Sciences dessus dessous

Mercredi 23 avril 2014 | Mise en ligne à 11h59 | Commenter Commentaires (10)

Les impacts de météorites sous-estimés ?

La Terre reçoit des tonnes de matériel de l’espace à chaque jour, mais les objets assez gros pour provoquer des explosions importantes dans l’atmosphère ou même heurter le sol sont rares. Enfin, «relativement» rares, a rappelé hier une fondation privée qui tentent de lever des fonds pour construire et lancer un satellite qui serait entièrement consacré à la détection d’objets pouvant heurter la Terre.

La Fondation B612, dirigée par l’ex-astronaute Ed Lu, a divulgué hier une vidéo montrant qu’entre 2000 et 2013, pas moins de 26 astéroïdes ont touché terre ou provoqué d’importantes explosions dans l’atmosphère, comme le météorite de Chelyabinsk, qui a blessé 1000 personnes en Russie l’an dernier. Comme la plupart de ces impacts passent inaperçus, la liste de ces explosions, disponible ici, avait été astucieusement déduite l’an dernier à partir des données d’un réseau international de détection des tests nucléaires. Les résultats suggèrent que ces impacts sont entre trois et dix fois plus fréquents que ce qu’on pensait auparavant, lit-on dans ce compte-rendu du New Scientist.

Le ton de la vidéo et du communiqué, disons-le, est un brin alarmiste — ce qui n’est sans doute pas étonnant de la part d’un organisme en pleine campagne de financement. Ainsi, on y laisse entendre que le météorite russe a provoqué une explosion équivalente à 600 kilotonnes de TNT, soit 40 fois l’explosion nucléaire d’Hiroshima (15 kt), ce qui risque de faire tiquer un ou deux physiciens. Ce chiffre représente en fait l’énergie cinétique totale que l’astéroïde. Celle-ci est égale à une demi fois la masse de l’objet (en kg) multiplié par le carré de sa vitesse (en m/s) ; le météorite filait à environ 19 km/s et pesait entre 12 000 tonnes et 13 000 tonnes, ce qui donne une énergie cinétique Ek = 0,5mv2 = 0,5 x 12 000 000 kg x (19 000 m/s)2 = 2,347 x 1015 joules. Et à 4,184 x 1012 joules par kilotonne de TNT, cela correspond à environ 561 kt.

Cependant, une grande partie de cette énergie a été «perdue» par frottement lors de l’entrée dans l’atmosphère. Et il ne faut certainement pas oublier non plus que les fragments, petits et gros, qui se sont détachés de l’objet avaient eux aussi une vitesse considérable et «emmenaient» donc avec eux une partie de l’énergie totale. L’énergie de l’explosion à proprement parler était donc largement inférieure à 600 kt.

Cela dit, tout de même, le fond de l’argument de B612 demeure vrai : personne n’avait vu venir cette météorite l’an dernier. Ces astéroïdes sont en effet notoirement difficiles à repérer, n’émettant pas de lumière et en réfléchissant extrêmement peu. Si bien qu’à l’heure actuelle, notre façon de prévoir ces impacts revient essentiellement à la chance. J’ignore si le satellite que M. Lu et compagnie proposent ferait un meilleur travail, mais il semble évident que le besoin de détection est là.

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Mardi 22 avril 2014 | Mise en ligne à 12h07 | Commenter Commentaires (5)

Des groupes de chimpanzés vieux de… 2000 ans ?

Photo : archives La Presse.

Photo : archives La Presse.

On savait depuis longtemps que les chimpanzés forment des groupes remarquablement stables dans le temps, mais on ignorait jusqu’à quel point notre plus proche parent tenait à «a gang». D’après une étude publiée récemment dans le Journal of Human Evolution, ces communautés peuvent perdurer pendant des siècles — et possiblement plus de 2000 ans, encore que ce dernier chiffre doive être pris avec un grain de sel.

Les groupes de chimpanzés fonctionnent tous sur le même modèle : les mâles y sont tous apparentés (ce qui diminue le degré d’agression entre eux) et ne quittent jamais le nid familial, sauf à de très rares exceptions ; les femelles, elles, s’en vont dès qu’elles atteignent la maturité sexuelles pour joindre des groupes voisins. Comme les groupes de chimpanzés sont maintenus de pères en fils, une équipe dirigée par l’anthropologue de l’Université de Boston Kevin Langergraber a décidé d’examiner le chromosome Y  — soit le chromosome qui fait d’un individu un mâle, transmis de père en fils — de 273 de ces grands singes, sur 13 segments différents. En mesurant les différences entre mâles d’un même groupe, se disaient les chercheurs, on peut se faire une idée de l’époque où vivait leur dernier ancêtre mâle commun, et donc déduire l’âge du groupe.

Et les résultats sont proprement sidérants. Le plus «jeune» des groupes étudiés avait 125 ans, ce qui est en soit remarquable pour des animaux vivant dans une nature que l’on devine toujours plus ou moins chaotique, bien qu’il existe d’autres exemples de colonies stables dans le monde animal. Mais la plupart des groupes avaient plusieurs siècles, et le plus ancien avait l’âge vénérable de 2600 ans !

Dans les cas les plus extrêmes, lit-on toutefois dans ce compte-rendu du magazine La Recherche, on peut soupçonner une forme de «contamination» génétique : si un mâle «étranger» est admis dans un groupe, son chromosome Y sera forcément très différent de celui des autres mâles du groupe, ce qui vieillira artificiellement (et beaucoup) la communauté. Mais il semble que, si les femelles changent systématiquement de groupe, ce genre d’«adoption» soit rarissime pour les mâles — aucun cas n’a été rapporté en un demi siècle d’observation de Pan troglodytes. Au contraire, la règle est que les mâles se montrent sans merci pour les mâles des autres groupes.

Reste la possibilité d’accouplements furtifs entre une belle poilue partie cueillir des bananes et un étranger de passage. Si un bébé mâle naissait d’une telle rencontre, cela pourrait également vieillir artificiellement le groupe. Je n’ai rien vu qui réponde précisément à cette question, mais on peut supposer que les chercheurs la considèrent également très improbable.

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Jeudi 17 avril 2014 | Mise en ligne à 12h05 | Commenter Commentaires (17)

Sexe, évolution et barbe des séries

Un article paru hier dans les Proceedings of the Royal Society – Biological Sciences fait grand-bruit, comme il fallait s’y attendre en cette époque où le hipster-bashing est presque aussi à la mode que la barbe de série : selon l’étude, l’attrait sexuel de la pilosité faciale obéirait à une loi de la sélection naturelle dite de «fréquence négative» — d’où il s’ensuit presque nécessairement que l’actuelle mode de la barbe toucherait à sa fin.

Cette sélection négative de la fréquence est une phénomène bien connu en biologie, où certains traits peuvent conférer un avantage évolutif à des individus tant et aussi longtemps qu’ils demeurent rares. Par exemple, chez de petits poissons tropicaux colorés nommés guppy, arborer une robe ayant un motif rare et différent des autres a un effet protecteur, car les prédateurs sont habitués à rechercher et voir d’autres motifs. Ces individus sont donc favorisés par sélection naturelle, deviennent ainsi de plus en plus nombreux, et finissent par perdre leur avantage parce que les prédateurs s’adaptent. Et le petit jeu recommence, lit-on dans ce compte-rendu de Science.

Un trio de chercheurs australiens menés par Barnaby Dixon, de l’Université de Nouvelle-Galle-de-Sud, a voulu savoir si cela s’appliquait au port de la barbe chez l’espèce humaine et a demandé à 1453 femmes et 213 hommes de noter l’attrait de photos montrant 36 hommes différents. Ceux-ci avaient été photographiés quatre fois, soit tout de suite après s’être rasés, puis avec une barbes de 5 jours, 10 jours et un mois. Leurs photos étaient présentées de façon à ce qu’une partie des participants voient une série de faciès où les barbes étaient rares, et que le reste note des visages souvent barbus.

Résultat : la barbe était notée 20 % plus sexy dans les séries de photos où elle était rare, signe que son attrait obéit bel et bien à une sélection négative de la fréquence. Un peu comme la robe des poissons, plus la barbe est à la mode, moins elle est avantageuse.

C’est bien intéressant et cela pourrait expliquer pourquoi la barbe, comme d’autres modes, revient en cycle d’environ 30 ans (hormis quand le Canadien fait les séries), mais j’ai comme l’impression qu’il y a ici un «mélange des genres» qui porte à confusion. Certains médias ont en effet rapporté l’étude en disant que le port de la barbe est «guidé par l’évolution» et que «ce n’est pas la barbe qui est sexy, c’est sa rareté». On me corrigera si je me trompe, mais il me semble que l’évolution n’a pas grand-chose à y voir : si la nouveauté peut attirer, il reste qu’au-delà des modes, la barbe est un caractère sexuel secondaire que les femmes apprécient généralement (on parle de moyenne, ici, on s’entend) au même titre que, par exemple, la taille ou un timbre de voix plutôt grave. La seule différence est qu’on peut se raser, ce qui soumet la pilosité aux modes, mais la barbe reste et restera toujours sexy — un peu plus quand elle se fait rare, un peu moins quand elle est répandue.

(P.S. Je dois ici faire une «déclaration d’intérêts potentiellement conflictuels» : j’ai porté la barbe jusqu’à hier, barbe d’environ 2-3 mois qui était devenue plus longue que mes cheveux nouvellement coupés. Le fait que je me sois rasé n’a cependant rien à voir avec la publication de l’étude des PSR-B, bien que les deux soient survenus le même jour. C’est simplement que les «séries» commençaient hier et que, comme chacun sait, traîner une barbe de saison régulière en playoffs porte horriblement malheur…)

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