Sciences dessus dessous

Je me suis couché hier soir, comme cela arrive souvent aux journalistes qui ont la chance de couvrir la science, moins ignorant que je ne m’étais levé le matin : je suis désormais capable d’identifier une berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) et de la distinguer d’une autre espèce très ressemblante. Et comme ladite berce a une sève toxique qui provoque des brûlures, je me suis dit qu’en plus d’être moins ignorant, je pourrais aussi être utile et partager la connaissance…

Photo : Ville de Lévis.

Photo : Ville de Lévis.

La berce du Caucase, comme son nom l’indique, est une espèce envahissante originaire d’Europe de l’Est. Elle a été introduite en Amérique du Nord comme plante ornementale, et sa présence est confirmée au Québec depuis les années 90. Il s’agit d’une plante qui fait beaucoup, beaucoup de graines — et encore pire, des graines qui ont un excellent taux de germination et qui peuvent rester viables dans le sol pendant des années. Les graines ne tombant jamais loin, H. mantegazzianum forme des colonies serrées d’où sont de facto expulsées les autres espèces. Bref, des habitudes de reproduction tirées du manuel de la parfaite petite emmerdeuse envahisseuse.

Photo : Ville de Lévis

Photo : Ville de Lévis

Et pour être bien sûr de ne pas être trop sympathique, la berce du Caucase provoque des brûlures chimiques. En elles-mêmes, la tige et les feuilles ne sont pas dangereuses, mais si on les brise et qu’elles libèrent de la sève, on risque de le regretter. La sève contient en effet des composés qui, lorsqu’ils sont activés par des ultraviolets, provoque des brûlures pouvant aller jusqu’au deuxième degré. Les malchanceux qui s’y frottent peuvent en outre garder des taches brunes ou blanches sur la peau pendant des mois, voire des années.

Photo : Ville de Lévis

Photo : Ville de Lévis

Alors, comment la reconnaître pour l’éviter ? Les photos ci-contre montrent la berce du Caucase à trois stades de son développement — lequel s’étale sur plusieurs années. À maturité, c’est une plante impressionnante qui dépasse facilement les 2 mètres de hauteur et peut se rendre jusqu’à 5 mètres. Plus jeune, elle est bien sûr beaucoup plus petite, mais la grande taille de ses feuilles est assez frappante même lorsqu’elle ne mesure qu’une cinquantaine de cm. (Note : si vous voyez des fleurs très semblables à celles de la berce du Caucase sur des plantes de 30 à 50 cm de haut, vous n’avez pas affaire à une berce ; celle-ci ne fait ses fleurs que lorsqu’elle est beaucoup plus grande.)

Une autre espèce de berce vit en Amérique du Nord — indigène, celle-là. C’est la berce laineuse, qui ne cause aucune irritation mais qui ressemble à s’y méprendre à sa cousine européenne. La «laineuse» est généralement plus petite (moins de 3 mètres), mais on ne peut pas se fier là-dessus pour les distinguer, les tailles des deux espèces pouvant se chevaucher.

On peut tout de même les différencier à coup sûr, pour peu que l’on sache où regarder, c’est-à-dire sur la tige et sous les feuilles, m’a dit hier un technicien de la Ville de Lévis, qui vient de lancer une campagne d’éradication :

– Berce du Caucase : pas de poils sous les feuilles, et présence de taches pourpres sur la tige.

– Berce laineuse : présence de poils blancs et souples sous les feuilles, mais pas de taches pourpres sur la tige.

Alors vous saurez maintenant quoi regarder et de quoi vous méfiez cet été, lorsque vous marcherez en lisière de forêt ou sur un terrain vague, où la berce établit ses colonies.

P.S. Preuve que la vie est, par défaut, mal faite, la saison de la berce du Caucase coïncide avec celle des vacances. Les miennes commenceront ce soir, en principe vers 17h mais en pratique quand j’aurai fini d’écrire tous les textes que j’ai à rendre pour le week-end. Et, avec un peu de chance et une couple de bonnes ondées dans les prochaines semaines, elles se mélangeront en partie avec le début de la saison des chanterelles communes…

Je continuerai à modérer les commentaires du blogue pendant quelques jours avant de décrocher d’une manière à la fois totale, complète et entière, comme on dit quand on veut être «sûr et certain» d’être clair.

Alors bon été, et on se revoit (relit) en août !

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Mardi 8 juillet 2014 | Mise en ligne à 16h00 | Commenter Commentaires (19)

L’épidémie de sédentarité

En général, on considère que l’«épidémie d’obésité» qui engraisse l’Occident au grand complet depuis 20 à 30 ans est le résultat d’une conspiration entre, d’une part, une alimentation de plus en plus calorique et, d’autre part, une tendance à la sédentarité qui nous fait remplacer les raquettes par des manettes. Or selon une étude qui vient de paraître dans l’American Journal of Medicine, la sédentarité aurait agi seule et la malbouffe serait (a priori) innocente — même aux États-Unis, royaume du McDo…

Pour arriver à cette conclusion, quatre chercheurs de l’Université Stanford menés par le gastroentérologue Uri Ladabaum ont analysé des données du National Health and Nutrition Examination Survey, une vaste enquête répétée périodiquement pour mesurer l’état de santé et l’alimentation de la population américaine et permettre d’en suivre l’évolution dans le temps. Entre la période 1988-94 (premier NHANES étudié par les auteurs) et 2009-2010, les chercheurs ont trouvé sans surprise que le tour de taille des Américains a augmenté en moyenne d’environ 0,3 % par année, et leur indice de masse corporelle (le poids en kg sur le carré de la taille en cm), de 0,37 % annuellement.

Cependant, lorsqu’ils ont examiné la diète de leurs compatriotes sur ces quelque 20 ans, Ladabaum et al. ont aussi trouvé que «l’apport calorique quotidien moyen n’a pas changé significativement». Il semble donc qu’on (enfin, nos voisins du sud, mais les mêmes tendances prévalent ici aussi) ne mange pas plus qu’auparavant. La grande différence, c’est que la proportion d’adultes qui ne font aucune activité physique a littéralement explosé, passant de 19 à 52 % de sédentaires chez les femmes, et de 11 à 44 % chez les hommes. En seulement 20 ans, c’est franchement spectaculaire, et pas dans le bon sens du terme…

Les chercheurs, il faut le noter, n’ont pas analysé dans le détail les types de nourriture que les Américains consomment, se contentant du nombre de calories ingérées. Il est donc toujours bien possible qu’une partie du problème se trouve dans l’alimentation — moins de fibres ? moins de légumes ? moins de gras et plus de sucres raffinés ? —, mais disons que cette étude suggère fortement que, dans toute cette affaire, il y aurait un suspect «principal» et un «secondaire».

AJOUT (16h25) : Des réactions sur Twitter m’incitent à amener un petite précision. L’étude que je résume ici porte que les causes collectives et historiques de l’épidémie d’obésité qui sévit en Occident. Cela signifie que ce n’est pas l’apport calorique moyen qui est en cause — puisqu’il n’a pas changé en 20 ans, en moyenne —, mais plutôt l’abandon collectif de l’activité physique. Cela ne veut pas dire qu’une surconsommation de calories ne mène pas à l’embonpoint, ce qui serait faux ; c’est simplement que ce n’est pas ce qui semble être arrivé aux États-Unis depuis les années 80.

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Lundi 7 juillet 2014 | Mise en ligne à 14h28 | Commenter Commentaires (2)

L’image (martienne) du jour

Le cratère de Rabe est un endroit magnifique, mais pas la porte à côté... (Image : ESA)

Le cratère de Rabe est un endroit magnifique, mais pas la porte à côté... (Image : ESA)

Si ce n’était de son éloignement, le cratère de Rabe serait assurément une destination touristique très courue, que l’on imagine aisément quadrillée de sentiers de randonnée. Mais comme le montre la photo ci-dessus, ledit cratère est situé au beau milieu d’un désert. Et ce que l’image ne montre pas, c’est que ledit désert se trouve… sur la planète Mars.

C’est l’Agence spatiale européenne (ESA) qui a publié récemment cette magnifique photo du cratère de Rabe, un «trou» de 108 kilomètres de diamètre et d’environ 1 km de profondeur laissé là par la chute d’un météorite. L’origine de la «texture» et de la couleur particulières (et splendides) du rebond central ne sont pas établies avec certitude, mais il semble qu’une couche de dépôts géologiques très foncés, possiblement volcaniques, se trouve sous la surface martienne dans cette région. Le fait que l’on trouve la même teinte au fond d’autres cratères de la région plaide en ce sens (voir ici).

C’est le vent (car oui, il y en a sur Mars) qui aurait modelé les exquises formes de vague que l’on voit dessus, en creusant petit à petit les endroits les plus friables.

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