Éric Moreault

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    Maniaque de cinéma, Éric Moreault n'a pas peur d'une bonne discussion sur vos films et acteurs préférés ou que vous aimez détester.
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    Vendredi 16 juin 2017 | Mise en ligne à 6h00 | Commenter Commentaires (2)

    Le film de la semaine: Un sac de billes

    Un sac de billes raconte une incroyable odyssée, inspirée de la fuite réelle de Maurice et Joseph, deux jeunes frères juifs, dans la France occupée de la Seconde Guerre mondiale. Christian Duguay filme avec son aplomb habituel ce récit initiatique, qui est aussi une belle leçon de courage et de résilience dans l’adversité. Le réalisateur québécois a su trouver le ton juste entre drame et moments plus légers, entre divertissement et devoir de mémoire.

    L’adaptation du récit autobiographique de Joseph Joffo, la deuxième après celle de Jacques Doillon en 1975, débute en août 1944, lorsque le garçon revient à Paris. Rien n’est plus comme avant. Retour en arrière à ce moment de mai 1942 où insouciance et joie de vivre sont oblitérées par cette infâme étoile jaune que doivent arborer les Joffo. Les deux garçons sont bientôt confrontés au racisme ordinaire de ceux qui étaient, il n’y a pas si longtemps, leurs amis…

    Il devient trop dangereux de rester ou de fuir en famille. Maurice (Batyste Fleurial), 12 ans, et Joseph (Dorian Le Clech), 10 ans, doivent donc se débrouiller seuls pour atteindre Nice, dans un véritable jeu de chats et de souris avec les nazis. Leur traversée de la France n’est pas une sinécure et Duguay met bien en évidence les moments périlleux auxquels les enfants sont confrontés pendant ces deux années tragiques.

    Un sac de billes aurait pu être un film épique si Duguay avait su éviter le mélo trop appuyé. Ces quelques moments viennent gâcher le climat de tension habilement construit par le réalisateur de Jappeloup (2013). Grâce à sa caméra mobile et son usage justifié du gros plan, le Québécois, un technicien doué, nous fait vivre de très près les vives émotions vécues par les enfants.

    Autre bémol, l’utilisation des clichés usés à la corde pour illustrer la complicité et la tendresse familiale, comme la bataille d’oreillers et la «lutte» sur la plage qui se termine avec le père tout habillé dans la mer…

    C’est dommage parce que ces moments forcés font contraste avec le naturel désarmant des jeunes acteurs. On croit en ce duo de petits malins qui utilisent leur débrouillardise et leur détermination, avec un peu de chance, pour continuellement échapper aux soldats allemands qui les destinent aux camps de la mort.

    Patrick Bruel, en père aimant, tendre et soucieux de léguer à ses enfants les outils pour survivre, offre une de ses meilleures prestations au cinéma, bien appuyé par Elsa Zylberstein en mère complice.

    En entrevue, Christian Duguay soulignait que le rappel historique d’Un sac de billes n’avait rien de didactique. Il a raison. Mais il n’en est pas moins pertinent. Surtout à la lumière de la crise des migrants actuelle. En confrontant la France avec son passé collaborateur de façon très explicite dans ce film, il rappelle à tout l’Occident ses lâchetés, sa peur de l’autre et son repli identitaire.

    Mais le drame fait aussi une belle place à tous ses gens altruistes, dignes et courageux qui aident les frères Joffo dans leur fuite perpétuelle. Un sac de billes n’accote pas le très beau La vie est belle (1997) de Roberto Begnini sur le plan esthétique, mais il suscite le même genre d’effet chez le spectateur, de 7 à 77 ans. C’est plutôt rare.

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    • Je compte bien aller voir ce film, la lecture de ce roman m’a beaucoup marqué à l’âge de 12 ans, je l’avais dévoré! Je ne savais pas cependant qu’il y avait déjà eu une version faite par Jacques Doillon en 1975.

    • J’ai bien aimé le scénario de ce film mais, personnellement, je trouve que trop de gros plans et trop de mobilité de la caméra agace et finit par tomber sur les nerfs. Je déteste cette “mode” de la caméra à l’épaule!!!
      Quand à la scène de la “bataille d’oreillers” et celle sur la plage, je ne les ai pas trouvé déplacées, bien au contraire on voit que ces gens sont comme tout le monde et ont besoin de déconner un peu après avoir vécu ces situations cauchemardesques.
      Un autre problème ( qui est le lot de beaucoup de films Français) c’est que les comédiens ont tendance à marmonner, à parler vite et à mâcher leurs mots rendant certains dialogues difficiles à saisir surtout lorsque la musique de fond est forte.

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