Sciences dessus dessous

Jeudi 23 avril 2015 | Mise en ligne à 13h47 | Commenter Commentaires (23)

Oh, Rocky…

Un berger allemand. (Photo : archives La Presse)

Un berger allemand. (Photo : archives La Presse)

Le web regorge d’histoires de chiens perdus qui ont «miraculeusement» retrouvé leur chemin jusqu’à la maison de leur maître. Certains ont parcouru des centaines, voire des milliers de kilomètres. Et c’est sans parler de ces histoires de chiens disparus qui se repointent le nez après 8 ans d’absence — ce qui me fait toujours me demander comment tout ce beau monde fait pour savoir que c’est vraiment le même chien après tout ce temps, mais bon, c’est peut-être seulement parce que je suis un sale journaliste qui préfère les mauvaises nouvelles aux bonnes…

Ces récits font toujours fureur parce que, d’une part, les distances franchies suggèrent une fidélité et un attachement de l’animal qui sont véritablement touchants. Et d’autre part parce que le cerveau humain est fait pour chercher des patterns, ce qui le rend littéralement allergique aux explications comme «c’est du hasard, le chien a juste été chanceux». Quelles sont les chances, se défend en effet notre cervelle, pour qu’un chien perdu tombe «par hasard» sur sa maison après avoir parcouru des centaines de kilomètres ?

Eh bien messieurs-dames, je vous présente Rocky, un berger allemand de Calgary qui s’est perdu il y a six mois. Non, Rocky ne s’est pas perdu parce que ses maîtres l’ont échappé en voyage, loin de chez eux. Il a fait ça tout seul : il s’est égaré alors que son point de départ était sa propre cour arrière. Et en tentant de retrouver son chemin, il s’est rendu… jusqu’au Manitoba, messieurs-dames, au Manitoba, deux provinces plus loin.

Tout ça pour vous dire que le hasard fait parfois bien les choses. D’abord parce que Rocky a fini par retrouver ses maîtres — avec l’aide de spécimens Homo sapiens manitobains. Et ensuite parce que cette histoire illustre on ne peut mieux le point principal de ma chronique de dimanche dernier, c’est-à-dire que ces récits de retours miraculeux au gite s’expliquent essentiellement par la chance, et qu’au nombre de chiens qui se paument chaque année, il est statistiquement inévitable qu’un certain nombre s’adonnent à prendre la bonne direction.

C’est assez peu romantique, je l’avoue. Mais les miracles, vous savez…

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Mercredi 22 avril 2015 | Mise en ligne à 11h22 | Commenter Commentaires (7)

Budget fédéral 2015 : more of the same

On avait cru voir poindre le début de l’ombre du bout de la queue d’un retour du balancier vers la recherche fondamentale dans le budget fédéral de l’an dernier. Or il faut croire que ce début d’ombre du bout d’une queue pendait dans le vide, à en juger par l’enthousiasme avec lequel le budget 2015 replonge dans le créneau de la recherche appliquée, «dirigée en entreprise» et qui «génère des avantages économiques».

Essentiellement, analyse l’Association canadienne des professeurs d’université, il n’y a que 10 millions $ d’argent neuf pour la recherche dans l’exercice financier 2015-2016. Mais bon, ce quasi-gel se comprend aisément, remarquez, puisque Ottawa devait finir de rééquilibrer son budget. Rien d’étonnant, donc, à ce que le gros des nouvelles sommes n’arrive qu’à partir de l’an prochain.

À quoi cela ressemblera-t-il ? De longs passages du document présenté hier à la Chambre des communes sont consacrés à la recherche et à l’innovation, mais elles concernent en très grande partie des mesures déjà annoncées. Résumons en disant que d’ici 2020, le fédéral entend ajouter plus de 2,2 milliards $ en R&D et réallouer un peu plus de 350 millions $. De ces quelques 2,6 milliards $ au total, notons que 1,1 milliard financeront des mesures d’«aide fiscale pour l’investissement dans le secteur de la fabrication» et 100 millions $ serviront à «encourager l’innovation des fournisseurs du secteur de l’automobile». Parmi les autres principales dépenses, mentionnons la participation canadienne au projet international de télescope de 30 mètres, que le fédéral a confirmé alors qu’il était vraiment minuit moins une et qui s’élèvera à 200 millions $ ; 574 millions $ pour la Fondation canadienne de l’innovation, qui finance les équipements de recherche de pointe ; et 184 millions $ d’argent neuf (46 millions $ par année pendant 4 ans à partir de l’an prochain) pour les organismes subventionnaires de la recherche, comme le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie, mais il faut préciser ici que cette enveloppe additionnelle «ciblera les domaines stimulant la croissance économique et répondant aux principaux défis et possibilités».

Bref, du point de vue de la science, les budgets fédéraux se suivent et se ressemblent. Les conservateurs n’ont jamais caché leur penchant (marqué) pour la recherche appliquée et «dirigée en entreprise». Ce n’est pas un mal en soi, disons-le, puisque c’est justement pour décider de ce genre d’orientations — que l’on soit d’accord ou non avec elles — que nous élisons des gouvernements. Et puis, comme je le répète à chaque budget fédéral depuis des années : de la recherche appliquée, il en faut, c’est un maillon essentiel de la science.

En outre, le Canada a toujours tiré de la patte pour ce qui est de la recherche privée, parce que l’économie canadienne repose en grande partie sur des PME et sur les ressources naturelles, deux secteurs qui ne sont pas particulièrement portés sur la R&D. En ce sens, on pourrait défendre les orientations prises par le gouvernement Harper en disant qu’elles tentent de palier à une faiblesse historique.

Mais voilà, cela fait déjà plusieurs années que les conservateurs poussent dans cette direction, et leur stratégie n’a pas l’air de donner grand-résultat. Ainsi, le Canada est un des pays de l’OCDE qui soutient le plus les efforts de recherche de ses entreprises — en comptant les subventions directes et les incitatifs fiscaux, cet appui représentait 0,24 % du PIB en 2012, un niveau comparable à celui de 2007 (voir ici, p. 160 sur 480). Et malgré cela, les compagnies canadiennes n’investissent toujours que l’équivalent de 0,88 % du PIB en R&D, un des niveaux les plus bas de l’OCDE. Pire encore, les compagnies canadiennes dépensent moins en R&D qu’en 2001, quand leurs investissements en recherche représentaient 1,26 % du PIB (voir ici, p. 3 sur 12).

Quand un gouvernement met de l’argent dans la recherche appliquée parce que son secteur privé ne le fait pas assez, il peut se passer logiquement (et en simplifiant) de deux choses l’une. Ou bien cela stimule la R&D. Ou alors le privé garde son habitude de dépenser le moins possible en recherche, et profite alors des subsides gouvernementaux pour réduire ses dépenses en «innovation».

Je ne dis pas que c’est ce qui se passe — bien franchement, je n’ai pas ce qu’il faut pour l’affirmer. Mais à la lumière de ces chiffres, je dis qu’il est certainement possible que ce soit le cas. Et qu’on serait peut-être dû pour une remise en question de cette stratégie. Car non seulement le virage vers la recherche appliquée s’est fait en bonne partie aux dépends de la recherche fondamentale — laquelle, rappelons-le, est LA source de tous les «coups de circuit» en science —, mais, qu’on me corrige si je me trompe, il ne semble tout simplement pas fonctionner.

AJOUT (15h00) : Le magazine MacLean’s voit essentiellement la même chose que moi : «Depuis 2011, le gouvernement Harper insiste sur son objectif d’augmenter les dépenses des entreprises en recherche et développement. Jusqu’à maintenant, ça ne s’est pas produit. Selon Statistique Canada, les dépenses des entreprises en R&D ont reculé de 16,5 milliards $ à 15,5 milliards $ entre 2006 et 2014.»

AJOUT 2 (jeudi, 9h00) : L’ACFAS s’inquiète (encore) de ce que le fédéral pousse encore plus loin son virage vers la recherche industrielle et appliquée, au détriment de travaux plus fondamentaux.

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L’augmentation des quantités de CO2 contenu dans l’air ne favorisera pas la croissance des plantes autant que les modèles du GIEC le prévoient, selon une étude parue hier dans Nature Geoscience. Ce qui signifie, bien entendu, que la situation pourrait être encore pire que ce qu’on croit.

C’est là un des arguments favoris des climatosceptiques : puisque les plantes ont besoin de gaz carbonique pour vivre — elles utilisent en effet l’énergie du Soleil pour réorganiser les atomes de molécule d’eau (H2O) et de CO2 afin de les transformer en sucre (C6H12O6) —, alors la teneur croissante de l’atmosphère en CO2 n’aurait rien d’une mauvaise nouvelle. Au contraire, cela devrait même aider les plantes à pousser, disent-ils.

De toute évidence, ils surestiment et surinterprètent le phénomène, mais le fait est que même le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC) leur donne partiellement raison. Le collectif scientifique rattaché à l’ONU s’attend en effet à ce que la croissance des plantes soit favorisée jusqu’à un certain point par l’abondance de CO2 — voir ce document, p. 478 — et en tient compte dans ses calculs, puisque le CO2 transformé en sucre par les plantes n’est, par définition, plus un gaz à effet de serre.

Mais voilà, selon les travaux d’une équipe dirigée par William R. Wieder, du National Center for Atmospheric Research (un labo fédéral), les prévisions du GIEC à cet égard sont trop optimistes — ce qui en dit long sur celles des climatosceptiques. Si les plantes ont bel et bien besoin de CO2 pour croître, elles ont également besoin d’une foule d’autres choses nutriments. Or si l’un d’eux vient à manquer, on peut fournir autant des autres que l’on veut, les plantes ne pousseront pas plus vite, ou si peu. Les biologistes appellent cela un «facteur limitant» : si vous construisez des maisons avec, disons, de la brique, des planche et des fenêtres, et que vous avez de brique pour seulement 10 maisons, vous aurez beau disposer de toutes les planches et de toutes les fenêtres du monde, vous ne pourrez pas bâtir plus de 10 maisons.

Dans le cas des plantes, les facteurs limitant peuvent varier d’un écosystème à l’autre, mais sont généralement l’azote et le phosphate. Le premier est un gaz (N2) qui constitue 80 % de l’air que nous respirons, mais les végétaux sont incapables de s’en servir sous cette forme. Il doit être transformer en nitrites et en nitrates par des bactéries qui vivent dans le sol, et les quantités disponibles sont limitées. Dans le cas du phosphate, ses sources sont minérales, mais il est souvent le premier élément que les plantes épuisent.

Bref, ce n’est jamais la rareté du CO2 qui freine la croissance des plantes. Le GIEC en est bien conscient (le lien ci-haut en témoigne), mais ses modèles en ont tenu étonnamment peu compte jusqu’à présent. M. Wieder et son équipe ont donc fait le travail en se basant sur ce que l’on sait de la disponibilité de l’azote et du phosphate, et concluent qu’il n’y aura pas assez de ces deux éléments dans le sol pour que les végétaux absorbent tout le CO2 que le GIEC prévoit. La différence pourrait atteindre 25 %, ce qui empire pour la peine un problème qui n’en avait vraiment pas besoin, explique ce compte-rendu de Science

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