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Archive du 4 février 2013

Lundi 4 février 2013 | Mise en ligne à 12h13 | Commenter Commentaires (6)

La pilule et les risques

Prendre la pilule contraceptive n’est pas sans risques. Le risque de thromboemboblie veineuse est augmenté, peu importe la génération de pilule concernée. Par contre, le risque serait plus grand avec les pilules de troisième et quatrième générations. Cela signifie un risque de 1,5 à 3 sur 10 000 femmes, contre 1 sur 10 000 pour les pilules de deuxième génération, estime-t-on à Santé Canada. Selon deux comités d’experts canadiens et québécois, c’est plutôt 4 ou 5 sur 10 000 sans contraception orale et 9 à 10 sur 10 000 avec contraception orale. Et peut-être 1 cas de plus sur 10 000 avec la pilule de 4e génération.

L’augmentation du risque est très faible, mais plusieurs femmes utilisatrices de contraceptifs oraux, qui ont souffert de problèmes de santé (comme un arrêt cardiaque, un AVC, une embolie pulmonaire), disent n’avoir pas été correctement informées au départ, puisque la compagnie Bayer n’aurait pas fourni ces renseignements aux médecins. D’où la multiplication des requêtes judiciaires ici comme ailleurs, peut-on lire dans La Presse. Aux États-Unis, Bayer a dédommagé des milliers de plaignantes. Qu’en sera-t-il ici ? La demande de recours collectif a été entendue la semaine dernière.

Ceci dit, il ne faut pas céder à la panique, insistent les autorités publiques, qui ont scruté à la loupe les études scientifiques selon lesquelles les pilules avec progestatif drospirénone (que contient Yasmin) seraient plus risquées que celles avec lévonorgestrel (de 2e génération). La méthodologie est dans tous les cas boiteuse, souligne un comité d’experts québécois et canadiens. Dans «l’état actuel des connaissances», il n’est pas nécessaire de changer les pratiques cliniques, disent-ils. Après avoir étudié l’innocuité de la pilule Yasmin (ou Yaz), Santé Canada étudie actuellement l’innocuité de Diane 35, qui fait actuellement l’objet de critiques en France.

Du côté de la santé publique, on craint que la diffusion d’informations à connotation négative sur les contraceptifs oraux ait des conséquences fâcheuses. «Il est important de rassurer les femmes quant aux études récentes et de les inciter à continuer de prendre leur contraceptif afin d’éviter des grossesses non planifiées et leurs multiples conséquences aux plans personnel, familial et social», indique-t-on à l’Institut national de santé publique du Québec. C’est habituellement l’oestrogène (et pas les progestatifs) qui est associée aux risques de thromboses et ces risques surviennent dans les premiers mois. À la suite de la parution d’études controversées dans Lancet en 1995, on a d’ailleurs noté une augmentation de 8 % des interruptions volontaires de grossesse en Angleterre. Même chose en Norvège. En France, avec la crise actuelle, on a déjà remarqué une baisse du nombre de prescriptions de pilules dans le dernier mois.

Selon Christabelle Sethna, historienne et professeure adjointe à l’Institut des femmes et à la Faculté des sciences de la santé de l’Université d’Ottawa, il faut nuancer. « Les risques sont présents avec n’importe quel médicament. Sur le nombre total de femmes qui prennent la pilule à travers le monde, on peut assurer que c’est sécuritaire. Oui, il y a des contre-indications. Oui, il y a des incidents malheureux. Oui, les femmes ne s’informent pas assez. Il y a certainement moyen d’améliorer la pilule, même si elle est beaucoup plus sécuritaire que lors de son apparition. »

Elle pousse la réflexion plus loin. « Peut-être faudrait-il revoir la façon dont on perçoit la pilule. On l’avale sans se poser de question, pour tout et pour rien, comme si c’était de l’aspirine. On a foi – trop foi ? – dans les technologies médicales. Or, il n’existe aucun médicament «taille unique», aucune petite pilule miracle. »

Lorsqu’il y a des paniques (comme celle que l’on observe en France), c’est « la mémoire historique de toutes sortes d’interventions médicales néfastes pour les femmes et enfants » qui refait surface. Elle cite en exemple le Dalkon Shield (un dispositif contraceptif intra-utérin) qui a causé de graves problèmes de santé chez un nombre impressionnant de femmes dans les années 1980. Plus de 300 000 ont d’ailleurs poursuivi le fabricant avec succès. «Au niveau des dosages de la pilule, c’est beaucoup mieux aujourd’hui. Est-ce mieux pour une jeune fille de 14 ans d’être enceinte ? Quelle est l’alternative ?»

Pensez-vous que les femmes sont assez bien informées des risques ? Devrait-on privilégier les pilules de 2e génération, légèrement moins risquées ?

BON À SAVOIR

Pour connaître la position de la santé publique, vous pouvez consulter ici les Actes de consensus (2011) de l’INSPQ et ici les directives cliniques de la Société d’obstétriciennes et gynécologues du Canada.

On a peur ?

« En cas de crainte, contactez votre médecin ou votre infirmière en planning familial», conseille la Dre Francine Léger, de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada. Les risques sont présents surtout lors des premiers mois d’utilisation.

Principaux facteurs de risque:

Âge

Tabac

Antécédent de thromboembolie veineuse (TEV)

Histoire familiale de TEV

Obésité et/ou indice de masse corporelle élevée

Varices ou insuffisance veineuse profonde

Thrombophilies

Immobilisation prolongée

chirurgie pelvienne ou des membres inférieures

AVC ou infarctus récent

Altitude ou long vol d’avion

etc.

Signes avant-coureurs à reconnaître  :

Douleur ou sensibilité à une jambe

Douleur thoracique

Enflure persistante

Souffle coupé

Si ces symptômes se présentent, on consulte d’urgence.


Types de pilules (exemples):

2e génération (lévonogetrel ou norgestrel) : Alesse, Brevicon, Loestrin, MinEstrin, Ortho 7/7/7

3e génération (désogestrel ou norgestimate): Cyclen, Linessa, Marvelon, Orthocept, Tri Cyclen

4e (drospirénone) : Yaz, Yasmin

Anti-acné: Diane 35

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