
Max Pacioretty est resté longtemps étendu sur la patinoire.
Le choc a été terriblement violent. Max Pacioretty, un colosse de 6’ 2 ‘’ et 200 livres, est tombé sur la patinoire d’un seul coup, comme un sac de ciment projeté sur le sol. Assis au banc du Canadien, Michael Cammalleri n’a pas vu la scène. Mais il l’a entendue. « Le bruit a été fort, a-t-il dit, après la rencontre d’hier. Et pour être bien honnête, je n’ai pas eu le goût de voir la reprise. »
Comme tous les joueurs du Canadien, Cammalleri demeurait sous le choc de la blessure survenue à son coéquipier. Pacioretty filait à vive allure en territoire neutre lorsque Zdeno Chra l’a poussé par derrière, le projetant sur la cloison séparant les bancs des deux équipes.
L’attaquant du Canadien est demeuré de longues minutes étendu sur la glace, parfaitement immobile et les yeux fermés, pendant que l’équipe médicale s’affairait autour de lui. L’inquiétude était palpable dans le Centre Bell. Il ne s’agissait pas d’un incident ordinaire et tout le monde l’a vite compris.
Sur la tribune de presse, plusieurs ont pensé à la mort de lugeur géorgien Nodar Kumaritashvili, lors d’une descente d’entraînement le jour de l’ouverture des Jeux olympiques de Vancouver. L’impact a semblé aussi brutal.
Une demi-heure plus tard, lorsqu’on a appris que Pacioretty était conscient et pouvait bouger ses membres, le soulagement fut immense. Si les nouvelles avaient été pires, personne n’aurait été surpris. L’affaire fut franchement inquiétante et a stoppé tout le plaisir associé au match.
-0-0-0-
La rencontre terminée, les Bruins ont plaidé l’innocence.
« Zdeno Chara n’est pas un joueur salaud, a dit l’entraîneur Claude Julien. Quiconque a suivi sa carrière le sait très bien. Il est un grand gars fort et n’a certainement pas agi intentionnellement. La malchance, c’est l’endroit où l’incident s’est produit, à la cloison séparant les deux bancs. N’importe où ailleurs sur la glace, une simple punition mineure aurait été imposée. »
Il ne faut pas s’étonner que Julien défende son joueur vedette. N’en reste pas moins que Chara a commis un geste illégal en stoppant la poussée de Pacioretty. Celui-ci ne contrôlait pas la rondelle et l’obstruction était manifeste. On peut arguer, comme Claude Julien, que Chara n’est pas un joueur vicieux et qu’il fut simplement victime de l’organisation physique des lieux. Cette thèse ne tient pas la route.
Chara est un joueur d’expérience. Et comme tous les porte-couleurs des Bruins de Boston, qui ont vécu les suites des commotions cérébrales de Patrice Bergeron et Marc Savard, il connaît bien les risques associés aux coups illégaux. Lorsqu’il a décidé de frapper Pacioretty, il ne pouvait ignorer les conséquences potentielles de son geste.
Étonnamment, Claude Julien a juré que cette histoire n’avait aucun rapport avec le fort niveau de tension qui a précédé le match. La foire d’empoigne du mois dernier, à Boston, était pourtant dans tous les esprits au début de la rencontre.
« On peut parler autant qu’on veut de la rivalité entre nos deux équipes, a-t-il dit. Mais personne ne souhaite un incident semblable. Tout le monde se sent mal et espère que Pacioretty se rétablisse.»
-0-0-0-
Dans le contexte où les blessures à la tête constituent un fléau dans la LNH, et où la saison de Sidney Crosby, le meilleur joueur du circuit, est compromise en raison d’une commotion cérébrale, la direction de la ligue doit punir sévèrement Chara. Sinon, elle enverra un message de mollesse et la loi du tout-est-permis continuera de s’appliquer.
D’ailleurs, la blessure à Pacioretty aurait peut-être été évitée si la LNH avait expédié un message clair aux deux équipes après la rencontre du 9 février à Boston.
Les combats ont été nombreux, les deux gardiens en sont même venus aux coups, mais la LNH a interprété toutes ces folies comme un sympathique clin d’œil au bon vieux temps, lorsque les bagarres générales entre les Bruins et le Canadien étaient monnaie courante. Aucune amende, aucune suspension, rien de rien !
Claude Julien a aussi contribué à chauffer les esprits en dénonçant le comportement des joueurs du Canadien lundi : « Ils ont tendance à allumer des feux et ensuite à jouer les innocents. »
Si c’est le message que l’entraîneur des Bruins a livré à ses joueurs avant la rencontre, lui aussi devra procéder à un examen de conscience.
Mais au-delà de toutes ces considérations, un constat s’impose : aussi longtemps que les joueurs n’éprouveront pas un plus grand respect envers l’intégrité physique de leurs adversaires, aussi longtemps qu’ils croiront bêtement que le hockey est simplement un sport de contact dans lequel des malheurs sont susceptibles de se produire, des incidents comme celui d’hier se répéteront.
Ne comptons pas sur la direction de la LNH pour mettre fin à ces pratiques. À la fin du mois de janvier, Gary Bettman, le commissaire du circuit, a longuement expliqué que l’augmentation des commotions cérébrales cette saison était d’abord liée à de simples accidents plutôt qu’à une recrudescence de coups violents.
Parions que la LNH rangera dans le camp des « accidents » la blessure à Pacioretty. Et que Chara s’en tirera avec une amende et une courte suspension. Pour l’effet dissuasion, faudra repasser.