Éric Moreault

Archive de la catégorie ‘Général’

Lundi 13 octobre 2014 | Mise en ligne à 18h22 | Commenter Commentaires (7)

Mets ça sur pause…

Après le rush de la rentrée, les festivals de Toronto et de Québec, je prends une petite pause pour recharger mes batteries et je vous reviens. En attendant, allez voir Mommy de Dolan ou Les apparences de Fincher. Vous m’en reparlerez.

Lire les commentaires (7)  |  Commenter cet article






Mercredi 10 septembre 2014 | Mise en ligne à 8h36 | Commenter Aucun commentaire

TIFF: La meurtrière à gueule d’ange

TORONTO — Le 2 novembre 2007, les policiers italiens ont trouvé, à Pérouse, le corps ensanglanté de Meredith Kercher, une Britannique de 21 ans, assassinée de 47 coups de couteau. Très vite, les soupçons se sont portés sur sa colocataire et amie, Amanda Knox, une Américaine de 20 ans. Le meurtre a déclenché une immense saga médiatique et politico-juridique, qui perdure. Michael Winterbottom a décidé de revisiter l’affaire avec The Face of an Angel, un fascinant moment de cinéma.

«Tu ne peux pas dire la vérité à moins de faire une fiction», lance, au tout début du film, la journaliste Simone Ford (Kate Beckinsale) au réalisateur Thomas (Daniel Brühl). Et c’est exactement ce qu’a fait Winterbottom, dans une saisissante mise en abime.

Le réalisateur britannique (24 Hours Party People) a reproduit, à peu de chose près, l’affaire Kercher, en changeant tous les noms (mais en s’inspirant d’un vrai livre sur l’histoire, de Barbie Latza Nadeau). Dans la peau de Thomas, Brühl (Rush) est l’alter ego de Winterbottom alors qu’il tente d’éclaircir ce qui s’est vraiment passé ce soir-là.

Mais ce n’est pas ce que The Face of An Angel cherche à montrer aux spectateurs. Le film tente plutôt de mettre en évidence la frénésie populaire qui a transformé une affaire sordide en gigantesque cirque médiatique. Comme le dit Thomas, ce n’est plus une question de justice, mais un vulgaire concours de popularité au rythme des nombreux procès qui se déroulent. Les faits de l’affaire ne sont pas clairs.

C’est aussi pourquoi Winterbottom a, très habilement, mis en scène la quête de sens de Thomas, qui souffre d’une dépression depuis que sa femme et lui se sont séparés. Le réalisateur (fictif) s’enfonce dans la paranoïa et les visions cauchemardesques alors qu’augmente sa consommation de cocaïne. Le cinéaste doit aussi s’interroger sur la nature même de l’acte de filmer. Son amitié avec Melanie (Cara Delevingne), une jeune serveuse, agira comme bouée de sauvetage alors qu’il frôle le naufrage.

Winterbottom, lui, interroge les notions de points de vue narratifs, de vérité et d’objectivité dans une affaire complexe qui a besoin de nuances que sont incapables d’apporter de simples reportages construits pour plaire plutôt qu’informer.

Michael Winterbottom a l’habitude de marcher sur le fil de fer qui sépare la réalité de la fiction— il l’a fait avec The Road to Guantánamo, Ours d’argent du meilleur réalisateur à Berlin en 2006. Cette fois encore, il réalise l’exploit sans tomber.

The Face of a Angel est du cinéma d’auteur qui fait appel à l’intelligence du spectateur, tout en se refusant à la nébulosité des cinéastes qui se regardent filmer sans chercher à établir de communication. C’est l’un des meilleurs films que j’ai vus au TIFF cette année.

* * *

Al Pacino dans Manglehorn

Al Pacino dans Manglehorn


Parlant de cinéma d’auteur, Al Pacino n’a jamais eu peur de s’y confronter. Mais il y a longtemps qu’il n’avait livré une performance aussi magistrale que dans Manglehorn. Dans le film de David Gordon Green (All The Real Girls, Joe), Pacino interprète A.J. Manglehorn, un serrurier misanthrope qui rumine depuis 40 ans la perte de son premier et seul vrai amour — ce qui ne l’empêchera pas de se marier et d’avoir un fils qui ne peut pas le voir en peinture.

Le grand acteur apporte les subtilités nécessaires, tout en intériorité et débarrassé de ses tics, pour faire ressentir la grande solitude de cet homme rongé par le regret et la frustration. Un reclus plus intéressé par les malheurs médicaux de son chat que ceux de son fils… Pour oublier, il essaie maladroitement d’établir un lien avec sa caissière romantique (magnifique Holly Hunter), qui ne se doute pas de ce qui l’attend. Mais il y a, dans la sagesse brutale de Manglehorn, une part de pragmatisme et de caprice qui fait sourire.

L’affaire peut paraître banale, et l’est un peu, mais Gordon Green multiplie les effets cinématographiques, dont des séquences oniriques décalées, pour créer une véritable poésie visuelle qui a ses récompenses. Et ça fait toujours du bien de voir des personnages qui ont l’épaisseur du réel sur grand écran.

Aucun commentaire  |  Commenter cet article






Dimanche 7 septembre 2014 | Mise en ligne à 8h46 | Commenter Un commentaire

TIFF: la simplicité volontaire de François Girard

François Girard avec Dustin Hoffman sur le plateau de tournage de Boychoir.

François Girard avec Dustin Hoffman sur le plateau de tournage de Boychoir.

TORONTO — Les festivals de cinéma offrent parfois une conjonction thématique qui relève bien plus du hasard que d’une volonté de programmation. Les films des cinéastes québécois François Girard et Charles Binamé, vus hier en projection de presse, n’avaient pas que leur tournage en anglais en commun. Ils traitent aussi de personnages dont l’enfance perturbée à un impact majeur sur leur vie. Mais on reviendra sur le long métrage de Binamé, qui sera présenté en première mercredi.

François Girard a établi son immense talent à la réalisation avec Trente-deux films brefs sur Glenn Gould (1993), qu’il a confirmé ensuite avec Le violon rouge (1998). Sa carrière prend ensuite une ascension à la Robert Lepage, signant des mises en scène dans les opéras et les théâtres les plus prestigieux du monde (et, oui, également un spectacle permanent du Cirque du Soleil).

Mais il s’est fait extrêmement rare au cinéma et il a probablement été échaudé par l’échec retentissant de Soie (2007). Son retour derrière la caméra pour Boychoir, avec Dustin Hoffman, s’avère donc un événement très important.

Le Saguenéen d’origine a opté pour la simplicité en tournant le scénario convenu de Ben Ripley (Code source) et ça lui a très bien réussi. Le long métrage affiche sa signature à chacune des séquences : les cadrages, l’utilisation de la profondeur de champ, le sens du détail… Une fête pour les yeux.

Mais pas de polyphonie ici, même si la musique est prépondérante, mais un récit trop linéaire. Qui s’attarde au destin tragique de Stet (Garrett Wareing), un garçon rebelle de 12 ans qui chante comme un ange. Après la mort de sa mère, cet enfant sauvage obtient la chance de faire partie d’une des plus prestigieuses chorales du monde que dirige le maître Carvelle (Hoffman, égal à lui-même) d’une main de fer. Sous la gouverne de ce mentor exigeant, son apprentissage chaotique va complètement transformer sa vie.

Boychoir reprend le thème du petit canard noir qui se transforme en cygne magnifique en grandissant, soulignant, de façon un peu trop appuyée, que chacun peut avoir un don qu’il suffit de cultiver pour qu’il éclose. Mais il démontre aussi le pouvoir magique de la musique. Résultat : un film extrêmement touchant qui a mouillé les yeux de bien des gens, hier midi. Tellement qu’on lui pardonne presque le happy end hollywoodien obligé.

* * *

Autant le scénario de Boychoir ne casse rien en terme d’originalité, autant celui de Josh Lawson prend de gros risques. Imaginez : comment évoquer les fantasmes masculins et féminins sans vulgarité, tant dans les répliques qu’en images, sans trop se prendre au sérieux, tout en évitant les clichés. Lawson, un acteur australien, a réussi ce tour de force jouissif avec The Little Death («la petite mort»).

L’originalité de l’approche de Lawson réside dans son choix parfois étonnant de fantaisies. Comme celle d’une femme qui devient allumée quand elle voit son mari pleurer. Quand elle s’en aperçoit, Rowena tente par tous les moyens de faire souffrir Richard, pour ensuite essayer de l’attirer dans le lit conjugal : pas évident! Sauf que le ton utilisé, avec un humour parfois sarcastique, parfois de situation, réussit à rendre le tout vraiment hilarant. Sans pour autant écarter les parties dramatiques.

Pour donner une unité au film, Josh Lawson a choisi une banlieue tout à fait normale avec des gens ordinaires — à première vue. Ses voisins concupiscents se croisent plus ou moins,en fonction de chacun des six couples «en action». Et ce, jusqu’à la toute fin, vraiment très forte, où un acte vient lier le tout. Tous les protagonistes vont comprendre, à un point ou à un autre, que réaliser un fantasme peut être dangereux!

Pour un premier film, Lawson maîtrise à merveille les va-et-vient entre ses récits. Et il n’a pas eu peur de pousser le bouchon en se gardant le rôle d’un fiancé aimant qui tente désespérément de réaliser la demande très particulière de sa conjointe : elle fantasme sur le fait qu’il la viole…

The Little Death est encore plus savoureux que Tout ce que vous avez toujours voulu demander sur le sexe de Woody Allen (1972). Encore!

Un commentaire  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    novembre 2014
    D L Ma Me J V S
    « oct    
     1
    2345678
    9101112131415
    16171819202122
    23242526272829
    30  
  • Archives

  • publicité