Yves Therrien
Le Soleil
Ki kote ri Rigaud ye la? De quel côté se trouve la rue Rigaud? Si Maxo n’a pas répété la phrase 100 fois en créole, c’est comme si le Nord n’existait pas.
D’ailleurs, il manquait quasiment de points sur la rose des vents tellement les gens dans la rue nous envoyaient dans toutes les directions pour retracer cette rue de Pétion-Ville.
Chercher une rue, en général, il n’y a rien là. Ça prend au moins des panneaux aux coins des rues. Ici, ils sont inexistants dans 80 % des cas. Ils doivent avoir servi de joint à des toits pour les abris de fortune que personne ne s’en étonnerait.
Il aura fallu près d’une heure, par 40 degrés en plein midi, pour finalement arriver au bon endroit où Sébastien allait récupérer un téléphone «haïtien» pour terminer l’horaire des rendez-vous.
Si le collaborateur avait donné le nom du restaurant, on aurait probablement perdu moins de temps. Mais, j’en doute. La circulation est si dense. C’est indescriptible comme chaos. Je deviendrais fou si je tentais de prendre le volant juste pour faire deux coins de rue.

Sébastien Girard revise l'horaire des prochains jours.
Ce sera le plus audacieux qui fera sa place, le plus téméraire ou celui qui a le plus gros 4X4 doté d’un klaxon à réveiller un zombie du vaudou. Le camion-citerne qui dévale la pente a toujours la meilleure voie, lui! En entendant le coup de klaxon assez particulier et en voyant la masse venir dans le rétroviseur, personne ne semble assez fou pour rester là.
Et il en va de la circulation comme de la politique ici. Tout le monde va dans des directions différentes sans tenir compte, ou si peu, du voisin. Pas de bousculade, mais les véhicules se croisent à l’épaisseur de la poussière sans toucher la peinture. C’est la désorganisation totale.
Pour les présidentielles, on dirait que les 34 candidats copient le modèle de l’heure de pointe. Tout le monde en tas pour aller n’importe où, dans une désorganisation incroyable en proposant l’unité nationale. Wow!
Lorsque je pose des questions sur la candidature de Wyclef Jean, on ne sourit pas, on rigole. Et il y a un autre chanteur dans le lot qui n’est pas davantage pris au sérieux par les gens, ouvriers ou intellectuels.

C'est ça un Tap-Tap où les gens s'accrochent où ils peuvent.
Les présidentielles, ça ressemble aux passants qui prennent le Tap-Tap, une espèce de taxi collectif où certains réussissent à prendre une place assise sur une planche de bois et d’autres s’accrochent à ce qu’ils peuvent trouver comme prise dans la boîte du petit camion.
Le pire, me dit-on, c’est que personne dans les candidats potentiels n’a vraiment de programme électoral, chacun misera sur sa personne. C’est comme dans la circulation lorsqu’il faut trouver une rue sans l’aide d’un affichage sensé. On tourne en rond, et ça peut durer longtemps.
Quand ce n’est pas une manifestation pour tel ou tel candidat qui ajoute au cafouillage forçant des petits malins à se pousser dans la voie inverse pour tenter de passer au devant. On a vu ça aujourd’hui. Pas une, mais deux fois, sur ce qu’on appelle ici l’autoroute Delmas, un boulevard à peine plus large que le chemin Sainte-Foy dans le secteur Saint-Sacrement.
NOTE: Yves Therrien est l’invité de Coopération internationale Québec qui assume les frais de transport en Haïti et en République dominicaine.

Hier, des gens manifestaient dans les rues pour leur candidat au poste de président.
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