Le blogue de Normand Provencher

Archive du 7 septembre 2012

Vendredi 7 septembre 2012 | Mise en ligne à 17h53 | Commenter Un commentaire

De mort et de sexe

Pour un critique de cinéma, avoir la chance de découvrir deux films quatre étoiles (et plus) dans le même après-midi d’un festival, c’est aussi rare que de voir un joueur de baseball ambidextre frapper deux circuits dans la même manche, de chaque côté du marbre.

Mon premier coup de circuit (et de coeur) s’intitule Quelques heures de printemps, du Français Stéphane Brizé. Le travail de ce réalisateur hors-pair, fin analyste de la nature humaine, m’a toujours comblé. Je pense à son premier film, Le bleu des villes (1999), Je ne suis pas là pour être aimé (2005) ou Mademoiselle Chambon (2011).

Ce nouvelle offrande  n’a rien du film joyeux. Après un séjour en prison, un camionneur (Vincent Lindon) revient vivre chez sa vieille mère (Hélène Vincent), atteinte d’une maladie incurable, finit-il par apprendre. Malgré la rancoeur qu’il éprouve pour l’auteure de ses jours, une veuve austère et rigide, le fils l’accompagnera en Suisse, où elle compte mourir dignement, par suicide assistée.

Suis sorti bouleversé de la projection. D’abord par le jeu de Vincent Lindon, sûrement le meilleur acteur français de sa génération, en personnage coincé dans ses émotions, qui traîne le poids du monde sur ses épaules, et surtout celui de Hélène Vincent. La logique voudrait qu’elle soit nominée à la César de la meilleure actrice. C’est la grâce qu’on lui souhaite.

Deuxième coup de circuit (et de coeur) moins d’une heure plus tard, avec The Sessions, de Ben Lewin, présenté à Toronto après un passage remarqué au Festival de Sundance. Avec raison. Il y a dans ce film de tout: de l’humour, de la générosité, de la poésie, de l’amour aussi, et surtout du sexe, beaucoup de sexe…

Le film s’inspire de la vie de Mark O’Brien (John Hawkes, vu dans The Winter’s Bone), un poète-journaliste devenu quadraplégique après avoir contracté la polio en bas âge. Doté d’un humour caustique et d’une foi profonde, l’homme de 38 ans aspire, malgré son handicap, à connaître les joies de la chair. La providence mettra sur son chemin une dévouée thérapeute sexuelle (Helen Hunt) qui, lentement, très lentement, au gré de quelques sessions au lit, lui fera perdre sa virginité. Au grand étonnement de son ami prêtre (William H. Macy) qui recueille ses confidences…

The Sessions est un film quasi parfait. Il figure d’ores et déjà dans mon Top 5 de l’année. Scénario d’une grande tendresse, mise en scène qui coule de source, distribution impeccable, En plus, Lewin réussit l’exploit de parler d’amour et de foi à travers une histoire de cul, quand même pas rien.

Encore là, logiquement, le film devrait se retrouver aux Oscars, John Hawkes et Helen Hunt en tête. Reste à savoir comment la très conservatrice Académie va réussir à faire le marketing d’une production qui donne dans le «frontal nudity», et qui parle allègrement de pénis, pénétration, cunnilingus, masturbation et de jouissance simultanée…

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Vendredi 7 septembre 2012 | Mise en ligne à 0h39 | Commenter Aucun commentaire

Le temps d’un crime

Un thriller de fiction spatio-temporelle, avec deux grosses vedettes américaines au générique, le vétéran Bruce Willis et l’étoile montante Joseph Gordon-Levitt, le Festival international du film de Toronto (FITT) s’est offert une ouverture glamour, hier soir, avec Looper. Après le documentaire sur U2 l’an dernier, From the Sky Down, est-ce à dire que le festival a fait son deuil en ouverture d’une production canadienne, comme c’était la coutume? Remarquez, tant qu’à présenter des insignifiances comme La bataille de Passchendale, de sinistre mémoire, autant poursuivre dans cette voie…

Un mot sur Looper. Une production signé Rian Johnson qui fait sien le thème du voyage dans le temps, façon film noir. Gordon-Levitt (méconnaissable sous son maquillage et ses prothèses) incarne un tueur à gages bcbg, Joe Simmons, qui, dans le Kansas de l’an 2044, est chargé d’éliminer des témoins gênants envoyés du passé par le crime organisé. Son travail prendra une tournure pour le moins tordu lorsqu’apparaîtra devant lui, nul autre que… lui-même, mais 30 ans plus vieux (Bruce Willis). S’engagera alors une chasse à l’homme où le jeune Joe devra contrecarrer les plans du vieux Joe, autrement dit lui-même, cherchant à empêcher qu’un destin macabre s’accomplisse.

Un peu tordu, je vous l’accorde, mais n’est-ce pas toute la beauté des voyages dans le temps?

Mon verdict? Un divertissement intelligent et original, un peu échevelé et violent dans sa dernière demi-heure, avec un Gordon-Levitt (Inception, 50/50) qui démontre pourquoi il s’apprête à faire le saut dans la A-List des acteurs hollywoodiens.

Looper prend l’affiche en salle le 28 septembre.

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