Sciences dessus dessous

Jeudi 20 novembre 2014 | Mise en ligne à 11h46 | Commenter Commentaires (82)

Climatoscepticisme : sur une pancarte près de chez vous…

Avec des amis comme ça... (Photo : Binh An Vu Van)

Avec des amis comme ça... (Photo : Daniel-Jean Primeau)

On a longtemps pensé, pas à tort d’ailleurs, que les campagnes publicitaires de ce genre étaient confinées aux États-Unis. Mais il semble bien que le temps soit venu de nous raviser : le groupe climato-sceptique albertain «Friends of Science», financé en grande partie par l’industrie pétrolière, s’est payé au moins un panneau de publicité à Anjou — et peut-être deux, mais je n’en ai pas encore eu confirmation.

La pub, comme on le voit, prétend que le réchauffement climatique mesuré depuis le XIXe siècle est causé par l’activité solaire, qui aurait augmenté au cours de la même période. Alors voyons un peu ce qui en est…

Le Soleil, bien sûr, est à toute fin utile la seule source de chaleur sur Terre. On pourrait chipoter en disant que la radioactivité naturelle de la croûte terrestre et les rayons cosmiques fournissent eux aussi une part de l’énergie présente dans le climat terrestre, mais c’est négligeable. Il est évident que notre étoile jour un grand rôle dans le climat que l’on ressent sur le plancher des vaches. Personne ne le nie.

Mais voilà, la quantité d’énergie que nous recevons du Soleil est remarquablement stable, fluctuant par environ 0,1 % sur des cycles de 11 ans. Il reste possible, remarquez bien, que ces cycles aient quand même une certaine influence sur la température qu’il fait sur Terre, mais c’est une question qui est encore très débattue en science, comme le montre cette page du site de la NASA — et soulignons ici à quel point la pancarte de Friends of Science est affirmative et sans appel, comme si la question était réglée.

Mais plus important encore est le fait que l’activité solaire n’est pas le seul facteur qui influe sur le climat. À bien des égards, la quantité totale de chaleur qu’il y a dans l’atmosphère ressemble au trafic automobile sur un pont : il y a des autos qui arrivent sur le pont (c’est la chaleur que nous recevons du Soleil) ; il y a des autos qui se trouvent sur le pont (c’est la chaleur dans l’atmosphère) ; et il y a des autos qui quittent le pont (c’est la chaleur que la Terre «perd» dans l’espace). Dans cette analogie, il y a deux manières d’accroître le nombre de voitures sur le pont. Augmenter le nombre de bagnoles qui s’engagent sur le pont en est une, bien évidemment. Mais on peut obtenir le même genre de congestion routière sans faire passer plus d’autos sur le pont : si l’on bloque une ou deux voies à la sortie du pont, il y aura plus, voire beaucoup plus de voitures «jammées» dessus, même si le trafic total demeurera constant.

La température moyenne, en rouge, et l'activité solaire, en cyan, de 1860 jusqu'au début des années 2000. Les deux graphique (Source : http://hyperphysics.phy-astr.gsu.edu/hbase/thermo/solact.html)

La température moyenne, en rouge, et l'activité solaire, en cyan, de 1860 jusqu'au début des années 2000. Les deux graphiques du bas montrent les moyennes mobiles sur 11 ans. (Source : http://hyperphysics.phy-astr.gsu.edu/hbase/thermo/solact.html)

L’effet de serre, c’est ça : la Terre ne reçoît pas nécessairement plus d’énergie du Soleil qu’avant, mais cette quantité constante de chaleur reste plus longtemps dans l’atmosphère avant de retourner dans l’espace. Et c’est ça qui, selon une majorité de scientifiques si grande qu’il vaut mieux parler de consensus — et contrairement à ce que prétendent les climato-sceptiques, ce consensus a été mesuré et démontré plusieurs fois, voir ici —, est la cause principale du réchauffement climatique actuel, parce que les émissions de CO2 (principal gaz à effet de serre qui persiste dans l’atmosphère) d’origine humaine sont si fortes qu’elles ont fait passer la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère de 280 parties par million (ppm) vers 1850 à près de 400 ppm maintenant.

Cela n’exclut pas, bien sûr, que des changements climatiques aient pu être provoqués par des fluctuations solaires dans le passé. Et pour tout dire, le Soleil a même été responsable d’une partie du réchauffement au cours du XXe siècle, de l’ordre de 10 % — mais l’activité solaire totale a diminué depuis 30 ans… Comme le montre le graphique ci-contre, la quantité d’énergie que nous recevons du Soleil et la température moyenne du globe ont varié ensemble dans le passé, mais ils ont complètement décroché depuis quelques décennies.

Bref, s’il n’est pas faux de dire que le Soleil a une incidence sur le climat, il est à la limite du farfelu de lui attribuer l’essentiel du réchauffement climatique actuel. Mais malheureusement, il se trouve toujours des gens — à droite comme à gauche de l’échiquier politique — pour penser que quand la science et les données vous donnent tort, on peut toujours se rabattre sur le marketing…

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Mardi 18 novembre 2014 | Mise en ligne à 11h37 | Commenter Commentaires (60)

Plus beaucoup d’endroits où se cacher pour le «gène gay»

Une étude parue hier, l’une des plus ambitieuses à ce jour à fouiller la question de savoir si l’homosexualité a une base génétique, a trouvé deux régions du génome humain associées à l’orientation sexuelle chez un échantillon de 409 paires de frères gays. Il ne reste plus beaucoup d’endroits où se cacher pour le «gène gay» — s’il existe, bien sûr…

La question taraude la science depuis longtemps. Il semble clair que l’environnement joue un rôle important dans le développement de l’orientation sexuelle, mais quelques études antérieures ont tout de même dévoilé des signes assez nets d’une composante génétique à l’homosexualité — par exemple, celle-ci a trouvé que chez les jumeaux identiques, lorsque l’un est homosexuel, l’autre l’est également dans 66 % des cas, contre seulement 30 % chez les jumeaux non-identiques —, mais la plupart ne s’appuyaient que sur de très petits échantillons, et personne n’a encore identifié de gènes en particulier.

Des travaux remontant à une vingtaine d’années suggéraient qu’une zone du chromosome X — rappelons que la 23e paires de chromosomes humains est composée soit de deux X, ce qui donne des filles, soit d’un X et d’un Y, ce qui donne des garçons —, nommée Xq28, semblait associée à l’homosexualité chez les hommes. Mais d’autres études du même genre avaient échoué à reproduire ces résultats et, dans tous les cas, les échantillons se limitaient à quelques dizaines de cas.

Mais l’étude parue hier dans Psychological Medicine, dirigée par le psychologue Michael Bailey, de l’Université Northwestern, et Alan Sanders, du NorthShore University HealthSystem Research Institute, ramène ce fameux Xq28 au devant de la scène — ainsi qu’une autre région du génome, sur le chromosome 8. Dans leur groupe de 409 paires fraternelles, toutes deux sont liées à l’homosexualité.

Il faut noter ici que, probablement parce que l’échantillonnage s’est étiré sur plusieurs années, la méthodologie employée par Sanders et al. n’est plus très en vogue, ayant été remplacée par d’autres techniques plus performantes, lit-on dans ce compte-rendu paru sur le site de Science. Mais un suivi se servant de ces nouvelles méthodes est en préparation, et les auteurs ont bon espoir de voir leurs résultats confirmés.

En outre, cette étude est intéressante parce qu’elle amène un possible éclairage à un paradoxe qui transcende tout ce champ d’étude. S’il y a bien un gène qui prédispose — et insistons là-dessus : «prédisposer» ne signifie pas que tous les porteurs du gène deviennent gays, le milieu joue pour beaucoup — à l’homosexualité, comment se fait-il qu’il n’ait pas été éliminé par la sélection naturelle/sexuelle ? Comment un gène qui diminue, voire anéantit les chances de se reproduire peut-il se transmettre de génération en génération pendant des dizaines de milliers d’années ?

Plusieurs hypothèses ont été avancées. D’aucuns suggèrent que, puisque les enfants humains demandent un lourd investissement parental, le fait de «libérer» des grands frères ou des oncles gays leur permettraient d’aider leur parenté à élever leurs ribambelles. D’autres avancent qu’il s’agirait plutôt d’un phénomène de transmission épigénétique, qui n’aurait pas de fonction particulière.

Et d’autres encore affirment que cela pourrait être l’effet collatéral d’une variante d’un gène qui rend les femmes plus fécondes (ce qui annulerait l’effet «pénalisant», d’un point de vue évolutif, de l’homosexualité) ; en tout cas des chercheurs ont déjà trouvé que, dans les familles comptant plusieurs gays, les femmes ont en moyenne plus d’enfants que les autres. Dans un tel cas, il pourrait faire du sens que le ou un des «gènes gays» se trouve sur le chromosome X, le «chromosome féminin», comme le suggère l’étude d’hier.

Enfin, notons pour finir (et pour ajouter une autre épaisseur de complexité à cette question) que ces hypothèses n’expliquent en rien l’homosexualité féminine…

P.S. Je m’en voudrais de passer sous silence la lettre ouverte d’un des «frangins» de l’étude d’hier, le médecin américain Chad Zawitz, parue dans le New Scientist. Le texte m’a semblé particulièrement intéressant parce qu’il aborde la question des conséquences socio-politiques qu’aurait la découverte d’un gène gay et illustre l’espèce de cul-de-sac dans lequel les l’homophobie maintient les gays et lesbiennes : s’il y a bien un gène de l’homosexualité, il s’en trouvera pour dire qu’il s’agit d’une maladie ; s’il n’y a pas de gène gay, alors les mêmes gens diront que l’homosexualité est un «choix de vie» qui est «corrigible».

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Lundi 17 novembre 2014 | Mise en ligne à 10h53 | Commenter Commentaires (14)

Vous avez dit «uranium» ?

Le dernier droit du BAPE générique sur la «filière uranifère» s’est entamé la semaine dernière, avec la présentation de mémoires dans des communautés du nord du Québec, mais c’est à partir d’aujourd’hui que l’on en entendra le plus parler. Ces audiences, qui sont en grande partie un «show» médiatique, se tiennent aujourd’hui à Montréal, se déplaceront à Sept-Îles cette semaine, puis à Québec la semaine prochaine.

On le sait, les milieux environnementaux sont farouchement opposés à l’ouverture de mines d’uranium, comme à tout ce qui touche de près ou de loin au nucléaire. Ces mines, disent-ils, mèneraient à des désastres écologiques et feraient peser de lourds dangers sur les populations avoisinantes. Mais de l’autre côté de la clôture, l’industrie et la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN, le chien de garde fédéral qui supervise le nucléaire, des mines jusqu’aux centrales électriques), assurent qu’il n’en est rien, et montrent une foule de données pour le prouver.

Alors j’ai décidé de fouiller le dossier afin d’essayer d’y voir plus clair. Qui a raison ? L’exploitation de l’uranium est-elle à ce point dangereuse ?

Il est évident que l’uranium lui-même est radioactif et, à ce titre, nocif pour la santé. Certains de ses produits de filiation — ce que l’uranium devient lorsque son noyau se décompose. avec le temps —, comme le radium-222, le radon et le polonium-210, sont d’ailleurs particulièrement préoccupants. Il n’est donc pas étonnant que les écolos aient trouvé des études pour appuyer leurs dires, études qui associent les mines d’uranium à divers cancers, surtout chez les mineurs, mais aussi chez les gens vivant à proximité, ainsi qu’à d’autres problèmes de santé.

Il s’agit-là, disons-le, d’authentiques travaux scientifiques publiés dans des revues savantes respectées. À vue de nez, donc, les écolos semblent avoir raison : il y a bel et bien des dangers à miner l’uranium.

Cependant, quand on y regarde de plus près, on se rend compte que ces études ont pratiquement toutes un point commun : ou bien elles documentent des situations qui remontent jusqu’aux années 50 et 60, voire 40 dans certains cas ; ou alors elles portent sur des mines exploitées dans des pays du tiers monde ou de l’ex-Union soviétique. Mais dans tous les cas, on parle ici de contextes où les normes environnementales et sanitaires, de même que les pratiques minières et industrielles, étaient très différentes de celles qui prévalent ici aujourd’hui. Alors pour répondre à la question qui nous intéresse, soit «Si l’on ouvrait une mine d’uranium dans le Québec de 2014, quelles en seraient les conséquences ?», ces études ne sont pas aussi pertinentes qu’il n’y paraît.

Un meilleur point de comparaison serait donc le nord de la Saskatchewan, où se trouvent présentement toutes les mines d’uranium actives au Canada. Même pays, même époque, même organisme de surveillance… Et là-bas, des échantillons sont pris régulièrement dans l’air et dans l’eau, afin de voir s’il s’échappe des polluants. C’est donc, je pense, à cet endroit qu’il faut regarder pour savoir si une mine d’uranium exploitée au Québec serait polluante. Or, d’après les rapports de la CCSN et les présentations que la Commission a faites devant le BAPE cet automne (lors d’audiences préliminaires), il semble que les concentrations d’isotopes radioactifs autour des mines saskatchewannaises se confondent avec le bruit de fond naturel.

La CCSN admet, notons-le, que certaines de ces installations-là ont eu des problèmes de fuites d’uranium et de sélénium il y a quelques années, mais des correctifs ont été demandé à l’industrie et les échantillons les plus récents montrent qu’ils fonctionnent. En outre, l’exposition des travailleurs du nucléaire à la radioactivité est constamment mesurée au Canada, et elle reste à des niveaux faibles. Or on peut présumer qu’en général, les mineurs sont nettement plus exposés que la population des environs.

Bref, si l’uranium est une matière dangereuse, et si les pratiques d’il y a 50 ans causaient clairement des problèmes de santé — surtout aux mineurs, puisque les mines du temps n’étaient pas bien ventilées, ce qui les exposait à un sous-produit de l’uranium, le radon, qui est un gaz radioactif —, il n’est pas évident que cela soit toujours le cas.

Cela ne signifie pas, remarquez, qu’il ne reste plus de points d’interrogation. Comme me le disait Marc Fafard, du groupe Sept-Îles sans uranium, les concentrations trop élevées d’uranium et de sélénium qui ont été rejetées en Saskatchewan dans un passé assez récent ont beau avoir été corrigées, cela montre tout de même qu’il y a un côté «expérience à ciel ouvert» dans l’exploitation de l’uranium. On pourrait sans doute lui répondre que ces épisodes prouvent au contraire que le système de surveillance fonctionne, que c’est de toute façon un passage obligé puisqu’on ne peut pas recréer une mine dans un labo et que, de toute manière, les conditions précises de l’exploitation (la composition précise de la roche, notamment) varient d’un endroit à l’autre et qu’il y aura toujours un travail d’ajustement à faire, sont point demeure tout de même en bonne partie valide, il me semble.

Et puis, me disait la toxicologue de l’Université de la Saskatchewan Patricia Thomas, ce qu’il adviendra à long terme des déchets miniers reste à voir. De plus, même si les rejets des mines recèlent très, très peu d’isotopes radioactifs à l’heure actuelle, il demeure possible, dit-elle, que des polluants s’accumulent petit à petit dans l’écosystème et qu’ils finissent par devenir un problème dans l’avenir.

Ce sont certainement là des points qu’il faudra garder à l’esprit quand viendra le temps de décider quoi faire avec l’actuel moratoire sur l’uranium, mais disons que dans l’ensemble, le tableau est loin d’être aussi noir que celui que peignent militants et médias.

Plus de détails dans mon texte paru ce week-end dans Le Soleil.

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