Éric Moreault

Archive de la catégorie ‘cinéma’

Mardi 3 mai 2016 | Mise en ligne à 10h36 | Commenter Commentaires (2)

La b.-a. de Ghostbusters: pourquoi tant de haine?

Parlez-en en bien, parlez-en mal, mais parlez-en. Pas sûr, toutefois, que l’équipe de production de S.O.S. Fantômes (Ghostbusters) s’attendait à autant de désamour en rendant publique la bande-annonce de la relance de la franchise, cette fois avec une équipe toute féminine. Plusieurs ont évoqué le sexisme pour expliquer le fait que l’extrait du film a reçu 650 000 pouces vers le bas contre seulement 221 000 «j’aime».

Cela dit, relativisons un peu: il y a tout de même eu 30 millions de visionnements. S.O.S. Fantômes se retrouve donc au top 10 des vidéos les plus détestées sur YouTube, au milieu des clips de Justin Bieber et Kate Perry. Mais pourquoi? Bien sûr, il y a un fond de misogynie dans ce rejet massif et dans les commentaires. Mais plusieurs font aussi valoir que c’est très mauvais comme bande-annonce — ils ont raison — et qu’il s’agit d’un produit de marketing bien ciblé, où chaque femme de l’équipe représente un stéréotype féminin. D’autres ne comprennent tout simplement pas qu’on touche à l’original — comme si on refaisait Star Wars (mauvais exemple, c’est à peu près ce que J.J. Abrams a fait avec Le réveil de la force. M’enfin).

Même Melissa McCarthy, l’une des quatre interprètes, trouve que cet extrait porte «vraiment à confusion». Notamment en présentant le film de Paul Feig comme une suite, l’extrait commence par «il y a 30 ans» puis poursuit «cet été», alors qu’il s’agit d’une relance. Comme les Batman de Nolan ou le Superman de  Zack Snyder. On a vu ce que ça a donné dans ce dernier cas…

Quand j’ai vu la bande-annonce, au cinéma, il y a deux semaines, je n’ai pas été convaincu du tout. Me suis dit que ça sentait le navet. Mais ce sont des premières impressions, basées sur des extraits et non le film comme tel, qui sera à l’affiche le 15 juillet. On verra bien à ce moment, mais il y a des gens chez Sony doivent être passablement nerveux, pour ne pas dire en mode panique.

Qu’est-ce que vous pensez de tout ça?

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Vendredi 29 avril 2016 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Aucun commentaire

Le film de la semaine: Le bouton de nacre

Il est rare, même dans le documentaire, qu’un film présente une adéquation parfaite entre la forme et le fond. C’est pourtant l’exploit réalisé par le magnifique et profond Bouton de nacre (El botón de nácar) de Patricio Guzmán. Tellement que son puissant, intelligent et évocateur long métrage sur les errements du Chili, son pays natal, lui a valu l’Ours d’argent du scénario au Festival de Berlin en 2015!

On comprend pourquoi après avoir vu cette œuvre poétique et finement construite. Le réalisateur de La bataille du Chili n’a eu de cesse, dans sa carrière, de raconter son pays. Mais, cette fois, il prend une approche moins directe, plus en phase avec les grands mystères cosmiques.

Le bouton de nacre s’ouvre sur un bloc de quartz, vieux de 3000 ans, qui contient une goutte d’eau. Puis enchaîne sur le plus grand radiotélescope du monde qui, au Chili, scrute l’univers à la recherche de planètes qui contiennent de l’eau — source de vie. S’ensuit une expérience sensorielle mémorable, rythmée par la musique aquatique, des gouttes d’eau aux craquements des glaciers, sur de magnifiques images du bout du monde : la Pantagonie.

Bien que fasciné, on se demande où Guzmán veut en venir. D’autant qu’il nous montre des photos noir et blanc des cinq peuples qui ont occupé ces lieux déserts depuis la nuit des temps. Ces peuples de l’eau ont sillonné rivières et océans, au contraire des Chiliens, qui n’ont pas su profiter de cette ressource naturelle qui borde les 4200 km de côtes du longiligne pays. Comme le dit un universitaire, ils n’ont pas su l’assumer comme un élément de leur identité.

Mais une fois tous ces éléments en place, le réalisateur nous a amené là où il le voulait dès le début. À un endroit où il peut nous raconter très concrètement le génocide des Indiens, symbolisé par ce bouton de nacre donné à Jemmy Button par Robert FitzRoy, en 1830. Le vice-amiral de la marine britannique, chargé de cartographier les lieux, l’amène à Londres puis le ramène en Terre de Feu. Il a ainsi oblitéré son identité et ouvert la contrée à la colonisation. Pour les premiers habitants, c’est le début de la fin (de 8000 à une vingtaine de survivants de nos jours).

Les Québécois y verront des parallèles évidents avec l’histoire des Inuits et, dans une moindre mesure, avec les Innus. Mais Le bouton de nacre ne s’arrête pas en si bon chemin. Puisqu’au fond de l’eau, il trouve un autre bouton, agglutiné à un rail qui servait à ligoter les opposants à la dictature des années de plomb qui finissaient leurs jours largués dans l’océan par hélicoptère, après le renversement du régime de Salvador Allende, en 1973.

N’en disons pas plus et laissons le film faire sa démonstration de liens insoupçonnés entre l’homme, la nature et le cosmos. On a craint un moment un discours ésotérique, il est plutôt ethnographique, philosophique et poétique. On dit que l’eau a une mémoire, elle a aussi une voix pour qui sait l’écouter, suggère Patricio Guzmán : «tout est une grande conversation» liée à l’eau, qui compose la grande majorité de notre monde, même notre corps. «Toute est dans toute», comme disait Raoûl Duguay.

On n’a qu’à voir ces hallucinantes photos d’hommes dont les corps peinturés représentent le firmament nocturne et qui croyaient que les morts se transforment en étoiles…

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Jeudi 28 avril 2016 | Mise en ligne à 10h32 | Commenter Un commentaire

Cinéma: ça bouge à Québec

Ricardo Trogi a tourné des scènes de 1987 au Dagobert. PHOTO LE SOLEIL ÉRICK LABBÉ

Ricardo Trogi a tourné des scènes de 1987 au Dagobert. PHOTO LE SOLEIL ÉRICK LABBÉ

Ne nous comptons pas d’histoire: Québec ne peut rivaliser avec Montréal sur le nombre de tournages (en raison du manque d’infrastructures), mais ça bouge beaucoup en ce moment dans le milieu du cinéma indépendant. La Capitale a une bonne tradition dans le court (voir plus bas), mais de plus en plus de longs métrages sont tournés ici ou sont le fait d’artisans de Québec.

On apprenait cette semaine que Julie Lambert (Un film de chasse de filles) a reçu un appui de taille de Téléfilm pour la production de son deuxième long métrage documentaire Flying Sisters. La réalisatrice de Québec ne tournera pas ici en raison du sujet — il n’y a pas d’endroit pour faire du deltaplane dans la région —, mais son film est produit par une boîte de Québec, Parallaxes. Jeff Denis, lui, va tourner Napoléon en apparte dans Limoilou bientôt. Il a d’ailleurs atteint son objectif de sociofinancement sur La ruche.

Sans compter le tournage l’automne dernier de trois longs métrages, dont Desperado de Richard Angers avec Marc Messier. Le réalisateur de Québec a tenu à tourner ici, ce qui est tout à son honneur. D’ailleurs, bien des cinéastes originaires de la région comme Ricardo Trogi (1987) et Chloé Robichaud (Sarah préfère la course) se font un devoir de venir tourner quelques scènes dans leur ville natale.

Mais, voilà, c’est seulement quelques scènes. Parce que ça coûte trop cher de déplacer toute l’équipe de tournage — il y a de très bons techniciens à Québec, mais pas en nombre suffisant, faute de travail — et qu’il manque d’infrastructures. Ce qui fait qu’on a une longue tradition de cinéastes qui s’en vont en exil à Montréal, d’Yves Simoneau à Francis Leclerc, en passant par Louis Bélanger et François Girard. Par contre, côté animation, y a pas de souci comme le prouvent les films de Productions 10e Ave de Nancy Florence Savard (Le coq de St-Victor, La légende de Sarila, etc.).

Québec fait ce qu’elle peut. On peut critiquer le fait qu’elle n’ait plus un bureau du cinéma distinct (la section est intégrée au bureau des grands événements). Mais la Ville favorise la création locale. Il y a une semaine, on annonçait le versement d’aides au démarrage totalisant 140 000 $ pour six projets. Parmi ceux-ci, Béluga Blues de Productions 10e Ave, La batailler de Farador de Parallaxes et La Urne de Productions Ciné-Scène. Trois longs métrages!

En attendant de voir ça sur grand écran, Antitube présente ce soir (jeudi 28 avril) les meilleurs courts produits en 2015 à Québec. Plusieurs réalisateurs seront sur place pour introduire leur œuvre : Martin Bureau, Anne-Marie Bouchard, Thomas Rodrigue, Carl-Emmanuel Blanchet et Ludovic Fleury. Ça se déroule à l’École de cinéma et télévision de Québec (80, rue Giroux). L’entrée est libre.

Dans tout ça, il ne faudrait pas oublier la présence du Festival de cinéma de la Ville de Québec, qui favorise la diffusion des cinéastes d’ici et qui rappelle aux gens de Montréal qu’il y a une vie cinématographique en dehors de la Métropole. À moyen et à long terme, le FCVQ ne peut apporter que du bon au petit milieu effervescent de Québec. Tant mieux.

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