Sciences dessus dessous

Vendredi 27 février 2015 | Mise en ligne à 10h49 | Commenter Commentaires (39)

Les «vendredis légers» : ai-je un corps, ou suis-je un corps ?

Preuve que la science avance et que le Progrès avec un P majuscule nous mène d’un pas inexorable vers la Connaissance avec un grand C, nous avons maintenant de nouveaux éléments de réponse à cette vieille question qui taraude la philosophie depuis si longtemps : ai-je un corps, ou suis-je un corps ? La nouvelle date d’il y a deux jours, mais j’ai attendu qu’on soit vendredi avant de vous en parler afin de vous donner toute la fin de semaine pour méditer là-dessus.

De rien…

Tout est écrit ici, dans un article paru dans le New Scientist décrivant un projet de recherche en chirurgie qui consistera à «transplanter une tête» — opération qui a longtemps été considérée comme impossible, mais il semble que l’on soit désormais capable, ou sur le point de l’être, de «rebrancher» la moelle épinière et d’éviter le rejet de la greffe. Attention, ici, le titre de l’article peut porter à confusion. Quand on lit «La première transplantation d’une tête humaine pourrait survenir dans deux ans», on est porté à croire que l’on est un corps. Si c’est la tête qui est transplantée et le corps qui reçoît la greffe, alors c’est logiquement le corps qui est l’entité fondamentale, vous me suivez ?

Mais quand on y réfléchit un peu (avec la tête, hein, pas avec les pieds), on se dit alors que lorsque le patient (les patients ?) va se réveiller, la conscience, les souvenirs, l’identité seront ceux de la tête. L’impression du patient devrait donc être celle de quelqu’un qui se réveille avec un nouveau corps, et non d’un ancien corps qui se réveille avec une nouvelle caboche. De là, on déduit que l’on possède un corps.

Or, quand on lit le détail de l’opération, on apprend que la procédure «implique de refroidir la tête du receveur et le corps du donneur afin d’allonger la survie de leurs cellules, privées d’oxygène». Et voilà : c’est la tête qui reçoît, et le corps qui est greffé. Alors forcément, on a un corps.

Affaire classée.

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Jeudi 26 février 2015 | Mise en ligne à 16h39 | Commenter Commentaires (24)

La citation du jour

«C’est une arme à double tranchant, et nous sommes sur le point d’en voir l’autre tranchant.» — Michael Mann, climatologue américain, au sujet de la soi-disant «pause» dans le réchauffement climatique

Un trio de climatologues dont M. Mann faisait partie a fait un exercice intéressant, qu’ils viennent de publier dans Science. Ils ont pris environ 170 simulations de l’histoire du climat terrestre dérivées des climatiques dont se sert le GIEC (Groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat). Ils en ont tiré une moyenne, puis en ont soustrait toutes les variations provenant de «forçages» climatiques connus, comme les variations de l’activité solaire, les gaz à effet de serre et les aérosols crachés par les volcans.

Le but de la chose était, autant que possible, d’annuler le caractère aléatoire du climat terrestre et d’isoler l’effet de ses oscillations «inhérentes», comme les oscillations El Nino/La Nina. Les résultats suggèrent, comme d’autres l’avaient déjà évoqué, que le Pacifique est dans une phase plutôt froide, dans laquelle les «Nina» (marqués par la présence plus grande d’eaux froides en surface) sont plus fréquentes et/ou durent plus longtemps qu’à l’accoutumée, au détriment des «Ninos» (marqués par la présence d’eaux de surface anormalement chaudes).

D’après le trio de chercheurs, c’est ce qui expliquerait l’actuel hiatus dans le réchauffement de la planète. Mais comme l’illustre M. Mann avec son analogie de l’épée, cette phase froide, qui a permis de «pomper» beaucoup de chaleur vers le fond des océans, s’inscrit dans un mouvement de balancier bien connu nommée Oscillation décennale du Pacifique, qui alterne les phases froides et chaudes sur des périodes de 16 à 20 ans. Et lorsque la prochaine phase chaude arrivera, si les calculs et Mann et al. s’avèrent, la pause devrait prendre abruptement fin.

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Mercredi 25 février 2015 | Mise en ligne à 11h41 | Commenter Commentaires (18)

Faire le marketing d’une… maladie ?

Captivant, fascinant, hypnotisant papier qui vient de paraître sur le site du New York Times au sujet des efforts d’une grosse compagnie pharmaceutique, Shire, pour faire le marketing non pas d’un médicament (du moins, pas directement), mais d’une maladie.

Shire se spécialise dans les médicaments contre le trouble du déficit de l’attention et de l’hyperactivité (TDAH) ; c’est d’ailleurs elle qui fabrique le fameux Adderall, de la famille des amphétamines. Elle vend également une autre pilule efficace contre le TDAH, le Vyvanse, une autre sorte d’amphétamine, depuis plusieurs années. Or il s’est avéré par la suite que le Vyvanse peut également aider à contrôler le trouble de l’hyperphagie — qui consiste à manger souvent de manière abusive, mais sans se «punir» par la suite (en se faisant vomir, en se sur-entraînant, etc), ce qui distingue le problème de la boulimie.

Shire ayant récemment obtenu l’aval des autorités américaines pour faire la promotion du Vyvanse contre le trouble de l’hyperphagie — ce qui n’est pas le cas au Canada, du moins pour l’instant —, la compagnie s’est mise à promouvoir… la maladie. L’ex-joueuse de tennis Monica Seles, qui en est atteint, a fait plusieurs apparitions médiatiques pour parler de son combat contre ce problème… et a reçu des cachets de Shire pour ce faire. L’entreprise a également mis sur pied un site web sur la maladie (qui ne parle nulle part du Vyvanse, mais conseille aux patients de «magasiner» les médecins afin d’en trouver un qui signera le diagnostic) et finance des associations de patients, qui répandent la «bonne nouvelle» sur les réseaux sociaux.

Remarquez, rien de tout cela n’est nécessairement condamnable. L’appui financier d’une entreprise privée, s’il doit être dévoilé et s’il vient mettre un astérisque au bout des témoignages, n’implique pas nécessairement de mauvaise foi — même si c’est souvent ce que l’on soupçonne d’emblée. Il n’est pas déraisonnable de présumer que Mme Seles et les groupes de patients veulent sincèrement aider d’autres gens atteints du syndrome, et que la compagnie a simplement cherché (et trouvé) des célébrités/experts/groupes d’entraide qui tenaient déjà un discours qui faisait son affaire. Un peu comme Ciment Lafarge avait trouvé des alliés objectifs chez les groupes environnementaux opposés à la construction d’une nouvelle cimenterie en Gaspésie.

Mais cela reste inquiétant aux yeux de scientifiques cités par le NYT, notamment parce que Shire a déjà déployé le même genre de tactique pour mousser le TDAH par le passé — et que le nombre de diagnostics (et de prescriptions abusives) a explosé depuis. Sur ce point, je ne suis pas sûr du tout qu’il faille y voir entièrement, ni même principalement une manigance de BigPharma. Disons qu’on vit dans une société où les parents (en moyenne, s’entend) n’encadrent pas autant les enfants qu’avant et, en même temps, ont plus de mal à endurer le bruit et le désordre qui viennent avec la marmaille. Le terreau était pas mal fertile, mettons.

Mais Shire a déjà enfreint les règles de publicités pour ses médicaments dans le passé (ça lui a d’ailleurs coûté 56 millions $ l’automne dernier), et que le Vyvanse est connu pour créer une addiction. Quand on sait cela, on est content de voir les ficelles que l’article du Times met en lumière…

Et le plus malheureux, en tout ceci, est peut-être que pour ce genre de problèmes, la thérapie est souvent plus efficace que la médication, mais qu’elle n’a pas (du tout) les mêmes moyens de se faire valoir.

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