Sciences dessus dessous

Jeudi 19 mai 2016 | Mise en ligne à 15h01 | Commenter Commentaires (38)

Autopromotion éhontée (au carré)

Je n’ai pas l’habitude d’utiliser votre blogue favori pour faire de l’autopromotion et n’entends pas en changer, mais il y a quand même, parfois, des occasions qui justifient de petits accrocs à la règle. Tout petits, hein, on s’entend. Alors je serai bref. Et même que, par mesure d’hygiène et pour éviter que cette sale pub ne se répande partout, je condenserai ici deux «plogues» éhontées en un seul billet. Voici :

– L’Association des communicateurs scientifiques tiendra son congrès annuel la semaine prochaine, vendredi et samedi. Je participerai le samedi (au Centre Urbanisation, Culture et Société de l’INRS) à un atelier sur le thème «Comment évaluer la crédibilité des études scientifiques». Mon estimée collègue de L’Actualité Valérie Borde, de même que le physicien-touche-à-tout de l’Université de Montréal Normand Mousseau, seront mes co-panélistes — et juste à cause d’eux, ça vaut la peine de venir me voir… ;-)

On s’inscrit ici. Tout de suite, allez hop.

– La seconde auto-plogue est d’un autre type, car elle est en même temps un appel à tous. Le 16 juin prochain (11h45-13h45), au Centre des Sciences de Montréal, j’agirai comme modérateur/animateur d’un panel sur l’hydrogène et la place qu’il occupera (ou non) dans la paysage énergétique du futur. Y débattront (après une allocution du ministre Pierre Arcand) : Richard Chahine (Institut de recherche sur l’hydrogène, UQTR), John-Paul Farag (Toyota, compagnie qui mise beaucoup sur l’hydrogène), Pierre Gauthier (Air Liquide, entreprise qui vend divers gaz) et Denis Leclerc (Écotech Québec, sorte de «table ronde» des énergies vertes).

En principe, mon rôle d’animateur venait avec un cachet de 1000 $, mais comme l’événement est commandité par Toyota et que je serai certainement appelé à (re)couvrir le dossier de l’énergie dans l’avenir, et sans doute celui de l’hydrogène, cela aurait pu me placer en conflit d’intérêts. J’ai donc demandé à ce que ledit cachet soit versé à un organisme qui fait la promotion des sciences — faire économiser 1000 $ à une multinationale qui a fait 18 milliards $ de profits l’an dernier ne m’enthousiasmait pas plus qu’il ne le faut —, et c’est ici que j’ai besoin de vous.

Je connais déjà quelques organisations du genre, mais certainement pas toutes. Alors en avez-vous à me suggérer ? Des coups de cœur ? Je n’ai pas d’objection à ce qu’une clientèle particulière soit visée (souvent, ce sont les enfants), et ce peut même être une institution, voire un site web. La seule condition que j’ai, vraiment, est que le but de l’organisation soit la promotion des sciences.

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Mardi 17 mai 2016 | Mise en ligne à 14h35 | Commenter Commentaires (27)

Glyphosate et cancer, round 74

(Photo : archives Le Soleil)

(Photo : archives Le Soleil)

Une autre journée qui passe, un autre rapport sur le lien allégué entre le glyphosate et le cancer. Cette fois-ci, c’est au tour d’un groupe de travail de l’OMS et de la FAO (bras onusien sur l’agriculture) de «contredire» le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui avait classé l’herbicide comme «probablement cancérigène» l’an dernier. Et comme le CIRC relève, comme l’OMS et la FAO, de l’ONU, le rapport est interprété comme une «marche arrière».

En fait, c’est beaucoup moins confus que cela. Du moins, tant que l’on s’en tient à ce qui se passe à l’ONU — j’y reviens. Le CIRC a fait une revue de littérature scientifique l’an dernier afin d’évaluer le potentiel cancérigène du glyphosate. Mais il posait la question dans l’absolu, sans égard particulier pour les conditions réelles d’utilisation et d’exposition des populations à ce produit. En plus d’examiner des études faites sur l’homme, les chercheurs associés au CIRC ont également tenu compte d’études qui exposent des cellules au glyphosate et d’expériences sur des animaux. Au final, ils avaient jugé (mais c’est assez contesté au sein de la communauté scientifique) que le glyphosate est «probablement cancérigène».

L’OMS et la FAO ont pour leur part organisé un «Joint Meeting on Pesticide Residues», soit un panel de 18 experts en toxicologie qui s’est réuni toute la semaine dernière. Comme son nom l’indique, le JMPR s’intéressait aux résidus de pesticides (glyphosate, malathion et diazinon) que l’on trouve sur les aliments, pas à la carcinogénicité absolue du glyphosate. Et il conclut que les études où l’on ajoute du glyphosate à la nourriture de mammifères (la voie la plus pertinente pour évaluer le risque associé à l’alimentation chez les humains) n’ont pas montré d’effet cancérigène, sauf peut-être chez la souris à de «très fortes doses», si bien qu’il est «improbable que l’exposition des humains au glyphosate via la diète pose un risque de cancer».

Bref, les deux rapports parlent de deux choses différentes : le danger potentiel et le risque réellement encouru, et l’un ne vient pas nécessairement avec l’autre. Comme l’illustre très bien un toxicologue cité par Wired, c’est comme de regarder un tigre dans sa cage, lors d’une visite au zoo : le tigre est sans aucun doute un animal dangereux pour l’homme mais, selon le contexte (avec ou sans cage), il ne posera pas forcément un risque réel. Et il peut en aller de même avec une substance qui s’avère cancérigène en labo, mais à laquelle, en pratique, les gens ne sont pas assez exposés pour que cela porte à conséquence.

Cela dit, il est vrai, comme le note Le Monde, que le passage sur l’absence d’effet cancérigène sur les mammifères, sauf peut-être les souris quand les expérimentateurs tartinent vraiment épais de Round-Up, jure avec la conclusion du CIRC voulant que l’on ait des «preuves suffisantes» de la carcinogénicité du glyphosate chez les animaux. Il semble que, comme pour l’évaluation de l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA), qui avait contredit (pour vrai et de front) le CIRC l’automne dernier en concluant qu’il était «improbable» que le glyphosate cause le cancer, la différence viendrait en partie de ce que le comité de l’OMS et de la FAO a utilisé des données non publiées, alors que le CIRC se refuse à faire une telle chose.

Sur ce point de méthode, il faut donner entièrement raison au CIRC. L’objectif de ces rapports est de guider les pouvoirs publics. Je veux bien croire que l’EFSA et le JMPR sont des sources scientifiquement très solides, et je suis même prêt à présumer que ces fameuses données non publiées sont des travaux de bonne qualité qui trouveront éventuellement leur chemin dans la littérature savante. Mais il reste que, dans une démocratie du moins, ce genre de conseils doit impliquer la grande transparence possible, faute de quoi il sera difficile pour les autorités de s’appuyer dessus. Aucune direction de santé publique dans le monde peut regarder son public dans les yeux et lui dire : «Oui, bon, ça repose sur des données que nous n’avons pas pu examiner, mais on sait que c’est fiable quand même, parce que… ben on le sait, c’est tout.» Ce n’est pas comme si c’était compliqué, pourtant…

Sur le fond, cependant, force est de constater que, pour l’instant — avant de me lancer des tomates, relisez ces mots : pour l’instant —, le CIRC commence à être un peu isolé. La publication de sa nouvelle classification, à l’automne 2015, avait déclenché quelques froncements de sourcils au sein de la communauté scientifique. Or en plus de l’EFSA et, possiblement, du JMPR, l’Agence environnementale américaine (EPA, oui oui je sais, c’est le dernier acronyme de ce billet, promis) a publié récemment son appréciation des travaux du CIRC sur le glyphosate. Et ses conclusions sont un brin troublantes, pour dire le moins.

«L’inclusion (par le CIRC, ndlr) de résultats positifs (i.e. qui soutenaient le lien glyphosate-cancer, ndlr) malgré leurs limitations connues, l’absence de résultats positifs reproductibles et l’omission de résultats négatifs obtenus par des études solides peuvent avoir eu une influence significative sur les conclusions du CIRC», lit-on dans le document.

L’EPA souligne, entre autres points, que là où le CIRC voit une «preuve suffisante» de carcinogénicité chez les animaux, il n’y a en fait aucune relation dose-effet dans les résultats positifs rapportés, et que si le glyphosate causait bien le cancer, on aurait dû le voir dans de nombreuses autres expériences (négatives) où les doses furent plus élevées. En outre, la plupart des études sur les humains citées par le CIRC n’ont que quelques dizaines de cas de gens exposés au glyphosate. Et la seule grande cohorte (54 000 agriculteurs américains) étudiée pour documenter ce genre de question n’a pas trouvé d’excès de cancer chez les travailleurs exposés au glyphosate — encore que cette étude-là aussi avait ses limites, il faut le noter.

Bref, on ne donnera certainement pas tort tout de suite au CIRC. C’est une organisation trop crédible, trop sérieuse pour cela. Si ses chercheurs concluent que le glyphosate est cancérigène, on doit présumer qu’ils ont des motifs raisonnables de le faire — même s’il s’agit d’un risque de la catégorie «tigre en cage», disons. Mais il commence à y avoir trop d’autres organisations sérieuses qui remettent ses résultats en question pour ne pas avoir, à tout le moins, un bon petit doute.

L’avenir dira de quel côté pencheront les réévaluations plus poussées qu’ont entamées récemment l’EPA et Santé Canada sur le glyphosate.

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Lundi 16 mai 2016 | Mise en ligne à 11h18 | Commenter Commentaires (11)

Encore les néonicotinoïdes ?

(Photo : archives Le Nouvelliste)

(Photo : archives Le Nouvelliste)

La liste des récriminations contre les néonicotinoïdes commence à être longue… Déjà fortement soupçonnés de contribuer aux problèmes des abeilles, entre autres torts, voilà que ces insecticides pourraient aussi jouer un rôle dans… l’effondrement des stocks de perchaudes du lac Saint-Pierre.

On dit souvent qu’il est très difficile de prédire ce qu’il arrive quand on introduit un élément nouveau dans un système complexe — un nouveau médicament dans le corps humain, par exemple, ou un nouveau pesticide dans les écosystèmes qui bordent les terres agricoles. La plupart des interactions ont beau être, pour la plupart, totalement invraisemblables, il reste que les possibilités sont innombrables, ce qui peut à l’occasion nous réserver de mauvaises surprises.

Le congrès de l’ACFAS, qui se tenait la semaine dernière à l’UQAM, nous en a donné une (autre) belle illustration. L’étudiante en science de l’environnement à l’UQTR Angela Paquet-Walsh, sous la direction des chercheurs Andrea Bertolo (UQTR) et Monique Boily (UQAM), a obtenu des résultats qui suggèrent clairement que les néonicotinoïdes, aux concentrations que l’on mesure dans le lac Saint-Pierre, nuisent à la survie des larves de perchaude — mais d’une manière… comment dire… particulièrement subtile.

Mme Paquet Walsh a a mené cinq fois la même expérience l’été dernier. Elle a formé des groupes de 80 larves de perchaude nées au printemps, puis a exposé pendant 7 jours ses groupes à toutes les combinaisons de possibles d’UV (aucun, juste UVA, UVA et UVB, intensités faible et naturelle) et de quatre concentrations d’un néonicotinoïde nommé thiaméthoxame — aucun (la ligne verte dans le graphique ci-bas)  ; 0,008 µg/l, soit le «critère de qualité de l’eau» du ministère de l’Environnement (ligne orange) ; 0,02 µg/l (ligne rouge) et 0,13 µg/l (ligne noire), soit deux concentrations que l’on mesure à l’occasion dans le lac Saint-Pierre.

(Graphique : Paquet-Walsh, Bertolo et Boily)

(Graphique : Paquet-Walsh, Bertolo et Boily)

Sans surprise, elle a trouvé que les ultraviolets à eux seuls tuent pas mal de larves, jusqu’à 40 % — on savait déjà que c’était le cas, ces petites bestioles sont mal équipées pour y résister. Elle n’a pas enregistré de mortalité significative quand elle exposait ses larves uniquement à des concentrations réalistes de thiaméthoxame (pendant une semaine, à tout le moins), sans UV. Mais, et c’est ce qui rend l’exercice fascinant, la combinaison d’ultraviolets et de néonics s’est avérée particulièrement dure pour les jeunes perchaudes, la mortalité dans ces groupes atteignant 90 à 100 % chez celles qui «se tapaient le combo», comme on dit à l’Académie française.

Attention, avertit sagement Mme Paquet-Walsh, il s’agit-là de données qui n’ont pas encore été publiées et n’ont donc pas passé le test de la revue par les pairs. Et on ignore par quel mécanisme le couple UV-néonics deviendrait aussi néfaste. On sait que les ultraviolets sont des «rayonnements ionisants», c’est-à-dire qu’ils sont suffisamment énergétiques pour briser les liens chimiques qui tiennent les molécules ensemble. Alors on peut imaginer que les UV dégradent les néonicotinoïdes en sous-produits toxiques, mais d’autres explications peuvent aussi êtres bonnes — peut-être que ces insecticides, par des voies à élucider, rendent les larves encore plus sensibles aux UV.

Et remarquez que cette hypothèse n’invalide pas forcément l’explication plus mainstream à l’effondrement des stocks de perchaudes dans le lac Saint-Pierre, où une pêche commerciale ramenait autour de 200 tonnes de perchaude par année jusqu’au milieu des années 90 avant de s’écrouler (un moratoire complet est en vigueur depuis 2012). Ce sont habituellement les changements climatiques qui sont montrés du doigt parce que, en réchauffant les eaux du lac, ils ont créé des conditions propices à la formation de tapis de cyanobactérie sur le fond, tapis qui empêchent la formation des herbiers qui servent d’abri et de garde-manger aux larves de perchaude.

Mais quoi qu’il en soit, en présumant que ces données tombent dans le mille, nous avons ici un formidable exemple des effets indésirés — et extrêmement difficiles à prévoir — qu’un nouveau produit peut avoir dans l’environnement.

Maintenant, la question difficile est : qu’est-ce qu’on fait ? Bannir les néonicotinoïdes pourrait être une solution… dans la mesure où l’on ne les remplace pas par pire. Mais plus généralement, peut-on vraiment resserrer les critères d’autorisation des pesticides jusqu’à éliminer ce genre de situation ? Ou doit-on accepter de «naviguer à vue», jusqu’à un certain point, c’est-à-dire accepter qu’une partie des «tests» de toxicité environnementale pour tout nouveau produit (pesticide ou autre) se fera à l’usage, puisqu’il est impossible de tester toutes les variables en labo — en tout cas, pas sans tuer l’innovation ?

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