Éric Moreault

Archive de la catégorie ‘Arts visuels’

Mercredi 31 octobre 2012 | Mise en ligne à 15h54 | Commenter Un commentaire

Art public: à la Ville de donner l’exemple

Mardi, l'artiste Jean Gaudreau a présenté la maquette d'une sculpture intitulée Aluminescence qui sera érigée devant Les Terrasses du Plateau, un projet privé de condominium. PHOTO Le Soleil Caroline Grégoire

Mardi, l'artiste Jean Gaudreau a présenté la maquette d'une sculpture intitulée Aluminescence qui sera érigée devant Les Terrasses du Plateau, un projet privé de condominium. PHOTO Le Soleil Caroline Grégoire

Connaissez-vous la dernière? L’administration Labeaume veut inciter le privé à contribuer à l’art public, lors de la construction d’édifices, pour embellir Québec. On le sait, il arrive parfois à Régis Labeaume de dire une chose et à d’en prôner une autre. Or, dans le dossier de l’art public, son administration n’a pas trop de grandes réussites pour «inciter» le privé. Au contraire.

Il y a quelque chose d’insultant dans l’attitude paternaliste de Régis Labeaume, dont le dossier dans cette matière n’a rien d’éclatant. On se souviendra que c’est son administration qui a refusé, en 2010, d’exposer la sculpture de Jean-Robert Drouillard représentant un ado à tête de renard pour orner un parc de Vanier, œuvre commandée à l’artiste en vertu de la règle du 1 %. Depuis 1961, le gouvernement du Québec consacre 1 % du prix de construction des bâtiments publics à une œuvre d’art. Mais rien de tel n’existe pour le privé.

La même administration qui proposait d’utiliser la préservation de la façade de l’hippodrome — détruite depuis — dans le cadre de la politique du 1 %. Sans rire. Je vous avais dit tout le mal que je pensais de cette idée ridicule. La Ville a piteusement battu en retraite devant le tollé de protestations.

«On est en train de peaufiner notre politique d’art public et on se pose la question : devrait-on obliger les promoteurs à s’offrir une œuvre d’art? On dit non, il ne faut pas être coercitifs. Mais à partir d’aujourd’hui, on comprendrait mal qu’un nouvel édifice n’ait pas d’œuvre d’art», a déclaré le maire Labeaume à ma collègue Valérie Gaudreau. Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais…

Je veux bien laisser une chance au coureur et juger la politique à l’aune de ses volontés. Encore faudra-t-il qu’elles soient appliquées. Si le passé est garant de l’avenir, pas sûr qu’on va embellir Québec tant que ça.

AJOUT: Les grandes lignes de la politique que veut faire adopter Québec début 2013, selon la conseillère Julie Lemieux.

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Jeudi 26 juillet 2012 | Mise en ligne à 11h10 | Commenter Un commentaire

L’été au frais

Bon, ça y est, je décroche pour les vacances. Je ne sais pas pour vous, mais quand il fait si chaud, j’ai parfois le goût de profiter de la culture climatisée. Bien sûr, il y a la lecture sur le bord de l’eau. Je suis à mi-parcours du fascinant La constellation du lynx de Louis Hamelin et j’ai l’intention d’attaquer Freedom de Jonathan Franzen ensuite. C’est bien de ne pas bronzer idiot.

Sinon, on peut se réfugier au cinéma ou aller voir La tempête, dans une mise en scène de Robert Lepage, présenté en première mondiale à Québec. Ou encore profiter de la superbe exposition Au pays des merveilles (une allusion au célèbre roman de Lewis Carroll), présentées au Musée national des beaux-arts de Québec, sur les Plaines d’Abraham. Ce que j’ai fait cette semaine.

L’expo est fascinante pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’elle regroupe des œuvres surréalistes d’artistes de réputation internationale en un fascinant parcours de l’art au XXe siècle. Et que les 180 sont l’œuvre de femmes, de Frida Kahlo à Kay Sage, en passant par Alice Rahon et Lee Miller. Ensuite pour ce qu’elles révèlent de l’époque.

Presque toutes étaient épouses, amantes ou amies d’un artiste avant d’épouser leur propre carrière (Kahlo était avec Diego Rivera, Lee Krasner avec Jason Pollock, Jacqueline Lamba avec André Breton, Miller était l’assistante de Man Ray, etc.). Leurs œuvres sont empreintes de fierté et de dignité, mais aussi d’un puissant sentiment d’aliénation et de solitude.

Sans titre, Francesca Woodman

Sans titre, Francesca Woodman

À ce propos, j’ai été laminé par les photos de Francesca Woodman, une incroyable découverte. Ses noirs et blancs, où, souvent, elle se représente seule, sont d’une force stupéfiante. D’une qualité artistique indéniable, elle projette une détresse poignante, qui éclaire son triste destin. Le corps féminin, ici et dans la plupart des œuvres, fait figure de résistance.

Cela dit, ce qui a surtout retenu mon attention, c’est la puissance de cet imaginaire qui s’exprime, libéré des contraintes sociales (et sexuelles) dans lesquelles les femmes étaient enfermées à l’époque, et le sont encore en partie. Le dépaysement est total. Comme l’écrivait Jacqueline Lamba, «nous avions délimité les frontières de l’inconnu dans l’art moderne…»

Allez, ciao, on se revoit vers la fin août. En attendant, profitez-en pour vous amuser, peu importe ce que ce soit. J’ai déjà hâte d’avoir de vos nouvelles.

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L'œuvre que enlever Hydro-Québec parce qu'elle l'assimile à du vandalisme. PHOTO LE SOLEIL STEVE DESCHÊNES

L'œuvre que veut enlever Hydro-Québec parce qu'elle l'assimile à du vandalisme. PHOTO LE SOLEIL STEVE DESCHÊNES

Dans l’art de se couvrir de ridicule avec une décision administrative obtuse et des arguments de béotiens, difficile de faire mieux qu’Hydro-Québec. Notre société d’État veut faire disparaître une installation qu’a réalisé Sylvain Michaud sur un de ses poteaux, en 2010, parc qu’elle l’assimile à du vandalisme, révélait un article de ma collègue Annie Morin. C’est une insulte à l’intelligence.

Un bien d’utilité publique, martèle la porte-parole. Justement. Vos fichus poteaux appartiennent à la population. Ils sont régulièrement «dénaturés» par une quantité innombrables d’affiches qui constituent une véritable pollution visuelle. Là quelqu’un décide d’enjoliver la ville de Québec en décorant un poteau d’écailles de serpent en cuir et vous parlez «d’objets placés illégalement sur un poteau»? Plutôt mourir que d’entendre ça.

Autre argument avancé: c’est dangereux. Ben oui, on le sait qu’il y a des transformateurs. Croyez-vous réellement que la population va se mettre à grimper dans les poteaux soudainement parce qu’elle veut imiter M. Michaud? Faudrait être malade. Avez-vous une petite idée du temps qu’il a consacré à l’œuvre en question? Trois patiente semaines. Depuis, il nettoie et huile le cuir pour qu’il reste beau. GRATUITEMENT!

Le gouvernement du Québec oblige promoteurs et société d’État à investir 1 % du budget de la construction d’un immeuble en art public. Les villes investissent des sommes considérables dans l’amélioration du mobilier urbain. Là, vous coupez les ailes à un citoyen qui a fait preuve d’une belle initiative pour des considérations technocratiques. Bravo les champions!

J’ai emprunté en partie le titre à une chronique de Nathalie Petrowski. En 2010, la Société d’État avait décidé de suspendre son programme d’acquisition d’œuvres d’art contemporain, qui existait depuis 50 ans, pour «économiser» 200 000 $. Comme on voit, en matière de jugement artistique, ça vole bas en ce moment chez Hydro-Québec.

Un citoyen a ouvert une page Facebook pour sauver l’œuvre. Bonne idée. Mais peut-être que quelqu’un devait plutôt lancer une pétition sur change.org. Pas mal souvent, ça fait reculer les administrations qui prennent des décisions ridicules.

AJOUT: Hydro n’a pas l’intention d’instituer une «police des poteaux», mais maintient sa position. Sans commentaire.

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