Éric Moreault

Archive de la catégorie ‘cinéma’

Dimanche 22 mai 2016 | Mise en ligne à 17h25 | Commenter Aucun commentaire

Cannes: Dolan emporte le Grand prix

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Contre toute attente, Xavier Dolan est reparti du 69e Festival de Cannes avec le Grand prix — un moment historique puisqu’aucun Québécois n’avait obtenu une si haute récompense. «C’est inattendu et extrêmement apprécié!» s’est-il exclamé. Dans une cérémonie ponctuée de plusieurs choix étonnants et controversés, dimanche, le jury a décerné sa Palme d’or à Moi, Daniel Blake de Ken Loach, un cinéaste que Dolan admire.

Juste la fin du monde n’a pas fait l’unanimité auprès de la presse internationale lors de sa projection sur la Croisette. Cette récompense a d’ailleurs suscité des huées et provoqué quelques railleries parmi les journalistes, qui se sont moqués du discours très émotif prononcé par le jeune homme. «Ça va être très difficile», a-t-il prévenu avant de faire son allocution. Et ça l’a été.

Xavier Dolan a tout de même remercié les neuf membres du jury «d’avoir ressenti l’émotion du film», une allusion directe aux critiques qui ont descendu son long métrage en flammes. «Nous avons ressenti une voix spécifique, très personnelle», a commenté le juge Lazlo Nemes. «Plus je grandis, plus je réalise qu’il est difficile d’être compris», a néanmoins commenté Xavier Dolan. Mais il a prévenu qu’il continuerait à faire des films «sans compromis». Il a aussi servi une citation d’Anatole France à ses détracteurs : «J’ai toujours préfère la folie des passions à la sagesse de l’indifférence.»

Le brillant réalisateur a profité de l’occasion pour dédier publiquement Juste la fin du monde au regretté François Barbeau. Il a salué l’actrice Anne Dorval, qui l’accompagnait avec sa productrice Nancy Grant, soulignant qu’elle lui avait fait découvrir la pièce du même nom de Jean-Luc Lagarce, qu’il a adapté.

Le réalisateur a rappelé son Prix du jury, pour Mommy. «J’étais ici il y a deux ans et j’ai vécu un moment déterminant.» Et celui-ci en sera un autre. Le Grand prix s’ajoute au prix du jury œcuménique, qu’il a obtenu samedi.

C’est à Mel Gibson qu’est revenu l’honneur de remettre la plus haute récompense à Ken Loach, qui avait déjà obtenu la Palme d’or, en 2006, pour Le vent se lève. Le Britannique, cinéaste militant, n’allait pas laisser passer une telle occasion. Il a fustigé l’austérité et le néolibéralisme «qui mettent notre monde en danger. Quand il y a tant de désespoir, ces gens de droite en profitent. Un autre monde est possible et nécessaire», a-t-il lancé sous les applaudissements nourris.

Il s’est par ailleurs porté à la défense du cinéma d’auteur : «Cannes est très important pour le futur du cinéma. Restez forts, s’il vous plait.» Un thème qu’a repris Cristian Mungiu. «J’ai l’impression que le cinéma d’auteur ne se sent pas très bien et on doit faire quelque chose à propos de ça. Heureusement, Cannes est là», a dit le Roumain, qui a obtenu le Prix de la mise en scène, ex æquo, pour le très beau Baccalauréat.

Son co-lauréat n’a pas eu droit à un accueil aussi chaleureux. C’est sous les sifflets qu’Olivier Assayas a accepté son prix pour Personnal Shopper. «Je suis très ému, a souligné le Français. Cannes m’a donné beaucoup et c’est la première fois que je monte sur scène pour obtenir un prix.» Assayas en était à sa cinquième présence en compétition.

Asghar Farhadi est ressorti du Palais des festivals avec le très mérité Prix du scénario pour l’excellent Le client. «Mes films ne sont pas très heureux, alors je suis content que mes films aient pu apporter de la joie à une partie de mon peuple», a déclaré le réalisateur.

Sa surprise était totale puisque son acteur, Shahab Hosseini, a obtenu le premier prix de la soirée, celui d’interprétation, pour sa performance dans le film de son compatriote. «Ce prix, je le dois à mon peuple et c’est avec mon cœur que je lui rends», a témoigné l’Iranien.

Des huées, encore, mais aussi des applaudissements, ont accueilli le Prix du jury décerné à American Honey, d’Andrea Arnold, dans la salle où étaient réunis les journalistes. La réalisatrice britannique obtenait une troisième récompense à Cannes.

Le jury présidé par le réalisateur George Miller (Mad Max) en a surpris plus d’un en attribuant le Prix d’interprétation féminine à Jaclyn Rose, tellement émue que l’actrice ne savait que dire, sauf «merci» à tout le monde et à son père. La Philippine joue le rôle principal dans Ma’Rosa, le film de Brillante Mendoza. La décision a étonné parce que la catégorie était très relevée et personne n’a venu venir l’actrice qui interprète une commerçante qui arrondit ses fins de mois en vendant de la drogue. «Il y avait beaucoup de fortes performances», a reconnu le juge Donald Sutherland.

Plusieurs se sont étonnés de l’absence de Toni Erdmann de Maren Ade. «Certains films auraient dû se retrouver au palmarès», a commenté George Miller. Certains choix ont été déchirants, on s’en doute.

Grand moment d’émotion, l’immense acteur Jean-Pierre Léaud a reçu une Palme d’honneur. Le Français a fait ses débuts au cinéma, à 14 ans, dans Les 400 coups de François Truffaut. «Je suis né à Cannes en 1959. À la fin de la projection, j’étais porté en triomphe. Je n’ai jamais voulu construire une carrière, mais j’ai choisi de tourner avec des réalisateurs que j’admire et que j’aime.» En lui remettant son prix, Arnaud Desplechin a signalé que Léaud a donné toute sa vie au cinéma.

Houda Benyamina a remporté La caméra d’or, qui récompense un premier film toutes catégories confondues au Festival, pour Divines. La cinéaste engagée a plaidé pour une plus grande présence féminine au cinéma dans un long discours décousu.

Juanjo Gimenez a obtenu la Palme d’or du court métrage pour Timecode.

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Samedi 21 mai 2016 | Mise en ligne à 7h47 | Commenter Aucun commentaire

Cannes: À qui la Palme d’or?

AFP

AFP

Voilà, ça y est. On a franchi la ligne d’arrivée du marathon des 21 films de la compétition du Festival de Cannes 2016. Et ça c’est terminé en beauté avec le délicieusement pervers Elle de Paul Verhoeven, grâce à Isabelle Huppert, une autre actrice qui livre une forte performance dans une édition marquée par les femmes. Mais, évidemment, ce que vous voulez tous savoir, c’est : Xavier Dolan a-t-il une chance de remporter une Palme d’or? Avouez que ce serait plaisant. Mais peu probable. Voici pourquoi.

À partir de ce moment, il faut oublier les favoris de la critique. Le jury présidé par George Miller est souverain. Et notoirement imprévisible, si on se fie aux dernières années. Et même celles d’avant. Alors? Il y a quand même des longs métrages qui se démarquent.

Car la 69e édition s’est avérée aussi relevée que prévu. Il y avait beaucoup de vétérans, c’est vrai, mais certains n’avaient pas été présents en compétition depuis longtemps. Le problème de la relève se pose chaque année, mais le Festival y répond, en quelque sorte, en plaçant plusieurs premiers longs métrages dans sa section Un certain regard. Ne nous leurrons pas : Cannes a aussi besoin de vedettes pour la montée des marches. Celles-ci se font rares chez les réalisateurs émergents…

Et la crème des cinéastes a monté (sauf exception). Sans film, toutefois, qui nous a scié les jambes. À part Le client d’Asghar Farhadi. Si l’Iranien ne repart pas avec la Palme, il sera certainement sur le palmarès en raison de la force dramatique et de l’humanité de son récit — un candidat logique au Grand prix ou au meilleur scénario, comme prix de consolation.

Petite précision : le jury ne peut décerner qu’un prix par film, sauf dérogation du président du Festival. Et il faut des circonstances exceptionnelles comme la Palme d’or décernée à La vie d’Adèle de Kechiche et à ses deux interprètes, en 2013, un geste totalement inusité.

Contrairement aux Oscars, il est très difficile de jouer au devin (et un peu futile). Si ce n’est pour souligner que certaines œuvres se sont tout de même détachées du lot. Comme Toni Erdmann de Maren Ade. La comédie douce-amère de l’Allemande a marqué les esprits, bien qu’elle aurait gagné en concision. Si la réalisatrice l’emportait, elle serait la première femme à réaliser seule l’exploit (La leçon de piano de Jane Campion était ex æquo avec Adieu ma concubine).

Baccalauréat de Cristian Mungiu, déjà palmé d’or, s’est aussi distingué en raison de la qualité du scénario — il pourrait remporter cette catégorie ou celle de la mise en scène. Même chose pour Julieta du vétéran Pedro Almodóvar, à qui la récompense suprême a toujours échappé (seul Tout sur ma mère a gagné, le Prix de la mise en scène). Ou encore le déjanté Ma loute de Bruno Dumont. Sans oublier le poétique Paterson de Jim Jarmusch (celui-là, j’y crois pas trop, même si c’est un des mes favoris). Quant à Loving, de Jeff Nichols, il est formaté pour les Oscars, pas pour Cannes (mais on ne sait jamais).

Dans cette optique, on comprendra que les places sur le podium se font plutôt rares pour Juste la fin du monde. On voit mal le dense et intense film du Québécois au scénario (c’est une adaptation) et à la réalisation (trop uniforme). Un Prix du jury? Peut-être, mais cette médaille de bronze va souvent à un candidat malheureux de la Palme d’or et du Grand prix (médaille d’argent).

Ce qui rend les chances de Dolan encore plus minces. Reste les prix d’interprétation. Gaspard Ulliel est d’une sobriété saisissante. Et, côté masculin, les remarquables performances se font plutôt rares. Fabrice Luchini (Ma loute) est désopilant, mais est-ce suffisant? Le jeu minimaliste et sensible d’Adam Driver (Paterson) et de Joel Edgerton (Loving)? Ça pourrait bien être un de ces deux-là.

Côté féminin, Marion Cotillard est exceptionnelle dans Juste la fin du monde. Le seul problème, c’est qu’elles sont légion dans cette édition du Festival, qui passera à l’histoire pour le nombre de rôles féminins forts (ça fait changements des potiches hollywoodiennes) et la qualité de leurs interprètes : Ruth Negga (Loving); Isabelle Huppert (Elle); Sandra Hüller (Toni Erdmann); Sônia Braga (Aquarius), voire les deux interprètes de Julieta (Adriana Ugarte et Emma Suárez)…

Quoi qu’il en soit, Thierry Frémaux, le délégué général, a réussi à maintenir le délicat entre la qualité artistique et la vocation plus commerciale, si on fait exception du désastreux Last Face de Sean Penn. Comme d’habitude, certains films ont profondément divisé la critique, ceux de Nicolas Winding Fren, d’Olivier Assayas, d’Andrea Arnold et, bien sûr, Xavier Dolan.

Les jurys ont souvent récompensé les œuvres controversées, avec des prix remis sous les huées. Le gagnant pourra reprendre à son compte les célèbres mots de Pialat, qui avait levé le poing en disant : «Si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus.»

On verra bien dimanche soir, à Cannes, alors que le jury va rendre son verdict, à partir de 19 h (13 h au Québec). On vous en communiquera les résultats aussitôt que possible.

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Vendredi 20 mai 2016 | Mise en ligne à 10h08 | Commenter Aucun commentaire

Cannes: Le meilleur et le pire

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Le client est un film qui s’est ajouté à la dernière minute. Et comme ce 69e Festival de Cannes présente une grille relevée, mais sans véritable chef-d’œuvre, l’impatience était grande vendredi soir. Résultat : Asghar Farhadi a relevé le niveau de la compétition. Comme d’habitude. En cette journée surprenante, on a donc eu droit au meilleur. Et au pire, gracieuseté de Sean Penn et de son exécrable Last Face.

Si le Festival est un marathon, dont on commence à voir la ligne d’arrivée, Farhadi nous a donné des ailes. À sa dernière présence, en 2013, Le passé avait permis à Bérénice Bejo de repartir avec le Prix d’interprétation. Cette fois, c’est l’Iranien qui va monter sur la scène du Palais des festivals. Avec quel prix? On verra bien.

Le couple se retrouve encore au cœur du récit. Par un malheureux concours de circonstances, Rana (Taraneh Alidoosti) est agressée dans l’appartement qu’elle partage avec Emad (Shahab Hosseini). Traumatisée, la jeune femme refuse de porter plainte. Mais son mari, qui détient quelques indices, se met en tête de retrouver le coupable, au point d’en faire une obsession.

À partir de canevas fort simple, Farhadi va disséquer une multitude de thèmes (colère, vengeance, humiliation, honneur, pardon, compassion, etc.) et l’évolution de la dynamique d’un couple face à un traumatisme majeur. C’est aussi un examen des mœurs qui ont cours dans son pays — ce n’est pas pour rien qu’il trace un parallèle avec La mort d’un commis voyageur (Arthur Miller), pièce dans laquelle Emad et Rana jouent le soir venu.

Le client n’a peut-être pas la force d’impact d’Une séparation (2011), il n’en demeure pas moins un excellent long métrage dont on ne peut qu’admirer la maîtrise de la mise en scène du réalisateur. Sa progression dramatique est impeccable… et implacable, jusqu’au bouleversant paroxysme.

Son drame psychologique démontre une remarquable compréhension

des ressorts humains. Un beau coup de cœur alors qu’il ne reste qu’Elle de Paul Verhoeven, présenté samedi matin.

* * *

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On  se demande ce qui a bien pu passer par la tête de Thierry Frémaux, le délégué général du Festival, lorsqu’il a donné son feu vert à la présentation de Last Face en compétition. Était-ce l’aura de Sean Penn à Cannes (La promesse était en compétition en 2001 et il a présidé le jury en 2008)? Son côté militant? La présence des supervedettes Chalize Theron et Javier Bardem au générique? Peu importe : ce très mauvais film n’a pas sa place en compétition.

Et l’accueil fut proportionnel au ratage. The Last Face a obtenu les huées les plus senties de cette 69e édition. C’est dire. Contrairement à Dolan, Winding Refn ou Assayas, le navet prétentieux et insipide n’a pas divisé la critique. Il a fait l’unanimité contre lui. En conférence de presse, le réalisateur, qui avait une gueule d’enterrement, a soigneusement évité la question, si ce n’est pour nous servir du bout des lèvres un cliché : le film ne m’appartient plus.

Last Face est un atroce mélange de drame romantique et de film de guerre où le dosage est complètement raté. Au lieu de se servir de cette romance improbable comme prétexte pour illustrer le travail des médecins de première ligne dans des conflits interethniques, Penn a mis l’accent sur l’aspect mélodramatique. Or, il tombe dans le pathos à la Harlequin, avec cette relation entre deux médecins à laquelle on ne croit pas une seconde. Sans parler des ridicules personnages secondaires et des dialogues insignifiants.

Ce choix scénaristique est une obscénité pour tous les réfugiés du monde, sans parler de la façon dont Penn exploite en gros plans l’image des blessures atroces des victimes. Ce n’est pas l’avis de Bardem : «C’est ce qu’il y a autour qui en fait une histoire d’amour unique.»

En gros, il s’agit de l’amour improbable et impossible entre une médecin qui administre Médecins du monde à Genève et un toubib de terrain au Soudan Sud. Wren (Theron) souffrira de son séjour sur le plancher des conflits et optera pour le salut dans la fuite. Laissant Miguel (Bardem) à son missionnariat.

Tout n’est pas à jeter. Les acteurs, qui ont eu une formation médicale, sont très crédibles dans l’accomplissement des gestes médicaux. «On se sentait tellement proche de la réalité», a expliqué Adèle Exarchopoulos (La vie d’Adèle). Et il y a un aspect documentaire très marqué dans les scènes de camp. Mais ce n’est pas suffisant pour sauver le film du désastre.

Vers l’inconnu, qui datait de presque 10 ans, m’avait laissé un très bon souvenir. Cette déconfiture n’en est que plus déconcertante. Quel fiasco.

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