
Avec la canonisation de Kateri Tekakwitha, le pape a tendu la main aux Premières Nations d’Amérique du Nord. Un acte de prosélytisme. Mais sans doute aussi un geste de rédemption envers les 150 000 enfants autochtones canadiens qui ont été arrachés de leur famille et gavés de catéchisme dans les pensionnats catholiques pendant un siècle. Un programme d’acculturation immonde.
L’emphase avec laquelle le cardinal Ouellet et le pape lui-même ont louangé les Amérindiens cache sans doute un désir de racheter les fautes du passé. Le cardinal québécois parlait de “noble race” à un service spécial samedi soir. Une expression, qui je l’avoue, m’a fait sursauter. Fait inusité, la cérémonie a commencé avec un rite de purification amérindien ancestral, la fumigation. Quelques femmes habillées traditionnellement ont éventé de la fumée d’encens vers les fidèles alors que le cardinal et les évêques canadiens se tenaient immobiles. Une belle délicatesse.
Benoît XVI est allé jusqu’à bénir les autochtones d’Amérique du Nord sur le parvis de la basilique Saint-Pierre. Et les évêques canadiens que j’ai rencontrés ne cessaient de rappeler leurs souffrances. L’archevêque d’Edmonton Richard Smith a fait un parallèle entre les cicatrices sur le visage de Kateri, séquelles de la petite vérole, et celles, intérieures, des membres des Premières Nations.
L’archevêque de Winnipeg a été un peu plus franc. “Il y a un gros problème de racisme envers la communauté. Cet évènement est notre seconde chance pour mieux faire les choses”, m’a dit monseigneur James Weisgerberger.
Remarquez que les autochtones que j’ai rencontrés au cours du week-end étaient en général âgés de 40 ans et plus. Est-ce que la canonisation de Kateri fera courir les plus jeunes dans les églises? C’est sans doute un miracle hors de portée pour la sainte amérindienne.
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