Éric Moreault

Archive de la catégorie ‘Exposition’

Lundi 3 décembre 2012 | Mise en ligne à 14h52 | Commenter Un commentaire

Mécènes et samouraïs

Il faut saluer une bonne initiative quand elle nous apparaît. Ainsi, les Prix d’excellence des arts et de la culture décernent maintenant un prix Mécène. Son premier récipiendaire est Christian Goulet, qui est président du CA du Musée de la Civilisation et de celui du Trident. En plus d’être très occupé à vaquer à ses obligation professionnelles. Le Prix lui a été remis, entre autres, parce qu’il consacre beaucoup d’énergie au rapprochement entre le milieu culturel et celui des affaires. Je vous ai déjà dit tout le bien que je pensais de ce modèle sur ce blogue.

Les gens qui redonnent à la culture une partie de la fortune qu’ils ont amassée contribuent à l’épanouissement social, en plus de fournir un exemple inspirant. C’est après avoir visité l’exposition Samouraïs, au splendide Musée de Pointe-à-Callière, à Montréal, que la chose m’a frappé. Au fond, les mécènes sont, à leur façon, comme les samouraïs qui obéissaient à un code d’honneur. Le bushido était basé sur sept valeurs: la loyauté, l’honneur, le courage, la droiture, la sincérité, le respect et la bienveillance, en plus de demander un sens de l’esthétisme très développé et une spiritualité bien exprimée.

Une des armures qui font partie de la collection de Richard Béliveau, exposée au Musée de Pointe-à-Callière jusqu'en mars.

Une des armures qui font partie de la collection de Richard Béliveau, exposée au Musée de Pointe-à-Callière jusqu'en mars.

Le meilleur exemple n’en est-il pas, d’ailleurs, Richard Béliveau, qui prête une partie de sa prestigieuse collection au Musée pour former l’exposition Samouraïs? Ce dernier peut ainsi l’offrir à un large public. C’est une autre forme de mécénat. Rien n’obligeait le réputé chercheur sur la prévention et le traitement du cancer à partager publiquement ses œuvres d’art japonaises. Ça en est, des œuvres d’art, croyez-moi.

J’y ai suivi ma douce un peu pour lui faire plaisir, je ne l’ai pas regretté. J’ai été fasciné, bien sûr, par les 19 armures complètes de samouraïs, 33 masques et 25 casques, la richesse de leurs ornements et le savoir-faire millénaire des artisans qui ont réalisé ces pièces. Mais j’ai aussi admiré la passion d’un homme pour la culture japonaise, au point de lui consacrer autant d’argent et d’énergie. C’est, à n’en point douter, un enseignement et un art de vivre.

Espérons que l’exemple de MM. Goulet et Béliveau saura en inspirer d’autres.

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Vendredi 25 mai 2012 | Mise en ligne à 11h13 | Commenter Aucun commentaire

Danser dans la rue en fauteuil roulant

Les confidences sur le deuil de la station Vente de nuit sont souvent très troublantes.  PHOTO STEVE DESCHÊNES

Les confidences sur le deuil de la station Vente de nuit sont souvent très troublantes. PHOTO STEVE DESCHÊNES

On ne l’écrira jamais assez: Où tu vas quand tu dors en marchant 2… est un concept génial. Il y règne une douce folie qui vous fiche un sourire idiot aux lèvres. On y croise entre autres un cosmonaute surconsommateur («le hip-hop, c’est pour les pauvres), un Hitler d’opérette en amour avec Michael Jackson («tout le monde aime ça le poulet») et Jésus qui tombe sans cesse du ciel («inquiète-toi pas, t’es immortel»). Mais le plus étonnant, le coup de cœur de cette soirée aux souvenirs impérissables, c’est le ballet en fauteuils roulants. Pas vrai?

Ça n’a rien d’un freak show. Ils sont 18 à s’exécuter sur la rue Du Pont à la dernière station du parcours, la bien-nommée Pour de vrai. De l’émotion à l’état pur. Il faut les voir sortir à la queue-leu-leu du Carrefour familial de personnes handicapées, sur une musique avec un bon beat, et s’exécuter dans un carré à peine grand comme ma main en pleine rue. Avec, à peine, une touche de maladresse dans l’exécution de figures où précision et synchronisation sont de rigueur. Mais le plus beau, c’est leurs sourires éclatants. Dans ce moment figé, ce sont eux, les vedettes. Et il y a foule. Et personne ne détourne les yeux. Et ils obtiennent les applaudissements les plus nourris de la soirée.

Ce ballet sur roues est chorégraphié par Chantal Bonneville. Il se répète aux 25 minutes pendant le parcours, entre 21 h et 23 h, ce soir (25 mai) et demain (26 mai). D’ailleurs, outre le fait que c’est un incontournable du parcours déambulatoire du Carrefour de théâtre de Québec, les éléments de cette dernière station méritent plus de temps qu’on peut généralement leur accorder. Parce qu’on a trop attendu. Parce qu’on a été saisi par les incroyables confidences des deux premières stations, Jardin intérieur et Vente de nuit.

Mais sur Du Pont, l’authenticité est à jeter sur le cul. Le diaporama de photos noir et blanc projeté sur les murs de la Maison Gilles-Kègle: la pauvreté sans fard, mais enveloppé de compassion. Les confessions vidéo de l’épicier Rouleau, qui finance les chambreurs du coin en nourriture jusqu’à la fin du mois… Les interventions artistiques du centre d’art actuel Le Lieu.

Êtes-vous allés? Allez-vous y aller?

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Mardi 22 mai 2012 | Mise en ligne à 11h35 | Commenter Un commentaire

L’art du déguisement

Une des photos de la rétrospective de Cindy Sherman au Museum of Modern Art de New York.

Une des photos de la rétrospective de Cindy Sherman au Museum of Modern Art de New York.

J’ai profité de la longue fin de semaine des Patriotes pour faire un saut à New York. Ma douce voulait absolument visiter l’ONU, moi, passer au Museum of Modern Art, le MOMA comme on dit pour faire branché. La raison? La rétrospective consacrée à Cindy Sherman. Quelle exposition incroyable!

L’artiste et photographe new-yorkaise a commencé en 1977 une série d’autoportraits saisissante. En utilisant costumes et accessoires, elle modifie subtilement son apparence pour questionner l’image (et le rôle) de la femme dans l’iconographie moderne de façon très subversive (on peut voir les photos de l’expo ici). Des exemples?

Elle a utilisé une commande du magazine Vogue pour se photographier avec des robes de designer, mais avec des allures totalement ahurissantes, de la poquée à la folle à lier. Sherman utilise aussi le portrait très «bourgeoise parvenue». Mais quand on s’y attarde, on voit le maquillage qui craque et les accessoires cheap — tout un commentaire sur la prison d’apparence dans laquelle la femme occidentale se laisse enfermer et sur l’obsession de la jeunesse.

Parfois, les photos sont, en apparence, plus ludiques, comme sa série de clowns. Mais le grotesque et l’horreur se fondent dans le même tableau. Vous ne regarderez plus jamais les clowns de la même façon, je vous jure.

Et puis il y a sa magistrale série de photos qui imitent l’iconographie des films noirs hollywoodiens et européens des années 1950-1960. On se dit: tiens, on dirait Carrie. Ou un Hitchcock. Et, pourtant, ce sont toujours des portraits «à la manière de», une référence. Stupéfiant.

En fait, l’exposition met en scène une espèce de slow transformisme qui se déroule sur plusieurs années, mais avec constance. Ça s’appelle avoir une vision artistique. C’est vraiment majeur.

L’exposition est présentée jusqu’au 11 juin. Je sais, c’est proche. Mais si jamais vous passez à New York, il faut ABSOLUMENT prendre le temps d’y aller.

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