Sciences dessus dessous

Mardi 16 décembre 2014 | Mise en ligne à 15h04 | Commenter Commentaires (21)

Du méthane sur Mars : le chaud et le froid

Du point de vue des irréductibles romantiques qui espèrent encore et toujours que l’on trouvera de la vie sur Mars, et dont le sus-signé fait fièrement partie, la NASA a soufflé à la fois le chaud et le froid, aujourd’hui, quand elle a dévoilé de nouvelles données (par ailleurs très intéressantes) prises par son rover Curiosity sur la planète rouge au cours des derniers mois.

D’une part, et c’est la grosse nouvelle du jour, les instruments du petit robot ont détecté du méthane (CH4) dans l’atmosphère martien. Ce n’est pas la première fois que l’on fait une telle annonce, puisque l’on a aussi cru en déceler en 2003 et en 2009, mais ces découvertes étaient accueillies avec une certaine suspicion. Comme ces lectures avaient été faites par des orbiteurs tournant autour de Mars, il restait possible que leurs instruments, extrêmement sensibles, aient en fait détecté le signal de l’atmosphère terrestre. On comptait donc sur Curiosity pour tirer tout cela au clair, et le robot avait même presque complètement écarté la présence de quantités significatives de méthane là-haut, il y a deux ans.

Mais voilà, Curiosity a continué de humer l’air martien depuis. Et sur 20 mois au cours desquels des mesures ont été enregistrées, quatre lectures (à la fin 2013 et au début de 2014) ont rendu des valeurs moyennes de 7 parties par milliard. On est loin des 1700 ppb que l’on trouve sur Terre, soit, mais comme le bruit de fond martien se situe à 0,7 ppb, cela suggère tout de même une ou des sources localisées et, surtout, actives. Et il est théoriquement possible, bien qu’une origine spatiale et/ou géologique de ce méthane demeure très vraisemblable, que ce gaz soit d’origine biologique.

Cependant, quand on lit bien le communiqué du JPL, on tombe sur un passage, vers la fin, qui augure plutôt mal pour l’existence des petits bonhommes verts. Curiosity a foré de petits trous dans le sol du cratère où il se trouve, qui abritait autrefois un lac. Le robot a analysé des gaz qui étaient prisonniers de ces sédiments, regardant particulièrement les isotopes de l’hydrogène — les noyaux d’hydrogène, rappelons-le, possèdent toujours un seul proton (autrement, ce ne serait pas de l’hydrogène) et habituellement aucun neutron (on parle alors d’«hydrogène-1», ou 1H, ou hydrogène tout court), mais il arrive que certains en aient un (on parle alors de deutérium, ou 2H). Cela n’a aucune incidence sur la nature chimique de l’atome, mais cela rend le deutérium plus lourd que l’hydrogène-1. Or, on sait que la planète perd petit à petit son atmosphère, et puisque l’hydrogène-1 est plus léger, il s’échappe plus vite dans l’espace que le deutérium.

Le ratio deutérium:hydrogène que Curiosity a mesuré dans la roche est environ 2 fois plus riche en 2H que la vapeur d’eau contenue dans l’air martien, ce qui signifie qu’il restait encore de l’eau sur Mars quand la roche sondée s’est formée, il y a environ 4 milliards d’années. Mais comme ce ratio est trois fois plus riche en deutérium que l’eau sur Terre, on peut déduire (en supposant que toute cette flotte ait une origine commune) que la planète rouge avait déjà perdu une grande partie de son eau il y a 4 milliards d’années — ce qui n’est pas tellement longtemps après sa formation, il y a autour de 4,5 milliards d’années.

Cela signifierait donc qu’il ne restait déjà plus grande eau sur Mars à une époque où la vie n’avait pas encore eu le temps d’apparaître sur Terre, les traces les plus anciennes remontant à environ 3,5 milliards d’années. À l’œil (à mes yeux de néophytes, du moins), ce n’est pas très bon signe…

Et à votre avis ?

Lire les commentaires (21)  |  Commenter cet article

 

Lundi 15 décembre 2014 | Mise en ligne à 9h23 | Commenter Commentaires (25)

Lendemain-de-brossologie 101

Une cuillerée d’huile avant d’aller au party ? Ou un grand verre d’eau en revenant ? Avec Noël qui approche, la saison des soirées arrosées bat son plein, et c’est aussi le temps de l’année où l’on entend le plus de trucs de grands-mère pour éviter de se réveiller avec la gueule de bois. Mais lesquels fonctionnent ? Et pourquoi ? Les a-t-on jamais testés scientifiquement ?

C’est ce que j’ai tenté de savoir en documentant ce dossier paru pendant le week-end dans Le Soleil. Je vous laisse le lire en détails mais, pour résumer, il en ressort deux choses. D’abord, la «lendemain-de-brossologie» est une discipline encore toute neuve. On ne connaît pas encore tous les facteurs à l’œuvre, et la science n’a pas encore eu le temps de faire des «essais cliniques» avec tous les remèdes populaires. Mais il est désormais clair que l’on a affaire à un phénomène beaucoup plus complexe que ce que l’on a déjà cru : non, la gueule de bois n’est pas seulement, ni même principalement, causée par la déshydratation de l’organisme. Ce n’est là qu’une facette, parmi d’autres, de la chose.

Et deuxièmement, il s’ensuit qu’il n’existe pas remède miracle. Le fameux grand verre d’eau avant de se coucher peut aider, mais il ne soulage nécessairement qu’une partie des symptômes du lendemain de cuite — bouche sèche, peut-être les maux de tête jusqu’à un certain point. Les autres symptômes, comme les nausées et une certaine léthargie, par exemple, sont causés par d’autres facteurs qui n’ont rien à voir avec l’eau que vous buvez ou non. (D’ailleurs, le degré de déshydratation a été mesuré scientifiquement de plusieurs manières et n’est que faiblement corrélé à la sévérité de la gueule de bois.)

Bref, j’ai bien peur que vous deviez continuer d’expier vos péchés à chaque fois que vous abuserez des bonnes choses…

Lire les commentaires (25)  |  Commenter cet article

 

Vendredi 12 décembre 2014 | Mise en ligne à 13h45 | Commenter Commentaires (37)

Vendredi noir en communication scientifique

J’ai écrit ici, en début de semaine, que les comparaisons entre l’attitude du gouvernement Couillard à l’égard de la science et celle du gouvernement Harper étaient exagérées. Je maintiens que, dans l’ensemble, il est abusif, ou à tout le moins prématuré, de faire comme si leurs attitudes par rapport à la science s’équivalaient. Mais depuis ce matin, il faut le dire, les libéraux ont franchi deux petits qui pas qui les rapprochent (un peu) de leurs vis-à-vis fédéraux.

D’abord, ce choix de couper la subvention de 175 000 $ que reçoivent les publication BLD, l’éditeur qui publie les magazines de culture scientifique pour enfant/ados Les Débrouillards, Les Explorateurs et Curium. Ensuite, cette décision, sans doute prise dans le même coup de sabre, de couper les vivres (120 000 $) à l’Agence Science-Presse, seule agence francophone spécialisée dans la nouvelle scientifique. Si la première coupure ne représente «que» 7 % du budget des Débrouillards, elle fera mal quand même, car s’il est un milieu dans lequel personne n’a de gras à couper, c’est bien celui-là. Et dans le cas de l’ASP, c’est carrément la survie de l’organisme qui est menacée.

Au risque de me me répéter : je ne crois pas que ces deux coupures mineures (du point de vue des finances publiques, s’entend) justifient des comparaisons avec un gouvernement fédéral qui a sabré beaucoup plus que ça, surtout dans des secteurs qui cadraient mal avec son idéologie, a manifesté une volonté évidente de laisser l’industrie orienter une part grandissante de la recherche canadienne, a fermé plusieurs centres de recherche, a muselé ses savants, et ainsi de suite. Peut-être, remarquez bien, que les libéraux provinciaux finiront par en arriver là eux-aussi, mais on en reparlera quand on aura plus d’éléments concrets sous la main, si la chose s’avère.

Cela étant dit, cependant, il n’en demeure pas moins que les deux coupures de cette semaine sont profondément mal avisées. D’abord parce que le Québec, on l’a dit un nombre incalculable de fois, manque de personnel dans des domaines de pointe. Et c’est une évidence grosse comme le ciel que pour aiguiller des jeunes vers ces carrières, il faut des outils pour les intéresser à la science. Pour cela, il faut évidemment des magazines qui ciblent les jeunes, mais cela prend aussi des organismes comme l’ASP, qui s’adressent à la population en général et améliorent sa culture scientifique. Car c’est une chose que de montrer à un enfant que la science peut être formidable ; c’en est une autre que de maintenir cet intérêt lorsque ses parents lui répètent sans arrêt que «les maths et la science, c’est pas important et la preuve, c’est que j’ai toujours été pourri là-dedans pis j’me suis trouvé une bonne job pareil».

Mais, par dessus tout, ces coupures sont également de mauvaises décisions parce que jamais la science n’a été aussi présente dans nos vies qu’aujourd’hui. Absolument jamais. Et cela implique deux choses, à mon sens. Cela veut dire que jamais Monsieur et Madame Tout-le-Monde n’ont eu autant besoin de culture scientifique que dans les sociétés occidentales actuelles. Pour comprendre minimalement bien le monde dans lequel ils vivent et prendre des décisions citoyennes (voter, acheter tel produit plutôt qu’un autre, etc) un tant soit peu éclairées. Le nombre de dossiers dans lesquels un brin de culture scientifique s’impose est immense, il n’y a qu’à regarder rapidement l’actualité des dernières années pour s’en convaincre : OGM, sortie du nucléaire, exploitation de l’uranium, technologies de toutes sortes (téléphones, tablettes…), gaz et pétrole de schiste, changements climatiques, voiture électrique, soi-disant électrosmog, fluoration de l’eau potable — et j’en passe un sacré paquet.

Pour se dépatouiller dans tout cela, il faut un peu de culture scientifique. Ou, au strict minimum, des journalistes qui, eux, en ont et qui sont capables d’expliquer le fond de ces histoires. C’est ce que l’ASP fait (faisait ?) : donner l’heure juste sur tant et tant de sujets de nature plus technique ou scientifique. Et c’est ce qui sera difficile à remplacer, si le gouvernement ne renverse pas sa décision, car force est d’admettre que ce ne sont pas tous les journalistes et les médias, ni même une majorité, qui ont cet intérêt pour la science et ce souci de la rendre avec justesse, sans tomber dans le piège du sensationnalisme.

Lire les commentaires (37)  |  Commenter cet article

 

publicité

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    novembre 2012
    D L Ma Me J V S
    « sept   déc »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    252627282930  
  • Archives

  • publicité