Éric Moreault

Archive de la catégorie ‘cinéma’

Mardi 6 décembre 2016 | Mise en ligne à 12h37 | Commenter Commentaires (7)

Où sont les cinéphiles?

Le Clap ne diffuse plus de films au Musée de la civilisation. Les cinéphiles n'étaient pas au rendez-vous.

Le Clap ne diffuse plus de films au Musée de la civilisation. Les cinéphiles n'étaient pas au rendez-vous.

La décision du Clap et du Musée de la civilisation de cesser les projections quotidiennes de films dans l’institution du Vieux-Port vient de mettre encore sérieusement sur la glace un projet de retour d’un cinéma au centre-ville de Québec (mon texte sur le sujet). Mais, sérieusement, qui oserait investir dans un tel pari au regard du comportement des cinéphiles actuels?

Je déplore souvent sur ce blogue que Québec reçoive parfois des films avec plusieurs semaines de retard ou pas du tout. Sauf que le taux de fréquentation du cinéma de répertoire dans la capitale n’aide pas du tout distributeurs et diffuseurs à prendre des risques. Le cinéma Cartier a jeté l’éponge depuis son changement de propriétaire, qui diffuse des films grand public sauf exception. Le Clap fait de gros efforts, mais le peu de résultats laisse perplexe Robin Plamondon, le copropriétaire.

Les cinéphiles sont de plus en plus frileux, constate-t-il. Ce serait plus facile de virer 100 % américain, dit-il. Mais ce n’est pas le mandat du Clap, qui cherche à diffuser un cinéma autrement. Reste que les gens étant plus conservateurs dans leurs choix, l’offre diminue en conséquence. Un cercle vicieux qui a contribué, entre autres, à la fermeture de l’Excentris à Montréal. Ça et la désaffectation des salles au profit des cinémas maison — que peuvent s’offrir les gens dans la force de l’âge et les boomers. Quand ils vont en salle, ils optent pour les valeurs sûres.

Reste les jeunes, pour qui aller au cinéma est encore une sortie. Je me souviens qu’au cégep et à l’université, nous étions nombreux à remplir les salles du Clap pour aller voir du cinéma d’auteur, qu’il ait été québécois ou étranger. Ce n’est plus le cas, constate Robin Plamondon. «Le problème qu’on a au Québec en est un d’éducation cinématographique. On a abandonné les enfants devant les films commerciaux depuis 20 ans et là, on paye la facture.»

Bref, la prochaine fois que vous serez déçus parce que le très beau Loving de Jeff Nichols ou que le prenant Manchester by the Sea arrivent deux, trois semaines plus tard que Montréal, ne soyez pas surpris. Et encore moins si on ne construit pas un nouveau cinéma à Québec dans un avenir proche.

L’établissement d’un nouveau cinéma au centre-ville fait l’objet de débats depuis des années après les fermetures successives du Paris, à la place D’Youville, des salles de Place Québec et, surtout, du Cineplex de Place Charest, en 2011.

La Société de développement Angus avait par la suite évalué sérieusement la possibilité de bâtir un cinéma d’une dizaine de salles sur un terrain à l’angle des rues Saint-Vallier Est et Saint-Anselme, dans le quartier Saint-Roch, avant d’abandonner le projet. Pas sûr que Le Clap ou d’autres investisseurs vont s’y risquer. C’est bien dommage.

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Lundi 5 décembre 2016 | Mise en ligne à 14h22 | Commenter Commentaires (3)

B.-a. de Ça sent la coupe avec Louis-José Houde: prometteur

Les Canadiens, Louis-José Houde et Patrice Sauvé: tous les éléments sont réunis pour créer un immense succès. Surtout si le personnage de Houde, Max, est un fan fini du club de hockey de Montréal. Au point de mettre en péril sa relation avec sa blonde (Émilie Bibeau).

Le synopsis officiel: «Entre le premier match de la saison 2009-2010 des Canadiens, et le tout dernier contre les Flyers de Philadelphie sept mois plus tard, Max devra gérer le retour de sa sœur Nathalie, en exil depuis la mort de leurs parents, ainsi que les insécurités de son meilleur ami Phil, qui entamera une relation houleuse avec Nathalie. Aidé par les autres gars de la gang, Richard et François, Max devra surtout apprendre du départ de Julie, malgré ses envies irrépressibles de la reconquérir.»

La bande-annonce mise en ligne, qu’on peut voir ici, s’avère assez prometteuse. On sent la touche de Sauvé, un habitué des comédies dramatiques avec un flair pour illustrer le réel — il a réalisé les séries-cultes La vie, la vie et Grande Ourse. Il s’agit d’une adaptation du roman du même nom de Matthieu Simard, qui a lui-même scénarisé.

Avec une sortie prévue le 24 février 2017, disons que la production espère créer une frénésie semblable à celle qui envahit les partisans au printemps.

J’avoue que je suis curieux de voir le résultat sur grand écran. Vous?

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Vendredi 2 décembre 2016 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Aucun commentaire

Le film de la semaine: L’avenir

Deux en deux pour Isabelle Huppert. Après Elle, voici L’avenir. Le long métrage s’ouvre sur un plan qui synthétise de façon remarquable son propos : dans un travelling avant, la caméra s’approche doucement d’une femme, à bord d’un bateau sur une mer agitée, qui corrige un exposé intitulé «Peut-on se mettre à la place de l’autre?» Mia Hansen-Løve s’en approche beaucoup dans ce film intimiste superbe et épuré qui se glisse avec grâce dans la peau d’une femme dont le monde va bientôt s’écrouler.

Nathalie (Isabelle Huppert) est prof de philo au lycée. Passionnée par son travail, la sexagénaire aime par-dessus tout enseigner aux jeunes à penser par eux-mêmes. Volontaire, elle ne doute de rien, surtout pas de son mariage de 25 ans avec Heinz (André Marcon). Même son ex-étudiant chouchou Fabien (Roman Kolinka), qui flirte avec la gauche anarchiste, n’ébranle pas ses convictions bourgeoises.

Jusqu’à ce que son mari la quitte pour une autre, que sa mère possessive déraille de plus en plus et que sa contribution à une maison d’édition soit remise en question. Celle dont la vie était réglée comme une horloge va soudainement se retrouver confrontée avec une liberté totale et la possibilité de se réinventer…

Avec une telle trame, Mia Hansen-Løve (Tout est pardonné) aurait facilement pu basculer dans la tragédie. La réalisatrice française a une connaissance intime du sujet (ses parents sont profs de philo), ce qui explique son doigté, mais pas nécessairement sa retenue. Il y a plutôt une volonté de forte d’explorer la vie intérieure de Nathalie dans une approche très naturaliste (qui évoque le néoréalisme italien dans sa respiration lente).

Bien sûr, on apprécie l’intelligence du propos, sa subtilité aussi, la façon d’illustrer les tremblements qui agitent Nathalie — elle se déplace toujours rapidement d’un endroit à l’autre, métaphore de cette fuite en avant agitée qui ne trouvera de répit que dans le plan final (un travelling arrière, à l’inverse du plan d’ouverture).

Chaque mouvement de caméra est réfléchi. Mais on est surtout séduit par la fluidité remarquable de la mise en scène, cette capacité de s’effacer devant son sujet tout en étant porteur d’une signature forte.

L’avenir fait dans l’épure sauf dans sa manie, agaçante, de citer sans cesse des philosophes. Comme si la pensée de Nathalie abdiquait pour se soumettre à celles de ses maîtres à penser (tous des hommes). Ces extraits servent parfois d’indicateurs, mais leur utilisation contraste fortement avec la volonté affichée, partout ailleurs dans le film, de laisser le spectateur remplir les blancs du récit — Hansen-Løve maîtrise l’art de l’ellipse à merveille.

Isabelle Huppert livre, encore une fois, une performance remarquable. La magnifique actrice, au propre (il vaut la voir dans sa robe soleil) comme au figuré, est évidemment le point focal du film. Elle est de presque tous les plans. Sa capacité d’incarnation, dans la subtilité du jeu, apporte une épaisseur dramatique singulière. On l’a aussi vue dans Elle de Paul Verhoeven, qui lui a valu cette semaine le prix de la meilleure actrice aux Gotham Awards, premier pas vers une nomination aux Oscars.

Son interprétation a certainement contribué à l’Ours d’argent de la meilleure réalisatrice remporté par Mia Hansen-Løve à Berlin cette année. La cinéaste française signe son long métrage le plus accompli et maîtrisé, un beau moment. Du cinéma d’auteur singulier, comme on en voit de moins en moins. Ne laissez pas passer cette opportunité.

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