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    Maniaque de cinéma, Éric Moreault n'a pas peur d'une bonne discussion sur vos films et acteurs préférés ou que vous aimez détester.
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    Vendredi 19 mai 2017 | Mise en ligne à 7h54 | Commenter Aucun commentaire

    Cannes 17: deux hommages au cinéma

    Wonderstruck de Todd Haynes

    Wonderstruck de Todd Haynes

    Le Festival de Cannes aime beaucoup les films sur le cinéma. Surtout quand ils lui rendent hommage comme Wonderstruck de Todd Haynes et Barbara de Mathieu Amalric. Le premier n’est d’ailleurs presque seulement ça, une réussite esthétique, alors que le deuxième surprend à tous les égards.

    Avant d’être une adaptation d’un roman graphique de Brian Selznick (Hugo Cabret), Wonderstruck est donc un hommage au cinéma. «J’ai voulu attirer l’attention sur toutes les dimensions cinématographiques : les images, la musique, le montage, etc.», a convenu l’Américain. Preuve qu’on n’a pas besoin des mots pour raconter une histoire au cinéma.

    Wonderstruck suit les destinées d’un garçon et d’une fille de 12 ans qui fuguent vers New York, mais à 50 ans d’écart. On devine qu’il y a un autre lien que leur surdité… Le film monte en parallèle le récit, l’un en noir et blanc, qui récrée l’esthétique des films muets, et l’autre, en couleurs, celles des années 70. Les deux époques sont superbement recréées.

    Le réalisateur de Carol n’a pas obtenu les récompenses espérées en 2015, et ce sera encore le cas. Après une première moitié prometteuse, son drame s’enlise dans le convenu et le mélo (comme souvent chez Haynes). La performance impeccable de Julianne Moore, dans un rôle secondaire, ne parvient pas à sauver ce ramassis de bons sentiments, qui accouche d’une souris. Leur quatrième collaboration est loin d’être aussi fructueuse que dans le magnifique Loin du paradis (2002). Wonderstruck risque fort de n’attirer ni les enfants ni leurs parents.

    ***

    Autre film, autre hommage au 7e art, mais aussi à la chanson que le stupéfiant et audacieux Barbara de Mathieu Amalric. Je me fais un devoir, chaque année, d’aller voir le film d’ouverture d’Un certain regard.

    La section sert parfois d’antichambre aux cinéastes qui vont ensuite jouer en compétition, comme Xavier Dolan. Mais elle accueille souvent des réalisateurs qui, pour une raison ou une autre, et pas nécessairement bonne, ne concourent pas pour la Palme d’or. Comme Arnaud Desplechin, l’an passé, dont le film présenté en ouverture du Festival met en vedette un certain… Mathieu Amalric. Dont j’aime bien les mises en scène, jamais banales (La chambre bleue, 2014, aussi présenté à Un certain regard).

    Cet antidrame biographique est un beau choc esthétique, une proposition qui ne va pas au bout de sa folie, mais qui a l’avantage de porter un certain regard, c’est le cas, sur la célèbre chanteuse, fabuleusement interprétée par Jeanne Balibar.

    Amalric a puisé dans le sac de trucs de la Nouvelle vague pour cet amalgame un peu maniéré d’images d’archives, de répétitions (on voit l’actrice travailler son personnage, la voix, les paroles, les gestes, etc.) et du film en train de se faire. Amalric joue en effet Yves, un réalisateur fou de la chanteuse… et de l’interprète de Barbara dans le film qu’il tourne. Entre réalité et fantasme, tout se brouille et s’entrechoque. «Tu tournes un film sur Barbara ou sur toi», demande Balibar. «C’est la même chose», répond Yves/Mathieu.

    Fascinant. Un très bon moment de cinéma.

    ***

    Ce qui est aussi le cas, au début, de La Lune de Jupiter de Kornél Mundruczó, dont c’est le cinquième film en cinq à Cannes. Le suspense d’anticipation mystique du Hongrois n’a pourtant pas convaincu tout le monde, loin de là. La fin a été accueillie par des huées et quelques applaudissements. Et un certain soulagement pour ma part tellement le film creusait sa tombe.

    Pourtant, ça commence avec un moment de bravoure cinématographique hallucinant à la Fils de Saul (Grand prix en 2015). Et il y en a plusieurs. Mundruczó multiplie les plans-séquences où la caméra, portée ou aérienne, virevolte sans jamais perdre le fil. On n’en dira pas autant du récit.

    Au début, on était prêt à faire un acte de foi avec ce récit d’un médecin qui chute et cherche la rédemption auprès d’un jeune migrant qui lévite après avoir… ressuscité, atteint de trois balles. Les deux hommes sont poursuivis par le policier qui l’a abattu. Mais plus ça avance et plus le cinéaste insiste sur des paraboles religieuses plaquées, en plus d’avoir la main lourde sur notre inhumanité et sa finale, aussi peu crédible que les films d’action avec Vin Diesel.

    Bref, tout ça finit par être indigeste.

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