Sciences dessus dessous

Jeudi 24 mai 2012 | Mise en ligne à 12h18 | Commenter Commentaires (4)

Fukushima : très peu de cancers à prévoir

L’accident nucléaire de Fukushima engendrera peu de cancers, et peut-être même aucun, selon deux rapports indépendants dont Nature a obtenu copie, documents qui seront examinés cette semaine lors de la rencontre annuelle du Comité scientifique de l’ONU sur les effets de la radioactivité (UNSCEAR).

Le premier, qui émane de l’UNSCEAR, est une sorte de rapport général sur l’incident survenu, on s’en souvient, en mars 2011, quand un tremblement de terre de magnitude 9 a fait déferler un tsunami de 14 mètres sur les côtes japonaises. Les gens les plus exposés furent bien sûr les travailleurs et les contractants qui ont œuvré à contenir les dégâts sur le site de la centrale nucléaire Daiichi. Leurs données médicales, analysées par l’UNSCEAR, montrent que sur les quelque 20 000 qu’ils étaient, 167 ont reçu des doses supérieures à 100 milliSievert (mSv), la dose annuelle au-delà delaquelle les effets cancérigènes de la radioactivité deviennent détectables sur de grands échantillons (pdf). Du nombre, 6 ont reçu plus de 250 mSv et 2 ont dépassé les 600 mSv — dans ces derniers cas parce qu’ils n’avaient pas pris leur pilule d’iode, qui réduit les quantités d’iode-131 (radioactif) que le corps absorbe.

Le second document révélé par Nature, lui, a été rédigé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et tâche de mesurer les doses de radiation auxquelles les civils ont été exposés. Dans l’ensemble, y lit-on, la plupart des résidents de Fukushima et des préfectures voisines ont reçu moins de 10 mSv. Par comparaison, c’est une dose nettement inférieure que celle à laquelle furent exposés les 110 000 «nettoyeurs» de Tchernobyl, dans les années 80 ; or seulement 0,1 % d’entre eux ont fini par développer une leucémie, le cancer le plus fréquemment causé par la radiation — et encore, ce 0,1 % n’est pas entièrement dû à la radiation. On peut donc s’attendre à ce que les taux soient beaucoup plus bas chez les civils autour de Fuskushima, à un point où la hausse, s’il y en a une, ne sera pas détectable.

Il faut cependant noter que deux localités, Namie et Iitate, qui furent évacuées plusieurs mois après les autres, ont été exposées à des doses de 10 à 50 mSv. Ce qui est assez inquiétant puisque, bien que le papier de Nature ne le mentionne pas, les enfants sont plus sensibles à la radiation et «il y a un faible risque de cancer au cours de l’enfance au-delà de 10 mSv par année», selon Santé Canada.

Cela dit, qu’on ne s’y trompe pas, l’accident nucléaire a eu des conséquences environnementales très sérieuses qui perdureront encore longtemps. Une «zone interdite» de 20 kilomètres a dû être complètement évacuée, ce qui explique en grande partie pourquoi la population a été si peu exposée. Seule une partie de cette zone vient d’être «réouverte» — un bien grand mot dans la mesure où les habitants n’ont pas le droit d’y passer la nuit, radiation oblige. Les habitants ne pourront se réinstaller que lorsque les taux seront redescendus sous les 20 mSv/an, seuil que les autorités japonaises veulent faire redescendre à 1 mSv/an par des efforts de décontaminations qui s’annoncent colossaux.

Mais tout de même, maintenant que la poussière est retombée, on peut prendre froidement la mesure de ce triste épisode, et constater que ce n’est pas l’apocalypse à la Tchernobyl que trop de médias et de militants ont décrit. Il y a eu une négligence et des connivences absolument inacceptables dont les conséquences, je le répète, sont et resteront très très sérieuses (20 km de rayon, c’est large), mais elles restent assez bien circonscrites et n’ont rien à voir avec ce qui s’est passé en Ukraine en 1986. Plus personne ne peut maintenant dire, comme on l’a si souvent entendu, qu’il importe peu que Fukushima n’ait fait aucun mort sur le coup, puisque la vraie catastrophe arrivera dans le futur sous forme de cancers. Et une étude parue en avril dans les PNAS a par ailleurs trouvé qu’il y a bien eu des fuites radioactives en mer, mais qu’elles sont restées sous les seuils de danger pour la faune et l’humain — et même sous les seuils de radioactivité naturelle.

La vraie tragédie dans cette histoire, ce furent les 21 000 morts emportés par le tsunami. Dommage qu’on les ait si rapidement oubliés.

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Mercredi 23 mai 2012 | Mise en ligne à 11h57 | Commenter Commentaires (14)

Les mauvaises herbes gagneront-elles la «guerre» ?

Excellent papier qui vient de paraître dans Nature, sur le fait que l’industrie chimique «perd du terrain dans sa guerre aux mauvaises herbes». De plus en plus d’espèces différentes résistent à un ou plusieurs herbicides, dont le très populaire glyphosate (Roundup, de son nom de commerce) — un herbicide «généraliste» pour lequel on doit modifier génétiquement les cultures afin qu’elles-mêmes ne soient pas tuées.

D’aucuns proposent des successeurs au Roundup. D’après Nature, l’entreprise Dow a un mélange de glyphosate et d’acide 2,4-dichlorophénotyacétique, qui était un ingrédient de l’Agent Orange — mélange herbicide de triste mémoire que l’Armée américaine épandait sur la jungle pendant la Guerre du Vietnam pour accélérer la progression de ses soldats, mais qui s’est avéré très toxique pour les populations locales. L’idée d’utiliser plus d’un herbicide généraliste à la fois est qu’il faudra plusieurs mutations pour que les plantes parviennent à y résister, ce qui a en principe peu de chance de se produire dans la nature.

Cependant, des experts cités par la prestigieuse revue rappellent qu’il existent déjà des espèces multirésistantes, et que les mélanges risquent de favoriser les stratégies de résistance générale chez les plantes, comme d’entreposer les herbicides dans des structures cellulaires nommées vacuoles, qui sont des espèces de petites poches étanches.

Au Québec, on ne trouve encore aucun cas de résistance au glyphosate, mais ce n’est qu’une question de temps. Deux populations résistantes — la grande herbe à poux et la vergerette du Canada — ont été découvertes en Ontario depuis 2008. Le Roundup a longtemps été une sorte de panacée, une vraie, et l’agriculture sans glyphosate risque d’être plus compliquée et plus chère, avertit Nature.

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Mardi 22 mai 2012 | Mise en ligne à 15h56 | Commenter Commentaires (15)

Another one bites the dust…

Un autre bout de voile a été levé ce week-end sur les répercussions qu’auront les coupures incluses dans le dernier budget Flaherty pour la science. Ainsi, après la suspension de deux programmes de soutien à la recherche (surtout fondamentale), le fédéral se départira (lire : «fermera si personne ne veut en assumer la charge») de sa Région des lacs expérimentaux, un ensemble de 58 lacs dans le nord-ouest de l’Ontario qui servent à tester concrètement l’effet de divers polluants sur les écosystèmes, apprend-t-on sur le site de Nature.

Ce centre de recherche possède pourtant une renommée internationale en recherche environnementale, rappelle la prestigieuse revue, et des travaux réalisés là-bas ont déjà contribué à d’importants changements de politique, notamment l’accord sur la qualité de l’air signé en 1991 par les États-Unis et le Canada, qui a mené à une réduction des pluies acides.

On se rappellera aussi que la station de recherche arctique PEARL, qui procurait d’importantes données atmosphériques et qui a mesuré un «trou» record au-dessus du pôle nord en 2011, a annoncé l’hiver dernier qu’elle cesserait ses activités elle aussi — mais c’était-là une conséquence de la fermeture de la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l’atmosphère, annoncée en 2010 (par le même gouvernement), et non la suite du dernier budget.

Le fédéral tentera maintenant de trouver preneur pour ses lacs expérimentaux, qui pourraient en principe intéresser des universités ou une fondation privée. Mais comme ce même gouvernement vient justement de suspendre deux programmes qui auraient aidé d’éventuels repreneurs à soutenir un tel labo, disons que ce n’est pas gagné…

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