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L’ère est au tourisme d’aventure et aux défis d’endurance. Ce qui nous apparaissait extrême hier semble désormais à la portée de tous. On pousse son corps à la limite pour se dépasser, étancher une soif d’aventure. Bref, pour se sentir vivant. Parfois, au péril de sa vie.
C’est ce qui est arrivé le 19 mai dernier à la Torontoise Shriya Shah et cinq autres alpinistes. Elle a perdu la vie dans la «zone de la mort» du mont Everest après avoir atteint le toit du monde de peine et de misère. Elle n’avait jamais gravi de montagne, mais la quête de l’Everest était son rêve. L’émission Enquête a raconté sa fin tragique, jeudi soir, sur les ondes de la Société Radio-Canada.
Comme Shriya Shah, des centaines d’alpinistes – dont plusieurs novices – tentent de gravir chaque année le mythique sommet. La popularité de la montagne – aujourd’hui accessible moyennant 50 000 $ - est telle qu’elle met les grimpeurs en danger. Le 19 mai dernier, quelque 300 alpinistes faisaient la queue entre le camp 4 et le sommet, à 8 848 mètres, retardant de beaucoup le temps d’ascension. Cela laissait présager le pire.
Malgré les nombreuses mises en garde des sherpas, la Canadienne, mal en point et épuisée, a atteint le sommet après environ 20 heures d’ascension. Elle était l’une des plus lentes de la journée. Il aurait été plus sage de faire demi-tour, mais elle a été gagnée par la «fièvre du sommet». Être si près du sommet et ne pas l’atteindre ? C’était hors de question. Son état était inquiétant et, pour ajouter au malheur, sa réserve d’oxygène suffisante. Elle a perdu la vie sur la montagne, à bout de force.
On peut se questionner sur les façons de faire des entreprises locales d’expédition – qui pullulent -, sur la réglementation népalaise déficiente, sur le manque de préparation de touristes. Mais aussi sur cette quête de bonheur par l’effort extrême, par l’aventure. Pourquoi se donner tant de mal ?
«Parce que, pour plusieurs, c’est un antidote à la sédentarisation de nos vies, à la sécheresse émotionnelle liée à un quotidien trop ordonné et prévisible, nous expliquait l’an dernier le sociologue Alex Dumas, professeur à l’École des sciences de l’activité physique de l’Université d’Ottawa. Cela procure des sensations fortes et un sentiment de plénitude existentielle. C’est une occasion de vivre plus intensément.»
«On assiste à une montée en popularité de ces activités, à leur médiatisation, à leur commercialisation et à leur utilisation comme tribune pour promouvoir diverses causes sociales», dit M. Dumas. Pour sortir du lot, il faut penser de plus en plus gros. «Avec la démocratisation des défis, il ne suffit plus de nager 10 000 mètres pour se distinguer, on doit nager de Québec à Matane, nous disait le professeur. Sur son lit de mort, on veut pouvoir dire qu’on a réussi un exploit.» Au péril de sa santé, de sa vie.