Le Big blogue de Londres

Archive du 16 novembre 2009

Lundi 16 novembre 2009 | Mise en ligne à 13h28 | Commenter Commentaires (19)

La cité des hommes brisés

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Permettez-moi de faire un petit retour en arrière. J’aimerais vous parler d’un camp d’ouvriers que j’ai visité en banlieue de Dubaï, à Sonapur. Dans mon article publié samedi dernier, je n’ai pas eu de place pour expliquer que Sonapur veut dire “cité d’or” en langue hindoue. Or, il n’y avait rien de doré dans ce ghetto. Les immondices débordaient des poubelles et un sol sableux tenait lieu de pavé. Des rats faisaient remuer la poussière, une poussière qui irritait la peau.

J’étais très nerveuse, ce soir d’octobre, quand on a pénétré dans le camp sombre, mon “fixer” Mohamed et moi. Si on se faisait découvrir par un gardien de sécurité, on se faisait expulser illico. Bye bye le reportage. Le fait que j’étais entourée de milliers d’hommes qui n’avaient pas eu de contact avec une femme depuis des lunes m’intimidait aussi. J’avais acheté un foulard pour me couvrir les épaules et les bras. Question de ne pas les fatiguer.

Mes craintes se sont vite estompées. J’ai rarement rencontré des gens plus aimables. Alors que quelques-uns racontaient leur vie de misère à moi, l’occidentale gâtée pourrie qui s’immisçait dans leur existence, d’autres éclairaient mon carnet de notes avec la lumière de leur cellulaire pour que je puisse écrire dans la noirceur. Un petit geste de rien du tout qui m’a touchée. Quand mon stylo a rendu l’âme, trois crayons étaient tendus vers moi.

Un truc me désespérait. Pourquoi ne se rebellaient-ils pas? Pourquoi ne demandaient-ils pas d’aide à leur famille pour les sortir de là? La majorité d’entre eux leur cache la vérité. C’est pourtant leurs proches qui reçoivent l’argent qu’ils parviennent à se mettre de côté, de peine et de misère. Un Indien catholique, Bruno Genewin, m’a aidé à comprendre. “Ils ne veulent pas inquiéter leur famille. Ces gens ne se battent pas pour eux-mêmes car ils s’oublient complètement pour leurs proches. La famille est plus important que tout en Inde.”

Finalement, le ghetto Sonapur n’est pas si mal nommé. Il est peuplé d’hommes au coeur d’or.

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