Éric Moreault

Archive de la catégorie ‘cinéma’

Vendredi 24 février 2017 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Aucun commentaire

Le film de la semaine: Les oubliés

Les oubliés (Under sandet) est le quatrième long métrage en compétition pour l’Oscar du Meilleur film en langue étrangère à prendre l’affiche ici. Et il contribue grandement à faire de cette catégorie la plus relevée de la soirée. Grâce à une réalisation impeccable, Martin Zandvliet propose une œuvre d’une tension dramatique presque insoutenable et un beau portrait de jeunes hommes victimes de la folie guerrière des hommes.

Inspiré de faits réels, Les oubliés raconte le triste destin d’une poignée de soldats allemands après la capitulation, en mai 1945. À peine sortis de l’adolescence, la douzaine de conscrits de dernière minute doivent déminer un carré de plage du Danemark qui contient 45 000 engins explosifs. En échange de leur labeur, les autorités militaires leur font miroiter la liberté…

Les jeunes sont sous la tutelle du sergent Rasmussen (Roland Møller), un gradé intransigeant mu par une haine profonde du Reich. Il mène d’une poigne de fer ses prisonniers terrorisés. La peur au ventre, ceux-ci doivent composer avec l’humiliation, la détresse induite par leur tâche fastidieuse et extrêmement dangereuse, en plus de la faim qui les affaiblit.

Puisqu’ils désamorcent les mines manuellement, la question n’est pas de savoir si, mais quand surviendra une explosion mortelle. Dans ce contexte, la tension devient presque insupportable. Martin Zandvliet utilise une mise en scène qui ne laisse aucun répit au spectateur quand les jeunes sont à l’ouvrage. Quand l’inévitable se produit, il a le respect de ne pas insister, sans pour autant détourner sa caméra. Il y a même plusieurs explosions qui se produisent en hors champ. Ce qui est encore plus difficile pour les nerfs.

Entre ces moments de tension, le réalisateur filme le désespérant quotidien des jeunes, les liens et les tensions qui se créent au sein du groupe. Au fil du temps, leur geôlier commence à ramollir et à nouer des liens, en particulier avec Sebastian Schumann (Louis Hofmann, d’un formidable naturel), devenant même une figure paternelle pour le jeune homme. Le sergent est tiraillé entre ses responsabilités militaires (et un supérieur odieux), un sentiment d’injustice grandissant et son empathie.

L’approche documentaire de Zandvliet dans ces moments renforce le sentiment de proximité du spectateur sans qu’il s’y sente forcé. Les moments tragiques nous secouent en tout sens…

Ce qui est d’autant plus étonnant que, sans mauvais jeu de mots, le réalisateur danois était en terrain miné tellement la Seconde Guerre mondiale a fait l’objet de films en tout genre. Mais son approche humaine, le sujet et sa mise en scène permettent d’éviter de tomber dans les clichés du genre — si ce n’est la finale, peu plausible, mais fort émouvante.

Bref, un vrai bon moment de cinéma. Qui nous habite longtemps après la projection : un signe qui ne trompe pas.

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Jeudi 23 février 2017 | Mise en ligne à 9h12 | Commenter Aucun commentaire

Oscars: choix et prédictions

Pour l'amour d'Hollywood (La La Land) de Damian Chazelle va ressortir grand gagnant de cette 89e soirée des Oscars.

Pour l'amour d'Hollywood (La La Land) de Damian Chazelle va ressortir grand gagnant de cette 89e soirée des Oscars.

On se contera pas d’histoire, les chances de Denis Villeneuve sont plus que minces à la 89e soirée des Oscars. L’arrivée risque de s’illustrer dans les catégories techniques. Voici mes choix et prédictions. Faites-moi part des vôtres.

C= Choix

P= Prédiction

Meilleur film

L’arrivée

Fences

Hacksaw Ridge

Hell Or High Water

Les figures de l’ombre

Lion

Manchester By The Sea

Moonlight C

Pour l’amour d’Hollywood P

Meilleur acteur

Casey Affleck (Manchester By The Sea) P

Andrew Garfield (Hacksaw Ridge)

Ryan Gosling (Pour l’amour d’Hollywood)

Viggo Mortensen (Capitaine fantastique) C

Denzel Washington (Fences)

Meilleure actrice

Isabelle Huppert (Elle)

Ruth Negga (Loving) C

Natalie Portman (Jackie)

Emma Stone (Pour l’amour d’Hollywood) P

Meryl Streep (Florence Foster Jenkins)

Meilleur acteur de soutien

Mahershala Ali (Moonlight) C P

Jeff Bridges (Hell Or High Water)

Lucas Hedges (Manchester By The Sea)

Dev Patel (Lion)

Michael Shannon (Animaux nocturnes)

Meilleure actrice de soutien

Viola Davis (Fences) C P

Naomie Harris (Moonlight)

Nicole Kidman (Lion)

Octavia Spencer (Les figures de l’ombre)

Michelle Williams (Manchester By The Sea)

Meilleur réalisateur

Denis Villeneuve (L’arrivée) C

Mel Gibson (Hacksaw Ridge)

Damien Chazelle (Pour l’amour d’Hollywood) P

Kenneth Lonergan (Manchester By The Sea)

Barry Jenkins (Moonlight)

Cinématographie

L’arrivée

Lion

Moonlight

Pour l’amour d’Hollywood C P

Silence

Film en langue étrangère

Le client C

Les oubliés

M. Ove P

Tanna

Toni Erdmann

Long métrage d’animation

Kubo et l’armure magique

La tortue rouge

Ma vie de courgette C

Moana

Zootopia P

Scénario original

20th Centuty Woman (Mike Mills)

Hell or High Water (Taylor Sheridan)

Le Homard (Yorgos Lanthimos, Efthimis Filippou) C

Manchester by the Sea (Kenneth Lonergan) P

Pour l’amour d’Hollywood (Damien Chazelle)

Scénario adapté

Fences (August Wilson)

L’arrivée (Eric Heisserer) C

Les figures de l’ombre (Allison Schroeder and Theodore Melfi)

Lion (Luke Davies)

Moonlight (Barry Jenkins) P

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Vendredi 17 février 2017 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Un commentaire

Le film de la semaine: Mr Ove

Dur choix cette semaine entre deux candidats à  l’Oscar du Meilleur film en langue étrangère. Mais comme Toni Erdmann a son lot de meneuses de claques, et que j’ai mes réserves, voici mon choix: Mr Ove (En Man Som Heter Ove) du Suédois Hannes Holm, qui pourrait bien causer la surprise. Cette comédie caustique sur un vieux grincheux, qui retrouve un regain de vie auprès d’une jeune femme, réussit à faire vibrer des cordes sensibles en raison de l’efficacité de sa mise en scène et du jeu de son acteur principal.

À 59 ans, Ove (Rolf Lassgård) a perdu l’amour de sa vie et de son travail. Le tatillon veuf passe ses journées à emmerder ses voisins au sein de leur quartier communautaire. Son quotidien sera bientôt bouleversé par de nouveaux voisins, surtout (Bahar Pars), une jeune Iranienne extravertie qui cherche à percer sa carapace. Ils vont rapidement former une drôle de paire qui cherche à s’apprivoiser et à apprendre à aplanir leurs différences pour vivre ensemble.

Mais l’ours mal léché au cœur brisé ne se laisse pas facilement capturer. Entre ses visites sur la tombe de sa femme et ses rondes quotidiennes, l’obsessif-compulsif varie ses tentatives de suicide maladroites, souvent interrompues par des visites impromptues.

Celles-ci sont en fait un bon prétexte pour revisiter, par des retours en arrière, des épisodes marquants de sa vie, narrés en voix hors champ. Et une façon habile de révéler les épreuves qui ont forgé le caractère d’Ove.

Rien de bien original, mais j’ai bien aimé la réflexion sur la notion de voisinage, les rêves brisés, la solitude des vieux, l’espoir d’une vie nouvelle… Vrai que bien qu’il soit adapté d’un roman de Fredrik Backman, Mr Ove explore le même canevas que Gran Torino (Clint Eastwood, 2009), voire St. Vincent (Theodore Melfi, 2014). On peut même y voir une parenté lointaine avec Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, autre roman suédois adapté au cinéma. Surtout dans le ton pince-sans-rire et irrévérencieux.

Pas grave puisque le long métrage d’Hannes Holm réussit autant à nous faire rire qu’à nous émouvoir. Le cinéaste propose une mise en scène simple et maîtrisée d’une efficacité redoutable. Il appuie parfois un peu trop sur la nostalgie et abuse des bons sentiments à la fin, mais rien pour nous empêcher d’en apprécier l’aspect réconfortant — à moins d’être un cynique fini.

Avec un titre comme Mr Ove, on se doute bien qui le film repose sur la performance de l’acteur qui incarne le déplaisant personnage (à première vue). Rolf Lassgård est absolument incroyable. Il réussit même à nous le rendre attachant. La production n’a pas fait la gaffe d’utiliser le même acteur pour incarner Ove jeune homme et retraité. N’empêche : la métamorphose de Lassgård a permis au long métrage de décrocher une nomination aux Oscars pour les meilleurs maquillages et coiffures…

Fruit du hasard, l’acteur suédois se retrouve pour une deuxième fois dans un film en compétition aux Oscars. Il jouait un rôle principal dans After the Wedding (2007) de Suzanne Bier. On verra s’il sera plus chanceux cette fois.

Mr Ove n’a pas gagné autant de trophées au Prix du cinéma européen que Toni Erdmann (cinq). Mais il a tout de même remporté celui de la meilleure comédie. Et mon appréciation.

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