Le Big blogue de Londres

Archive, septembre 2009

Mardi 29 septembre 2009 | Mise en ligne à 8h43 | Commenter Commentaires (26)

Chaleur d’enfer à Abou Dhabi

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Me voici donc à Abou Dhabi pour deux semaines. Je suis arrivée de Londres jeudi soir. Aussi bien dire du pôle Nord. Quand je suis sortie de l’aéroport (climatisé), j’ai eu l’impression d’être plaquée par un lutteur de sumo. Il ne devait pas faire plus de 35 degrés celsius, mais avec l’humidité, c’était insupportable. J’ai regardé mon ami d’un air horrifié: “Comment fais-tu?” Il m’a trouvé très drôle. “On est bien là! Il fait frais! C’était bien pire cet été”, a-t-il répondu d’un air paternaliste. À l’été, la température frôle les 50 degrés.

Je voulais lui offrir une bouteille de vin. J’avais choisi un Saint-Émilion pour lui à l’aéroport Heathrow. Mon ami a un permis d’alcool, obligatoire pour les non-musulmans aux Émirats. Mais c’était sans compter sur le zèle d’un agent de sécurité de l’aéroport de Doha, où je faisais escale. Sans même me regarder dans les yeux, il a dit: “This is not permitted here”. Il a mis ma bouteille avec d’autres orphelines alcoolisées. Je n’ai pas rouspété. J’aurais dû. Quelques minutes plus tard, à 200 mètres de l’apprenti-calife, des bouteilles de Jack Daniel’s semblaient rire derrière leur étiquette dans une boutique hors-taxe. Je m’étais fait avoir. Ben coudonc.

Pour ces quelques semaines, je vous enverrai mes cartes postales, observations et anecdotes. Demain, je visiterai Dubaï (la photo), à deux heures de route d’Abou Dhabi, où la devise pour les expatriés occidentaux serait: “Work hard, party hard.” Je vous en donne des nouvelles. Et je vous promets de goûter aux jus de fruits “Computer” et “Internet” pour ma petite critique culinaire. Souhaitez-moi bonne chance.

P.S. Il y a des commentaires sur des sujets tabous et graves que je ne pourrai publier avant mon retour à Londres. Ce sont des commentaires très pertinents mais pour ma sécurité, je ne préfère pas les publier pendant mon séjour. Je vous remercie de votre compréhension et de votre patience.

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Dimanche 27 septembre 2009 | Mise en ligne à 7h15 | Commenter Commentaires (66)

Des larmes pour Nelly

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Je sais, je suis en retard dans les nouvelles du Québec. Mais je suis arrivée à Abou Dhabi jeudi soir. J’ai passé le week-end (vendredi et samedi aux Émirats Arabes Unis) dans la nature. Alors ce n’est que ce matin que j’ai appris la mort de Nelly Arcan (et celle de Falardeau, bien sûr). Nelly et moi avions une très bonne amie en commun. Nous nous sommes donc côtoyées pendant un an avant mon départ pour Londres. Je n’étais pas assez intime pour l’appeler Isabelle, son vrai prénom. Mais l’annonce de son suicide me brise le coeur. Pour tout vous dire, j’ai les yeux rougis d’avoir pleuré à chaudes larmes.

Beaucoup (beaucoup) de femmes n’aimaient pas Nelly. Pas Nelly l’écrivaine, mais Nelly-la-fille-avec-les-seins-refaits. Nelly l’aguicheuse avec son accent à la française (n’en déplaise à Thierry Ardisson). Même les hommes se sentaient intimidés en sa présence.

Tout ça, ce n’était qu’une façade. J’ai tout de suite vu la vraie Nelly-Isabelle. Pour moi, ses grands airs étaient ceux d’une petite fille qui jouait à la madame. Derrière l’armure de teflon, il y avait une âme esseulée. Son sex-appeal, ce n’était qu’une façon d’aller chercher l’amour qu’elle ne pensait pas mériter.

Pourtant, Nelly n’était pas une tragédienne dans la vie de tous les jours. Je me souviens d’un souper de filles où elle m’a fait crouler de rire. Après quelques verres de vin, elle avait avoué un mauvais coup qui la tourmentait encore à cette époque. À l’adolescence, elle avait activé une alarme de feu pendant que son école était rassemblée dans un auditorium pour un spectacle. Elle ne s’expliquait toujours pas son geste. Un acte rebelle? Un appel à l’aide? Je ne sais pas. Mais j’ai toujours cru qu’elle cachait de lourds secrets de jeunesse.

Je souris en pensant à ce soir-là. J’avais acheté des grosses huîtres mais nous étions incapables de les ouvrir. Il fallait nous voir, toutes les trois dans la cuisine, penchées sur les huîtres armées de couteaux et même de tournevis. Puis, Nelly a lancé un gros “Ouacheeee!” Un ver était sorti de l’écaille de l’huître qu’elle triturait. Dégoûtées, nous avons abandonné notre mission et avons seulement mangé les trois huîtres que nous avions réussi à ouvrir. En prenant soin de ne pas trop regarder les écailles. J’en ris encore aujourd’hui.

Au dessert, elle avait confié qu’elle avait été paralysée par la peur avant son entrée sur le plateau de Tout le monde en parle (québécois). Guy A. Lepage était allé la voir dans les loges pour la rassurer et lui dire de ne pas s’inquiéter. Vous avez dit fragile?

Voilà la Nelly que j’ai connue. Une âme tourmentée, une fille mal dans sa peau qui s’illuminait en présence d’amis.

Je n’ai jamais lu ses livres, un fait que je lui ai bien sûr caché. Je les trouvais trop noirs. Malgré sa plume époustouflante (je pèse mes mots), j’avais l’impression de suffoquer au bout de quelques pages. Pour moi, l’écrivaine était plus fascinante que l’oeuvre.

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Mercredi 23 septembre 2009 | Mise en ligne à 8h10 | Commenter Commentaires (20)

La baronne et la jungle

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La baronne Patricia Scotland est dans de beaux draps. La politicienne a employé pendant six mois une immigrée vivant illégalement au pays. La femme de ménage était demeurée au pays suite à l’expiration de son visa étudiant. Or, Patricia Scotland est, roulements de tambour, la procureure générale du pays. C’est-à-dire qu’elle est la principale conseillère juridique du premier ministre. Vous en voulez une meilleure? Elle a travaillé en 2006 sur la loi sur l’immigration qu’elle vient d’enfreindre. Cette mesure exige des employeurs qu’ils photocopient les documents d’immigration de leurs travailleurs, afin qu’ils ne plaident pas l’ignorance.

Or, la baronne a fait peu de cas de son infraction, qu’elle a comparée à oublier de payer la taxe de transport (congestion charge). Des ministres veulent sa tête, la presse britannique aussi. Toutefois, Gordon Brown lui a donné son appui. Elle devra payer une amende de 5000 livres sterling, sans plus. Dans deux jours, on n’en parlera plus.

Un autre sujet, beaucoup plus grave celui-là, dont on ne parlera plus dans quelques jours, est l’évacuation des camps de réfugiés de Calais (dans le Nord de la France). Cela fait des années que des individus, surtout des jeunes hommes en situation désespérée, s’agglutinent dans ces camps de misère, espérant trouver asile en Grande-Bretagne. Ils viennent d’Afghanistan, d’Irak, du Zimbabwe. Beaucoup s’accrochent aux camions qui traversent le tunnel de la Manche. Un périple hyper dangereux.

Cela fait des années que les gouvernements français et britannique se renvoient la balle sur ce dossier. Pendant ce temps, les organisations humanitaires remplissent les estomacs criards de Calais. La France a donc agi à la manière française, une opération costaude: 600 policiers anti-émeute pour 280 réfugiés, dont près de la moitié était des enfants.

Ceux qui ont réussi à s’échapper attendent que les choses se calment pour retourner à Calais, surnommé la “jungle”. Ce coup de balai ne changera donc rien pour les demandeurs d’asile qui ont fui leur pays, au risque de leur vie.

Pourquoi je vous raconte ces deux histoires? Elles illustrent la double injustice du système anti-immigration qui prend racine. Injustice technique pour celle qui s’en sort avec une petite tape sur la main. Injustice humaine pour les autres qui voient leur bataille pour une vie meilleure se solder en Waterloo.

“Les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent et nuisible à ceux qui n’ont rien.” Jean-Jacques Rousseau.

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