Sciences dessus dessous

Jeudi 16 mai 2013 | Mise en ligne à 13h41 | Commenter Commentaires (8)

L’origine du genre humain en Asie ? Vraiment ?

Drôle de texte que celui-ci, dans lequel le New Scientist fait état d’un débat houleux sur la nature de l’homme de Florès et, surtout, d’une hypothèse qui place en Eurasie, et non en Afrique, le berceau de l’humanité. Drôle de texte, parce que cette théorie me semble — à en juger par ce qui est rapporté dans l’article, du moins — fondée à peu près uniquement sur des éléments assez marginaux. À vous de juger…

De manière générale, la très grande majorité des paléontologues s’entendent pour placer l’origine du genre humain en Afrique, où des australopithèques auraient évolué pour donner Homo erectus il y a un peu moins de 2 millions d’années. Les étapes évolutives qui ont précédé cet «homme debout» et qui l’on suivi sont l’objet de débats — par exemple, contrairement à ce qu’on enseignait quand j’étais au secondaire, il n’est pas si sûr qu’Homo habilis figure parmi nos ancêtres —, mais il est bien établi que notre évolution est passée par H. erectus. En outre, le plus clair des preuves archéologiques, de même que leur interprétation très majoritaire, indiquent que H. erectus fut le premier homininé à quitter l’Afrique.

Cependant, écrit le New Scientist, il existe des artéfacts qui pourraient être interprétés (ce mot étant important, ici) comme des indices appuyant une autre théorie, voulant que H. erectus ne serait pas apparu en Afrique, mais plutôt en Eurasie, et qu’il aurait ensuite migré sur le «Continent noir», y aurait évolué et en serait ressorti sous notre forme actuelle. Les éléments de preuve invoqués sont les suivants :

  • L’homme de Florès. Découvert en Indonésie il y a 10 ans, ce squelette nain ne serait, pour certains, rien d’autre qu’un H. erectus déformé par une maladie. Plusieurs experts le considèrent toutefois comme une espèce à part entière qui aurait évolué à partir des H. erectus sortis d’Afrique, une position solidifiée par le fait que l’on a trouvé d’autres squelettes (mais un seul crâne à ce jour, cependant) partageant les mêmes caractéristiques. Cependant, certains de ses traits semblent particulièrement archaïques, notamment son crâne proportionnellement petit (même pour un hobbit), ce qui fait dire à quelques uns qu’il pourrait s’agir d’un descendant direct d’un australopithèque quelconque.
  • L’homme de Dmanisi. En 1991, des archéologues ont découvert en Géorgie des restes de H. erectus datant de 1,77 millions d’années, soit presque autant que les plus anciens fossiles connus pour cette espèces (1,8MA). D’autres signes suggèrent en outre une occupation du site remontant à 1,85 MA, ce qui est presque aussi vieux que le moment estimé de l’apparition de H. erectus (1,87 MA). Il faudrait donc que notre ancêtre ait eu une sacrée bougeotte pour sortir d’Afrique presque tout de suite après être «venu au monde» — à moins qu’il soit apparu hors de l’Afrique pour y rentrer par la suite.
  • «Trou» dans les fossiles. Les origines de H. erectus sont mal connues parce qu’il y a une sorte de trou dans les archives fossiles déterrées en Afrique. De là, les partisans de la thèse de l’Eurasie avancent que les pièces manquantes doivent se trouver hors d’Afrique. On ne les aurait donc pas trouvé parce qu’on serait engoncé dans la théorie dominante, qui confine les recherches en Afrique.

Ce dernier point m’apparait, à mes yeux de dilettante en tout cas, particulièrement chambranlant. En principe, il faut obtenir des évidences avant d’adhérer à une thèse, mais on demande ici de faire l’inverse : il faut prêter un minimum de foi à la thèse afin de pouvoir en obtenir les preuves.

En outre, il y a toujours un danger à fonder une théorie ou une déduction sur ce qu’on ne connaît pas, plutôt que sur ce qui est su. Il y a 20 ou 30 ans, une autre théorie expliquait la bipédie par le fait que nos ancêtres auraient peut-être passé des millénaires à trouver refuge dans l’eau ; c’est afin de pouvoir s’éloigner davantage de la berge, disait-on, à une profondeur où les prédateurs terrestres ne pouvaient pas les atteindre, que nos ancêtres (avant les australopithèques) auraient adopté la position debout. Cette thèse avait aussi l’avantage, soulignaient ses partisans, d’expliquer pourquoi il y avait un trou dans les archives fossiles avant les australopithèques : il fallait chercher sous l’eau ! Des travaux subséquents, qui ont trouvé que le corps des premiers australopithèques étaient assez bien adapté pour une vie semi-arboricole, montrent les risques qu’il y a à s’appuyer sur ce qu’on ne sait pas.

Par ailleurs, à moins que j’en aie manqué un bout, le fait que l’homme de Florès soit une espèce distincte n’amène pas grand-chose au moulin du «camp» eurasien. En fait, même si l’on admet qu’il descend d’un australopithèque, on ne peut pas en conclure que H. erectus est apparu hors d’Afrique — cela ne fait logiquement que garder ouverte cette possibilité théorique.

Le point le plus intéressant, toujours à mes yeux d’anthropologue du dimanche, est celui de l’homme de Dmanisi. Il serait en effet étonnant que H. erectus soit apparu en Afrique et en soit presque instantanément sorti. Mais ce n’est, d’une part, pas complètement impossible et surtout, cela n’exclut pas, d’autre part, que la date actuellement admise pour son apparition soit trop avancée.

Alors, qu’en dites-vous ?

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Parmi les sous-questions liées au réchauffement climatique, celle de l’élévation du niveau de la mer figure certainement parmi les plus controversée, non seulement parce que les climatosceptiques font leurs choux gras des prévisions catastrophistes, mais aussi parce que la question n’est pas complètement réglée dans les milieux scientifiques. Un groupe de savants européens vient d’y ajouter son grain de sel — et ses résultats sont décrits comme une des projections les plus achevées jusqu’ici (pdf).

Le dernier rapport du GIEC (Groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat), en 2007, anticipait un niveau des mers de 18 à 59 cm plus haut en 2100 qu’en 2000, mais ces chiffres ignoraient sciemment la contribution des calottes de glaces qui recouvrent le Groenland et l’Antarctique, parce que les modèles de fonte étaient encore trop imprécis. Comme ces énormes masses gelées contiennent assez d’eau pour élever le niveau de l’océan de 7 et 57 mètres (!) respectivement, cela introduisait une énorme incertitude dans les projections. Mais les connaissances à ce sujet ont rapidement progressé depuis, ce qui a permis au projet européen ice2sea, qui a publié son rapport hier, d’avancer un chiffres : d’ici la fin du siècle, le Groenland et l’Antarctique devraient fondre suffisamment pour ajouter entre 3,5 et 37 cm aux océans.

Cela, notons-le, ne tient pas compte du fait que l’eau des mers se réchauffe elle aussi, et ce faisant prend de l’expansion. Celle-ci ajoutera entre 13 et 32 cm au niveau de la mer d’ici 2100, pour un total de 16 à 69 cm. C’est un peu moins que les projections d’une version du prochain rapport du GIEC qui a été coulée récemment aux médias et qui faisait état d’une élévation de 29 à 82 cm, mais il reste qu’un niveau de la mer de 40 à 50 cm (à mi-chemin de la fourchette de ice2sea) aurait déjà de grandes conséquences, notamment en rendant les inondations beaucoup plus fréquentes dans les villes portuaires.

Le métro de New York, apparemment, n’a pas fini d’être inondé

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Si ce ne sont pas des ordinateurs quantiques que fabrique la firme de Vancouver D-Wave, alors il faudra trouver pourquoi ils battent à plate couture des ordinateurs conventionnels dans certaines tâches précises. Une experte indépendante, Catherine McGeoch du Amherst College, au Massachussets, a en effet comparé la vitesse à laquelle les puces quantiques de D-Wave et des puces «classiques» résolvent des problèmes, et a trouvé que les premières étaient, dans certains cas, 3600 fois plus rapides que les secondes.

Alors que le fonctionnement des ordinateurs actuels est essentiellement basé sur la physique électrique conventionnelle, avec des circuits électroniques et des transistors qui retiennent (ou non) des charges électriques, par exemple, les ordinateurs quantiques fonctionnent (ou fonctionneront) en harnachant les étranges comportements que la matière acquiert à très petite échelle, ce qui leur permettrait de s’acquitter en un rien de temps de certaines tâches qui sont très demandantes pour les processeurs conventionnels. Par exemple, ce que les physiciens appellent la «superposition des états» pourrait révolutionner la sécurité informatique. En vertu de cette superposition, une particule peut se trouver dans deux états en apparence contradictoires en même temps — une charge électrique pourrait ainsi être à la fois présente et absente, par exemple. À l’heure actuelle, pour «craquer» une clef d’encryption (qui rend des messages et des transactions illisibles pour ceux qui n’ont pas à les voir), un ordinateur conventionnel doit (hormis quelques raccourcis) pour ainsi dire procéder au hasard ; comme ces clefs sont ultimement, dans le langage binaire des ordinateurs, une série de 0 et de 1, cela revient essentiellement à tenter toutes les combinaisons une par une, ce qui peut être très long.

Or dans un ordinateur quantique, les charges électriques (ou tout autre manière d’exprimer des 0 et des 1) pourraient être à la fois présentes et absentes, ce qui signifie qu’il pourrait toutes les tester en même temps — au lieu de «une par une». Inutile de dire que les façons classiques d’encrypter nos messages deviendraient alors très vulnérables.

D-Wave prétend depuis quelques années déjà fabriquer d’authentiques «ordinateurs quantiques». Ses machines sont encore extrêmement modestes car, si l’on peut facilement faire travailler ensemble un très grand nombre de transistors classiques (lire : des milliards), les ordinateurs de D-Wave n’en contiennent que l’équivalent de quelques centaines, parce que les propriétés quantiques tendent à disparaître dans les systèmes à grande échelle. Et encore, ses prétentions ont plusieurs fois été remises en doute par des spécialistes selon qui, dans les machines de D-Wave, les puces quantiques sont lourdement assistées par des puces conventionnelles, qui feraient presque tout le travail.

Les tests de Mme McGeoch ne portaient pas sur cette question, rappelle avec justesse la MIT Technology Review, mais le fait est que pour un problème de type «classification», le D-Wave Two a trouvé la bonne solution en une demie seconde, alors qu’une machine conventionnelle d’IBM, utilisée comme point de comparaison, a mis 30 minutes, soit 3600 fois plus. Il y a peut-être d’autres raisons que la puce quantique de D-Wave qui expliquent cet écart, mais alors il faudra les trouver — et je n’ai pour l’instant rien lu qui suggère que ce soit le cas. Si vous connaissez des sources crédibles qui proposent des explications «non quantiques» pour cette performance, envoyez-les moi et je les mettrai au bas de ce billet.

Notons enfin que dans d’autres tâches pour lesquelles le D-Wave Two n’est pas spécialement configuré, ses performances n’ont rien eu d’exceptionnel, en grande partie parce que ses puces conventionnelles devaient «traduire» les problèmes afin que la puce quantique puisse les lire.

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