Sciences dessus dessous

Jeudi 17 avril 2014 | Mise en ligne à 12h05 | Commenter Commentaires (7)

Sexe, évolution et barbe des séries

Un article paru hier dans les Proceedings of the Royal Society – Biological Sciences fait grand-bruit, comme il fallait s’y attendre en cette époque où le hipster-bashing est presque aussi à la mode que la barbe de série : selon l’étude, l’attrait sexuel de la pilosité faciale obéirait à une loi de la sélection naturelle dite de «fréquence négative» — d’où il s’ensuit presque nécessairement que l’actuelle mode de la barbe toucherait à sa fin.

Cette sélection négative de la fréquence est une phénomène bien connu en biologie, où certains traits peuvent conférer un avantage évolutif à des individus tant et aussi longtemps qu’ils demeurent rares. Par exemple, chez de petits poissons tropicaux colorés nommés guppy, arborer une robe ayant un motif rare et différent des autres a un effet protecteur, car les prédateurs sont habitués à rechercher et voir d’autres motifs. Ces individus sont donc favorisés par sélection naturelle, deviennent ainsi de plus en plus nombreux, et finissent par perdre leur avantage parce que les prédateurs s’adaptent. Et le petit jeu recommence, lit-on dans ce compte-rendu de Science.

Un trio de chercheurs australiens menés par Barnaby Dixon, de l’Université de Nouvelle-Galle-de-Sud, a voulu savoir si cela s’appliquait au port de la barbe chez l’espèce humaine et a demandé à 1453 femmes et 213 hommes de noter l’attrait de photos montrant 36 hommes différents. Ceux-ci avaient été photographiés quatre fois, soit tout de suite après s’être rasés, puis avec une barbes de 5 jours, 10 jours et un mois. Leurs photos étaient présentées de façon à ce qu’une partie des participants voient une série de faciès où les barbes étaient rares, et que le reste note des visages souvent barbus.

Résultat : la barbe était notée 20 % plus sexy dans les séries de photos où elle était rare, signe que son attrait obéit bel et bien à une sélection négative de la fréquence. Un peu comme la robe des poissons, plus la barbe est à la mode, moins elle est avantageuse.

C’est bien intéressant et cela pourrait expliquer pourquoi la barbe, comme d’autres modes, revient en cycle d’environ 30 ans (hormis quand le Canadien fait les séries), mais j’ai comme l’impression qu’il y a ici un «mélange des genres» qui porte à confusion. Certains médias ont en effet rapporté l’étude en disant que le port de la barbe est «guidé par l’évolution» et que «ce n’est pas la barbe qui est sexy, c’est sa rareté». On me corrigera si je me trompe, mais il me semble que l’évolution n’a pas grand-chose à y voir : si la nouveauté peut attirer, il reste qu’au-delà des modes, la barbe est un caractère sexuel secondaire que les femmes apprécient généralement (on parle de moyenne, ici, on s’entend) au même titre que, par exemple, la taille ou un timbre de voix plutôt grave. La seule différence est qu’on peut se raser, ce qui soumet la pilosité aux modes, mais la barbe reste et restera toujours sexy — un peu plus quand elle se fait rare, un peu moins quand elle est répandue.

(P.S. Je dois ici faire une «déclaration d’intérêts potentiellement conflictuels» : j’ai porté la barbe jusqu’à hier, barbe d’environ 2-3 mois qui était devenue plus longue que mes cheveux nouvellement coupés. Le fait que je me sois rasé n’a cependant rien à voir avec la publication de l’étude des PSR-B, bien que les deux soient survenus le même jour. C’est simplement que les «séries» commençaient hier et que, comme chacun sait, traîner une barbe de saison régulière en playoffs porte horriblement malheur…)

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Mardi 15 avril 2014 | Mise en ligne à 14h38 | Commenter Commentaires (38)

Le coût des vols spatiaux divisé par 100 ?

Jusqu'en janvier dernier (image de gauche), la fusée Falcon-9 n'était pas équipée de trains d'atterrissage. SpaceX a toutefois muni son engin d'un tel équipement tout récemment (image de droite) dans l'espoir, éventuellement, de récupérer ses fusées et de les réutiliser, ce qui pourrait faire fondre les coûts des vols spatiaux. (Crédit photo : SpaceX)

Jusqu'en janvier dernier (image de gauche, lors du lancement d'un satellite de communication), la fusée Falcon-9 n'était pas équipée de trains d'atterrissage. SpaceX a toutefois muni son engin d'un tel équipement tout récemment (image de droite) dans l'espoir, éventuellement, de récupérer ses fusées et de les réutiliser, ce qui pourrait faire fondre les coûts des vols spatiaux. (Crédit photo : SpaceX)

Mine de rien, c’est peut-être une nouvelle page dans la conquête spatiale qui pourrait commencer à s’écrire vendredi. Je dis bien «peut-être», n’est-ce pas, parce qu’on tombe ici dans un certain degré de futurologie. Mais il n’empêche : la firme américaine Space X, qui a mis au point le premier dispositif de «ravitaillement commercial» de la Station spatial internationale, va tester pour la toute première fois cette semaine des trains d’atterrissage sur sa fusée Falcon-9.

La nouvelle peut sembler anodine, et il est toujours possible qu’elle se révèle sans conséquence, mais le but de ces «pattes» est d’éventuellement faire atterrir sans dégât la fusée afin de la récupérer et de la réutiliser. Et c’est ce dernier verbe qui promet un grand chambardement de nos habitudes spatiales car jusqu’à présent, à peu près toutes les fusées que nous avons assemblées n’ont été conçues que pour un usage unique : lancement d’une cargaison dans l’espace, puis destruction du propulseur lors de sa rentrée dans l’atmosphère. C’était, j’imagine, plus simple de procéder ainsi, mais l’ennui est que ces engins ne sont pas gratuits.

Loin, loin de là… D’après des chiffres de SpaceX, un lancement de Falcon-9 coûte près de 55 millions $. De ce montant, la facture de carburant s’élève à seulement 200 000 $. C’est vraiment l’assemblage des fusées qui est ruineux, si bien qu’en parvenant à les réutiliser, on pourrait espérer tronçonner les coûts de lancement par un facteur 100.

Ce sont là, du moins, les chiffres avancés par le patron de SpaceX, Elon Musk. Mais ils ont été repris par l’ex-astronaute canadien Chris Hadfield il y a à peine plus de deux semaines — voir ici.

En soi, le simple fait de diviser les coûts de lancement par un facteur, disons, de «seulement» 50, serait potentiellement révolutionnaire pour la présence humaine dans l’espace. En outre, une fusée capable de décoller et d’atterrir pourrait également s’avérer un morceau d’équipement crucial en vue d’une éventuelle mission habitée sur Mars.

On en est encore très loin, mais il faut bien commencer quelque part. Des essais ont été réalisés l’an dernier (pour ceux qui ont des gamins amateurs de fusées comme les miens, voir ceci absolument) et, comme l’explique ce compte-rendu du New Scientist, la fusée devrait rallumer trois de ses moteurs juste avant sa rentrée dans l’atmosphère afin de décélérer jusqu’à des vitesses où Falcon-9 ne se consumera pas à cause de la friction de l’air. Dix secondes plus tard, les trains devraient se déployer, mais la trajectoire prévue finira tout de même dans l’océan. Les autres étapes d’une récupération de fusée seront tentées dans des missions ultérieures.

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Lundi 14 avril 2014 | Mise en ligne à 12h01 | Commenter Commentaires (8)

Sperme traumatisé, enfants à l’avenant

La question taraude la biologie depuis quelques années déjà : les traumatismes vécus au cours de la vie peuvent-ils être transmis aux enfants ? Le fait d’avoir déjà ressenti des stress intenses peut-il changer le comportement de la génération suivante ? En principe, on se disait que non, puisque aucun traumatisme ne peut changer le génome de quelqu’un et, si l’expression des gènes est beaucoup plus malléable, elle est remise à zéro dans les gamètes. Mais malgré cette impossibilité théorique, on voyait quand même ici et là des expériences bizarres où un traumatisme semblait avoir des effets sur plusieurs générations.

Ces résultats étaient particulièrement embêtants parce que, même en admettant qu’ils soient valides, personne ne voyait comment un «souvenir» pouvait avoir des échos physiologiques sur la descendance. Mais cela vient peut-être de changer : des travaux dirigés par la chercheuse de l’Université de Zurich Isabelle Mansuy et publiés hier dans Nature Neuroscience proposent un mécanisme qui pourrait expliquer cet étrange phénomène.

Jusqu’à présent, lit-on dans ce compte-rendu du New Scientist les recherches dans cette veine s’étaient surtout concentrées sur un des principaux mécanismes qui régulent l’expression des gènes, soit la méthylation. Par celle-ci, nos cellules peuvent réduire la production de certaines protéines (donc l’expression de certains gènes, puisque les gènes sont des recettes de protéine) en ajoutant des «groupements méthyl» (des «morceaux» de molécule, CH3) à une gaine qui entoure et protège l’ADN. C’est un mécanisme bien pratique pour qu’un individu puisse s’adapter à certaines circonstance en dépit de son bagage génétique, mais voilà, ces traces sont complètement effacées lors de la reproduction. On avait bien trouvé certaines indications suggérant qu’une partie pouvait persister, mais rien de majeur.

Or l’équipe de Mme Mansuy a travaillé sur un autre mécanisme, soit des micro-brins d’ARN (miARN). L’ARN est une forme de matériel génétique différente de l’ADN ; celui-ci est concentré dans le noyau et ne sert qu’à conserver les recettes de protéines, alors que l’ARN a un rôle beaucoup plus actif. Il s’avère que l’organisme produit beaucoup de ces miARN lorsque confronté à des stress importants et, point très important ici, que ces miARN ne sont pas effacés lors de la production des gamètes, mais peuvent survivre à l’intérieur des spermatozoïdes.

Afin de voir si cela pouvait expliquer nos fameux «échos» intergénérationnels, les chercheurs suisses ont séparé des souris nouveaux-nés de leur mère à plusieurs reprises au cours de leurs premiers jours de vie, et ont aussi placé la mère dans des situations de stress (dans un corridor très étroit). Une fois devenues adultes, ces souris traumatisées se sont avérées beaucoup plus tolérantes au risque, prenant deux fois moins de temps avant de s’aventurer en terrain découvert ou dans un endroit très éclairé. Elles étaient aussi moins résilientes : dans des tests de nage forcée, elles ont cessé de nager bien avant les souris non-traumatisées, passant environ 50 % plus de temps à se contenter de flotter. Elles montraient également des changements particuliers dans leur façon de métaboliser les sucres.

Fait intéressant, les enfants et même les petits-enfants de ces souris ont montré les mêmes comportements et les mêmes particularités physiologique. Et, élément le plus fort de la démonstration, Mme Mansuy a obtenu les mêmes caractéristiques en prélevant des miARN dans le sperme de souris traumatisées et en les injectant dans des ovules fécondées de souris normales.

Jusqu’à présent, l’article a reçu un accueil enthousiaste de la part de la communauté scientifique — voir ici, notamment. Il reste encore à éclaircir le mécanisme exact par lequel les miARN auraient ce genre d’effet, mais il semble a priori qu’on tienne finalement un début d’explication. Notons en outre que ces miARN sont également produits par des «stress» comme la famine, la suralimentation et le manque d’exercice, ce qui pourrait bien ouvrir des fenêtres sur de fascinantes questions de santé publique…

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