Sciences dessus dessous

Lundi 2 mars 2015 | Mise en ligne à 15h07 | Commenter Commentaires (4)

Origine du VIH : les gorilles s’en mêlent…

On entend parfois dire que l’épidémie de VIH qui sévit depuis des décennies partout dans le monde remonterait à une seule infection, un seul passage du virus du chimpanzé à l’homme. Or sans être vraiment fausse, cette explication voile la fascinante complexité de l’histoire du VIH, à laquelle une étude parue cet après-midi sur le site des Proceedings of the National Academy of Sciences vient d’ajouter une nouvelle couche : le chimpanzé a aussi refilé le virus au gorille, qui nous l’a à son tour transmis — et ce ne serait qu’une question de chance si cette souche «gorillenne» n’a pas connu autant de succès que celle qui a rendu malades ou tué des dizaines de millions de gens.

Le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) appartient à une famille de virus très répandue chez les primates, touchant une quarantaine d’espèces de l’Afrique sub-saharienne. Comme les virus sont des entités extrêmement spécialisées, la plupart ne peuvent infecter qu’une seule espèce, mais il existe des cas où la maladie parvient à sauter d’une espèce à une autre et à s’adapter à son nouvel hôte. C’est le cas, bien sûr, du VIH, que l’on sépare en deux grande branches, poétiquement désignées VIH-1 et VIH-2. Le VIH-1 est de loin la principale, est apparue en Afrique centrale, provient essentiellement du chimpanzé (vraisemblablement un chasseur qui l’aurait choppé en dépeçant un singe) et se divise à son tour en quatre souches : le groupe M, très virulent et responsable d’une écrasante majorité des cas humains ; le groupe «O», qui a atteint environ 100 000 personnes ; et les groupes N et P, qui sont extrêmement rares (seulement 20 et 2 cas documentés, respectivement). Ces quatre souches remontent toutes à des sauts chimpanzé-Homme indépendants les uns des autres.

Le VIH-2, quant à lui, est apparu en Afrique de l’Ouest et y reste largement confiné, car il est nettement moins virulent et beaucoup plus difficile à transmettre que le VIH-1. Son réservoir naturel n’est pas le chimpanzé, mais le cercopithèque, et on lui connaît 8 souches différentes — ce qui, mine de rien, nous donne pas moins de 12 transmissions de singes à humains documentées, sans compter un nombre X de cas qui seraient passés sous les radars depuis 100 ou 150 ans.

Le portrait était donc déjà un-peu-pas-mal plus élaboré que ce qu’il n’y paraît. Et il semble qu’il faille désormais y ajouter le gorille, d’après une équipe internationale qui a analysé environ 3000 échantillons d’excréments de gorilles sauvages sur une très grande partie de l’aire de distribution de l’espèce. La présence d’anticorps contre le virus de l’immunodéficience simiesque (VIS) et de fragments de virus n’a été détectée que dans le sud du Cameroun, mais les analyses génétiques n’en furent pas moins riches d’enseignements.

D’abord, elles confirment une chose dont on se doutait déjà : ce sont des contacts avec des chimpanzés qui ont infecté les gorilles, il y a une centaine d’années. C’est quand même assez étonnant, parce que les deux espèces ne cohabitent qu’en très peu d’endroits et que, même lorsqu’elles partagent un même habitat, elles n’interagissent que très peu. Mais bon, en ce genre de matière, il suffit d’une seule fois…

Ensuite, leurs résultats suggèrent fortement que c’est du gorille, et non directement du chimpanzé, que les groupes O et P auraient fait le saut vers l’humain. Dans le cas du P, sa faible diversité génétique indique un saut très récent — et, comme on l’a dit, cette souche est rarissime. Mais la souche O est la seconde la plus répandue parmi les branches de VIH-1, elle s’est bien adaptée aux hôtes humains et est tout aussi transmissible que la souche M.

«Le fait que les virus du groupe O n’aient pas essaimé plus largement dans la population humaine n’est vraisemblablement pas dû à une mésadaptation au corps humain, mais pourrait simplement refléter une absence d’opportunité épidémiologique lors des premiers stades de la pandémie», concluent les auteurs. Bref, le groupe O n’était juste pas au bon endroit, au bon moment

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Vendredi 27 février 2015 | Mise en ligne à 10h49 | Commenter Commentaires (44)

Les «vendredis légers» : ai-je un corps, ou suis-je un corps ?

Preuve que la science avance et que le Progrès avec un P majuscule nous mène d’un pas inexorable vers la Connaissance avec un grand C, nous avons maintenant de nouveaux éléments de réponse à cette vieille question qui taraude la philosophie depuis si longtemps : ai-je un corps, ou suis-je un corps ? La nouvelle date d’il y a deux jours, mais j’ai attendu qu’on soit vendredi avant de vous en parler afin de vous donner toute la fin de semaine pour méditer là-dessus.

De rien…

Tout est écrit ici, dans un article paru dans le New Scientist décrivant un projet de recherche en chirurgie qui consistera à «transplanter une tête» — opération qui a longtemps été considérée comme impossible, mais il semble que l’on soit désormais capable, ou sur le point de l’être, de «rebrancher» la moelle épinière et d’éviter le rejet de la greffe. Attention, ici, le titre de l’article peut porter à confusion. Quand on lit «La première transplantation d’une tête humaine pourrait survenir dans deux ans», on est porté à croire que l’on est un corps. Si c’est la tête qui est transplantée et le corps qui reçoît la greffe, alors c’est logiquement le corps qui est l’entité fondamentale, vous me suivez ?

Mais quand on y réfléchit un peu (avec la tête, hein, pas avec les pieds), on se dit alors que lorsque le patient (les patients ?) va se réveiller, la conscience, les souvenirs, l’identité seront ceux de la tête. L’impression du patient devrait donc être celle de quelqu’un qui se réveille avec un nouveau corps, et non d’un ancien corps qui se réveille avec une nouvelle caboche. De là, on déduit que l’on possède un corps.

Or, quand on lit le détail de l’opération, on apprend que la procédure «implique de refroidir la tête du receveur et le corps du donneur afin d’allonger la survie de leurs cellules, privées d’oxygène». Et voilà : c’est la tête qui reçoît, et le corps qui est greffé. Alors forcément, on a un corps.

Affaire classée.

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Jeudi 26 février 2015 | Mise en ligne à 16h39 | Commenter Commentaires (28)

La citation du jour

«C’est une arme à double tranchant, et nous sommes sur le point d’en voir l’autre tranchant.» — Michael Mann, climatologue américain, au sujet de la soi-disant «pause» dans le réchauffement climatique

Un trio de climatologues dont M. Mann faisait partie a fait un exercice intéressant, qu’ils viennent de publier dans Science. Ils ont pris environ 170 simulations de l’histoire du climat terrestre dérivées des climatiques dont se sert le GIEC (Groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat). Ils en ont tiré une moyenne, puis en ont soustrait toutes les variations provenant de «forçages» climatiques connus, comme les variations de l’activité solaire, les gaz à effet de serre et les aérosols crachés par les volcans.

Le but de la chose était, autant que possible, d’annuler le caractère aléatoire du climat terrestre et d’isoler l’effet de ses oscillations «inhérentes», comme les oscillations El Nino/La Nina. Les résultats suggèrent, comme d’autres l’avaient déjà évoqué, que le Pacifique est dans une phase plutôt froide, dans laquelle les «Nina» (marqués par la présence plus grande d’eaux froides en surface) sont plus fréquentes et/ou durent plus longtemps qu’à l’accoutumée, au détriment des «Ninos» (marqués par la présence d’eaux de surface anormalement chaudes).

D’après le trio de chercheurs, c’est ce qui expliquerait l’actuel hiatus dans le réchauffement de la planète. Mais comme l’illustre M. Mann avec son analogie de l’épée, cette phase froide, qui a permis de «pomper» beaucoup de chaleur vers le fond des océans, s’inscrit dans un mouvement de balancier bien connu nommée Oscillation décennale du Pacifique, qui alterne les phases froides et chaudes sur des périodes de 16 à 20 ans. Et lorsque la prochaine phase chaude arrivera, si les calculs et Mann et al. s’avèrent, la pause devrait prendre abruptement fin.

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