Je ne m’étais jamais arrêté à l’étymologie du mot sardonique. À prime abord, le sens du terme, qui qualifie un rire «diabolique», «méchant» ou «froidement moqueur», n’en donne pas tellement envie. Mais il s’avère que sa racine est la preuve que la biologie est soluble dans la linguistique…
Dans un article aussi captivant que (malheureusement) bref, le site du magazine Pour la science rapporte qu’une équipe de chercheurs italiens a identifié une plante dont les Sardes, les habitants de la Sardaigne, faisaient dans l’Antiquité un usage à faire dresser les cheveux sur la tête. On savait en effet par le récit qu’en ont fait des contemporains que les Sardes se débarrassaient de leurs vieillards, du moins de certains d’entre eux, en leur faisant manger une plante qui donne des convulsions et force la contraction des muscles de la bouche, provoquant ainsi le fameux «rictus sardonique» — ou «de Sardaigne», si l’on veut. Les vieillards étaient ensuite battus à mort ou balancés du haut d’une falaise.
Les linguistes connaissaient cette sinistre étymologie depuis longtemps, mais on ignorait encore quel pouvait être ce végétal, jusqu’à ce que Giovanni Appendino et al. découvrent un «suspect» très plausible : une petite plante à fleurs blanches, Œnanthe crocata, qui garde dans ses racines de fortes concentrations de toxines provoquant des convulsions. Leur article, publié dans le Journal of Natural Products, est disponible en ligne ici.