J’aurais bien aimé vous dire que j’ai mangé une dermatose des russules hier soir. Le nom est un brin dégoûtant. À l’œil, la chose n’a pas l’air particulièrement invitante. Et elle ne le devient pas plus quand on en apprend la nature — c’est-à-dire un champignon microscopique qui s’attaque à un autre champignon, la russule ou le lactaire, et lui donne une dermatose.
J’aurais bien aimé vous dire que j’en ai mangé une. D’après ce que j’ai lu, c’est un comestible tout à fait délicieux, mais aux yeux de ceux qui l’ignorent (et ils sont nombreux), j’aurais eu l’air d’un increvable homme de bois. D’un dur de dur. D’un vrai de vrai, qui trempe de l’écorce d’épinette dans son café (fort) pour déjeuner.
J’aurais bien aimé, et j’ai même trouvé des dermatoses des russules à Saint-Gabriel-de-Valcartier en fin de semaine, mais bon… C’était la première fois de ma vie que j’allais cueillir des champignons sauvages, et je manquais (manque toujours) un peu d’assurance.
Je vous avais dit, je crois, que je me mettrais à la mycologie cet été. Ben c’est fait. J’y suis allé samedi, derrière chez ma belle-sœur. Je vous avais dit aussi que je partagerais avec vous mes impressions culinaires, mais pour la dermatose, il va falloir attendre.
J’étais sûr d’avoir bien identifié le spécimen que j’ai cueilli (impossible de le confondre avec une autre espèce), mais même pour mon œil de débutant, la pauvre affaire n’avait pas l’air très en forme. En outre, j’avais promis à ma blonde de ne rien manger avant de montrer ma récolte à des des gens qui s’y connaissent, ce qui fut fait hier, à la soirée d’identification du Cercle des mycologues amateurs de Québec.
Diagnostic : ma dermatose était pour ainsi dire «passée date». Un des gentils experts présents à la soirée — les mycologues amateurs, allez savoir pourquoi, ont tous l’air d’être des monuments de bonté — m’a bien expliqué qu’une bonne dermatose des russules doit être impeccablement blanche à l’intérieur et bien ferme. La mienne n’était ni l’un ni l’autre. Je ne sais trop de quels symptômes ce bon monsieur m’a sauvé, mais je l’en remercie profusément.
(Ma blonde aussi, d’ailleurs, parce que personne ne veut se retrouver avec un chum malade et un petit qui ne fait pas encore ses nuits, mais ne digressons pas…)
Heureusement, il y avait aussi dans ce boisé une quantité industrielle de bolets. Je savais que le mois d’août et le début de septembre sont la saison haute des champignons, pour des raisons qui sont expliquées ici, mais j’ignorais qu’il pouvait y en avoir autant. Quand on marche dans le bois pour n’importe quelle autre raison que pour cueillir des champignons, leur abondance nous passe sous le nez sans qu’on s’en aperçoive.
Toujours est-il que j’ai cueilli plusieurs bolets à pied glabrescents. Mon Guide des champignons comestibles du Québec leur donne 1 fourchette sur une possibilité de 4 et les décrit comme plutôt fades. J’ai malheureusement coupé mon petit échantillon en tranches trop minces et les ai fait cuire un peu trop longtemps pour vous dire ce qu’il en est — le résultat, que l’on voit sur la photo ci-haut, goûtait plus l’huile d’olive qu’autre chose.
Mais l’essentiel est que je n’ai pas été malade et que j’ai adoré ma promenade dans les bois. Comme d’autres activités telles que la chasse, la cueillette de champignons vous fait regarder la forêt avec un autre œil. Cela amène à se documenter sérieusement sur la nature plutôt que de l’observer passivement. Et comme la chasse, c’est une véritable piqûre.
Bref, pour peu que l’on respecte les règles élémentaires de la prudence, c’est une bien belle activité à saveur scientifique (entre autres goûts). On s’en reparle…
Lire les commentaires (7) | Commenter cet article

L'utilisation de Facebook sert uniquement à simplifier votre inscription. 




