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Mercredi 14 avril 2010 | Mise en ligne à 13h06 | Commenter Commentaires (14)

Requiem pour les Polonais

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Il y a-t-il une pièce musicale plus émouvante que le requiem de Mozart? Ça commence l’air de rien. Quelques notes mélancoliques à la clarinette. Soudain, le fortissimo. Les violons éclatent. Puis des chants embarquent. Graves, envoûtants. Ils vous prennent à la gorge, vous serrent l’estomac.

Hier, j’ai vécu un moment que je n’oublierai jamais. J’étais devant la cathédrale Saint-Jean de Varsovie pour une messe spéciale en l’honneur des politiciens polonais qui ont péri samedi dans l’écrasement d’avion à Smolensk, en Russie. Les députés vêtus de longs manteaux noirs venaient juste d’entrer. Des admirateurs du président Kaczynski se pressaient devant le portique pour ne rien manquer.

J’arrête une vielle dame pour lui poser des questions. Elle a les yeux bleu clair. Un long manteau bleu. Jolanta accepte gentiment. Alors que je lui demande pourquoi elle tenait à être là, je reconnais les premières notes du requiem de Mozart. Moi qui m’attendais à du Chopin, c’est Mozart que l’orchestre de la cérémonie entonne. Et juste au moment où le fortissimo se déchaîne, Jolanta éclate en sanglots.

Elle ouvre la bouche pour s’excuser, expliquer sa tristesse. Au même moment, les chanteurs s’époumonent: “Requiem aeternam dona…”. J’écris mais mes genoux fléchissent. La synchronicité parfaite de l’oeuvre de Mozart et de l’émotion de cette dame restera gravée dans mon esprit. C’était comme si le compositeur avait écrit la prière de Jolanta 200 ans plus tôt.

Je suis déjà de retour à Londres mais je suis toujours habitée par la dignité des Polonais. Combien m’ont dit qu’ils n’avaient pas toujours été d’accord avec les vues du défunt président. Mais ils étaient là, massés devant le palais présidentiel. Ils faisaient circuler jusqu’à l’avant de la foule leurs lampions pour qu’ils soient placés devant les grilles. Le tout se faisait sans un mot. Naturellement.

Ce respect m’a ému. Est-ce parce que la Pologne est encore une jeune démocratie? Si je prends seulement la Grande-Bretagne comme exemple, il y a une telle désillusion avec les politiciens qu’un deuil si profond advenant la mort du premier ministre est impensable.

En tout cas, je me suis sentie choyée, comme toujours, d’avoir été témoin de ce moment historique. Les Polonais ont peut-être perdu un président mais ils ont gagné une amie.

Le requiem de Mozart:

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