Éric Moreault

Archive de la catégorie ‘cinéma’

Vendredi 19 septembre 2014 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Commentaires (3)

Le film de la semaine: Mommy

Une évidence: Mommy est l’évènement de la rentrée d’automne en cinéma québécois. Après Cannes, Toronto, Montréal et le Festival de Québec, hier soir, les Québécois peuvent maintenant aller se faire une idée. Et, pour une fois, ils n’auront pas d’excuses. Qu’on l’aime ou pas, pour les bonnes ou les mauvaises raisons, il faut juger le film sur ce qu’il présente à l’écran. Et, cette fois, Xavier Dolan signe son meilleur film, avec un sujet qui «parle» à tous. Il n’a pas remporté un Prix du jury pour rien à Cannes.

Ce film dense et intense, porté sa réalisation inventive et parfaitement maîtrisée, vient confirmer ce qu’on savait déjà : le jeune Dolan est un cinéaste au talent exceptionnel, tant dans les histoires qu’il imagine que dans la façon de les illustrer. Mais ce n’est pas pour tout le monde.

Ce cinquième long métrage porte la forte signature d’un cinéma d’auteur, celle que se forge Dolan depuis cinq ans. Le cinéphile y reconnaît autant son lyrisme que ses excès provocateurs (assumés comme tel). Ce style particulier, associé, parfois, à un certain maniérisme, repose, comme toujours, sur des personnages plus grands que nature même dans leur banalité. C’est la principale force de son cinéma.

Mommy met en scène une veuve délurée (Anne Dorval) qui doit soudainement s’occuper de son fils adolescent (Antoine Olivier Pilon), impulsif et violent, qui a épuisé les ressources du réseau social. La paire œdipienne vit une relation amour-haine qui éclate parfois avec fracas, jusqu’à ce qu’elle reçoive un coup de main inespéré et inattendu de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla (Suzanne Clément).

Il se veut le prolongement thématique du premier film du réalisateur de 25 ans, J’ai tué ma mère (2009) : la filiation mère-fils, les relations conflictuelles et l’amour obsessif. Mais le style de Dolan y est plus maîtrisé et affirmé que précédemment.

Dans ce climat tendu, il utilise d’ailleurs une projection en carré parfait presque tout au long, ce qui illustre la sensation d’étouffement du duo. Mais, aussi, rive le regard du spectateur sur les personnages (ce qui élimine les distractions). Quand les choses s’améliorent, l’image s’agrandit en plein écran, faisant respirer la fiction : une superbe idée.

On reconnaît par ailleurs son style habituel dans les ralentis accompagnés de musique, souvent sublimes, et son humour noir. Sa direction d’acteur est impeccable et ses trois acteurs livrent des performances chargées d’intensité. Anne Dorval est bouleversante et on comprend pourquoi Suzanne Clément a gagné un Prix d’interprétation dans la section Un certain regard avec Laurence Anyways (Dolan, 2012).

Une réserve toutefois : les dialogues sont souvent livrés sur un ton qui frise l’hystérie, surtout dans les moments de crise. Il y a intense et intense. On finit par se lasser de tous ses cris et cette fureur. On a compris, pas besoin d’en rajouter.

D’ailleurs, même s’il s’agit de son meilleur effort, Dolan pêche par excès de longueurs, un tic agaçant chez lui. Celles-ci contribuent notamment à diminuer l’impact de la montée dramatique, qui manque un peu de souffle vers la fin, même si Mommy se conclut sur une belle envolée (un peu artificielle, toutefois).

Xavier Dolan a récolté des critiques dithyrambiques au Festival de Cannes. On a notamment loué son audace et son sens du drame. Avec raison. Peu ont souligné, toutefois, que le prétexte du film est devenu accessoire. On aurait aimé que le réalisateur exploite plus en profondeur les implications de son idée d’une loi qui permet d’abandonner la garde de son enfant à l’État.

Toutefois, il illustre de façon forte tout ce qui sous-tend ce drame intimiste : la place des adolescents dans la société et les difficultés des gagnes-petits à survivre dans un système aliénant que les exploite.

En ce sens, Mommy est un véritable électrochoc, bien plus que sur le plan esthétique. Et l’un des meilleurs films de l’année, toutes nationalités confondues.

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Mercredi 17 septembre 2014 | Mise en ligne à 9h45 | Commenter Aucun commentaire

Une belle entrée pour le Festival de Québec

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Officiellement, le Festival de cinéma de la Ville de Québec (FCVQ) commence demain. Mais les cinéphiles ont le droit à une belle entrée en la matière avec El Djazaïr mon amour, d’un collectif de cinq cinéastes de Québec.

Samuel Matteau, Elias Djemil, Yannick Nolin, Michaël Pinault et Guillaume Fournier sont allés en Algérie d’où ils ont rapporté cinq courts métrages (je vous en avais parlé sur ce blogue, l’an passé, avant leur départ). Le résultat est fascinant, nécessairement un peu maladroit, mais tout de même réussi.

Le spectre est large dans ces trois documentaires et ces deux fictions. Reste que les cinéastes se sont plus évertués à montrer ce qui ressemble (et nous rassemble), que l’inverse. Leur regard sur la société algérienne n’est pas complètement étranger: Elias Djemil retourne d’ailleurs dans son pays natal après un exil de 21 ans, le sujet du court de La douceur de ses mains (Michaël Pinault). Une bonne introduction.

Parlant de Djemil, Au rythme du temps prend prétexte de son exploration de la musique algérienne émergente pour proposer une réflexion sur la culture algérienne, la place des jeunes artistes dans celle-ci, leur statut précaire, la censure… Plusieurs Québécois vont sûrement s’y reconnaître.

La fiction de Samuel Matteau, Karim + Hadjer explore aussi un thème universel, mais dans un autre contexte: l’amour sous le voile. Le réalisateur, dont j’apprécie beaucoup le talent cinématographique, a toujours le don de nous surprendre. Pas de dialogues, ici, seulement le pouvoir de suggestions des images et le montage pour nous raconter son récit d’amours contraintes et de désir de liberté. Pas mal du tout.

Les courts de Guillaume Fournier et de Yannick Nolin sont plus convenus, néanmoins intéressants. 1-2-3 viva Algéria (Nolin) filme des hommes — et seulement des hommes — qui viennent assister dans un café à un match de qualification de l’Algérie à la récente Coupe du monde de soccer. On peut lire sur leur visage l’espoir, la frustration, la joie, la déception… Le reflet de leur quotidien, au fond, révélé par le sport alors qu’ils laissent tomber leurs façades de protection.

La soirée commence avec le vernissage de l’exposition de photos, à 17 h, au Diamant, à place D’Youville, et se poursuit avec la projection d’El Djazaïr mon amour, à 19 h, au cabaret du Capitole. L’entrée est gratuite.

* * *

La soirée se poursuivra, à 21 h, avec une sélection de courts métrages de réalisateurs originaires de Québec. Parmi ceux-ci, The Gate, de John Blouin, dont Filmstripe, a été choisi en compétition au festival international Vision du réel, à Nyon, en Suisse, l’an dernier, et De conscience et d’ardeur de David Findlay.

Ce court recrée l’histoire vraie de Charles Philibert-Thiboutot, coureur de fond de niveau mondial et trois fois athlète de l’année Rouge et Or. Le jeune homme a dû choisir entre les essais olympiques à Calgary et les funérailles de son ami, décédé tragiquement, qui se déroulaient le même jour.

Les «acteurs» amateurs, dans leur propre rôle, sont mal à l’aise à la caméra, mais il y a plusieurs beaux plans et de bonnes idées de cinéma. Le réalisateur, qui étudie à Vancouver, tournera bientôt un court avec Louise Portal et Zoe Graham, qui a un petit rôle dans Boyhood, Richard Linklater. Un jeune homme à suivre.

Avant le buffet du FCVQ, avouez qu’il y a quand même de quoi se contenter.

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Lundi 15 septembre 2014 | Mise en ligne à 9h40 | Commenter Commentaires (2)

Une surprise pour un TIFF sans éclat

La chose est assez ironique. L’édition 2014 du Festival de cinéma de Toronto (TIFF) ne passera pas à l’histoire pour ses coups d’éclat. Sauf à sa dernière journée, où il aura couronné Félix et Meira du prix du meilleur long métrage canadien alors que tout le monde attendait Mommy!

Précision: le TIFF n’a pas de compétition. Mais il décerne un prix national, remporté par Maxime Giroux, et un prix du public, qui est allé à The Imitation Game (Morten Tyldum), avec Benedict Cumberbatch et Keira Knightley. Attendez-vous d’ailleurs à ce que dernier soit bien positionné à la prochaine soirée des Oscars.

Pour ce qui est de Félix et Meira, je ne peux pas commenter: je n’ai pas vu le film à Toronto (il sera en salles début 2015). Mais je ne suis pas surpris que le jury ait fait l’impasse sur celui de Xavier Dolan. Mommy est tout sauf consensuel.

Son producteur a bien résumé la situation au collègue Marc-André Lussier, de La Presse : «Bien honnêtement, il était difficile de penser que Mommy ne l’emporterait pas. Cela dit, on ne peut jamais prévoir le choix d’un jury. Avec les années, on apprend à ne pas se créer d’attentes.» Sylvain Corbeil est bien placé pour le savoir puisque sa boîte, Metafilms, a aussi produit Félix et Meira.

Bon. Cela étant, le TIFF de cette année n’avait pas le lustre de l’an passé avec son florilège de films-choc. Plusieurs l’ont souligné, la guéguerre avec le Festival de Telluride a desservi le TIFF (les films qui étaient à Telluride n’avaient pas le droit à une présentation pendant les quatre premiers jours à Toronto).

Plusieurs longs métrages de calibre comme Wild (de Jean-Marc Vallée), Foxcatcher, Mommy ou The Imitation Game, ont été relégués dans la portion du TIFF où les journalistes courent les entrevues ou ont déjà plié bagage. Ce qui laisse une drôle d’impression.

Reste que le TIFF demeure un festival excitant (et fatigant) qui propose son lot de très bons films. Whiplash, par exemple, qui vient de gagner le Grand prix et le Prix du public au Festival de Deauville après avoir remporté les mêmes honneurs à Sundance. Le long métrage de Damien Chazelle sera d’ailleurs à l’affiche du Festival de Québec, le 23 septembre. On s’en reparle.

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