Éric Moreault

Archive de la catégorie ‘cinéma’

Vendredi 24 juin 2016 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Aucun commentaire

Le film de la semaine: Ma mère

Nous avons été plusieurs, l’an dernier, à croire que l’émouvant Ma mère (Mia Madre) permettrait à Nanni Moretti de repartir de Cannes avec un prix. Pas la Palme d’or, qu’il a remportée en 2001 pour l’excellent La chambre du fils, mais un prix quand même. Ce ne fut pas le cas. Ce qui ne diminue en rien la valeur de ce très bon long métrage qui, cette fois, ne traite pas du deuil d’un enfant, mais de celui de la mère.

Même s’il aura fallu 13 mois avant que Ma mère arrive sur nos écrans, l’attente en valait la peine. Contrairement à la très grande majorité de ses films, Moretti s’est donné un rôle plus effacé ici, peut-être par pudeur. Il s’agit d’une œuvre à très forte teneur autobiographique, comme le titre le laisser deviner.

Cette mère, Ada (Giulia Lazzarini), s’éteint à petit feu. Ce qui cause bien des tourments à sa fille Margherita (Margherita Buy), une cinéaste engagée, qui tourne un long métrage avec un célèbre acteur américain suffisant (John Turturro, brillant). La cinquantenaire est dépassée par les événements — elle vient de se séparer et s’inquiète des difficultés scolaires de sa fille adolescente — et se remet profondément en question. Moretti s’est donné le beau rôle, celui de Giovanni, le fils irréprochable.

N’empêche : on comprend qu’il s’agit bel et bien de sa mère dont il est question et que Margherita est son alter ego (dont il se sert pour se moquer de ses propres travers et obsessions comme réalisateur avec le film dans le film). La mère de ce 12e long métrage est professeure, comme la mère du réalisateur. Qui était mourante quand Moretti montait son film précédent, Habemus papam (2011).

Ce qui explique la profonde sensibilité du traitement, sans mièvrerie ni pathos, qui évite, la plupart du temps, le mélo, avec une trame sonore en retrait et judicieuse (notamment Leonard Cohen et Jarvis Cocker). La mise en scène épurée va à l’essentiel et la direction d’acteurs de Moretti est remarquable.

Le fait que Margherita Buy ait joué dans ses deux longs métrages précédents explique sans doute la grande complicité entre elle et Moretti, qui incarnent à merveille un frère et une sœur qui se ressemblent, tout en étant complètement différents.

Si l’Italien prend un peu ses distances avec le cinéma social qui le caractérise, il manie encore l’humour avec efficacité (il y a des scènes hilarantes avec Turturro). Mais ce qu’on en retient surtout, c’est la belle délicatesse avec laquelle il aborde un sujet sensible et une étape importante de la vie, celui de la mort de la mère.

Nanni Moretti traite de façon très fine le deuil, mais aussi l’éducation et de la transmission qui sont à l’œuvre dans les relations entre un parent et les enfants. Un très beau film.

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Lundi 20 juin 2016 | Mise en ligne à 10h44 | Commenter Commentaires (3)

Les meilleurs films de 2016 (jusqu’à maintenant)

Le fils de Saul, le meilleur de 2016 jusqu'à maintenant.

Le fils de Saul, le meilleur de 2016 jusqu'à maintenant.

Nous sommes au milieu de l’année, un bon moment pour faire un bilan des meilleurs films de 2016 (jusqu’à maintenant). C’est arbitraire, mais toujours amusant.

Je me suis limité aux films qui ont pris l’affiche à Québec à compter de janvier, ce qui explique l’exclusion de ceux vus au Festival de Cannes. C’est, comme d’habitude, sans prétention et vous êtes invités à commenter, à ajouter, à retrancher, à soumettre votre propre liste.

Les meilleurs de 2016

1 – Le fils de Saul (László Nemes)

2- Le homard (Yórgos Lánthimos)

3- Eye in the Sky (Gavin Hood)

4- Mustang (Deniz Gamze Ergüven)

5- Green Room (Jeremy Saulnier)

6- Dheepan (Jacques Audiard)

7- Maggie’s Plan (Rebecca Miller)

8- Deadpool (Tim Miller)

9- Midnight Special (Jeff Nichols)

10- Ave, César! (Joel et Ethan Coen)

Green Room de Jeremy Saulnier avec le regretté Anton Yelchin.

Green Room de Jeremy Saulnier avec le regretté Anton Yelchin.

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Vendredi 17 juin 2016 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Aucun commentaire

Le film de la semaine: Maggie’s Plan

Maggie’s Plan repose sur le plus original et hilarant triangle amoureux vu au cinéma depuis des lustres. Et comme il est joué par Greta Gerwig, Ethan Hawke et Julianne Moore, dans une réalisation sans faute de Rebecca Miller, ce long métrage procure au spectateur un plaisir jubilatoire. Plaisir qui repose autant sur la vitalité des réparties que sur l’intelligence de son propos sur l’amour et les aléas de la vie moderne.

Rebecca Miller tourne peu. La fille du dramaturge Arthur Miller (Mort d’un commis voyageur) partage son temps entre l’écriture de romans, ses garçons (avec l’acteur Daniel-Day Lewis) et ses scénarios. Son dernier film, le remarqué Les vies privées de Pippa Lee, remontait déjà à six ans.

À part sa prestigieuse distribution, personne ne savait vraiment à quoi s’attendre de ce cinquième long métrage. La surprise fut encore plus grande. Essayez d’imaginer une comédie romantique à la Woody Allen pour le ton, avec un mélange de Richard Linklater, pour la véracité des personnages, et de Noah Baumbach, pour l’accent sur les dialogues.

Ça donne une idée, bien que Miller imprime sa propre signature féminine au récit, qui repose, on s’en doute, sur Maggie (Gerwig). La jeune universitaire mène sa vie de célibataire comme elle l’entend, ce qui pose un petit problème quand la trentenaire éprouve un désir d’enfant.

Maggie élabore un plan pour solliciter un don de sperme d’une vague relation. Elle tombe toutefois amoureuse de John (Hawke), un prof qui rêve d’écrire un roman, mais qui est castré par Georgette (Moore), sa dominatrice de femme, une brillante prof de Columbia. John choisit la jeunesse et le projet familial de Maggie. Mais deux ans plus tard, Maggie commence à se lasser de son irresponsable égocentrique. Elle fomente un autre plan…

La vie et les considérations de professionnels new-yorkais peuvent parfois sembler loin de celles de gens ordinaires et c’est peut-être le talon d’Achille de ce film bien construit qui rend hommage à la comédie loufoque (screwball comedy). Sauf qu’on se rend compte que leurs préoccupations, sous le vernis universitaire, ne diffèrent en rien du commun des mortels. Les aspirations sont les mêmes et Maggie’s Plan démontrent bien les excès (parfois bien ridicules) que nous sommes prêts à commettre pour y arriver.

Principalement ceux de Maggie, incarnée avec un naturel confondant par Gerwig (Frances Ha, Mistress America). On pourrait lui reprocher de sensiblement jouer toujours dans le même registre, mais sa forte présence, sa vivacité et ce je ne sais quoi de candeur en font vraiment une des meilleures actrices de sa génération (elle a 32 ans).

D’autant que Gerwig ne cède en rien à Julianne Moore, dans une impayable composition d’excentrique à l’improbable accent danois. Son personnage secondaire devient, aux deux tiers, l’âme du film. Quant à Ethan Hawke, il nous a habitués à de solides incarnations et sa présence est totalement crédible.

Maggie’s Plan a fait le tour des festivals (Toronto, Sundance, Berlin…), où il a reçu de bels accueils et des critiques enthousiastes. Avec raison. Il est rare qu’on allie humour et sérieux du propos avec autant d’élégance et intelligence.

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