais livres.

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Vendredi 27 novembre 2009 | Mise en ligne à 15h26 | Commenter Commentaires (23)

Double saut quantique

Ça m’apprendra à aller courir après des caribous dans le Grand Nord… Pendant mon absence, pas une, mais deux percées significatives ont été accomplies en informatique quantique — cette branche de la physique/informatique qui, essentiellement, cherche des façons de harnacher les drôles de comportements qu’adopte la matière à très petite échelle pour en faire des ordinateurs.

Ceux-ci, prévoit-on, seront beaucoup plus puissants que les machines actuelles (au moins pour certains types de tâches) grâce notamment à une propriété nommée «superposition des états», par laquelle, aussi étrange que cela puisse paraître, une particule peut se trouver dans plusieurs états en même temps, même s’ils sont contradictoires — comme si, par exemple, une charge électrique pouvait être à la fois présente et absente. Grâce à cette étonnante caractéristique de la matière dans l’infiniment petit, un ordinateur quantique pourrait s’acquitter de plusieurs tâches à la fois, au lieu de les accomplir une à la suite de l’autre, comme le font (grosso modo) les ordinateurs actuels.

Or, jusqu’à la semaine dernière, tous les ordinateurs quantiques basés sur ce que les physiciens appellent les «états solides» (l’avenue la plus prometteuse, selon certains) devaient être refroidis jusqu’à quelques millikelvin, soit environ –273°C. Mais juste avant que votre humble serviteur ne s’embarque pour les grands espaces, une équipe de chercheurs de l’Université de Californie à Santa Barbara a annoncé être parvenue à changer de façon contrôlée (et des milliards de fois par seconde) l’état quantique d’un électron piégé dans une microenfractuosité d’un diamant, et ce à la température de la pièce. Le communiqué est ici.

«Ça, c’est vraiment très impressionnant. Cela fait une complication (le refroidissement extrême) en moins», commente Alexandre Blais, chercheur en informatique quantique à l’Université de Sherbrooke — dont l’équipe a d’ailleurs réussi l’été dernier le tout premier calcul réalisé sur un processeur quantique de l’état solide.

«Ce genre de manipulation était tout simplement impensable il y a quelques années.»

La seconde avancée est survenue au National Institute of Standards and Technology, aux États-Unis, où des physiciens ont assemblé le premier ordinateur quantique «universellement programmable» au monde. Jusqu’à maintenant, essentiellement, on ne parvenait à faire bien fonctionner nos petits processeurs quantiques qu’en les optimisant pour une tâche ou une catégorie de tâches en particulier. L’équipe du NIST a quant à elle réussi à faire accomplir 160 programmes différents à un processeur de 2 qubits — ou deux «transistors quantiques», si l’on veut.

M. Blais précise que leur méthode ne repose pas sur les états solides, mais sur des ions, soit des atomes (de béryllium dans ce cas-ci) porteurs d’une charge électrique. Leur état quantique est modifié grâce à un laser. Pour le chercheur de l’UdS, cette percée est un peu moins spectaculaire que la première. «Ce que cela signifie, c’est qu’ils savent très bien faire des opérations logiques avec des ions (…mais) un ordinateur capable de faire quelques opérations de base peut faire à peu près tout», dit-il. Cela n’en demeure pas moins une première et c’est un peu comme si on était passé de circuits électroniques comme ceux qui se trouvent dans un DVD (les prototypes quantiques «monotâche») à des processeurs plus polyvalents comme ceux qui sont dans nos ordinateurs (le processeur quantique du NIST). Ce qui n’est quand même pas un mince progrès.

En tout cas, le communiqué est ici.

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