Anabelle Nicoud

Archive, mars 2010

Mercredi 31 mars 2010 | Mise en ligne à 11h51 | Commenter Commentaires (5)

Du sur-mesure DIY

Modasuite

Photo tirée du site Modasuite
En matière de sur-mesure, l’avantage va encore et toujours aux hommes.

À Montréal, plusieurs entrepreneurs se sont spécialisés dans le domaine: Pellegrino Castronovo ou Clusier Habilleur.

Avec sa plateforme Internet, Modasuite est le dernier joueur dans ce qui semble être une tendance à Montréal: le vêtement sur-mesure.

Comment ça marche? En gros, de façon plutôt simple, d’après son concepteur. Modasuite propose une collection créée et renouvelée en continu par un designer, en plus de quelques collections capsules avec des designers invités.

Le client, là-dedans, peut piocher parmi les articles qui lui plaisent, les personnaliser. Ils seront ensuite taillés à ses mesures. Avec son profil internet, l’homme peut ainsi renouveler sa garde-robe sans jamais quitter son ordinateur ou son bureau. Tout n’est cependant pas virtuel puisqu’on peut aussi choisir d’aller en boutique -contact ici.

La première collection Modasuite est signée Dimitri Chris: ceux qui connaissent le styliste derrière Ur Imij reconnaîtront facilement le style Dimitri Chris, avec ses shorts, ses noeuds paps et ses coupes étroites. Pour Modasuite, il a dessiné des modèles classiques ainsi que des modèles plus mode.

Tout cela est fort sympathique, me direz-vous, mais combien ça coûte? D’après ce que j’ai pu comprendre, disons que le tout reste dans l’ordre du raisonnable: comptez entre 70 et 100$ pour une chemise, moins de 500$ pour un complet pour une livraison rapide (moins de trois semaines).

Qui dit prix bas dit évidemment production délocalisée, en l’occurrence en Chine. “Le design est fait à Montréal, la production en Chine, mais on garde vraiment le contrôle des équipes en Chine. La qualité est similaire (à celle d’ici) mais à un prix accessible”, dit Yifeng Song, le fondateur de Modasuite.

Modasuite voit grand et espère que la flexibilité chinoise permettra de répondre aux demandes venant de Montréal, mais aussi de Toronto et des quatre coins du Canada. Enfin, Modasuite devrait créer des collections pour femmes.

Pensez-vous que c’est une bonne idée?

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Vendredi 26 mars 2010 | Mise en ligne à 15h53 | Commenter Commentaires (2)

Derrière le mythe YSL

saintlaurent

Yves Saint Laurent revient à la mode.

À peine deux ans après sa disparition, le célèbre couturier renaît en librairie à l’occasion de l’exposition que lui consacre le Petit Palais à Paris (ici): sortie en poche de Beautiful People (l’exploration des antagonismes entre “Yves” et “Karl” par Alicia Drake) ou celle du livre-CD d’Alain Chamfort, Une vie Saint Laurent et sortie remarquée aussi de la bio non-autorisée d’YSL: Saint Laurent Mauvais Garçon.

La journaliste à Libération Marie-Dominique Lelièvre s’était déjà frottée à quelques mythes (Sagan, entres autres) avant de s’attaquer à l’une des plus grandes figures de la haute couture française. On pouvait donc s’attendre à une exploration poussée, documentée du monde: une tâche dont s’acquitte l’auteur.

C’est le mythe Saint Laurent que Marie-Dominique écorche et démonte: comment l’image de l’artiste torturé a été savamment construite par le couturier et son compagnon/pygmalion/partenaire Pierre Bergé.

“Il ne fut qu’un couturier, écrit Marie-Dominique Lelièvre. Il n’a pas inventé le coeur artificiel, n’a pas conduit de révolution, n’est l’auteur d’aucun chef d’oeuvre (…) on fabriqua pour lui le mythe du grand couturier tourmenté, figure qui lui allait comme un gant.”

Relatant les splendeurs et misères de la vie du couturier -ses coups de coeur, ses égéries, ses déprimes, ses addictions et ses extravagances- Marie-Dominique Lelièvre brosse le portrait peu flatteur, mais ô combien humain et passionnant de Saint Laurent.

Enfin, la journaliste en moi a vraiment apprécié la façon dont Marie-Dominique Lelièvre raconte ses entretiens ou plutôt, non entretiens autour du mythique personnage. Car selon la journaliste, le mot a été passé dans la cour de Saint Laurent de ne pas accorder d’interviews.

En filigrane apparaît aussi le portrait d’un homme doué pour les affaires, Pierre Bergé, dans le livre, un parvenu brillant et manipulateur qui a su faire prospérer la marque à son avantage.

“Pierre Bergé voulait devenir un David Copperfield, le petit garçon malheureux qui rêvait d’écrire. Il est venu à Paris pour être un homme de lettres (…) Toute sa vie, il a créé des fictions. Insatisfait de lui-même, il est toujours en bagarre contre quelqu’un ou quelque chose. Il n’est pas sûr de lui. C’est sa force. Pierre Bergé a tout mais il lui manque le plus important. Il n’est pas écrivain. Toutefois, il a fait de sa vie un roman.”

Sur le livre, on peut lire aussi ce papier dans le Times anglais ou celui-là dans le Guardian. Nelly Kapriélan fait le tour de la question dans Les Inrocks.

Enfin, côté vidéo, ce grandiloquent hommage au couturier m’a personnellement fait dresser les poils sur les avant-bras.

Vous?

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Mercredi 24 mars 2010 | Mise en ligne à 16h54 | Commenter Commentaires (10)

40 ans de John Fluevog

fluevog3

On reconnaît ses chaussures au premier coup d’oeil: John Fluevog, le designer de Vancouver, fête cette années 40 ans de métier et de chaussures plateformes, à talons ou simples bottines, faites pour durer longtemps.

Le créateur -qui fut aussi le premier importateur de Doc Martens en Amérique du Nord- était à Montréal aujourd’hui pour parler de sa collaboration avec les hôtels Opus: c’est Fluevog lui-même qui a dessiné les modèles que portent les portiers.

“J’aime cette collaboration: c’est moderne et à la mode”, dit John Fluevog. À l’image de ses chaussures, Fluevog est un personnage coloré avec qui il fait bon s’entretenir.

Voici quatre questions que j’ai posées à Fluevog, dont la carrière fait aussi l’objet d’une rétrospective au Musée d’art de Vancouver, dès le 15 mai (détails ici).

Comment expliquez-vous votre longévité dans l’industrie de la mode? “Honnêtement, je n’en sais rien! Je n’ai jamais été complètement immergé dans une culture, j’ai toujours continué malgré tout”.

Depuis 40 ans, vous connaissez un succès certain avec vos chaussures. Croyez-vous que le  Canada et les Canadiens sont de plus en plus sensibles au design? “Oui! Je crois vraiment que l’Amérique du Nord s’ouvre au design. Ce n’est plus un inconvénient pour être un designer: le monde a besoin de plus de Canada: le Canada émerge comme un pays avec un style de vie enviable.”

Comment créez-vous vos chaussures? Qu’est-ce qui vous inspire? “Beaucoup de films: je mets des histoires dans mes chaussures, je raconte une histoire avec elles.”

Quel effet cela fait d’aller au musée? “J’adore ça! Je suis évidemment flatté, même si cela m’a pris du temps de retrouver tous mes modèles. C’est vraiment une belle idée de célébrer ça”.

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