Éric Moreault

Archive de la catégorie ‘CD’

Jeudi 9 mai 2013 | Mise en ligne à 9h47 | Commenter Aucun commentaire

Bowie: un autre scandale imaginaire

Après Indochine et Xavier Dolan, c’est au tour de David Bowie de susciter la controverse avec un clip. Ceux qui se demandent pourquoi on en parle ici remarquerons que The Next Day donne la vedette à Marion Cotillard (en Marie-Madeleine) et Gary Oldman (en prêtre lubrique). Et que Bowie a toujours accordé une grande importance à la cinématographie, en plus d’être lui-même un acteur accompli. Ce qui paraît dans cette vidéo qui célèbre une messe impie dans laquelle l’excentrique chanteur jour le rôle d’un prophète (Jésus?).

Bowie, avec un sens inné de la mise en marché et de la controverse, a toujours su jouer des concepts et des images pour choquer. The Next Day ne montre rien d’extraordinaire, ni de déjà vu: un pape qui prend un verre au bar, une mariée voilée mais aux seins nus, etc. Mais comme il s’agit de religion, il a encore une fois touché un nerf sensible.

La chanson éponyme de son excellent nouvel album est loin d’être la meilleure et la vidéo de The Stars (Are Out Tonight), avec Tilda Swinton, véhiculait un message beaucoup plus fort dans sa critique de la société-spectacle.

Mais, bon, il m’apparaît à la fois symptomatique et étrange que des clips déclenchent des passions et choquent alors que les films y arrivent de moins en moins. À l’heure de l’instantanéité et des réseaux sociaux, une forme artistique qui privilégie une courte durée a toutes les chances d’enflammer les imaginations et d’obtenir une bonne diffusion. C’est moins vrai d’un film, qui demande une attention plus soutenue. Sauf qu’il marque parfois notre imaginaire de façon indélébile. Qu’en pensez-vous?

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Vendredi 30 novembre 2012 | Mise en ligne à 11h08 | Commenter Commentaires (13)

La foutue musique de Noël!

Question existentielle sur les réseaux sociaux depuis deux semaines: quand est-il trop tôt pour la musique de Noël? À mon avis, avant le 24 décembre. Expliquez-moi, quelqu’un, l’engouement pour ses chansons kitsch, toujours les mêmes, qu’on écoute d’ailleurs seulement un mois par année. La nostalgie de l’enfance? Un sentimentalisme excessif? La reconnaissance — c’est comme la messe, tout le monde connaît les paroles par cœur? Mais ça marche. Pourquoi? Pourquoi vous vous ruinez les oreilles avec ces ritournelles?

Bon, on le sait, le simple le plus vendu de l’histoire de la musique pop est White Chistmas (1942), de Bing Crosby: plus de 50 millions copies. Et probablement autant de versions. Dont une figure sur Christmas, de Michael Bubblé, qui a été le CD le plus vendu au Canada et le deuxième en Angleterre, l’an passé. Pourtant, il contient les habituelles rengaines.

Mais quand on voit que Kenny G a vendu plus de 8 millions de copies de Miracles: The Holiday Album (1994) aux États-Unis seulement, on comprend que tous les «artistes» se lancent, surtout les has-been. D’ailleurs, même Scott Weiland (Stone Temple Pilots) s’est commis l’an passé. L’horreur.

C’est la période qui veut ça aussi. Noël est un prétexte pour vous vendre toutes sortes de cochonneries que vous vous empressez d’oublier, un peu embarrassés par votre compulsion. C’est dans cette catégorie qu’il faut ranger This Christmas, de John Travolta et Olivia Newton-John. Déjà que les vedettes de Grease chantaient comme des putois à l’époque, ça ne s’est pas amélioré avec le temps. Ce sera bientôt en vente dans une pharmacie à 2,99 $, à côté de celui de Susan Boyle (paru en 2010, au moins).

La période est propice aussi aux crooners de tout acabit, sirupeux à souhait. Une voix de basse, les voyelles étirées, une tonne de violons et les intonations joyeuses, c’est un succès commercial garanti. Dernier en liste: Cheers, It’s Christmas de Blake Shelton. Pas écoutable sans faire d’indigestion musicale.

J’ai l’air excédé, mais vous le seriez aussi si vous aviez passé la semaine à écouter des CD de Noël pour notre spécial de disques du temps des Fêtes (parution le 1er décembre). D’ailleurs, est-ce vraiment nécessaire? Qu’en pensez-vous?

Parce que sur le lot, les réussites sont plutôt rares. Il y les splendides Happy Christmas (War Is Over) de John Lennon et 2000 Miles des Prentenders. Du côté des CD, il y a Home for Christmas (2010) de Sheryl Crow, The McGarrigle Christman Hour (2005) de Kate et Anne McGarrigle ou A John Prine Christmas (1994) de John Prine. Tous des albums qui sonnent pas trop Noël, d’ailleurs. Même chose cette année avec le Ceelo’s Magic Moment, de Cee Lo Green, disque de Noël pour ceux qui n’aiment pas les disques de Noël. Juste pour vous prouver que je suis capable d’un peu de bonne volonté.

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Mardi 13 novembre 2012 | Mise en ligne à 11h42 | Commenter Commentaires (5)

Soundgarden: le grunge est mort, et puis?

Soundgarden

Soundgarden: Kim Thayill, Matt Cameron, Chris Cornell et Ben Shepperd.

On croyait l’espèce éteinte, mais la bête a resurgi 16 ans après avoir été entendue pour la dernière fois. Une éternité dans le monde sans cesse changeant de la musique populaire. Le grunge étant un lointain souvenir brumeux, Soundgarden a refusé de se laisser domestiquer et affiche sa vraie nature avec King Animal : un groupe hard-rock qui s’écoute sur le party, de préférence. Je réécoutais de temps en temps Badmotorfinger (1991) et Superunknown (1994), deux albums qui m’ont toujours fait triper à mort. Pas vous?

Le titre du premier simple de leur sixième CD est explicite, d’ailleurs: Been Away Too Long. Le chanteur Chris Cornell semble heureux de retrouver son groupe, après des expériences malheureuses avec Audioslave, où il jouait avec les gars de Rage Against the Machine, et en solo, qui a culminé avec l’étrange électro-rock Scream produit par Timbaland.

Bref, le quatuor s’assume : les riffs affutés et imagés de Kim Thayil, la rythmique dynamique de Matt Cameron (batterie) et Ben Shepperd (basse) et, bien sûr, les hurlements animaux de Chris Cornell. Ce dernier a la voix étrangement intacte et parcours son registre vocal étendu sans coup férir. Même la réalisation d’Adam Kasper (Foo Fighters) est vintage : pas de son compressé, ni de bidules électroniques. L’oreille prend un certain temps à s’acclimater pour cette raison, pas parce qu’il y aurait des extravagances. À part quelques sonorités orientales (Thousand Days Before), le groupe reste dans sa zone de confort. Ce qui est peut-être sage après une signe longue absence, même si chacun a continuer à jouer pas mal (Cameron avec Pearl Jam, Shepperd avec Mark Lanegan, Thayil avec plein de monde). C’est la recette KISS (Keep it simple stupid), pour ne pas dérouter les amateurs.

Bien sûr, Soundgarden a un peu mis la pédale douce et traite de sujets plus matures, comme la paternité ou la lutte des classes. Il y a bien une couple de pièces plus faibles, pour ne pas dire plate à mort comme Eyelid’s Mouth. Mais il s’agit d’un retour réussi, même s’il fait partie d’un plan de marketing savamment orchestré, qui a commencé avec Live to Rise, pour la trame sonore des Avengers.

On est loin des premier albums, notamment Louder Than Love, où l’influence de Black Sabbath était évidente. Mais une fois que le quatuor de Seattle eut développé son identité musicale, alors que le grunge dominait les ondes, c’est Soundgarden qui est peu à peu devenu à son tour un groupe influent. Mais c’était du genre souvent copié, jamais égalé.

Alors pourquoi pas l’original? Bien sûr que les gars vont partir en tournée pour s’emplir les poches. Comme tout le monde. Au moins, ils ont un disque de nouvelles compositions. Soundgarden va pouvoir interpréter les pièces de King Animal avec ses classiques sans rougir. Je vous laisse juger.

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