Sciences dessus dessous

Jeudi 25 août 2016 | Mise en ligne à 13h26 | Commenter Commentaires (5)

La tête trop dure pour le dépistage génétique…

1078688Si votre médecin vous disait que vous êtes porteur de plusieurs variantes de gènes qui, toutes ensemble, augmentent de beaucoup vos risques de faire de l’artériosclérose et des problèmes cardiaques, est-ce que vous changeriez votre alimentation pour compenser ? Feriez-vous un peu plus d’exercice, histoire de mettre toutes les chances de votre côté ?

La réponse est évidente : oui, bien sûr que vous le feriez. Absolument. Dès demain s’il le faut. Parce que, vraiment, ça prendrait toute qu’une tête de mule pour ne pas comprendre ce genre de message, que nos propres gènes nous envoient, hein ?

Eh bien vous avez peut-être (sans doute, même) la tête pas mal plus dure que vous le pensez. D’après un article très intéressant paru récemment dans le British Medical Journal, les tests génétiques ne changent rien, dans l’ensemble, à nos habitudes de vie, même quand les avertissements qu’ils nous servent sont clairs comme de l’eau de roche. Ce qui vient jeter un beau pavé dans la mare de l’industrie (en pleine expansion) du dépistage génétique

Le texte, qui est une méta-analyse de 18 études différentes, montre très bien que dans l’ensemble, le fait de communiquer un risque accru à cause des gènes ne change (malheureusement) pas grand-chose à leurs habitudes de vie. Et ce qu’il y a de particulièrement intéressant, ici, c’est que l’absence d’effet s’observe sur un éventail de risques et de changements assez diversifié : se savoir génétiquement plus à risque de ceci ou de cela ne fait aucune différence pour arrêter de fumer, pour l’activité physique, la consommation d’alcool, l’usage de médicaments, la participation à un programme de détection hâtive des symptômes ou à des groupes de soutien. Le seul changement pour lequel l’effet est presque significatif — ils sont vraiment sur la ligne, avec une valeur p pile poil sur le seuil de 0,05 — est la diète, mais quand, comme les auteurs de l’article du BMJ, vous avez besoin de conjuguer sept études et près de 1800 participants pour en arriver là, c’est le signe que l’effet, s’il existe, est bien mince.

Heureusement, il semble que se savoir porteur d’un allèle (une «version» de gène) à risque n’empire pas l’anxiété ou l’humeur dépressive des patients. Remarquez, ce n’est guère étonnant, compte tenu de ce qui précède — si cela rendait les gens nerveux, on peut supposer qu’ils agiraient —, mais cela vaut la peine de le noter puisque la possibilité de créer de l’anxiété est un des arguments de ceux qui jugent qu’on fait trop de dépistage génétique.

C’est toujours ça de pris, comme on dit…

À cet égard, d’ailleurs, je vous recommande la lecture de cet excellent billet du tout aussi excellent blogue Science-Based Medicine. Essentiellement, si le dépistage rapide est, de manière générale (et parfois théorique), un concept extrêmement utile, il semble que bien des tests disponibles sur le marché ne servent pas à grand-chose, du moins pas encore, pour diverses raisons. Ils mettent au jour des risques contre lesquels on ne peut pas grand-chose, ou cherchent des allèles qui, pris séparément, n’ont qu’une faible influence sur la santé (sur l’artériosclérose, on n’a rien trouvé qui augmente les risques par plus qu’un facteur 1,3, voir l’hyperlien dans le 1er paragraphe), et c’est sans compter qu’on ne connaît pas encore bien la variabilité du génome humain ni l’effet des combinaisons de gènes, ce qui embrouille pas mal le portrait.

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En soi, la découverte d’une planète orbitant autour de Proxima du Centaure n’est pas une grosse surprise : plus on découvre d’exoplanètes, et on en connaît 3500 maintenant, plus il devient évident qu’elles sont très communes. On estime, m’a dit le «chasseur de planètes» de l’UdeM René Doyon, qu’il y en aurait «au moins entre 1 et 2 par étoile en moyenne».

Mais voilà, Proxima du Centaure n’est pas n’importe quelle étoile. À l’échelle astronomique, c’est littéralement la porte à côté, elle est l’étoile la plus proche de notre système solaire, à 4,25 années-lumières d’ici. Et la nouvelle planète partage plusieurs similitudes importantes avec la Terre, dont la taille (1,3 fois la masse terrestre, ou un peu plus) et le fait qu’elle orbite dans la «zone habitable» de son étoile — juste à la bonne distance de son étoile pour ne pas «tuer» la possibilité théorique qu’il y ait de l’eau liquide à sa surface.

Avant de sabrer le champagne à la santé de la vie extraterrestre, cependant, il faudra s’armer de patience. Pour tout dire, il viendra peut-être (sans doute ?) même un jour où l’on devra se résoudre à chercher d’autres raisons pour le boire mais ça, c’est moins difficile à trouver qu’une exoplanète…

Il y a en effet, a priori, plusieurs raisons de croire que cette planète-là, baptisée Proxima b, n’est pas particulièrement habitable. Son étoile est une naine rouge, qui n’a que 0,15 % de la luminosité du Soleil — et encore, surtout (85 %) dans l’infrarouge. Elle chauffe donc beaucoup moins que la nôtre, si bien que sa zone habitable est extrêmement proche de l’étoile — Proxima b orbite à 0,05 fois la distance Terre-Soleil. Et cette proximité implique deux choses.

D’abord, la planète a subi des effets gravitationnels plus intenses que la Terre, au point où sa rotation et sa révolution sont vraisemblablement «verrouillées», c’est-à-dire que la planète montre toujours la même face à son «soleil», comme la Lune le fait avec la Terre. Si c’est le cas, cela impliquerait qu’un côté est extrêmement chaud et l’autre, extrêmement froid, trop pour supporter la vie.

Il est possible, soulignent les auteurs de la découverte, que la présence d’une atmosphère assez dense puisse redistribuer la chaleur assez également pour que la possibilité d’une vie (toujours très théorique, on s’entend) persiste. Cependant, et c’est le second point, orbiter proche de son étoile est justement une bonne façon de perdre son atmosphère, puisque cela expose la planète à des «vents solaires» très intenses (voir ces photos de Mars, qui perd justement le petit peu d’atmosphère qui lui reste à cause de cela). Ce n’est pas une certitude, remarquez, puisqu’une planète comme Proxima b peut avoir un champ magnétique suffisamment puissant pour la protéger.

Mais il faudra sonder son atmosphère pour le savoir, et cela risque fort de prendre du temps, dit M. Doyon. Plus de détails dans mon papier sur le site du Soleil.

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Lundi 22 août 2016 | Mise en ligne à 11h55 | Commenter Commentaires (47)

Ajouter du lithium dans l’eau potable ?

(Photo : archives La Tribune)

(Photo : archives La Tribune)

C’est une très intéressante question que mon collègue de La Presse Mathieu Perreault soulève dans son texte paru hier (voir aussi ici et ici) : devrait-on ajouter du lithium à l’eau potable, de la même manière que l’on ajoute (ou, enfin, qu’on devrait le faire…) du fluor pour prévenir la carie ?

Dans la pharmacopée moderne, le lithium est connu comme un «stabilisateur de l’humeur» et est prescrit aux gens qui souffrent de maniaco-dépression ou de dépression sévères qui ne répondent pas aux antidépresseurs. Or, c’est aussi un élément présent dans le sol et qui se trouve naturellement dans l’eau potable de plusieurs communautés à travers le monde. On parle ici, notons-le tout de suite, de «doses» qui n’ont rien à voir avec ce que l’on prescrit médicalement : on donne aux patients de comprimés de 300 milligrammes alors que l’eau de ces villes en contient généralement entre 0,01 et 0,150 mg/l, ce qui signifie qu’il faudrait en boire des milliers de litres avant d’avoir une dose «médicale». Mais même à de si faibles concentrations, la consommation chronique peut apparemment induire des effets positifs sur la psyché, et comme ce lithium survient à des concentrations très variables d’un endroit à l’autre, cela a permis à des chercheurs d’en tester les effets.

Et «bien qu’elles ne soient pas nombreuses, ces études ont obtenu des résultats remarquablement cohérents, montrant une corrélation inverse significative entre les niveaux de lithium dans l’eau et les taux de suicide», lit-on dans cette revue de littérature scientifique toute récente, qui a recensé une dizaine d’études sur la question. En langage courant : plus une communauté a de lithium dans son eau, plus ses taux de suicide sont bas.

Le mécanisme n’est pas bien compris. Ce lithium dans l’eau pourrait prévenir le suicide en empêchant des gens de sombrer dans la dépression, mais on lui connaît aussi un effet de prévention du suicide même chez les patients dont la maladie ne répond pas bien au lithium. Et dans tous les cas, les données semblent assez claires (bien que peut-être pas encore assez pour justifier une intervention étatique) : ça marche. Et d’après des résultats obtenus par un chercheur de McGill cité par mon collègue, il y aurait aussi un potentiel pour la prévention de l’Alzheimer.

Alors, doit-on le faire, ou du moins financer des recherches en vue d’ajouter, éventuellement, du lithium dans l’eau potable ? Si l’on compare avec le fluor, il est évident que le Li ne bénéficierait pas à autant de gens — la carie est beaucoup, beaucoup plus répandue que le trouble bipolaire ou la dépression majeure «résistante» aux antidépresseurs. Mais d’un autre côté, les bienfaits seraient, d’un point de vue qualitatif, spectaculairement plus grands que ceux du fluor, puisque un seul suicide est infiniment plus grave que 100 caries. Ce qui, personnellement, me fait plutôt pencher du côté du «oui», a priori. Car dans la mesure où il n’y a pas d’effets secondaires pour la population en général à de si faibles doses (il faudra bien sûr valider ce point scientifiquement avant de prendre une décision, on s’entend là-dessus), pourquoi se priverait-on d’un tel instrument ?

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