
Un séisme peut-il être imputable aux scientifiques qui ont manqué de le prédire? Selon la justice italienne, la réponse est affirmative. Lundi, six scientifiques italiens (dont l’ancien président de l’Institut national de géophysique et vulcanologie) ont été condamnés à six ans de prison ferme pour ne pas avoir vu venir l’important tremblement de terre à L’Aquila, en 2009, qui a fait plus de 300 victimes. Ils s’étaient réunis six jours avant le séisme meurtrier alors que des secousses se faisaient de plus en plus régulières dans la région. Ils avaient affirmé qu’il n’y avait pas lieu de croire qu’un important tremblement de terre allait survenir, tout en insistant qu’il était impossible d’en prédire la survenue.
La communauté scientifique est en état de choc. En plus de la peine de prison, les sismologues n’auront plus le droit de pratiquer leur profession et devront verser 9,1 millions d’euros aux parties civiles. Du délire. Le président de la Commission italienne “grands risques”, a démissionné en guise de protestation.
Les sismologues à l’international s’insurgent de l’absurdité de criminaliser l’ignorance professionnelle, car il n’existe pas de technologie fiable pour prédire les tremblements de terre. “C’est totalement surréaliste: on leur reproche de ne pas avoir alerté la population alors que nous ne savons pas à l’heure actuelle prédire les séismes”, a affirmé Robin Lacassin, expert français, à l’Express.
Face à ce verdict populiste, les condamnés pensent faire appel. Mais la méfiance entre la population et ses scientifiques s’est installée au fil des audiences. Dans ce climat actuel, “quel scientifique voudra exprimer son opinion sachant qu’il pourra finir en prison?”, s’est interrogé Stefano Gresta, le nouveau président de l’institut italien de géophysique.
Poser la question, c’est y répondre.
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