Je pensais que ça brassait sur la route de Baptiste. Je n’avais rien vu. Ce matin, en partant de Port-au-Prince, Alfred Étienne nous dit que les deux parties les plus longues en terme de temps seront la traversée du secteur Carrefour à cause des embouteillages et les 16 km qui mènent au bureau de la Fondation pour le développement économique et social (FODES) à Labrousse.

Alfred Étienne, le coordonnageur général de Fodès à Labrousse
Traverser Carrefour, c’est une grande tristesse. C’est probablement le secteur de la ville le plus pauvre et le plus affecté. Ça se voit et ça se sent. Les regards des vendeurs d’eau, de Coke et autres «cossins» sont hagards. Si on fait signe que non, ils semblent découragés. Certains donnent une tape sur l’aile du camion.
Les fameux 16 km arrivent enfin peu de temps après Petit-Goâve et juste avant Miragoâne. Ce sera toute une aventure. Ce n’est pas tout à fait une piste ni tout à fait une route bien qu’elle en porte le nom. Ce sont des cailloux. Pas des petits, des gros.
Au départ, ça me faisait penser au Jamboree Jeep auquel j’avais participé en tant que passager il y a une dizaine d’années. C’était une piste de difficulté moyenne dans le secteur du Mont-Sainte-Anne. Cette fois, j’avais l’impression d’être sur la piste du Rubicon, la difficulté ultime pour les compétiteurs.
Ça brassait à cause des roches, des trous, des ornières sur une dizaine de kilomètres jusqu’à ce qu’on arrive à une montée raide sans bon sens. «Ça durera trois minutes», lance Alfred. Mais tout un trois minutes. Avoir eu un litre de lait en bas de la pente, j’aurais eu du beurre tout en haut.
Assis à l’arrière entre Sébastien et Alfred, j’ai donné plus de coups d’épaule dans ce parcours qu’un joueur de hockey dans sa carrière. Et il faut le refaire à l’envers samedi.

La route et ses courbes dans la montagne.
Dans le village, en après-midi, il y a eu un peu de pluie rendant les routes impraticables. De l’eau qui ruisselle sur de la glace, c’est pire que le verglas. À pied, les espadrilles deviennent grosses comme la tête en trois ou quatre pas. Imaginez un peu les péripéties 4X4 sur un kilomètre en montée. Le véhicule était toujours de travers.
Pas question de descendre la dernière pente en véhicule. Durand Dubreus, l’agronome, viendra nous chercher, un à un, avec une quadrimoto. Ici, tout déplacement devient du sport extrême, un mélange de slalom géant dans une piste de bosses des championnats du monde sur des dizaines de kilomètres. Faut le voir pour le croire.
Tout un accueil

Une pièce de théâtre organisée par les femmes pour nous accueillir.
Après la visite des lieux et le souper, les femmes du village nous réservaient une surprise. Elles avaient organisé une fête de bienvenue composée de chansons traditionnelles, de petites pièces de théâtre et de danses. Tout était en créole. Même si Sébastien et moi comprenions des parties, il a fallu que Johanne Étienne nous fasse la traduction.
Les gens riaient, s’amusaient ferme. Nous avons ri avec les rires collectifs pendant les petites scènes où on décrivait la culture des champs ou l’élevage des bêtes. En même temps, on nous racontait ce que Fodès avait fait comme intervention.
Et puis, il y a eu la fête dans la fête pour souhaiter un bon anniversaire à Alfred Étienne. Il avait 56 ans le jour même. Une bonne rasade de rhum et hop sur le plancher pour la danse.

Johanne Étienne, avec la petite Christella, assurait la traduction créole-français.
Et on reprend le chemin du retour tout à l’heure.
NOTE: Yves Therrien est l’invité de Coopération internationale Québec qui assume les frais de transport en Haïti et en République dominicaine.
















