Éric Moreault

Archive de la catégorie ‘cinéma’

Vendredi 28 avril 2017 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Aucun commentaire

Le film de la semaine: Baccalauréat

Il en aura fallu du temps, mais voici enfin que le très bon Baccalauréat prend l’affiche. À Canne l’an dernier, il a permis à Cristian Mungiu de décrocher un très mérité Prix de la mise en scène (ex æquo avec Olivier Assayas). Son très réussi long métrage a une portée à la fois intime et globale. Le Roumain s’attarde à l’histoire d’un père prêt à tout pour aider sa fille et qui va sérieusement compromettre sa conscience et leur relation.

Eliza (Maria-Victoria Drâgus) passe les examens pour le bac, qui lui permettront de décrocher une bourse et une place dans une prestigieuse université anglaise, lorsqu’elle est agressée. Traumatisée, elle n’arrive plus à se concentrer. Romeo, son paternel (Adrian Titieni), se résout à soudoyer un responsable de l’examen, ce qui est contraire à tous ses principes et à ceux qu’il a inculqués à sa fille. Lorsque sa fille se révolte, il devra apprendre à lâcher prise et à la laisser déployer ses ailes.

Le médecin, qui vit modestement dans une petite ville roumaine, doit aussi composer avec sa maîtresse enceinte et le mépris de sa femme. Surtout, Romeo a perdu ses illusions sur ses capacités à changer la société et est à l’âge où on fait son bilan. «Va refaire ta vie», lui lance sa femme. «Quelle vie?»

Évidemment, Mungiu place le spectateur dans une position inconfortable : qu’aurait-il fait à la place de Romeo? Est-ce que la fin justifie les moyens? Est-ce qu’un simple malheur (l’agression) peut, et doit, gâcher toutes les perspectives d’avenir d’une brillante jeune femme? Jusqu’où peut-on aller pour l’amour de nos enfants ? De façon plus large,le réalisateur livre un portrait décapant d’une société gangrénée par la corruption et les retours d’ascenseurs. Et soutient que d’y participer, parce que, supposément, tout le monde le fait, a néanmoins un poids moral important.

C’est tout l’intérêt de ce long métrage. Il propose au spectateur beaucoup de matière à réflexion sur les valeurs et les principes qui dirigent une vie. Sur la transmission, la famille, la nature humaine. Et l’éducation que nous voulons transmettre à nos enfants.

Mais il livre aussi une réflexion en forme de déception sous l’après-Ceaușescu, le dictateur éliminé en 1989. Le changement n’a pas livré ses promesses espérées, doit-on comprendre. De façon plus large, il propose au spectateur de s’interroger sur la société dans lequel il vit. Est-elle à la hauteur de ses attentes? À quel point ses actions, ou l’absence de celles-ci façonnent son environnement immédiat? Que laisse-t-il en héritage?

Le superbe Baccalauréat, drame social à la Dardenne dans leur grande forme, est réalisé de main de maître avec beaucoup de rigueur en plans-séquences cadrés large qui accentuent la véracité du jeu des acteurs, tous très bons.

Conte moral, Baccalauréat exige du spectateur une certaine attention et réflexion. Un peu prévisible, malgré tout, il n’en demeure pas moins un récit palpitant.

Ce film démontre que Mungiu, déjà détenteur de la Palme d’or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours en 2007, est un cinéaste qui compte. Et que le 7e Art, quand il est pratiqué avec autant d’intelligence, de sensibilité et de maîtrise, peut encore en révéler beaucoup sur qui nous sommes. En posant beaucoup de questions et en nous laissant chercher les réponses.

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Le premier Kingsman (2014) a fait forte impression avec sa parodie des films d’espionnage typiquement british. La suite, intitulée Le cercle d’or, promet d’être encore plus déjantée. Tout est permis dans cet univers délirant où il y a de l’action et de l’humour noir. À preuve, le personne d’Harry (le suave Colin Firth) semble revenu d’entre les morts…

On peut aussi en déduire que Matthew Vaughn et ses producteurs n’avaient pas prévu une suite… Quoi qu’il en soit, Eggsy (Taron Edgerton) et Merlin (Mark Strong) reprennent du service et ils seront assez bien entourés, merci: Julianne Moore, Halle Berry, Jeff Bridges, Elton John et Channing Tatum (dont le personnage est agent Tequila!!!).

Donc, nos Kingsman se rendent aux États-Unis pour joindre leurs forces au Statesman, leur bien nommée contrepartie américaine. Ensemble, les deux organisations doivent combattre un sombre génie du crime qui fait partie d’une nouvelle organisation secrète qui veut conquérir le monde: Le cercle d’or.

La bande-annonce extravagante nous révèle beaucoup de moyens, de séquences explosives et de pastiches. Reste à voir si le film succombera à la malédiction de la suite, généralement plus terne et moins originale que la première mouture. Sortie prévue: 22 septembre.

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Vendredi 21 avril 2017 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Aucun commentaire

Le film de la semaine: Colossal

Colossal est le film le plus original, déroutant et imaginatif, avec Le homard de Yorgos Lanthimos, que j’ai vu depuis quelques années. L’Espagnol Nacho Vigalondo offre une comédie dramatique de science-fiction qui est aussi un amalgame d’hommage/pastiche à Godzilla, tout en proposant une trame qui interroge autant les questions de violence psychologique que les secrets enfouis de l’enfance!

Vite comme ça, on dirait un scénario tiré par les cheveux (un peu). Sauf si on le voit comme une fable sur le monstre intérieur. Et porté par une Anne Hathaway magnifique, il s’avère un véritable moment de jubilation cinéphilique.

La force de ce long métrage, c’est qu’il débute comme une comédie romantique relativement inoffensive. Gloria (Hathaway), sans emploi et très portée sur la bouteille, se fait mettre à la porte de l’appartement de son chum. La party girl retourne vivre dans la maison vide du village où elle a grandi pour se remettre les idées en place.

Une rencontre inopinée lui permet de renouer avec Oscar (Jason Sudeikis), un ami d’enfance. Propriétaire d’un bar, il lui offre un emploi de serveuse — une catastrophe appréhendée pour une alcoolique… Le duo traîne sur place après la fermeture avec deux amis.

À partir de là, le ton du film va changer furtivement tout en devenant assez étrange, merci. Parce que les médias se mettent à rapporter qu’une créature géante apparaît et disparaît mystérieusement après avoir causé un carnage à Séoul, en Corée du Sud. Peu à peu, la jeune femme se rend compte qu’elle est liée au phénomène aux proportions colossales : le monstre reproduit ses gestes, notamment quand elle se gratte le crâne. Tout va se mettre à partir en vrille…

Nacho Vigalondo travaille dans un relatif anonymat même si son court métrage 7:35 de la Mañana s’est retrouvé aux Oscars. Ce ne sera plus le cas avec Colossal. Son quatrième long métrage, mais son deuxième en anglais, va frapper les esprits. Bien sûr, en raison de sa créativité artistique. De sa réalisation qui joue avec les codes tout en faisant preuve d’imagination — il y a des plans incroyables. Mais aussi en raison de ses dialogues bien ficelés.

Le ton relativement sérieux de ceux-ci contraste avec la douce folie du contexte — on rit beaucoup au début, puis de plus en plus jaune. Vigalondo explore les méandres des jeux de pouvoir entre individus et du chantage émotif qui en découle. Gloria va réaliser, en même temps que nous, que les motifs de son comportement erratique prennent racine dans un passé traumatisant…

Le réalisateur de 40 ans a travaillé fort pour que son conte pour adultes soit crédible. Ses efforts seraient vains, toutefois, sans la performance d’Anne Hathaway (oscarisée pour son rôle de Fantine dans Les Misérables, en 2013).

Absolument craquante et pétillante, l’actrice de 34 ans réussit le tour de force de nous rendre adorable cette irresponsable de Gloria. Son incarnation va aussi révéler progressivement toute la force de caractère d’une femme qu’on croit d’abord très fragile. Jason Sudeikis (10 secondes de liberté), en bon gars avec un côté sombre, se révèle aussi très bon.

Pour peu qu’on soit prêt à accepter les prémisses fantaisistes de Colossal, ce film démontre qu’il y a encore des réalisateurs qui peuvent nous faire rêver éveillé…

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