Sciences dessus dessous

Lundi 26 septembre 2016 | Mise en ligne à 16h12 | Commenter Commentaires (15)

Un bon moustique est-il un moustique mort ?

(Image : Photothèque Le Soleil)

(Image : Photothèque Le Soleil)

Faut-il laisser vivre les moustiques à proximité des zones densément habitées, avec les risques que cela implique pour la transmission de maladies, ou vaut-il la peine d’en limiter la prolifération en tuant leurs larves — ou même en épandant des insecticides pour tuer les adultes ? La question se posait déjà avec le virus du Nil occidental (VNO), apparu dans la région de New York en 1999 et qui s’est répandu à une vitesse foudroyante un peu partout en Amérique du Nord. Elle se (re)pose avec encore plus d’insistance avec l’arrivée de Zika, une autre maladie transmise à l’Homme par des moustiques. Et alors que la saison du VNO tire à sa fin au Québec, je vous la pose : qu’est-ce qu’on fait avec tous ces (batinse de) maringouins ?

On apprenait cet été, dans Le Devoir, que le Québec a mis fin l’an dernier à son programme de contrôle des larves de moustique dans certains secteurs propices au VNO, même si l’INSPQ en recommandait le maintien. Ce programme avait été mis en branle en 2012, année record où 134 cas avait été détectés de différentes manières par les autorités sanitaires (dont 5 décès). Comme on le voit dans les chiffres disponibles ici, le nombre de cas au Québec avait par la suite diminué à 32 en 2013 et 6 en 2014. En 2015, premier été où le programme de contrôle a cessé d’être appliqué, le nombre de cas déclarés a rebondi à 45.

À vue de nez, on pourrait être tenté d’y voir un lien de cause à effet : sitôt que l’on cesse de faire la «chasse aux larves» — le gouvernement aspergeait un insecticide naturel (produit par une bactérie, Bacillus thuringiensis, et utilisé en agriculture bio) dans les eaux stagnantes de certains secteurs du sud du Québec, où les larves de moustiques se développent, et mettait un larvicide chimique, le methoprène, dans les puisards de rue, autre endroit où les moustiques pondent leurs œufs —, le nombre de cas remonte. Cependant, il faut aussi noter qu’on n’a eu que 6 cas confirmés cet été et seulement de 1 à 5 cas par année de 2004 à 2010 malgré l’absence de contrôle des larves. La transmission du VNO est un phénomène notoirement capricieux, même lorsque l’on observe de grands ensemble : d’après des chiffres américains que m’a fournis l’INSPQ, le nombre annuel d’infections humaines au VNO aux États-Unis a connu, entre 2002 et 2015, des pics allant jusqu’à presque 10 000 et des creux de seulement 700.

Bref, la propagation du VNO à l’humain est très chaotique, très difficile à prévoir — même si on sait que certains facteurs, notamment la température et les précipitations, entrent en ligne de compte. Mais les mesures de contrôle de la population de moustiques semblent malgré tout donner des résultats. Pas de miracle, mais elles font une différence. Plusieurs études ont montré que l’épandage d’«adulticides» (pour tuer les moustiques matures) réduit la transmission du VNO aux humains. Et si les larvicides ont aussi un effet sur les populations de moustiques, alors ils atteindront la même cible — encore qu’il semble y avoir eu certains problèmes de ce côté dans le passé.

Alors si ça fonctionne et que ça sauve des vies, on pourrait arguer qu’on serait bien bête de s’en passer. Certes, il y a cette question de pulvériser des insecticides proche de zone densément habitée qui fait controverse, mais dans la mesure où les produits en question et leurs concentrations/quantités sont approuvés par des autorités sanitaires comme le CDC (la santé publique américaine), c’est que les avantages l’emportent sur les inconvénients.

Sauf que d’un autre côté, je n’arrive pas à me débarrasser de l’impression que ces mesures sont des pierres de Sisyphe, des entreprises à recommencer perpétuellement. On ne pourra jamais éradiquer les moustiques, même en se concentrant sur un secteur restreint. On diminue les risques d’infection, certes, mais les principaux facteurs sont météorologiques et on ne peut pas faire grand-chose à cet égard. Alors est-ce qu’on n’est pas en train, en quelque sorte, d’essayer d’«abolir l’hiver», comme disait l’autre, ou de se battre contre la gravité ? Mettre au point un vaccin contre le VNO (ou Zika) ne serait-il pas une manière beaucoup, beaucoup plus efficace et logique de s’y prendre ? (Il semble que ça s’en vient, d’ailleurs.)

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Jeudi 22 septembre 2016 | Mise en ligne à 12h04 | Commenter Commentaires (55)

Combien de fois sommes-nous sortis d’Afrique ?

L'ex-premier ministre australien Tony Abbott en compagnie d'Aborigènes, en 2014. (Photo : AFP/archives La Presse)

L'ex-premier ministre australien Tony Abbott en compagnie d'Aborigènes, en 2014. (Photo : AFP/archives La Presse)

Combien de fois l’espèce humaine est-elle sortie d’Afrique pour essaimer ailleurs sur la planète ? Juste une fois ? Ou en plusieurs vagues, et alors quand ? La question tiraille les paléoanthropologues et les généticiens depuis des décennies, et pour cause puisqu’il existe des arguments solides pour les deux thèses. D’une part, on se dit a priori qu’il serait bien étonnant que l’humain moderne, apparu il y a entre 100 000 et 200 000 ans en Afrique, n’ait quitté son continent d’origine qu’une seule fois. Après tout, le fait que nos ancêtres aussi lointains qu’Homo erectus aient peuplé l’Asie tropicale il y a plus de 1,5 millions d’années suggère que la migration devait être relativement banale, et donc avoir connu plusieurs vagues. Mais alors, d’autre part, comment expliquer que les indices génétiques dont on dispose trouvent, pratiquement partout hors d’Afrique, une telle parenté entre les populations que la vague migratoire unique, il y a 50 000 à 70 000 ans, est à peu près la seule hypothèse qui se tient ? Une bibitte aussi notoirement curieuse et exploratrice qu’Homo sapiens a-t-elle vraiment pu se cantonner en Afrique pendant 100 000 ans, à une seule exception près ?

Une série d’études parues dans le dernier numéro de Nature viennent jeter un éclairage extrêmement intéressant sur ces questions. Jusqu’à maintenant, la plupart des génomes complets (le meilleur «outil» pour étudier ces questions) dont on disposait étaient concentrés, ô surprise, dans les grands centres de population, principalement en Chine et en Occident. Les trois études qui viennent de paraître visaient précisément à ratisser plus large et en ajoutent, selon le cas, 379 provenant de 125 populations différentes, 300 de 142 populations et 108 génomes complets d’Aborigènes australiens et de Papouasie.

Le cas des Aborigènes est particulièrement intéressant, ici, car la grande ancienneté de leur arrivée en Australie (démontrée par de nombreuses découvertes archéologiques) et certaines de leurs caractéristiques culturelles et langagières, très singulières, faisaient penser qu’ils auraient pu être issus d’une vague migratoire différente et antérieure à celle des Européens et des Asiatiques. Mais leurs gènes racontent une toute autre histoire : tout indique désormais qu’ils sont sortis d’Afrique en même temps que les autres. Et tout indique que «les autres», soit pratiquement tous les «non-Africains» actuels, ont quitté le berceau de l’humanité en une seule vague, il y a entre 50 000 et 70 000 ans.

C’est en tout cas ce que montrent les résultats de cette série d’études, à une exception près : d’après un des articles, les Papous des hautes terres de Nouvelle-Guinée devraient environ 2 % de leur génome à une vague migratoire plus ancienne, qui pourrait remonter à 120 000 ans. Et cela concorde aussi avec quelques indices archéologiques qui témoignent de migrations hors d’Afrique bien avant la fenêtre de 50-70 000 ans, indices énumérés dans cet excellent compte-rendu du New York Times — squelettes modernes datant de 90 à 120 000 ans déterrés en Israël, outils très sophistiqués de 100 000 ans découverts en Arabie saoudite et en Inde, ainsi qu’une dent d’humain moderne de 80 000 à 120 000 trouvée en Chine.

Bref, quand on regarde l’ensemble des indices, il semble qu’Homo sapiens était bel et bien trop curieux pour ne pas sortir d’Afrique à la première occasion, ‘usse pour ouère. Mais il semble aussi que ces premières vagues ont été entièrement remplacée, à toute fin utile, par la «nôtre», pour des raisons qu’il reste à éclaircir (s’il est vraiment possible de le faire, un jour)…

P.S. Vous excuserez mon silence des derniers jours, je vous prie. Il s’explique par, disons, l’appel de la forêt et la rareté des connexions internet autour de Manic-5…

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Mercredi 14 septembre 2016 | Mise en ligne à 9h44 | Commenter Commentaires (8)

Plus grand cratère du monde : suite… et fin ?

Un cône de choc «classique». (Image : Gordon Osinski/Science)

Un cône de choc «classique», avec des stries qui s'écartent les unes des autres de façon radiale. (Image : Gordon Osinski/Science)

Eh bien, ça va en prendre plus que ça avant de pouvoir se vanter d’avoir le plus gros cratère du monde. Pas mal plus, apparemment…

J’ai envoyé à un grand spécialiste des cratères les photos que le géologue Serge Genest, qui estime avoir trouvé des indices probants d’un impact météoritique majeur dans le nord du Québec, m’avait fait parvenir. Le chercheur Gordon Osinski de l’Université Western Ontario, alias Dr Crater, a d’ailleurs cosigné un article très intéressant sur les «cônes de choc» (des motifs striés en forme de cône qu’impriment dans la roche les chocs ultraviolents, que seuls les météorites et les explosions nucléaires peuvent créer) dans Science Advances, pas plus tard que le mois dernier.

Le motif de l’article était de définir ce qui constitue (ou non) un cône de choc, car le processus de leur formation est encore débattue et que «plusieurs des propriétés fondamentales des cônes de choc demeurent ambigües», écrit-il. Signe, peut-être, de cette ambiguïté et de la difficulté à identifier un véritable cône de choc (que j’avais sous-estimée), j’ai moi-même été étonné de voir une bonne demi-douzaine de géologues et chercheurs dans le domaine décliner mes demandes d’entrevue depuis une semaine parce qu’ils ne s’estimaient pas assez «experts» en la matière.

Enfin, tout cela pour dire que M. Osinski est persuadé que les éléments découverts par M. Genest ne sont pas des cônes de choc. «Il y a de la géologie bien intéressante dans ce qu’ils ont fait, mais certainement pas de preuve d’impact», dit-il.

Les «cônes de choc» photographiés sont trop lisses pour être des «vrais» — lesquels sont toujours très striés —, en plus de ne pas avoir tout à fait la bonne forme. Et parmi les «déformations planaires» (lignes microscopiques parallèles que laissent les impact météoritiques dans les cristaux) que M. Genest estime avoir trouvées, certaines ont «piqué ma curiosité», dit M. Osinski, mais plusieurs n’en sont clairement pas. Et il faudrait de toute manière examiner les cristaux avec un microscope plus puissant que celui dont disposait M. Genest, poursuit-il, afin de constater les déformations planaires à l’échelle nanométrique — les photos de M. Genest sont à l’échelle du micromètre.

En outre, signale notre «Dr Crater», un choc assez puissant pour creuser un cratère de 500 km de diamètre, soit la taille du cratère supputé, aurait laissé des cônes de choc partout dans la région, et il aurait été facile d’en trouver, pour peu qu’on en cherche.

Bref, pour l’instant (on ne présumera pas complètement de l’avenir), la «suite» de l’histoire ressemble pas mal à une fin…

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