L’accident nucléaire de Fukushima engendrera peu de cancers, et peut-être même aucun, selon deux rapports indépendants dont Nature a obtenu copie, documents qui seront examinés cette semaine lors de la rencontre annuelle du Comité scientifique de l’ONU sur les effets de la radioactivité (UNSCEAR).
Le premier, qui émane de l’UNSCEAR, est une sorte de rapport général sur l’incident survenu, on s’en souvient, en mars 2011, quand un tremblement de terre de magnitude 9 a fait déferler un tsunami de 14 mètres sur les côtes japonaises. Les gens les plus exposés furent bien sûr les travailleurs et les contractants qui ont œuvré à contenir les dégâts sur le site de la centrale nucléaire Daiichi. Leurs données médicales, analysées par l’UNSCEAR, montrent que sur les quelque 20 000 qu’ils étaient, 167 ont reçu des doses supérieures à 100 milliSievert (mSv), la dose annuelle au-delà delaquelle les effets cancérigènes de la radioactivité deviennent détectables sur de grands échantillons (pdf). Du nombre, 6 ont reçu plus de 250 mSv et 2 ont dépassé les 600 mSv — dans ces derniers cas parce qu’ils n’avaient pas pris leur pilule d’iode, qui réduit les quantités d’iode-131 (radioactif) que le corps absorbe.
Le second document révélé par Nature, lui, a été rédigé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et tâche de mesurer les doses de radiation auxquelles les civils ont été exposés. Dans l’ensemble, y lit-on, la plupart des résidents de Fukushima et des préfectures voisines ont reçu moins de 10 mSv. Par comparaison, c’est une dose nettement inférieure que celle à laquelle furent exposés les 110 000 «nettoyeurs» de Tchernobyl, dans les années 80 ; or seulement 0,1 % d’entre eux ont fini par développer une leucémie, le cancer le plus fréquemment causé par la radiation — et encore, ce 0,1 % n’est pas entièrement dû à la radiation. On peut donc s’attendre à ce que les taux soient beaucoup plus bas chez les civils autour de Fuskushima, à un point où la hausse, s’il y en a une, ne sera pas détectable.
Il faut cependant noter que deux localités, Namie et Iitate, qui furent évacuées plusieurs mois après les autres, ont été exposées à des doses de 10 à 50 mSv. Ce qui est assez inquiétant puisque, bien que le papier de Nature ne le mentionne pas, les enfants sont plus sensibles à la radiation et «il y a un faible risque de cancer au cours de l’enfance au-delà de 10 mSv par année», selon Santé Canada.
Cela dit, qu’on ne s’y trompe pas, l’accident nucléaire a eu des conséquences environnementales très sérieuses qui perdureront encore longtemps. Une «zone interdite» de 20 kilomètres a dû être complètement évacuée, ce qui explique en grande partie pourquoi la population a été si peu exposée. Seule une partie de cette zone vient d’être «réouverte» — un bien grand mot dans la mesure où les habitants n’ont pas le droit d’y passer la nuit, radiation oblige. Les habitants ne pourront se réinstaller que lorsque les taux seront redescendus sous les 20 mSv/an, seuil que les autorités japonaises veulent faire redescendre à 1 mSv/an par des efforts de décontaminations qui s’annoncent colossaux.
Mais tout de même, maintenant que la poussière est retombée, on peut prendre froidement la mesure de ce triste épisode, et constater que ce n’est pas l’apocalypse à la Tchernobyl que trop de médias et de militants ont décrit. Il y a eu une négligence et des connivences absolument inacceptables dont les conséquences, je le répète, sont et resteront très très sérieuses (20 km de rayon, c’est large), mais elles restent assez bien circonscrites et n’ont rien à voir avec ce qui s’est passé en Ukraine en 1986. Plus personne ne peut maintenant dire, comme on l’a si souvent entendu, qu’il importe peu que Fukushima n’ait fait aucun mort sur le coup, puisque la vraie catastrophe arrivera dans le futur sous forme de cancers. Et une étude parue en avril dans les PNAS a par ailleurs trouvé qu’il y a bien eu des fuites radioactives en mer, mais qu’elles sont restées sous les seuils de danger pour la faune et l’humain — et même sous les seuils de radioactivité naturelle.
La vraie tragédie dans cette histoire, ce furent les 21 000 morts emportés par le tsunami. Dommage qu’on les ait si rapidement oubliés.









