Éric Moreault

Archive de la catégorie ‘cinéma’

Vendredi 5 février 2016 | Mise en ligne à 16h29 | Commenter Un commentaire

Le film de la semaine: Ave, César!

Les dernières fois qu’on a vu Joel et Ethan Coen, c’était à Cannes où ils ont présidé le jury, l’an dernier, et présenté Être Llewyn Davis (2013), l’un de leurs films les plus remarquables. Cette fois, Ave, César! (Hail, Caesar!) fera l’ouverture à Berlin, jeudi. Leur 17e long métrage n’a toutefois pas le panache et la profondeur de leurs plus grandes œuvres. Mais cet hommage critique de l’usine à rêves hollywoodienne est une vraie partie de plaisir.

Il va des Coen comme de Woody Allen ou de Steven Soderbergh : il y a les longs métrages majeurs et les mineurs. Ave, César! est à ranger dans cette dernière catégorie. Il manque la maestria stylistique habituelle, de la constance et, surtout, de substance.

Pourtant, l’occasion était belle pour les réalisateurs indépendants de tirer à boulets rouges sur la façon dont Hollywood formate et commercialise ses produits — bien que la critique est implicite. Le ton est extravagant, mais on aurait aimé plus de mordant dans la dérision. La paire en a parfois usé avec un brio rarement égalé (Le grand Lebowski ou Arizona junior).

Les Coen ont plutôt choisi de s’amuser en ressuscitant l’âge d’or des studios — ce film est autant un hommage qu’une parodie des productions de l’après-guerre. Hommage au savoir-faire du cinéma de genre (péplum, western, comédie musicale, film noir, etc.) que les réalisateurs recréent en poussant juste un peu trop loin. Les Coen retrouvent d’ailleurs Roger Deakins pour une dixième fois — l’excellent directeur photo récrée à merveille l’esthétique de l’époque.

Le décalage est vraiment amusant, d’autant que les doués réalisateurs multiplient les clins d’œil. On peut toutefois se demander si les non-initiés au cinéma américain de l’époque vont autant apprécier.

Comment y arrivent-ils? Grâce à Eddie Mannix (Josh Brolin), un homme de main engagé par les studios pour régler les problèmes des vedettes. Comme il se promène d’un plateau à l’autre, il s’agit d’un bon prétexte pour montrer des numéros de choix et l’envers du décor (ce qui enlève pas mal de magie, par contre).

Sa plus grande contrariété demeure l’enlèvement de Baird Whitlock (George Clooney, un habitué des Coen). La vedette d’Ave, César!, l’un des films dans le film, a été kidnappée par un gang de scénaristes communistes aussi fêlés que naïfs… Mannix doit évidemment le retrouver avant que la presse ne s’empare de l’affaire. Ici incarnée par Tilda Swinton, qui joue les sœurs Thacker. Dans cette solide distribution, celui qui vole la vedette est toutefois un nouveau venu ou presque, Alden Ehrenreich (Stoker). Il est impayable en cow-boy.

Il y a quelques séquences d’anthologie, notamment avec Frances McDormand dans le rôle d’une monteuse excentrique. Mais trop peu, si vous voulez mon avis. Le rythme fait parfois défaut.

Les fans finis comme moi ont tendance à tout pardonner au Coen. On sublimera le fait que ce scénario alambiqué est inutilement compliqué et qu’il laisse des intrigues et personnages secondaires en plan. Que plusieurs vedettes comme Scarlett Johansson ou Ralph Fiennes sont nettement sous-utilisées. Ou que l’exercice est un peu vain parce qu’il manque de substance même si Ave, César! multiplie les allusions au maccarthysme.

Mais mettre en lumière la stupidité humaine ne demande pas une thèse de doctorat. En se moquant de l’avidité des spectateurs pour des histoires superficielles, les Coen braquent le projecteur sur nous. Aussi bien en rire. Surtout qu’Ave, César! s’y prête admirablement.

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Jeudi 4 février 2016 | Mise en ligne à 15h48 | Commenter Un commentaire

Une b.-a. explosive pour Demolition de Jean-Marc Vallée

La nouvelle bande-annonce de Demolition rend mieux justice au film rock’n'roll de Jean-Marc Vallée, dont la sortie est prévue — enfin ! — pour le 8 avril. Ce neuvième long métrage du Québécois raconte la perturbante histoire de Davis Mitchell (Jake Gyllenhall), qui perd sa femme Julia (Heather Lind) dans un accident de voiture.

Son deuil est pour le moins excentrique. Non seulement il développe une fixation pour la destruction et le démontage des objets (on comprend qu’il doit redémarrer sa vie à zéro), mais il se met à entretenir une relation épistolaire avec Karen (Naomi Watts), une mère monoparentale d’un fils marginal de 15 ans (Judah Lewis). Le trio sera radicalement transformé.

J’ai bien aimé quand je l’ai vu au Festival de Toronto (TIFF) et cette b.-a. m’a redonné le goût le de voir — ce qui est un bon signe. Ça vous dit quoi, ce film?

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Mardi 2 février 2016 | Mise en ligne à 12h50 | Commenter Commentaires (3)

Jutra: le bon côté de la polémique

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Depuis l’annonce des candidats aux Jutra, notre petit milieu cinématographique est secoué par une petite polémique vaine qui aura au moins eu l’avantage de démystifier des choses et même d’insuffler une volonté de changement dans les catégories. C’est le bon côté des choses, pour emprunter au film de David O. Russell.

Pour résumer, on a reproché aux Jutra d’être élitistes et de mépriser le Québécois moyen en favorisant le cinéma d’auteur au détriment du cinéma populaire. Parce que Le mirage, Paul à Québec et Guibord s’en va-t-en guerre ont reçu peu de nominations au détriment de films plus «obscurs» comme Les démons, Les êtres chers, Corbo et Félix et Meira. Avant d’aller plus loin: ce n’aurait pas nécessairement été tous mes choix, mais ce sont de très bons longs métrages. Fin de la parenthèse.

Dans un geste fort et inédit, les réalisateurs de ces œuvres en nomination pour le meilleur film, ainsi que la réalisatrice de La passion d’Augustine qui s’y retrouve aussi, ont écrit une lettre ouverte pour remettre les pendules à l’heure. Les cinéastes rappellent d’emblée que le comité de sélection est formé de 28 membres de différentes associations professionnelles, qui ont vu tous les films et votent à l’aveugle. Ceux-ci sont remplacés chaque année. Pour les détails plus pointus, le collègue Marc-André Lussier en a fait une bonne entrée de blogue.

Donc, un vote en bonne et due forme, avec une bonne dose de subjectivité, sur le meilleur film de l’année (réalisateur, scénario, acteurs, etc.) d’un point de vue esthétique et critique, et non un concours de notoriété. On pourrait soupçonner qu’au Québec, où tout le monde se connaît, la popularité, ou, surtout, l’impopularité auprès de ses pairs, peut jouer un rôle dans le processus de nomination. Mais Ricardo Trogi (Le mirage) et Philippe Falardeau (Guibord), qui ont été écartés cette fois, ont vu leur travail récompensé dans le passé. Il y a donc des limites aux soupçons.

Tout ça pour dire que Québec cinéma, qui chapeaute la soirée des Jutra, a confirmé à La Presse son intention d’augmenter le nombre de catégories, sous prétexte que le nombre de films produits chaque année a doublé depuis la création de l’événement qui célèbre le cinéma québécois, il y a 18 ans.

Est-ce vraiment nécessaire? Doit-on absolument plaire à tout le monde et à Louis Morissette? Pas sûr. Mais s’il le faut vraiment, je suggère de regarder du côté des Césars et d’ajouter des catégories pour la relève: Meilleur espoir réalisation, meilleur espoir acteur et meilleur espoir réalisatrice. Ça ne changera pas grand-chose pour l’aspect popularité, mais il y a déjà Le billet d’or pour ça. Tant qu’à ajouter des catégories, autant célébrer le talent montant. Cette année, au moins trois réalisateurs de la catégorie meilleur film auraient pu s’y retrouver. Ce qui aurait libéré quelques places pour d’autres films qui méritaient tout autant de s’y retrouver, comme Chorus, L’amour au temps de la guerre civile et, oui, Le mirage.

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