Éric Moreault

Archive de la catégorie ‘Général’

Mardi 30 mai 2017 | Mise en ligne à 9h24 | Commenter Aucun commentaire

Petite pause post-Cannes

J’ai passé deux semaines de rêve au 70e Festival de Cannes, mais, là, je rentre à la maison et prends une pause bien méritée d’une semaine. Je reprends le collier pour le gala cinéma Québec dimanche. À bientôt.

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Jeudi 25 mai 2017 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Aucun commentaire

Cannes 17: Où sont les femmes?

Kirsten Dunst et Colin Farrell dans Les proies de Sofia Coppola.

Kirsten Dunst et Colin Farrell dans Les proies de Sofia Coppola.

Vous savez ce qui serait bien pour ce 70e Festival de Cannes? Une Palme d’or féminine. Parce qu’on est en 2017. Parce que Jane Campion a réalisé l’exploit il y a 24 ans. Et que la seule réalisatrice à obtenir la récompense suprême était co-récipiendaire. Mais je pense que Sofia Coppola a laissé passer sa chance de marquer l’histoire avec Les proies (Beguiled).

Avant que tout le monde parte en peur, je précise. Le Festival donne la Palme d’or au meilleur film, sans égards au genre. Et les chiffres ne mentent pas : environ 4 % des productions sont confiées à des femmes, comme l’a rappelé Nicole Kidman (impériale dans le film) à la conférence de presse qui a suivi la projection. Avec trois réalisatrices sur les 19 longs métrages en compétition, le Festival dépasse largement ce ratio.

Sofia Coppola, donc. Quatrième présence sur la Croisette, troisième en Sélection officielle après Bling Ring (2013) et Marie Antoinette (2006, sous les huées). Ironiquement, ses deux meilleurs (Cri ultime, 1999, et Traduction infidèle, 2003) sont passés sous le radar.

J’aime pas beaucoup le travail de la fille de Francis Ford. Ses réalisations sont trop maniérées et lisses. J’étais quand même dans de bonnes dispositions mercredi matin, compte tenu du sujet et de la distribution (Kidman, Kirsten Dunst, Elle Fanning). Plus en tout cas que mes voisins de siège japonais et anglais, qui ont ronflé la moitié du film — plusieurs festivaliers ont heurté le légendaire mur de la mi-course…

La cinéaste a plutôt bien réussi son coup avec ce drame à costumes, même si ce n’est pas transcendant. Les proies se déroule en 1864, en pleine guerre de Sécession, dans le Sud profond. Un soldat yankee (Colin Farrell), blessé, est recueilli par les pensionnaires d’une école pour jeunes filles.

Déjà adapté par Don Siegel en 1971 avec Clint Eastwood, qui n’en avait pas grand-chose à dire lors de sa classe de maître dimanche, Coppola a voulu présenter cette histoire de l’irruption d’un homme dans un monde de femmes (cinq élèves, une prof et une directrice) du point de vue de celles-ci.

Le caporal John McBurney «arrive et il ruine tout! Nous étions bien. Seul procréer nous était impossible», a rigolé Kidman. Dans un tel microcosme sous tension (sexuelle), on entend constamment en sourdine les bruits de la guerre qui fait rage, «l’agressivité et les sentiments corsetés sont libérés par la nouvelle dynamique», estime Dusnt.

Jalousie, culpabilité et rivalité vont avoir des conséquences funestes. Après une première moitié plus classique, surtout basée sur les regards, Les proies va se transformer en drame gothique avec un humour très noir, parfaitement dosé.

Coppola a toujours brillé de façon plus ardente sur la forme que sur le fond. C’est encore le cas, de façon moins marquée. Les extérieurs sont luxuriants alors que les intérieurs, dans ce presque huis clos en clair-obscur, prennent une tonalité oppressante grâce à la magnifique photo de Philippe Le Sourd (Le grand maître de Wong Kar-wai, 2013) en pellicule 35mm. Et la réalisatrice nous offre le dernier plan le plus magnifique de la compétition.

J’aurais tout de même aimé une relecture plus radicale de ce classique. Cette autre version du livre de Thomas P. Cullinan (1966) n’est pas assez troublante et transgressive, et en grand manque d’une véritable tension sexuelle, à peine esquissée. Les actrices et Farrell, par contre, brillent de tous leurs feux.

On verra bien. Avec un jury paritaire présidé par Pedro Almodovar, qui a toujours placé la femme au centre de son œuvre, rien n’est joué.

* * *

En fin d’après-midi, j’ai essayé d’assister à la classe de maître d’Alfonso Cuarón (Les fils de l’homme, Gravité), mais je n’ai pas eu autant de chance qu’avec Clint Eastwood. Suis allé prendre une grande marche pour m’aérer l’esprit, ce qui m’a permis de trouver un peu d’inspiration pour ce texte.

* * *

Vasilina Makovsteva dans Une femme douce de Sergei Loznitsa

Vasilina Makovsteva dans Une femme douce de Sergei Loznitsa

Pour sa troisième présence en compétition, Sergei Loznitsa a commencé très fort. Une femme douce part d’une idée toute simple. La femme en question (Vasilina Makovsteva) envoie un colis à son mari emprisonné. Il lui est retourné sans explication. La malheureuse entreprend de se rendre à cette prison, en Sibérie. Sa quête ne sera qu’une suite d’humiliations et d’épreuves, parfois brutales.

Le réalisateur ukrainien peint un décapant portrait qui illustre la déliquescence sociale de la Russie, un monde sans pitié peuplé d’exploiteurs amoraux et brutaux, une patrie dépourvue d’humanité. La femme refuse de baisser les bras dans sa lutte contre le système, mais c’est un combat perdu d’avance dans cet univers kafkaïen.

Sauf que plus le film avance, moins on accorde de la crédibilité aux décisions irréfléchies de cette femme (désespérée?). Surtout que la démonstration s’alourdit proportionnellement… Aussi documentaliste, Loznitsa adopte une démarche très naturaliste, avec parfois des accents de réalisme magique à la Kusturica. Mais lorsqu’il troque cette approche réaliste pour la parodie grand bouffon totalement superflue, il gâche irrémédiablement son film pourtant percutant. Sans parler de la fin complètement manquée.

J’en suis ressorti très déçu. Commencer en lion, pour finir en queue de poisson…

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Mercredi 22 février 2017 | Mise en ligne à 9h27 | Commenter Commentaires (2)

Les Oscars à l’ère Trump

Il y a une époque pas si lointaine où les artistes qui s’aventuraient à placer un commentaire politique pendant les Oscars recueillaient des huées. Ce ne sera pas le cas dimanche. Cette 89e cérémonie sera la plus politique de l’histoire. Et ceux qui dénonceront l’administration actuelle ne risquent pas grand-chose si ce n’est des salves d’applaudissements… et des gazouillis rageurs du «Twitteur» en série.

Les présentateurs et, surtout, les lauréats vont certainement passer leur message. Aucun doute depuis la cérémonie des Golden Globes. Meryl Streep, qui était honorée pour l’ensemble de sa carrière, a profité de l’occasion pour dénoncer le comportement de brute et la rhétorique fielleuse de Donald Trump pendant la campagne électorale. Le genre de discours que certains croient contreproductifs parce qu’ils renforcent les convictions de ses partisans. Mais ça, c’est une autre histoire.

Cette vague de fond a continué à déferler pendant la cérémonie de la Guilde des producteurs, pourtant furieusement apolitique, avec l’appel à l’action de John Legend, puis pendant celle de la Guilde des acteurs.

Mahershala Ali y a livré un discours inspiré et inspirant en gagnant le très mérité prix du meilleur second rôle dans l’excellent Moonlight (Barry Jenkins), notamment en parlant de son statut de musulman. Une attaque indirecte, mais qui a atteint sa cible. D’autant que Moonlight, histoire des efforts d’un jeune noir homosexuel pour définir son identité, est un film engagé, à l’opposé du divertissant Pour l’amour d’Hollywood (La La Land).

Même si ce dernier rafle tout comme prévu, ça n’empêchera pas la vague de protestations de culminer aux Oscars.

Vrai qu’il y a eu des précédents. En 1993, Tim Robbins, Susan Sarandon et Richard Gere ont livré des commentaires politiques. Dix ans plus tard, le coloré Michael Moore a prononcé un virulent réquisitoire contre le président Bush en recevant son Oscar pour le controversé Bowling for Columbine.

Des interventions mal reçues par les producteurs de l’époque. Mais le monde et les temps changent. Les cotes d’écoute aussi. Nul doute que les producteurs actuels espèrent que les interventions appréhendées vont attirer des spectateurs devant leurs écrans et enflammer les réseaux sociaux — je crois qu’on n’aura pas besoin de décodage des experts sur le subliminal des discours…

Donald Trump aura beau rager contre la gauche caviar d’Hollywood, il pourra difficilement jouer le président offensé. Il a un historique d’attaques bizarres contre la cérémonie depuis un temps. Comme celle-ci en 2015 : «Les Oscars sont une triste blague, comme notre président [Obama]. Il y a tellement de choses qui clochent.» Il y a aussi son infantile et méprisante réaction après le discours de Meryl Streep, qu’il a traité d’actrice surestimée.

Mais c’est son tristement célèbre décret anti-immigration qui risque d’alimenter les discours. Le réalisateur iranien Asghar Farhadi, candidat logique à l’Oscar du film en langue étrangère pour Le client, boycotte d’ailleurs la soirée en soutien à ses concitoyens.

* * *

Il serait dommage que des Oscars soient décernés au Client ou à Meryl Streep pour des questions politiques plutôt qu’artistiques — bien qu’on ne le saura jamais, le vote étant secret.

Par contre, on risque moins d’entendre parler du manque de diversité du cinéma hollywoodien. C’est bien dommage. Les choses progressent lentement, mais il y a du changement. Ainsi pour la première fois de l’histoire, il y a des acteurs afro-américains dans chacune des catégories d’acteurs. Le mouvement #oscarssowhite de l’an passé aura eu du bon.

Fait notable, Les figures de l’ombre a les meilleures recettes des longs métrages en compétition pour le meilleur film — et il met en vedette trois Noires. D’ailleurs, d’Amy Adams (L’arrivée) à Felicity Jones (Rogue One), le nombre de femmes qui interprètent le rôle principal a augmenté de 7 % en 2016, pour s’établir à 29 % des protagonistes des 100 films qui ont obtenu les plus grosses recettes.

Cette bonne nouvelle en cache toutefois une scandaleuse : les réalisatrices se font aussi rares que les rôles de Daniel-Day Lewis depuis 20 ans. Les femmes ont réalisé seulement 7 % des 250 plus grosses productions américaines.

Ça aussi, c’est politique.

Même si les producteurs font tout pour éviter les esclandres, les Oscars ont quand même été le théâtre de quelques coups d’éclat. En 1973, Marlon Brando a délégué l’actrice et activiste Sacheen Littlefeather pour refuser son trophée du meilleur acteur décerné pour Le parrain. Le célèbre acteur voulait dénoncer la représentation raciste des Amérindiens dans l’industrie cinématographique américaine…

On verra. Mais cette 89e soirée des Oscars risque fort d’être la plus mémorable depuis longtemps…

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