Sciences dessus dessous

Mardi 22 avril 2014 | Mise en ligne à 12h07 | Commenter Un commentaire

Des groupes de chimpanzés vieux de… 2000 ans ?

Photo : archives La Presse.

Photo : archives La Presse.

On savait depuis longtemps que les chimpanzés forment des groupes remarquablement stables dans le temps, mais on ignorait jusqu’à quel point notre plus proche parent tenait à «a gang». D’après une étude publiée récemment dans le Journal of Human Evolution, ces communautés peuvent perdurer pendant des siècles — et possiblement plus de 2000 ans, encore que ce dernier chiffre doive être pris avec un grain de sel.

Les groupes de chimpanzés fonctionnent tous sur le même modèle : les mâles y sont tous apparentés (ce qui diminue le degré d’agression entre eux) et ne quittent jamais le nid familial, sauf à de très rares exceptions ; les femelles, elles, s’en vont dès qu’elles atteignent la maturité sexuelles pour joindre des groupes voisins. Comme les groupes de chimpanzés sont maintenus de pères en fils, une équipe dirigée par l’anthropologue de l’Université de Boston Kevin Langergraber a décidé d’examiner le chromosome Y  — soit le chromosome qui fait d’un individu un mâle, transmis de père en fils — de 273 de ces grands singes, sur 13 segments différents. En mesurant les différences entre mâles d’un même groupe, se disaient les chercheurs, on peut se faire une idée de l’époque où vivait leur dernier ancêtre mâle commun, et donc déduire l’âge du groupe.

Et les résultats sont proprement sidérants. Le plus «jeune» des groupes étudiés avait 125 ans, ce qui est en soit remarquable pour des animaux vivant dans une nature que l’on devine toujours plus ou moins chaotique, bien qu’il existe d’autres exemples de colonies stables dans le monde animal. Mais la plupart des groupes avaient plusieurs siècles, et le plus ancien avait l’âge vénérable de 2600 ans !

Dans les cas les plus extrêmes, lit-on toutefois dans ce compte-rendu du magazine La Recherche, on peut soupçonner une forme de «contamination» génétique : si un mâle «étranger» est admis dans un groupe, son chromosome Y sera forcément très différent de celui des autres mâles du groupe, ce qui vieillira artificiellement (et beaucoup) la communauté. Mais il semble que, si les femelles changent systématiquement de groupe, ce genre d’«adoption» soit rarissime pour les mâles — aucun cas n’a été rapporté en un demi siècle d’observation de Pan troglodytes. Au contraire, la règle est que les mâles se montrent sans merci pour les mâles des autres groupes.

Reste la possibilité d’accouplements furtifs entre une belle poilue partie cueillir des bananes et un étranger de passage. Si un bébé mâle naissait d’une telle rencontre, cela pourrait également vieillir artificiellement le groupe. Je n’ai rien vu qui réponde précisément à cette question, mais on peut supposer que les chercheurs la considèrent également très improbable.

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Jeudi 17 avril 2014 | Mise en ligne à 12h05 | Commenter Commentaires (17)

Sexe, évolution et barbe des séries

Un article paru hier dans les Proceedings of the Royal Society – Biological Sciences fait grand-bruit, comme il fallait s’y attendre en cette époque où le hipster-bashing est presque aussi à la mode que la barbe de série : selon l’étude, l’attrait sexuel de la pilosité faciale obéirait à une loi de la sélection naturelle dite de «fréquence négative» — d’où il s’ensuit presque nécessairement que l’actuelle mode de la barbe toucherait à sa fin.

Cette sélection négative de la fréquence est une phénomène bien connu en biologie, où certains traits peuvent conférer un avantage évolutif à des individus tant et aussi longtemps qu’ils demeurent rares. Par exemple, chez de petits poissons tropicaux colorés nommés guppy, arborer une robe ayant un motif rare et différent des autres a un effet protecteur, car les prédateurs sont habitués à rechercher et voir d’autres motifs. Ces individus sont donc favorisés par sélection naturelle, deviennent ainsi de plus en plus nombreux, et finissent par perdre leur avantage parce que les prédateurs s’adaptent. Et le petit jeu recommence, lit-on dans ce compte-rendu de Science.

Un trio de chercheurs australiens menés par Barnaby Dixon, de l’Université de Nouvelle-Galle-de-Sud, a voulu savoir si cela s’appliquait au port de la barbe chez l’espèce humaine et a demandé à 1453 femmes et 213 hommes de noter l’attrait de photos montrant 36 hommes différents. Ceux-ci avaient été photographiés quatre fois, soit tout de suite après s’être rasés, puis avec une barbes de 5 jours, 10 jours et un mois. Leurs photos étaient présentées de façon à ce qu’une partie des participants voient une série de faciès où les barbes étaient rares, et que le reste note des visages souvent barbus.

Résultat : la barbe était notée 20 % plus sexy dans les séries de photos où elle était rare, signe que son attrait obéit bel et bien à une sélection négative de la fréquence. Un peu comme la robe des poissons, plus la barbe est à la mode, moins elle est avantageuse.

C’est bien intéressant et cela pourrait expliquer pourquoi la barbe, comme d’autres modes, revient en cycle d’environ 30 ans (hormis quand le Canadien fait les séries), mais j’ai comme l’impression qu’il y a ici un «mélange des genres» qui porte à confusion. Certains médias ont en effet rapporté l’étude en disant que le port de la barbe est «guidé par l’évolution» et que «ce n’est pas la barbe qui est sexy, c’est sa rareté». On me corrigera si je me trompe, mais il me semble que l’évolution n’a pas grand-chose à y voir : si la nouveauté peut attirer, il reste qu’au-delà des modes, la barbe est un caractère sexuel secondaire que les femmes apprécient généralement (on parle de moyenne, ici, on s’entend) au même titre que, par exemple, la taille ou un timbre de voix plutôt grave. La seule différence est qu’on peut se raser, ce qui soumet la pilosité aux modes, mais la barbe reste et restera toujours sexy — un peu plus quand elle se fait rare, un peu moins quand elle est répandue.

(P.S. Je dois ici faire une «déclaration d’intérêts potentiellement conflictuels» : j’ai porté la barbe jusqu’à hier, barbe d’environ 2-3 mois qui était devenue plus longue que mes cheveux nouvellement coupés. Le fait que je me sois rasé n’a cependant rien à voir avec la publication de l’étude des PSR-B, bien que les deux soient survenus le même jour. C’est simplement que les «séries» commençaient hier et que, comme chacun sait, traîner une barbe de saison régulière en playoffs porte horriblement malheur…)

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Mardi 15 avril 2014 | Mise en ligne à 14h38 | Commenter Commentaires (55)

Le coût des vols spatiaux divisé par 100 ?

Jusqu'en janvier dernier (image de gauche), la fusée Falcon-9 n'était pas équipée de trains d'atterrissage. SpaceX a toutefois muni son engin d'un tel équipement tout récemment (image de droite) dans l'espoir, éventuellement, de récupérer ses fusées et de les réutiliser, ce qui pourrait faire fondre les coûts des vols spatiaux. (Crédit photo : SpaceX)

Jusqu'en janvier dernier (image de gauche, lors du lancement d'un satellite de communication), la fusée Falcon-9 n'était pas équipée de trains d'atterrissage. SpaceX a toutefois muni son engin d'un tel équipement tout récemment (image de droite) dans l'espoir, éventuellement, de récupérer ses fusées et de les réutiliser, ce qui pourrait faire fondre les coûts des vols spatiaux. (Crédit photo : SpaceX)

Mine de rien, c’est peut-être une nouvelle page dans la conquête spatiale qui pourrait commencer à s’écrire vendredi. Je dis bien «peut-être», n’est-ce pas, parce qu’on tombe ici dans un certain degré de futurologie. Mais il n’empêche : la firme américaine Space X, qui a mis au point le premier dispositif de «ravitaillement commercial» de la Station spatial internationale, va tester pour la toute première fois cette semaine des trains d’atterrissage sur sa fusée Falcon-9.

La nouvelle peut sembler anodine, et il est toujours possible qu’elle se révèle sans conséquence, mais le but de ces «pattes» est d’éventuellement faire atterrir sans dégât la fusée afin de la récupérer et de la réutiliser. Et c’est ce dernier verbe qui promet un grand chambardement de nos habitudes spatiales car jusqu’à présent, à peu près toutes les fusées que nous avons assemblées n’ont été conçues que pour un usage unique : lancement d’une cargaison dans l’espace, puis destruction du propulseur lors de sa rentrée dans l’atmosphère. C’était, j’imagine, plus simple de procéder ainsi, mais l’ennui est que ces engins ne sont pas gratuits.

Loin, loin de là… D’après des chiffres de SpaceX, un lancement de Falcon-9 coûte près de 55 millions $. De ce montant, la facture de carburant s’élève à seulement 200 000 $. C’est vraiment l’assemblage des fusées qui est ruineux, si bien qu’en parvenant à les réutiliser, on pourrait espérer tronçonner les coûts de lancement par un facteur 100.

Ce sont là, du moins, les chiffres avancés par le patron de SpaceX, Elon Musk. Mais ils ont été repris par l’ex-astronaute canadien Chris Hadfield il y a à peine plus de deux semaines — voir ici.

En soi, le simple fait de diviser les coûts de lancement par un facteur, disons, de «seulement» 50, serait potentiellement révolutionnaire pour la présence humaine dans l’espace. En outre, une fusée capable de décoller et d’atterrir pourrait également s’avérer un morceau d’équipement crucial en vue d’une éventuelle mission habitée sur Mars.

On en est encore très loin, mais il faut bien commencer quelque part. Des essais ont été réalisés l’an dernier (pour ceux qui ont des gamins amateurs de fusées comme les miens, voir ceci absolument) et, comme l’explique ce compte-rendu du New Scientist, la fusée devrait rallumer trois de ses moteurs juste avant sa rentrée dans l’atmosphère afin de décélérer jusqu’à des vitesses où Falcon-9 ne se consumera pas à cause de la friction de l’air. Dix secondes plus tard, les trains devraient se déployer, mais la trajectoire prévue finira tout de même dans l’océan. Les autres étapes d’une récupération de fusée seront tentées dans des missions ultérieures.

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