
Maintenant que le monde arabe s’embrase, c’est la question qui s’impose: quelle dictature sera la prochaine à subir la révolte populaire? La Syrie vient à l’esprit. J’y ai fait des reportages en 2008. J’ai rencontré des journalistes et des jeunes gens ordinaires désespérés de la dictature de Bachar Al-Assad, qui a hérité du pouvoir à la mort de son père en 2000. Plus de quarante ans de dictature. La police secrète est partout dans les rues. Aucun regroupement citoyen ne se crée sans que les forces de sécurité en soient informées.
Pour en revenir à la question de ce billet, je l’ai soumise à un militant syrien qui a été emprisonné dans les années 80. Il m’a demandé de ne pas dévoiler son nom.
Voici sa réponse:
“Je ne prévois pas un mouvement similaire en Syrie pour plusieurs raisons:
1) La peur en Syrie est la plus grande dans toute la région. Malgré les événements en Tunisie et en Égypte, les gens ne discutent pas de la possibilité d’une révolte en Syrie. Les usagers sur Facebook (interdit en Syrie) envoient des messages timides et contradictoires.
2) Malgré tout, le niveau de pauvreté est tolérable pour la majorité de la population.
3) La Syrie a une démographie complexe en terme de sectes, religions, ethnies et provinces. Il n’y a pas d’opposition unie contre le gouvernement qui jouit d’un soutien dans certains cercles: entreprises, minorités religieuses (Assad, qui est alaouite, en fait partie), haute société.
4) Le gouvernement vient d’introduire un chapelet de mesures pour améliorer la situation des classes défavorisées, par exemple en augmentant les allocations pour le pétrole.
5) La victoire du gouvernement au Liban (le régime d’Assad est proche du Hezbollah libanais), l’image de la Syrie comme rivale d’Israël, son appui à la résistance palestinienne.
6) L’Iran.” (Assad est réputé être de connivence avec Ahmedinejad; le régime des mollahs a violemment réprimé les émeutes de juin 2009.)
Mais il ne faudrait pas croire que Bachar Al-Assad ne surveille pas d’un oeil inquiet les événements en Égypte. Dans une rare entrevue au Wall Street Journal ce matin, il annonce des réformes politiques, sans pour autant clairement indiquer en quoi elles consistent. Il suggère également que le gouvernement de Moubarak en Égypte était fragilisé par le soutien de l’Occident. Ce qui n’est pas le cas du sien, bien sûr.
Remarquez que le WSJ l’appelle “l’homme fort de la Syrie” plutôt que “le dictateur” ou “le tyran”…
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