Éric Moreault

Archive de la catégorie ‘Théâtre’

Vendredi 27 mars 2015 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Commentaires (3)

«Il y a une noblesse dans l’indignation.»

«Je crois à la collectivité et à la solidarité. Mais la solidarité n'appartient pas seulement à celui qui a une pancarte. Ça se vit au quotidien», dit Fabien Cloutier.

«Je crois à la collectivité et à la solidarité. Mais la solidarité n'appartient pas seulement à celui qui a une pancarte. Ça se vit au quotidien», dit Fabien Cloutier. PHOTO, Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Fabien Cloutier aurait tout aussi bien pu parler de l’abolition de la Régie du cinéma ou des menaces qui planent sur la cinémathèque québécoise, mais l’acteur et dramaturge parlait au sens large de ce qui se passe en ce moment dans la province. En cette Journée mondiale du théâtre (JMT), il n’y a pas de film de la semaine. Place au théâtre, une autre de mes passions.

D’ailleurs si vous voulez voir quelque chose qui décoiffe, allez donc voir Scotstown et Cranbourne (ma critique de Cranbourne).  Vous ne pourrez pas ce soir, à Québec, c’est complet, mais il y a une supplémentaire le 6 juin, au Petit-Champlain.

Donc, Cloutier a rédigé le percutant texte québécois de la JMT, que je reproduis dans son intégralité plus bas. Faites attention, ça aussi, ça décoiffe. Il m’a aussi accordé une généreuse et passionnante entrevue sur son propos et les raisons qui le poussent à déménager de Québec à Montréal, que vous pouvez lire dans Le Soleil.

C’est ben beau le cinéma, mais il y a aussi le théâtre dans la vie.

Rédigé par Fabien Cloutier
Auteur, conteur, comédien et metteur en scène

Diviser.
Nous diviser. On dirait qu’ils se sont mis ça dans la tête. La bonne vieille tactique d’en laisser d’autres se manger entre eux pendant que cette nouvelle noblesse se lisse le poil de l’austérité au-dessus. Diviser. Pour qu’entre nous, on se dise que tel ou tel a plus de valeur. Pour que, devant les maigres assiettes de financement, on se bouscule, on songe à tasser l’autre, à dire qu’on est donc plus pertinent, qu’on est donc meilleur, que les jeunes devraient avoir plus, que les jeunes en veulent trop, que les vieux devraient fermer leur gueule, que la création c’est tellement mieux, que le répertoire prend trop de place ou que tel autre est trop élitiste. Nommez-en. Insérez ici tout ce que vous voulez comme argumentaire du « mon théâtre est meilleur que le tien ». Tout ça devant une assiette dégarnie pour qu’on y réponde en affamés. Diviser. Diviser partout. Pour que ça devienne la faute des fonds de pension des uns, des acquis de l’autre, pour nourrir la machine à détestation du pauvre. Diviser la société en efficaces, pas efficaces, en payeurs de taxes, en aptes au travail, en créateurs d’emploi, en 60 % des gens, en 40 % des autres, en 50 % + 1. Toujours catégoriser pour être bien certains de faire oublier l’humain. Nous diviser pour nous faire nous détester. Diviser parce que c’est la seule arme que savent manier leurs conseillers, fabricants d’image et pros du détournement du regard.

Refuser.
Refuser net frette sec.
Refuser ce rôle ingrat, cette partition malhonnête, lâche et vulgaire qu’ils veulent nous mettre en bouche. Parler en notre voix. Et fort. Et franc. Refuser les discours de ceux qui sont prêts à pendre leur prochain avec la corde des pantins qu’ils sont. Refuser, en défendant même le théâtre qu’on trouve platte, prétentieux ou trop populaire. Insérez ici tout ce que vous voulez comme argumentaire du « mon théâtre mérite donc plus d’argent que le tien ». Refuser de cracher sur ceux qui l’auraient donc eu plus facile que nous. Dénoncer la bullshit, le travail bâclé, oui, toujours, mais refuser que nos différences deviennent des divergences. Refuser. C’est clair ?

Combattre.
Avec le cœur. Arme ultime. Arme de solidarisation massive.

Affirmer.
Qu’on est là, insensibles aux cris qu’ils poussent pour qu’on engage le combat entre nous. Affirmer que nous aidons à rendre cette société plus juste, plus belle, plus vivante. Nous ne sommes pas téléchargeables. Nous ne sommes pas des jeux de sous-sol d’église déguisés en shows de variétés. Nous ne sommes pas du fantasme vide de poitrines plastifiées. Nous sommes un art vivant qui s’adresse à ses concitoyens. Et citoyens, nous le sommes à part entière. Nous travaillons, oui, nous travaillons pendant que des apôtres de la coupure se gargarisant de leurs primes dorées pellettent les nuages et noient leur morale sur les bateaux ensoleillés de leur financeux huileux et corrompus. Entendez notre message chers comtes préfabriqués et comtesses cheaps aux sourires laminés : vos poignées de main de corridors et vos mensonges répétés ne sont rien, ne valent rien. Cette austérité que vous voulez nous rentrer dans la gueule, rentrez-vous la dans la vôtre et dans celle des dieux de pacotille des paradis fiscaux. L’avenir morose que vous dites écrire pour nos enfants ne nous intéresse pas. Celui en lequel nous croyons est juste, vert, solidaire, sensible, cultivé et éduqué. Proposez-nous le cet avenir et on va suivre.

Fêter.
Et pas seulement en cette Journée Mondiale du Théâtre, mais à l’année longue. Fêter parce qu’ils seraient bien trop heureux qu’on joue la morosité qu’ils veulent nous plaquer dans la tête. Fêter avec les femmes, les hommes, les enfants qui viennent dans nos salles pour entendre ce que l’humain a à dire et ainsi mieux vivre debout. Fêter que nous ne faisons que commencer à prendre la place qui nous revient. Fêter notre histoire, oui, mais avant tout, fêter l’histoire qu’on écrira avec nos gestes et nos paroles d’hommes et de femmes libres.

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Vendredi 7 décembre 2012 | Mise en ligne à 10h43 | Commenter Commentaires (5)

Rideau? Non: cinéma!

Incendies, du théâtre de Wajdi Mouawad au cinéma de Denis Villeneuve, le même parcours pour moi.

Incendies, du théâtre de Wajdi Mouawad au cinéma de Denis Villeneuve, le même parcours pour moi.

À compter de lundi (10 décembre), je serai le nouveau critique de cinéma du Soleil. J’en suis heureux, mais triste de quitter la couverture du théâtre. Nécessairement, la vocation de ce blogue va changer. Il renaîtra sous un nouveau nom (Arrêt sur image) et traitera (presque) entièrement du 7e art.

Il arrive parfois que les rêves se réalisent. Mais jamais comme on le voudrait. Enfin, pas parfaitement. J’ai beaucoup hésité à accepter ce poste, même si, quand je n’avais pas encore l’âge d’aller voir Apocalypse Now au Charest, je rêvais déjà d’écrire des critiques. Une passion qui ne s’est jamais démentie. J’ai cofondé le ciné-club de l’Université Laval et un (défunt) magazine de cinéma. Mais je me suis aussi découvert une passion pour le théâtre qui ne s’est jamais démentie. Quand l’opportunité s’est présentée, la semaine dernière, j’ai passé quelques nuits à jongler. C’est comme choisir entre ses enfants (je sais de quoi je parle, j’en ai trois). Déchirant.

D’autant que depuis trois ans, j’ai rencontré des gens passionnants et passionnés. Des gens avec la vocation — Dieu sait s’il faut l’avoir pour faire du théâtre à Québec. Des gens intelligents, articulés, sensibles, ouverts, humains… Je vais continuer à les fréquenter, mais d’un peu plus loin, dans la salle. Et passer beaucoup de temps dans les salles obscures pour tenter de vous éclairer sur les meilleurs choix cinématographiques à faire.

Un merci spécial à tous ceux et celles qui ont pris du le temps de participer à ce blogue avec leur commentaires éclairés. J’espère que vous allez continuer à contribuer et à me faire partager vos coups de cœur et vos coups de gueule.

Une occasion comme celle qui s’est offerte à moi, ça ne passe pas souvent dans une vie. Depuis 30 ans, il y a eu trois critiques cinéma au Soleil, dont mes amis et collègues Gilles Carignan et Normand Provencher. Je serai le quatrième.

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Mercredi 5 décembre 2012 | Mise en ligne à 18h28 | Commenter Aucun commentaire

Anne-Marie Olivier au Trident: taillée sur mesure pour le rôle

Anne-Marie OIivier prend les rênes du Trident. PHOTO Le Soleil Jocelyn Bernier

Anne-Marie OIivier prend les rênes du Trident. PHOTO Le Soleil Jocelyn Bernier

Si on me l’avait demandé, j’aurais pu éviter bien des démarches au comité de sélection pour la direction artistique du Trident. Je leur aurais dit tout de suite qu’Anne-Marie Olivier était taillée sur mesure pour ce rôle de premier plan dans la vie culturelle de Québec et qu’elle allait secouer l’institution de son marasme. On aurait sauvé du temps… Je crois que la dramaturge a toutes les qualités nécessaires pour que le Trident redevienne un lieu de théâtre incontournable au Québec. Pas vous? Sa nomination est un geste fort et audacieux que le Trident se devait de poser. Bravo!

Comme elle me disait en entrevue au moment de sa nomination, «j’ai pas peur de prendre ce virage. Ce ne sera peut-être pas à 90 degrés comme je voudrais parce que la machine est quand même importante. J’ai hâte de voir la marge de manœuvre que je vais avoir. On va y aller par étapes, pour que ça devienne un plus grand vecteur de sens.»

Anne-Marie Olivier est une actrice douée et une auteure inspirée, qui n’a pas peur d’aborder de front des questions percutantes sur le plan social. Sa démarche artistique, autant que sa personnalité, suscite l’adhésion dans l’écosystème particulier du théâtre à Québec. Ce n’est pas rien. Le comité de sélection a bien résumé l’affaire: son audace, sa réflexion sur le répertoire, son rapport à la création, son ouverture et ses qualités de rassembleuse en faisait une candidate incontournable. Sous sa direction, le Trident risque de changer. Beaucoup. Pour le mieux. Elle fera place aux textes des nouveaux dramaturges québécois qui offrent un discours social et artistique percutant. Je suis sûr qu’on y entendra les Choinière, Cloutier, Côté, Khemed, Lepage (Étienne et Robert), etc. Il était temps.

Femme de cœur et de textes, Anne-Marie Olivier entretient avec la dramaturgie une ferveur belle à voir. Pas pour rien qu’elle est directrice artistique du Festival du Jamais lu qui se consacre à la nouvelle dramaturgie. Comme elle m’a déjà dit à propos des textes au théâtre: «Il faut exister plus fort, provoquer la création des œuvres et faire en sorte qu’elles ne restent pas dans les tiroirs.» Autrement dit, proposer des textes qui font en sorte qu’on sort le spectacle du spectacle pour proposer de la magie, du sens et de la réflexion aux gens qui ont le goût de vivre une expérience qui les fera vibrer de toutes les fibres de leurs corps.

Son nomination à la tête du Trident marque l’arrivée d’une nouvelle génération aux commandes des théâtres de Québec, mouvement amorcé l’an passé par la nomination de Frédéric Dubois à la coordination artistique du Périscope. Leur complicité évidente risque de faire des flammèches.

Québec méritait un geste d’éclat qui permettra de susciter un intérêt renouvelé pour le théâtre. Il y a plein de gens, jeunes et moins jeunes, qui n’attendait que ça. Qu’on leur démontre qu’on peut faire du théâtre autrement. Voilà, c’est fait. On jugera, bien sûr, l’arbre à ses fruits. Mais Anne-Marie Olivier a les racines bien ancrées.

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