Sciences dessus dessous

Jeudi 28 août 2014 | Mise en ligne à 15h02 | Commenter Commentaires (22)

Ebola : un peu de lumière sur un mystère…

Pas plus tard que la semaine dernière, je vous parlais d’un certain mystère entourant l’actuelle épidémie de fièvre Ebola en Afrique de l’Ouest. La souche en cause, dite «Zaïre», n’avait jusqu’à présent jamais été observée ailleurs qu’en Afrique centrale (Gabon, Congo et RDC), à environ 2000 km de la région de Guéckédou, en Guinée, où l’éclosion de cette année a démarré. Et personne ne savait trop comment le virus avait pu faire le trajet.

Il est possible qu’un humain ait servi de vecteur ; mais alors, qu’est-ce qu’un Gabonais/Congolais serait allé faire dans l’arrière-pays guinéen, très difficile d’accès ? Peut-être aussi que les chauves-souris qui servent (selon toute vraisemblance, mais ça n’a pas encore été prouvé hors de tout doute) de réservoir animal à la maladie font des migrations qui les amènent en Afrique de l’Ouest ; mais alors, pourquoi n’auraient-elles jamais provoqué d’épidémie dans les autres pays qu’elles traversent ?

Un article qui vient de paraître dans Science, sans amener toutes les réponses, vient jeter un peu de lumière sur ce mystère. Fondée sur le séquençage du virus chez 78 patients en Sierra Leone de la fin de mai à la mi-juin (ainsi que quelques autres provenant de Guinée), l’étude suggère que l’actuel virus proviendrait du même réservoir animal que l’Ebola qui a causé une épidémie en RDC en 2007-2008. Le terme «réservoir», notons-le, ne doit pas être interprété comme «un seul animal», mais plutôt «une même population animale», qui partageait un même virus — les chauves-souris peuvent porter le virus Ebola sans montrer de symptôme, m’a précisé l’infectiologue de l’Université Laval Dr Guy Boivin. D’après les données génétiques, cette population se serait divisée vers 2004 ; l’une des branches aurait ensuite infecté des gens en Afrique centrale une couple d’années plus tard, puis une autre aurait fini, à la suite de migrations, par causer la présente épidémie en Afrique de l’Ouest.

Cela ne répond pas à toutes les questions — pourquoi pas plus d’Ebola-Zaïre sur les routes migratoires des chauves-souris ? —, mais c’est un morceau de plus dans ce casse-tête.

Cela dit, l’article de Science met aussi en lumière un autre aspect de l’épidémie, pas très réjouissant : le virus mute rapidement, ce qui indique qu’il pourrait être en train de s’adapter à l’humain, possiblement pour se transmettre plus facilement. Plus de détails dans mon papier sur le site du Soleil.

P.S. Je m’en voudrais de ne pas mettre un lien vers ce compte-rendu sur le site de Science, pour faire ressortir en particulier le tribut que paye la communauté médicale de l’Afrique de l’Ouest. Des 50 auteurs de l’article en question, cinq ont contracté la maladie en travaillant sur le terrain et en sont morts.

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Lundi 25 août 2014 | Mise en ligne à 10h43 | Commenter Commentaires (28)

Casse-tête nickelé

J’ai un petit casse-tête pour vous. Après tout, c’est lundi matin, vous avez eu toute la fin de semaine pour vous reposer et votre travail n’est pas supposé vous avoir déjà épuisé, n’est-ce pas ? Enfin, si vous êtes déjà fatigué, vous devriez consulter — ou vous coucher plus tôt mais, ça, c’est vous qui le savez.

Alors voilà. Comme on l’a déjà dit ici, il y a un problème de pollution à la poussière de nickel dans le quartier Limoilou, au centre-ville de Québec, suffisant pour accroître les risques de problèmes allergiques comme de l’urticaire et l’asthme, et possiblement les risques de cancer (mais alors, à très long terme). Cela fait une quinzaine d’années que les concentrations de ce métal dans l’air y sont trop élevées, à environ 50 nanogrammes par mètre cube alors que la norme québécoise est de 14 ng/m3 sur une période de 24 heures — c’est de 20 ng/m3 sur un an en Ontario et aux États-Unis. Une enquête de l’Environnement a montré du doigt le Port de Québec, et plus particulièrement l’entreprise Arrimage du Saint-Laurent (ASL), qui transborde de grandes quantités de minerai de nickel.

Celle-ci n’a jamais admis sa responsabilité, mais a tout de même fait installer un réseau de détecteurs de poussière et de près de 20 canons à eau afin de rabattre la poussière. Ce système est en opération depuis juillet 2013.

graphNiMais voilà, d’après des données du ministère de l’Environnement que j’ai obtenues récemment, des «pics» de pollution au nickel surviennent encore dans Limoilou. Deux sont très évidents dans la période couverte par ces nouveaux chiffres (mars à décembre 2013), le 14 août et le 20 décembre, à 125 et 256 ng/m3 — soit après que les canons à eau furent entrés en fonction. Dans l’ensemble, la situation s’améliore (on n’est plus qu’à 15 ng/m3 en moyenne), mais les deux pics suggèrent qu’il n’y a pas que du nickel résiduel dans le quartier, mais qu’une source de pollution est toujours active.

Alors, logiquement, de deux choses l’une. Ou bien le système d’Arrimage ne fonctionne pas. Ou bien l’entreprise n’était pas la seule source de pollution. Chez ASL, on jure que les canons à eau font leur travail et on souligne que, les journées des deux pics de pollution et dans les 48 heures précédentes, aucun bateau de nickel n’était à quai. Il existe un autre terminal où de grandes quantités de minerai de nickel sont manipulées dans le Port de Québec, propriété du géant minier Glencore. Celui-ci admet avoir déchargé des bateaux à Québec les 14 août et 20 décembre 2013, mais rappelle que ses opérations se font entièrement en milieu fermé, contrairement à Arrimage qui transborde (ou transbordait) à ciel ouvert — ce qui avait jusqu’à présent innocenté Glencore (anciennement Xstrata) d’office.

La militante limouloise Véronique Lalande, qui mène la charge dans ce dossier depuis ses débuts, fait quant à elle valoir que la présence ou non d’un vraquier de nickel dans le Port de Québec n’a pas une grande influence sur la qualité de l’air dans son quartier. Il y aurait, dit-elle, une pollution «générale» dans le port qui serait due à de mauvaises pratiques. La poussière qui en résulte serait soulevée périodiquement par les vents et se déposerait dans Limoilou lorsque ces derniers soufflent dans la «bonne» direction.

Le hic, cependant, c’est que les données sur les vents colligées par Environnement Canada dans ce secteur n’appuient pas de façon très claire cette hypothèse. Le 20 décembre, certes, de forts vents (30 à 45 km/h en moyenne) ont soufflé du port vers Limoilou et auraient pu y amener de la poussière. Mais le 14 août, les vents n’ont soufflé en direction de Limoilou qu’entre minuit et 6 h, se retournant complètement au petit matin pour souffler vers l’ouest toute la journée. Et si c’était bien une sorte de pollution générale dans le port qui était en cause, on se demande pourquoi on n’observerait pas davantage de «pics» de nickel puisque, ces deux journées-là, les vents n’avaient rien d’exceptionnels.

Bref, je ne veux pas disculper Arrimage du Saint-Laurent, contre qui la preuve montée par l’Environnement était franchement convaincante. Mais bon, il y avait peut-être autre chose, aussi. Mais quoi ? À votre avis, quel sens doit-on donner à ce petit casse-tête ?

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Jeudi 21 août 2014 | Mise en ligne à 11h40 | Commenter Commentaires (45)

Le chien, un loup «domestiqué» ou «dégénéré» ?

L'ancêtre du chien a-t-il été choisi par nos ancêtres pour sa capacité à coopérer ou pour sa docilité ? (Photo : Presse canadienne)

L'ancêtre du chien a-t-il été choisi par nos ancêtres à cause de sa bonne capacité à coopérer ou pour une docilité un peu bébête ? (Photo : Presse canadienne)

Est-ce que c’est juste moi, dites ? Vraiment, il y a de ces fois où plus je lis de recherche sur les chiens, leur comportement et leur évolution, plus j’ai l’impression qu’ils ne sont pas des «loups domestiqués», mais plutôt des «loups dégénérés». À moins que l’un n’aille pas sans l’autre ?

Après les études montrant qu’à taille égale, le cerveau des chiens est plus petit que celui des loups, et que ceux-ci sont même meilleurs que les chiens pour décoder les signaux des humains (à entraînement égal), la dernière «claque» sur le museau du meilleur ami de l’homme vient de deux études rendues publiques lors du dernier congrès de la Société de comportement animal, et résumées sur le site de Science.

Dans un premier cas, quatre meutes de chiens et autant de meutes de loups (2 à 6 animaux par meute) vivant en laboratoire. Les spécimens ont tous été élevés quelque temps par des humains à partir de l’âge de 10 jours avant d’être présentés au reste de la meute, afin de tous les habituer également à la présence humaine. Les chercheurs Friederike Range et Zsofia Viranyi, de l’Université de médecine vétérinaire de Vienne, ont ensuite isolé des duos de chaque espèce, appariant toujours un dominant et un dominé, puis leur ont donné un bol (et un seul) de nourriture.

Résultat : alors qu’on pense souvent que nos ancêtres ont sélectionné les individus qui collaboraient le mieux, ce sont les loups qui se sont avérés les plus coopératifs. Chez eux, le dominé a toujours eu accès à la nourriture, même si son «boss» se montraient un brin agressif à l’occasion. Aucun des chiens dominants n’a cependant accepté de partager son écuelle — et ils n’ont pas vraiment eu besoin de le faire, puisque les chiens dominés n’ont jamais même essayé de se nourrir.

Dans une autre expérience, M. Range et Mme Viranyi ont constaté que les loups parvenaient mieux que les chiens à trouver de la nourriture en suivant le regard d’un leurs congénères. «Ils sont très coopératifs, et quand il y a un désaccord ou qu’ils doivent prendre une décision de groupe, ils communiquent beaucoup», a dit M. Range lors du congrès. Par comparaison, les meutes de chien s’avèrent plus hiérarchiques que coopératives, la moindre transgression de l’autorité pouvant amener un dominant à réagir agressivement.

Voilà qui contraste pas mal avec l’image traditionnelle que l’on a des deux espèces — soit un chien altruiste qui coopère, et un loup dominateur qui n’hésite pas à violenter ses semblables pour avoir sa bouchée de cerf…

Dans la même veine, une autre chercheuse présente au congrès, Monique Udell, de l’Université d’État de l’Oregon, a présenté le résultat d’une expérience comparant elle aussi des chiens et des loups élevés en captivité. Dix spécimens de chaque espèce se trouvaient isolés dans une pièce où se trouvait une canne hermétiquement fermée de saucisses. Mme Udell et son équipe observait alors pendant deux minutes, afin de voir la capacité de chacun à résoudre seul un problème.

Passé ces 120 secondes, huit des 10 loups avaient ouvert la boîte, contre aucun des chiens. La plupart de ces derniers n’avaient d’ailleurs même pas essayé. Mme Udell a ensuite répété l’exercice avec les chiens, mais en leur donnant l’ordre d’ouvrir la boîte — et alors tous ont réussi.

Bref, ces deux études suggèrent que nos ancêtres n’ont pas sélectionné les loups les plus coopératifs, mais simplement les plus serviles et les plus dépendants. Remarquez, ça n’empêche pas le chien d’être, le plus souvent, une bête fort sympathique, mais disons que si j’en étais un, j’aurais sans doute l’égo un peu meurtri…

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