En caricaturant un peu, on pourrait classer presque tous les livres d’histoire des sciences dans deux grandes catégories. D’une part, les ouvrages écrits par des historiens patentés, qui se concentrent sur les croyances (souvent fausses) du passé en laissant au lecteur le soin de distinguer la vérité de la superstition. D’autre part, les bouquins rédigés par des scientifiques, qui ont tendance à n’aborder que les théories qui se sont avérées vraies et ont directement contribué à nos connaissances actuelles. Ce biais, on s’en doute, laisse dans l’ombre des pans immenses de l’histoire des sciences qui, comme toutes les autres entreprises humaines, a connu son lot de tâtonnements et d’échec.
Entre les deux se trouve un fil de fer duquel beaucoup d’auteurs tombent quelque part entre leur intro et leur conclusion, mais de temps à autres, l’un d’eux parvient à faire l’heureuse jonction entre les deux mondes. Histoire du cerveau. De l’Antiquité aux neurosciences (PUL/Chronique sociale), du professeur d’anatomie et de neurosciences à l’Université Laval André Parent, est certainement du nombre.
Depuis les temps les plus lointains où l’on plaçait encore le siège de l’intelligence dans le cœur — c’était le cas les Égyptiens, par exemple, qui malgré des observations d’une étonnante lucidité sur les lésions cérébrales, appelaient le cerveau «moelle du crâne» — jusqu’aux découvertes des années 2000, M. Parent décrit minutieusement l’idée que divers savants se sont fait de notre cervelle au fil du temps.
Et je dois souligner ceci : il est vraiment, vraiment fascinant de voir à quel point certaines croyances ont la vie dure. Ne craignant pas d’explorer des recoins moins glorieux de l’histoire de sa discipline, M. Parent note par exemple que même un anatomiste de génie comme André Vésale (1514-1564) prêtait une certaine foi au concept d’esprits animaux logés dans le cerveau et circulant par les nerfs, malgré les nombreuses et rigoureuses dissections que ce père de la médecine moderne a effectuées au cours de sa carrière. De même, l’auteur ne passe pas sous silence les tentations plus ou moins occultes que certains neurologues de la fin du XIXe siècle ont pu avoir.
On s’en doute, cette histoire du cerveau passe par une histoire beaucoup plus générale de la médecine — au point, d’ailleurs, où l’auteur s’y égare un peu par endroit, ne revenant à son sujet qu’après des détours très allongés, si ce n’est trop. Mais comme le tout est écrit dans une langue fort accessible (malgré les coquilles trop nombreuses qu’ont laissées les deux maisons d’édition), beaucoup pourront prendre plaisir à parcourir ces longues «circonvolutions»…
André Parent. Histoire du cerveau. De l’Antiquité aux neurosciences. Presse de l’Université Laval / Chronique sociale. 2009. 308 p.

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